Il a été numéro un mondial mais n'a jamais remporté de Grand Chelem. Il est aussi réputé pour son talent inouï que pour ses frasques en dehors des courts. Alors qu'il est confiné aux Etats Unis, Marcelo Rios a tenu cette semaine un live Instagram avec son premier entraîneur, Alex Rossi.

Le résultat est disons... sans filtre.

10ème mondial avant d'aborder la saison 1998, le Chilien réalise un début d'année de feu. Finaliste à l'Open d'Australie, il remporte coup sur coup Indian Wells et Miami, devenant ainsi l'un des plus éphémères numéro un mondiaux de l'histoire du tennis [1]. A l'époque, le but qu'il s'était fixé était un peu particulier... « Peu de gens ont gagné Miami et Indian Wells coup sur coup. Plutôt que de penser à être le meilleur, mon premier objectif était de virer Pete Sampras de la première place mondiale. On avait le même manager, mais je ne l'aimais pas. Mais putain (sic), je sais pas comment j'ai fait. Maintenant, je ne peux plus bouger, c'est dingue comme le temps passe. J'ai aucune idée de comment j'ai pu être numéro un mondial car c'était pénible pour moi de voyager, de prendre l'avion... »

Pour détrôner l'Américain, il fallait compter sur une défaite rapide de Pete Sampras sur le tournoi floridien. « Dans ma carrière, j'ai jamais eu de références, tout était super dur jusqu'à ce que j'arrive ici. Le fait est que j'ai gagné Indian Wells et soudainement, l'opportunité s'est présentée pour moi d'être numéro 1 mondial. Pour y parvenir, j'avais besoin que Sampras perde prématurément à Miami et c'est ce qui s'est passé, il a perdu contre Wayne Ferreira au troisième tour. A ce moment-là, le tournoi s'est ouvert pour moi. Mais j'ai quand même eu un tableau difficile : Henman, Ivanisevic, Haas, Agassi ... la vérité est que je n'y pensais pas, être numéro un mondial c'était encore loin pour moi. Puis en finale, quand j'ai vu Agassi de l'autre côté du terrain, j'ai commencé à être plus anxieux. Je me suis demandé si j'étais prêt pour ça.. »

Et pourtant, Marcelo Rios réalise un grand match devant de nombreux fans chiliens venus l'encourager et dispose facilement de l'Américain (7-5/6-3/6-4). A la fin du match, El Chino lève les bras et lance sa raquette dans le public. Sa joie apparaît sincère et pourtant, de son aveu, ce n'était pas assez aux yeux de certaines personnes. « Je me souviens avoir gagné et n'avoir presque pas réagi. J'ai été critiqué parce que je me suis pas jeté par terre. Cela m'a semblé être un tournoi comme un autre, j'ai balancé ma raquette tout au plus... » Le comportement indomptable du Chilien ne faisait pas l'unanimité et ce dernier était parfois peu apprécié des médias, comme en témoigne par exemple ces cinq prix Citron décrochés à Roland Garros (recordman de la catégorie), prix attribué au joueur au caractère le plus désagréable du tournoi. Comme il l'explique, le mauvais caractère dont il faisait preuve était avant tout une carapace qu'il s'était forgée dès l'adolescence. « Je suis comme je suis et les gens m'ont beaucoup critiqué pour cela. J'ai grandi dans la rue, j'ai commencé à voyager autour du monde à 13 ans, sans personne d'autre. La meilleur manière de me défendre était d'être moi-même, un vrai guerrier. Mais personne ne vous apprend à être célèbre, à être une idole. Il n'y a pas de cours pour cela. Vous acquérez cette renommée et vous prenez ça du mieux que vous pouvez. Personne ne vous apprend à être le numéro un, à être un Federer, qui lâche jamais de caisses (sic). Je me suis jeté dans la vie de cette façon et à partir du jour où j'ai gagné contre Agassi, tout le monde a commencé à me critiquer... »

Et ce jour-là, le Chilien explique ensuite qu'il était à deux doigts de prendre une décision radicale. « A un moment, j'avais dit à mon manager, ou à mon père, je ne me souviens pas bien, que si un jour je devenais numéro un, je me retirerais du tennis. Lors de la cérémonie après mon titre à Miami, j'étais à une minute de faire cette annonce. Ce n'était pas de la fierté, et croyez-moi plus que quiconque, c'était simplement ce que je voulais. J'ai parlé à mon agent et lui ai dit que je voulais prendre ma retraite à 22 ans. Il m'a traité de fou, il m'a dit que c'était maintenant que l'argent et les contrats commenceraient à arriver. Puis j'y ai pensé froidement et j'ai vu qu'il avait raison. Je me serais retrouvé sans rien. Si j'avais pris cette décision, je serais encore obligé de travailler aujourd'hui. »

Justement, en parlant des sponsors, Marcelo Rios indique que ces derniers l'ont beaucoup aidé indirectement à mieux aborder ses matchs.

« J'ai été sauvé par les contrats, ils sont venus à moi à cause de ce que j'étais, un sud-américain avec les cheveux longs. Par exemple, avant de jouer la finale de Miami contre Agassi, j'avais gagné dix tournois, j'étais calme pendant le match parce que j'avais de l'argent, ce n'était pas une question de vie ou de mort, comme ce fut le cas lors de la Coupe du Grand Chelem contre Agassi également en 1998 (ndlr : la Coupe du Grand Chelem était une épreuve de tennis masculine organisée par l'ITF de 1990 à 1999, à Munich. Elle réunissait en fin d'année les seize joueurs ayant réalisé les meilleures performances en Grand Chelem pendant la saison). Je me suis chié (sic) dessus ... c'était un match à un million et demi de dollars ! Si j'avais perdu, je l'aurai vraiment regretté mais j'ai gagné 6-3 dans la cinquième set ».

Cette période évoquée constitue le sommet de la carrière de Chino. Il ne parviendra jamais réellement à retrouver cet état de grâce qu'il a vécu pendant ces deux mois.« Après tout cela, il y a eu les blessures : coude, pubalgie, dos. Si je m'étais blessé avant d'être numéro un mondial, cette histoire n'existerait pas. Je n'aurais jamais réussi dans le tennis, je jouerais des tournois Satellites en Egypte ». Même si sa carrière a été largement amputé à cause d'un physique fragile, le natif de Santiago ne semble pas avoir de regret sur sa carrière, à une exception près.

« Aujourd'hui, je serais ingrat si je disais que je ne suis pas heureux de ce que j'ai fait. La seule chose que j'aurais aimé, c'est atteindre la première place mondial en étant plus âgé, c'est arrivé trop jeune pour moi. J'étais un trou du cul (sic) de 21 ans, je n'avais aucune putain (sic) d'idée de quoi que ce soit, j'aimais juste sortir le soir, boire et faire la fête, toutes les choses qu'un connard (sic) de 21 ans fait à l'université. J'aurais aimé être plus mature. Je ne peux pas imaginer Federer en train de se bourrer la gueule. Aujourd'hui, c'est autre chose, on vous apprend à être un professionnel. Maintenant, les mecs voyagent avec des physiothérapeutes, des nutritionnistes et dix autres connards (sic)... Moi j'étais tout seul avec cet abruti (sic) d'Astorga (ndlr : son ancien préparateur physique avec qui il échange régulièrement des mots doux par médias interposés), qui m'a foutu en l'air mon dos et ensuite ma vie. »

Marcelo Ríos hizo bolsa a Manuel Astorga con ácidos comentarios en ...
Marcelo Rios et Manuel Astorga

Retraité des courts en 2004 à 28 ans, Marcelo Rios devait revenir en juillet prochain sur les courts pour un match d'exhibition avec Alex Corretja qu'il espérait ces derniers jours pouvoir organiser finalement en novembre ou décembre. Le joueur espagnol a d'ailleurs dressé il y a 15 jours un petit portrait de son futur adversaire. « Chino avait un talent inhabituel, c'était très difficile de jouer contre lui. La seule façon de le battre était de le rendre fou en renvoyant tout comme un mur. Le voir jouer était incroyable, il donnait cette impression que rien n'avait d'importance. Il jouait de manière détendue, je pense qu'il aurait très bien adapté son jeu à l'époque d'aujourd'hui. Il lui manquait peut-être un peu de résistance physique pour qu'il arrive dans les derniers tours en Grand Chelem avec plus d'énergie. Mais avec le niveau qu'il avait, il aurait pu gagner Roland Garros. Je me souviens du match qu'il a perdu contre Carlos Moya en 1998. Je pensais que dans un cinquième set, j'aurais plus de chances de battre le 'Chino' que Moya ».

La meilleure performance de Marcelo Rios à Roland Garros restera donc ce quart de finale perdu contre Carlos Moya, futur vainqueur du tournoi cette année-là (voir l'article que nous lui avons consacré). Il a également perdu l'année suivante encore en quart de finale face à Dominik Hrbaty. Si le tournoi parisien reste un tournoi qu'il appréciait, un autre Grand Chelem recueille sa préférence. « J'aimais bien Roland Garros, mais l'US Open était plus cool et atmosphérique, à cause des night sessions. Une fois, j'ai joué là-bas et Trump est arrivé dans une limousine en serrant dix nanas... Et maintenant il est président des Etats-Unis, c'est un peu bizarre. » El Chino garde un souvenir plus mitigé de Wimbledon. « Ca me tuait de jouer à Wimbledon, pas à cause du gazon, mais à cause de ces veaux qui jouaient au golf et toutes ces conneries (sic). Je n'aime pas Londres parce que c'est triste. »

Les écarts de conduites - alcoolisés - de Marcelo Rios ont fait pendant sa carrière l'objet de nombreuses histoires réelles ou fantasmées. Gaston Gaudio avait ainsi livré il y a deux ans auprès de la radio argentine, une anecdote à propos de ses nuits passées avec le Chilien.

« Les nuits avec Chino sont sympas dix ans après, mais pendant, on les vit comme des montagnes russes. Quand on arrive, on se dit : « mais qu'est ce que je fous là ? », mais au fond, on aime un peu ça. On est un peu sur la brèche avec lui, il n'a pas de limites. Une fois, on est allé danser en Suisse. On avait perdu, c'était quasiment le dernier tournoi de l'année, à Bâle. A ce moment-là du circuit, vous êtes un peu grillé dans la tête, vous n'y arrivez plus trop et vous attendez la fin de l'année. Je jouais la tête de série n° 7 à Bâle, j'ai perdu genre en huit minutes , 6-1 et 6-2 [rires]... Je rentre à l'hôtel, j'entre dans le hall et je vois Chino au bar- il était déjà 10 heures du soir. Il avait fini à 3 heures de l'après-midi, un match qu'il avait également perdu. Je le vois en short, avec son sac de raquettes et sur sa table il y avait 17 bières. J'arrive et je lui dis : "Mais tu te fous de moi ? T'es même pas monté te changer ». Et il me sort : "Aujourd'hui, on sort Gato...". "Il ne pouvait plus tenir debout ! » L'Argentin avait néanmoins accepté l'invitation.  « Je me suis dit : "Est-ce que je ne fais pas quelque chose de mal ? Car il n'y a aucune chance que tout cela se termine bien [rires][2]» Marcelo Rios a été invité à réagir à cette anecdote et sa réponse est cinglante. « Gaudio est un mythomane. Il a une personnalité étrange, il cache beaucoup de choses en lui. Tout ce que je peux dire c'est que cette histoire a été inventée...»

Marcelo Rios évoque ensuite ses parents, qui ont beaucoup compté pour lui pendant sa carrière."Je n'ai jamais remercié ma mère. Quand j'étais enfant, elle m'emmenait jouer, m'inscrivait à des tournois et me cordait mes raquettes. Ma mère était à mes côtés pour le tennis et mon père était présent pour la partie affaire. C'est un patron. Il a appris à parler anglais à 60 ans, il n'utilise pas d'ordinateur parce qu'il pense que ça craint et il écrit tout à la main. Je lui tire mon chapeau pour la façon dont il a géré mon argent. J'ai eu la chance de les avoir tous les deux. »

Chino' Ríos y su admiración por Federer: "Yo con 42 años juego ...
Marcelo Rios et Roger Federer

Marcelo Rios porte enfin son regard sur le circuit actuel. L'occasion pour lui de déclarer son admiration pour Roger Federer. « Je ne pourrais pas voyager comme il le fait à 38 ans. C'est fou cette motivation qu'il a de jouer. C'est pour ça qu'il est dans le "Hall of Fame". Le fait que Federer ait dit que je suis le plus talentueux de l'Histoire, c'est un peu mon panthéon personnel. De toute façon, c'est de loin le meilleur de l'histoire, je l'adore, même s'il est très respectueux sur le terrain ».

Comme cela a souvent été fait lors des live Instagram pendant ce confinement, le Chilien livre sa définition du joueur parfait. « Le coup droit de Djokovic est plus régulier que celui de Fernando González. Son revers à deux mains est parfait. Pour le revers à une main, je pencherais pour Tsitsipas ou Thiem. Pour le service, je dirai Sampras et Federer. Ça ne fait peut-être pas ace à chaque fois, mais ça vous fait sortir du terrain. Pour la volée, Rafter, Becker, Edberg et aujourd'hui Federer. En ce qui concerne la mobilité, Nadal mais il est en déclin sur ce plan-là. Et tous les Japonais sont super mobiles aussi. »

El Chino cite deux autres joueurs dont il apprécie le jeu et le comportement sur le terrain. L'occasion pour lui de porter un regard critique sur l’aseptisation du circuit ATP.  « Je chie (sic) de rire en regardant Kyrgios et Fognini. C'est le tennis que j'aime voir. Mais aujourd'hui, vous balancez une raquette et vous devez payer une amende. On ne peut plus rien faire. Le tennis a établi tant de règles, il suffit que tu dises n'importe quoi et tu te prends une amende. Le tennis est devenu un peu ennuyeux. »

Sources :

http://www.puntodebreak.com/2020/05/09/minuto-reflexion-salvo-carrera-marcelo-rios

https://www.lacuarta.com/deportes/noticia/historias-chino-rios/492225/


[1]A ce titre, lire la retrospective qu'eurosport a tracé sur son début de saison 1998 : https://www.eurosport.fr/tennis/masters-miami/2020/miami-vintage--le-double-coup-fumant-de-marcelo-rios_sto7715997/story.shtml

[2]https://www.latercera.com/el-deportivo/noticia/hoy-se-sale-gato-delirante-relato-gaston-gaudio-dia-se-fue-fiesta-chino-rios/56837/