Il y a trois semaines, elle était notre invitée dans Tennis Break News l'émission. Elle s'est notamment exprimée sur l'éventualité de jouer Roland Garros à huis clos, sur Rafael Nadal, ses victoires face à Serena Williams, l'évolution de son jeu et du tennis féminin en général depuis qu'elle a fait ses débuts sur le circuit il y a 15 ans, la popularité de Novak Djokovic et enfin ses possibles reconversions. A la fin de sa carrière, l'ancienne 11ème mondiale aimerait continuer à écrire et rêverait de prendre les rênes de l'équipe de France de Fed Cup.

Roland Garros à huis clos ?

Concernant le huis clos, j’ai du mal à me positionner. Ça serait triste de jouer sans spectateur parce que c’est aussi pour partager nos émotions que l’on fait ce métier et pas seulement avec nos proches. Voir le public vibrer, lui donner du bonheur et du plaisir, c’est vraiment ça qui nous anime en tant que joueur de tennis.

Mais il y a aussi une contrainte financière. Et on a besoin de retrouver la compétition et gagner à nouveau notre vie. C’est un sujet délicat. C’est certain que ce n’est pas la même ambiance sans spectateur et le tennis va en perdre son charme mais si c’est seulement temporaire, on va s’adapter à cette situation de crise. J’ai envie dire qu’on serait déjà très chanceux de pouvoir rejouer au tennis avant la fin de l’année, même à huis clos.

Crédits : ATP Tour
Crédits : WTA

Rafa, son joueur préféré

Pourquoi Rafa est mon joueur préféré ? Pour tout ce qu'il représente, le joueur que c’est, le champion, son palmarès, son attitude sur le court, sa combativité, son humilité en dehors du court, sa sympathie. Ce joueur me plaît de A à Z. Il m’inspire beaucoup par rapport à tout ce qu’il apporte dans le monde du tennis. C’est un guerrier, il ne baisse jamais les bras, il ne renonce jamais, il est là pour se battre du premier au dernier point. Il a une résilience hors du commun et je l’admire énormément pour ça. Je n’ai pas eu la chance de taper la balle avec lui pour l’instant mais je tiens à garder mon épaule. Vu comment il frappe la balle, même à l’entraînement, je passe mon tour.

Serena Williams, sa plus belle victoire en carrière

C’était une belle année 2014. Je suis revenue dans le top 20 en finissant 19ème mondial. J’avais atteint la finale de Dubaï, qui est un gros tournoi sur le circuit WTA, en battant Serena en demi-finale en deux sets. Et j’ai renouvelé « l’exploit » à Wimbledon quelques mois plus tard alors que le gazon n’est pas ma surface de prédilection. Mais j’étais inspirée comme jamais. Je l’avais battu en trois sets cette fois. Pour la
petite histoire, la veille de ma victoire face à Serena au 3ème tour de Wimbledon, j’étais aux funérailles de ma grand-mère à Nice. Je ne m’étais absolument pas entraînée en amont de ce match, je ne l’avais pas vraiment préparé. J’avais fait l’aller-retour en 24 heures en revenant le soir à Londres à 22h. J’avais très peu dormi avant le match. J’étais rentrée sur le court en mode « je n’ai rien à perdre ». Le fait d’avoir perdu ma grand-mère m’avait fait prendre un vrai recul sur les choses et j’avais réussi à battre Serena. Que c’était bon ! J’étais guidée, portée par quelque chose qui me dépassait, c’était le plus bel hommage que je pouvais faire à ma grand-mère. C’est définitivement la plus belle victoire de ma carrière.

Crédits : WTA
Crédits : WTA

L’évolution de son jeu

L’objectif qu’on s’est mis en tête avec ma coach Sandra Zaniewska à l'intersaison, c’est de faire évoluer mon jeu vers l’avant. Du fond du court, je suis bien calée mais j’ai tendance à avoir un jeu trop conservateur, trop collé à ma ligne de fond parce que je suis à la base une très bonne contreuse et physiquement je peux me le permettre. Mais je ne rajeunis pas non plus, j’ai 30 ans et mon corps commence à être usé par ce style de jeu qui demande beaucoup d’efforts. Et puis j’ai envie de me faire plaisir, de kiffer mes dernières années sur le circuit. J’adore le jeu au filet. Ça ne se voit pas trop parce que je monte assez peu pendant les matches mais j’ai une bonne main au filet, j’adore ça et je sens bien le jeu au filet. Mais il faut se créer les opportunités pour monter donc ça se travaille, ça se prépare une montée au filet pour monter dans les bonnes conditions. C’est vraiment sur ça qu’on a mis l’accent dans la préparation foncière à l’intersaison avec le service. J’ai réussi à bien le mettre en place à St-Pétersbourg en février. J’étais sur le bonne voie et puis le Coronavirus m’a freiné dans mon élan mais c’est là-dessus que je veux mettre l’accent lors de la reprise et puis lors de mes dernières années sur le circuit. 

L’évolution du tennis féminin

Il y a eu une sacrée évolution depuis mes débuts. Personnellement j’ai l’impression de mieux jouer au tennis maintenant que lorsque j’avais 18 ans. Pourtant j’étais 11ème mondial à 19 ans, je jouais très bien mais en termes de tennis pur, je sais faire plus de choses maintenant, je joue mieux sur les surfaces rapides et mon jeu a évolué. Et pourtant, que c’est difficile de rester dans le top 30 parce que le tennis est devenu très compétitif. Toutes les joueuses sont devenues des athlètes de haut niveau et c’est surtout ça qui évolué. A l’époque, je me souviens d’une joueuse qui s’appelait Martina Müller. Elle était 33ème mondiale et ne faisait que des ronds et courait partout. Aujourd’hui, ça serait impossible qu’une fille avec ce style de jeu soit aussi bien classée. Les filles frappent tellement fort maintenant, elles sont tellement bien préparées physiquement que jusqu'au top 150, ça joue l’acier. Pour rester parmi les meilleures, il faut travailler dur, ne rien lâcher, faire évoluer son jeu. Je trouve que pour les gens, c’est très excitant de voir cette évolution du circuit féminin et de voir que tout le monde peut battre tout le monde à n’importe quel niveau d’un tournoi. Pour les parieurs, c’est moins évident parce que du coup, on ne sait jamais ce qui va se passer sur un match mais pour le fan de tennis, c’est sympa d’avoir cette incertitude-là sur le résultat.

Crédits : ATP Tour
Crédits : Fed Cup

Le manque de popularité de Novak Djokovic

Je ne sais pas si c’est injuste ou pas, justifié ou pas mais c’est vrai que Novak Djokovic est moins apprécié sur le circuit féminin que Rafa ou Roger. Du coup, est-ce qu’il y a une corrélation entre l’image qu’il dégage et sa popularité ? Peut-être mais on a mis Rafa et Roger sur un piédestal tellement haut que c’est difficile de pouvoir rivaliser avec eux. Ils sont tellement attachants, ils ont vieilli, ils sont arrivés à maturité, ils s’entendent bien, il y a une sorte de Fedalmania et c’est très difficile pour Novak de trouver sa place là-dedans.

Sa reconversion

Dans le tennis, ça serait capitaine de Fed Cup. C’est un objectif très fort qui se dessine depuis quelque temps déjà. En dehors du tennis, ça serait d’être écrivain. Ça fait un peu pompeux mais ça serait écrire des livres. J’ai toujours aimé écrire depuis que je suis toute petite. J’ai commencé par faire des BD mais je ne sais pas dessiner donc j’ai dévié à 10 ans vers quelque chose qui me correspondait plus. D’abord, j’ai écrit des poèmes, c’était mon passe-temps préféré entre les matches. J’écrivais tous mes états d’âme. Ecrire, ça a toujours été ma thérapie. Donc je me suis fait la main comme ça avec en tête un objectif à long terme, c’était d’écrire un livre avant mes 35 ans. Au final, un matin à Wimbledon en 2019, je me suis réveillée et j’ai eu une révélation. Pourquoi attendre 35 ans pour écrire un livre alors que je me sentais prête et que j’avais déjà plein de choses à raconter. Je me suis lancée et j’ai écrit mon premier livre en l’espace de 4 mois seulement. Ce n’est pas vraiment une autobiographie pure mais plutôt un mélange avec un carnet de bord. Ce livre retrace rapidement mon parcours depuis que je suis gamine et puis ensuite, ça parle de ce qu’on vit au quotidien en tant que joueuse de tennis, la difficulté de ce sport, le cheminement mental que j’ai fait ces dernières années avec la découverte de la méditation et comment j’ai réussi à me calmer sur le court, à être moi-même. Ce livre est aussi ponctué de plein d’anecdotes lors de mes tournois parce qu’il m’en est arrivé beaucoup en 15 ans sur le circuit. Comme j’ai écrit ce livre en continuant à jouer entre Wimbledon et la finale de la Fed Cup, je raconte aussi tout ce qui s’est passé lors de ces six mois en finissant par cette finale remportée en Australie. Le livre s’est écrit tout seul, je me suis régalée à l’écrire. Quand je l’ai envoyé à des éditeurs, j’ai eu des très bons retours et j’ai choisi Amphora pour l’éditer et le publier. A la base, il devait paraître en mai avant Roland Garros mais on a repoussé la sortie en septembre.