4h03 de match… rien que cette donnée pour un match en trois sets résume le spectacle et le combat que se sont livrés Rafael Nadal et Novak Djokovic ce 16 mai 2009 en demi-finale du Masters 1000 de Madrid. Onze ans plus tard, rien n’a changé, ce sont toujours les meilleurs joueurs du monde. A l'époque, nombre de connaisseurs voyaient le Serbe aller titiller Nadal et Federer. Moins de huit mois plus tard, Djokovic parvenait pour la première fois de sa carrière à la deuxième place du classement ATP. Il faut dire que sur cette rencontre, le Serbe a bousculé Nadal comme peu de joueurs ont réussi à le faire. Dans quelle mesure ce match aura laissé des traces chez Nadal ? On ne le saura jamais mais quasiment imbattable sur terre, l'Espagnol s'inclinera le lendemain face à Federer en finale puis perdre quelques semaines plus tard son premier match à Roland Garros face à Robin Soderling après 31 victoires consécutives.

Malgré un bilan de cinq défaites en cinq matches sur terre face à l'Espagnol, Novak Djokovic se montre immédiatement agressif dans le premier set et break Nadal pour mener 3-0. L’Espagnol débloque son compteur non sans mal dans le jeu suivant et commence à se motiver malgré un déchet inhabituel dans son jeu et une efficacité en berne au service. Mais l'ardeur et l'intensité du Serbe à la fois en retour mais aussi sa mobilité et ses prises de risque sont en grande partie responsable de ce début de match compliqué de Rafa. Djokovic ne lâche rien. Le Serbe appuie ses coups, fait courir Nadal et parvient à le déborder. La longueur des balles de Nole empêche Nadal de décocher son coup droit à pleine puissance et son lasso se montre moins performant. Djoko parvient même à lifter ses coups à un point tel que Nadal doit se mettre pratiquement en position de smash tellement le rebond est fort. À 5-2, Djokovic s’offre une première balle de set mais ne parvient pas à conclure. Il le fera sur son jeu de service suivant suite à une énième faute directe de Nadal, bien en-deçà de son meilleur niveau lors de ce premier set, la faute aussi à un Djokovic impressionnant sur le plan tactique et physique. Nadal ne remportera que 40% des points sur ses secondes balles. Mais preuve néanmoins que le combat est engagé, le set aura duré 50 minutes.

Le résumé du match en 30 minutes

Après une interruption du tournoi entre 1995 et 2001 puis une parenthèse sur dur, c'est la première fois depuis 1994 que le tournoi se joue sur terre battue. L'Espagnol ne le sait pas encore mais il ne régnera pas en maître dans la capitale espagnole comme il le fera à Barcelone, Monte Carlo, Rome ou Paris. Cette surface de Madrid lui convient moins bien et cela peut aussi expliquer les difficultés de l'Espagnol face à un Serbe au niveau de jeu époustouflant. Le combat physique, c’est à partir du deuxième set qu’il va pleinement s'installer. Le nombre de kilomètres parcourus par les deux hommes (surtout Nadal) est colossal. Mais l’Espagnol commet encore trop de fautes directes et ses jeux de services sont clairement les plus disputés. Djokovic comprend qu’il ne lui manque pas grand-chose pour prendre un avantage définitif…

Le Serbe sait qu'il lui sera très difficile de battre Nadal en trois sets (cinq défaites en cinq duels pour le Serbe face à l'Espagnol). Même mené 6-0, 5-0 40-0, Djokovic sait que Nadal ne lâchera rien… À 2-2, le Majorquin parvient enfin à remporter sa mise facilement, Djokovic tout autant. À 3-3, Rafa sort un revers incroyable qui mord la ligne et fait sourire Djokovic… c’est à 4-4 qu’a lieu le premier tournant du match. Une énorme faute directe de Nadal offre deux balles de break à Djokovic. On sent que l’Espagnol est à un fil de rompre, proche de laisser échapper ce match au profit du Serbe. Et pourtant, un retour boisé et un service gagnant plus tard, Nadal est de nouveau dans la rencontre. Il empoche finalement son jeu. Djokovic lui ne lâche pas son style métronome et continue de remporter ses jeux sans trop de problèmes. À 5-5, Djoko a de nouveau une opportunité de break, sauvée par Nadal. A 6-5, c’est au tour de Rafa d’obtenir une première balle de set écartée par Djokovic qui devra donc forcer la décision dans le tie-break. En 12 confrontations face à Nadal, le Serbe n'a à ce moment-là de sa carrière pas encore réussi à remporter le moindre jeu décisif face à l'Espagnol. L’horloge affiche 2h15 de match. Comme durant tout le set, les deux hommes ne se lâchent pas d’un pouce et les échanges sont très longs. Nadal prend l'avantage grâce à un coup droit qui vient mourir sur la ligne extérieure. Sur sa troisième balle de set, Nadal confirme qu'il est bien le maître des jeux décisifs face au Serbe. Il revient à une manche partour. On est en à 2h27 de match.

L'intégralité du troisième set

Le dernier set sera du même acabit que le précédent, alternant un niveau de jeu incroyable, mais aussi quelques fautes directes qui vont pimenter et rajouter une dramaturgie à cette rencontre. Djokovic parvient à breaker le premier pour mener 3-1. Pense-t-il avoir fait le plus dur ? Peu probable puisqu'il sait que l'Espagnol est capable de tout sur cette surface. Et Rafa va démontrer une nouvelle fois pourquoi c’est le meilleur joueur de l'Histoire sur terre battue. Il finit par recoller au score après avoir épuisé Djokovic dans de nouveaux échanges extrêmement longs. Les deux joueurs gladiateurs jouent déjà depuis plus de trois heures dans une arène madrilène en fusion. Djokovic commence à se demander comment Nadal peut encore être dans la partie. C’est un nouveau tie-break qui s'annonce et va décider du sort de cette rencontre… Il était écrit que si Nadal avait tenu bon jusque-là, ce n’était pas pour lâcher à ce moment-là. Malgré trois balles de match à 6-5 puis 7-6 et une dernière à 9-8, Novak Djokovic ne parviendra à démentir les statistiques. Cruelles pour le Serbe : sixième défaite en six matches sur terre, sixième défaite en six matches disputés en trois sets et enfin cinq jeux désicifs perdus sur cinq disputés...

Après plus de quatre de combats acharnés, Rafael Nadal s'impose, profitant d'un Serbe un peu moins entreprenant dans les moments clés. "Je suis très déçu, commentera Djokovic, désabusé et presque les larmes aux yeux en conférence de presse. C'était le meilleur match de tennis de toute ma vie mais tout s'est joué sur deux points. C'est extrêmement frustrant. Qu'est-ce que je pouvais faire de plus ? Je jouerai avec deux raquettes la prochaine fois..."


Quelques chiffres à retenir sur la domination de Rafael Nadal sur terre battue :
- 91,8% de victoires en carrière (436 victoires pour 39 défaites)
- 97,8% de victoires après avoir remporté le premier set
- 100% de victoires en Coupe Davis (19 victoires)
- 97,9% de victoires à Roland Garros (93 victoires pour 2 défaites)
- 93,4% de victoires à Monte Carlo (71 victoires pour 5 défaites)
- 93,8% de victoires à Barcelone (61 victoires pour 4 défaites)
- 91% de victoires à Rome (61 victoires pour 6 défaites)
- 84,7% de victoires à Madrid (52 victoires pour 12 défaites)