Peut-on parler de l'un des plus grands exploits du tennis moderne ? Si cet événement concerne, comme c’est une habitude depuis une quinzaine d'année les membres du Big 3, c’est à contre-emploi que Federer, Nadal et Djokovic ont participé à l’une des plus grandes performances du tennis masculin de ce 21ème siècle.

Nous sommes en 2007, le tournoi madrilène se joue en octobre sur dur et en indoor. L’Argentin David Nalbandian, alors 25ème joueur mondial, a réalisé une performance qu’il est encore le seul aujourd’hui à avoir accompli : celle de battre le Big 3 au cours d’un seul et même tournoi : Rafael Nadal en quart de finale, Novak Djokovic en demi-finale et Roger Federer en finale. Aucun autre joueur n’est parvenu à réaliser cet exploit depuis, ni même avant. Et comme si ça ne suffisait pas, l’Argentin s'était payé le luxe également de sortir aux tours précédents Thomas Berdych et Juan Martin Del Potro, respectivement 11ème et 53ème mondiaux à l'époque.

Si cet exploit semble fabuleux, c’est évidemment parce que nous avons treize ans après, le recul nécessaire pour observer le palmarès du Big 3. A l’époque, même s’ils sont déjà aux trois premières places mondiales, il n’y a que Federer qui a déjà un palmarès impressionnant. Le Suisse est déjà titulaire de douze titres du Grand Chelem et réalise sa quatrième saison en tant que numéro un mondial. Nadal aussi a commencé sa moisson de tournois puisqu’il a remporté son troisième Roland-Garros en trois participations. Quant à Novak Djokovic, il décrochera son premier majeur en Australie en 2008.

Dans le contexte de l'époque, l’exploit de Nalbandian demeure surtout dans sa victoire en finale face au maître Roger, invaincu en indoor depuis février 2004 (la finale du Masters de Shanghai en 2005 s'était joué sur moquette), intouchable à ce moment-là et qui empilait les victoires avec une classe et un talent sans pareil. Un chiffre peut résumer la domination du Suisse sur le circuit durant cette période : 241 victoires pour seulement 18 défaites entre 2005 et 2007.

On ne peut néanmoins pas ignorer la victoire écrasante de Nalbandian en quart de finale face à Rafael Nadal même si l'Espagnol n'a jamais vraiment dominé le circuit en indoor. La victoire sèche de l’Argentin face à l’Espagnol (6-1/6-2) est néanmoins l’une des plus sévères dans la carrière de Nadal. L’Argentin sortira des coups et un jeu de défense monstrueux, laissant Nadal totalement impuissant. En demi-finale, il enchaîne à nouveau avec des coups improbables qui surprennent un Djokovic admiratif qui finira même par l’applaudir. Il s’impose encore en deux sets, nettement plus serrés que face à Nadal néanmoins (6-4/7-6).

En finale, il est très mal embarqué face à Roger Federer, contre qui il garde pourtant l’un des meilleurs souvenirs de toute sa carrière en finale du Masters ATP Finals en 2005 (voir l'article dans lequel l'Argentin raconte ce match). Nalbandian se fait balayer dans le premier set (1-6) mais garde un calme olympien et montre un niveau de jeu incroyable pour retourner la situation et s’imposer sur un double 6-3. Ce jour-là, cette semaine-là, ce n’est pas le Big 3 qui a évolué en deçà de son niveau, mais bien David Nalbandian qui a sorti le tennis de sa vie !

David Nalbandian n'a pas réussi à enchaîner la suite de sa carrière avec un niveau similaire, se heurtant à des résultats trop en dents de scie. Après avoir remporté le Masters en 2005, il est resté de longs mois dans le top 5 mondial avant de sortir du top 20 en 2007. Il a sans cesse couru après un nouveau titre majeur après sa finale perdue à Wimbledon en 2002. S’il n’a jamais remporté un Grand-Chelem, on peut dire qu’à Madrid, il s’est offert bien plus qu’un simple tournoi !

L'autre petite anecdote concernant l'Argentin est qu'il remportera deux semaines plus tard le Masters 1000 de Paris Bercy, enchaînant ainsi deux titres majeurs consécutifs. Depuis 2007, parmi les miettes abandonnées par le Big 3, il ne sont que quatre joueurs à avoir réussi cette performance : Andy Murray à trois reprises (2008, 2011 et 2016), Alexander Zverev en 2017 et Daniil Medvedev en 2019.