Il y a trois semaines, nous recevions Grégoire Barrère sur Tennis Break News. C’était quelques jours avant le déconfinement. L’actuel 95ème mondial était notamment revenu sur ses débuts après un passage à l'INSEP qui a servi de déclic. Il s'est aussi exprimé sur sa relation avec ses deux coaches, Marc Gicquel et Nicolas Copin. Enfin, au-delà des deux joueurs qui lui ont servi de source d'inspiration, il a rappelé l'importance du cercle familial dans son équilibre pour gérer au mieux sa carrière.

Roland Garros 

Sans le public, ça serait des émotions en moins. On joue aussi ces tournois pour pouvoir partager ce qu’on vit sur le court, surtout nous Français. En plus, je suis d’origine parisienne donc il y a toujours du monde qui vient me voir jouer à Roland Garros. Mais s’il faut choisir, je trouve ça mieux de jouer Roland, même sans public, que de ne pas jouer du tout. J’espère qu’on va le jouer même si ça me paraît un peu compliqué. Je n’y pense pas encore parce que beaucoup de choses peuvent se passer d’ici-là. Si on arrive à jouer Roland cette année, ça serait une très bonne nouvelle.

Son arrivée sur le circuit principal

On est fier de pouvoir partager le vestiaire avec des légendes comme Federer, Nadal et Djokovic. Avant je les voyais à la télé donc au début, j’étais fier, content, je me faisais un peu petit. Avec le temps, je me suis habitué parce que je pouvais les affronter en compétition. Ils disent toujours bonjour, ils nous mettent très à l’aise. Mais j’ai eu de la chance de pouvoir m’entraîner avant cela avec Tsonga, Gasquet, Simon donc j’étais un peu habitué de côtoyer des très grands joueurs.

L’environnement familial

Pour moi, c’est le plus important. En tant que joueur, on est seul, on a toujours des hauts et des bas. La détermination et l’envie peuvent baisser un peu de temps en temps. Il faut du monde autour pour nous soutenir et montrer qu’on peut y arriver, donner de la confiance dans les périodes difficiles. Au fond, il faut arriver à se persuader qu’on va y arriver. Si tu ne crois plus en toi, ça ne sert à rien d’aller t’entraîner. Il faut ensuite que l’entourage soit présent quoi qu’il arrive même s’ils ne sont pas toujours d’accord avec mes choix. Mes parents ont toujours donné leur avis sur ce que j’avais en tête. Mais c’est toujours moi qui prends la décision finale, souvent contre leur avis d’ailleurs [rires]. Ils ont toujours été derrière moi. Mon père a très vite compris que ça ne servait à rien de me donner des conseils d’un point de vue tennistique. Je ne l’écoutais pas. Quand j’étais plus jeune, comme lui aussi avait joué au tennis, il était très présent sur les terrains mais je n’ai jamais eu peur de l’envoyer balader. Il est devenu plus cool et il me laisse faire mes choix et ça se passe très bien. Ils continuent de m’encourager sans s’immiscer dans ma carrière.

L’INSEP

Quand on arrive à l’INSEP, on se dit vraiment qu’on veut faire carrière dans le tennis. On commence le circuit junior sans point ATP ni d'argent mais on goûte déjà aux beaux hôtels, aux beaux clubs et aux beaux tournois. On a l’impression de toucher déjà le plus haut niveau. On s’entraîne parmi les meilleurs sportifs français, chacun dans leur sport. On commence à faire partie d’une élite et on doit tout faire pour réussir. C’est à ce moment-là où je me suis dit que j’allais m’investir à fond. J’ai passé le baccalauréat mais après j’ai arrêté mes études. On verra bien où ça me mènera mais le déclic dans ma carrière, c’était en effet à l’INSEP.

PHM et Safin, ses sources d’inspiration

Paul-Henri Mathieu et Marat Safin étaient mes idoles quand j'étais jeune. Je les regardais tout le temps jouer quand j’étais plus jeune. Marat, c’était pour son charisme. Il était beau goss, il déroulait son tennis sur le court, j’aimais vraiment tout dans le personnage. Pour Paulo, j’adorais son revers, son style de jeu, sa casquette à l’envers. C’est aussi le premier joueur que j’ai été voir jouer en Coupe Davis.

Sa relation avec ses coaches

Quand j’ai commencé ma collaboration avec Marc Gicquel et Nicolas Copin, je les connaissais déjà. Marco terminait sa carrière quand moi je suis arrivé sur le circuit, donc on s’était croisé. Nicolas, on s’était vu à l’INSEP où il s’occupait des filles. Ma relation se passe très bien avec eux. Avec Nicolas, c’est plus posé, plus calme et réfléchi. Une figure un peu paternelle. Avec Marco, c’est plus fraternel. Je lui pose des questions sur sa carrière pour me servir de son expérience. Il a connu le très haut niveau en tant que joueur donc c’est un plus pour moi. C’est vrai qu’avec Marco, on se titille un peu de temps en temps, on aime bien ça. On s’adore en dehors du terrain. Ce n’est pas un pote mais pas loin. Alors qu’avec Nicolas, il y a une distance, une retenue. Ce sont deux relations totalement différentes mais très complémentaires pour moi. Les deux s’additionnent bien et ensemble, ça fonctionne très bien depuis 2/3 ans. C’est important quand on part en tournée pendant plusieurs semaines de très bien s’entendre avec ses coaches. Mais la figure autoritaire est aussi essentielle et j’ai besoin qu’on me mette quelques petits coups derrière la tête pour que j’avance. C’est compliqué de me faire changer d’avis donc ça peut partir de temps en temps en clash. Il faut donc une personnalité forte en face de moi pour me remettre à l’endroit. J’ai toujours besoin de comprendre le pourquoi du comment donc je leur pose beaucoup de questions. J’aime leur tenir tête donc il faut être costaud pour me supporter à l’entraînement.

Ses ambitions

C’est de toujours progresser et monter au classement. J’ai envie d’essayer de gagner un tournoi ATP, d’entrer dans le top 50. Mais je ne me donne pas d’objectif précis, je préfère progresser dans les aspects de mon jeu, physiquement, mentalement et me donner du temps pour progresser. Si ce qu’on met en place avec mes coaches, on le fait bien, le classement viendra tout seul. Je ne me focalise pas sur le classement, les points. Ça me permet de m’enlever beaucoup de pression et je vis mieux le circuit comme ça. Je ne me dis pas que je dois être top 50 dans trois saisons. Je ne pense pas du tout à ça. Mes coaches le savent. On essaye surtout de mettre l’accent sur l’aspect tactique, technique et physique.