Il est peu de dire que les propos de Dominic Thiem concernant son refus de contribuer au fonds de soutien des joueurs moins bien classés ont provoqué pas mal de remous dans le microcosme du tennis. Des paroles très directes (mais honnêtes) qui ont eu un écho que l'on pourrait qualifier de démesuré.

Thiem a affirmé qu'il n'a pas à donner de l'argent pour ses camarades englués loin du top 100 mondial ? D'autres joueurs comme Guido Pella ou Matteo Berrettini lui ont emboîté le pas, confirmant comme l'Autrichien qu'ils préféraient distribuer de l'argent à des gens qui, à leurs yeux, en ont plus besoin. Démesuré également, car ces propos se rapportaient surtout à la manière dont cette aide a été brossée en premier lieu par Novak Djokovic. Dans une lettre adressée aux joueurs du circuit le 18 avril dernier, le Serbe avait proposé aux membres du top 100 de contribuer à ce fonds, selon leur classement, de 30 000 dollars pour le top 5 à 5 000 dollars à partir de la 51ème place... avant de préciser plus tard que ce soutien ne serait pas obligatoire.

"J’aime l’idée de venir en aide mais pas celle d’être obligé de donner une somme pour venir en aide à un groupe de joueurs dont je ne connais pas réellement les besoins", avait indiqué Guido Pella dans une interview récente pour l'émission de radio argentine "Basta todo", expliquant ainsi son alignement sur la position de Thiem. L'Autrichien aurait-il fait cette sortie médiatique musclée si cette contribution avait été en premier lieu clairement énoncée sur la base du volontariat ? Rien n'est moins sûr.

Démesuré encore, puisqu'un article du site "Ukrainian Tennis" nous apprenait dimanche dernier que le Conseil des joueuses de la WTA avait rejeté à l'unanimité la proposition de soutenir financièrement leurs camarades classées entre la 501ème place et la 700ème place mondiale. A-t-on parlé de cette décision ou de la prise de position d'Aleksandra Krunic (article disponible ici) avec autant d'intensité que pour les propos de l'Autrichien? Non, c'est même passé plutôt inaperçu.

Et puis, il semblerait également que l'ATP ait décidé d'adopter le même principe d'une aide des joueurs sans aller au-delà du top 500. En somme, une grande partie des acteurs du tennis apparaît d'accord qu'une rémunération des joueurs au-delà de la 500ème place ne serait au final pas pertinente.

Mais seul Dominic Thiem a payé médiatiquement cette prise de position. Car ces paroles, souvent sorties de leur contexte initial, ont largement écorné l'image de l'Autrichien. Injustement? Il faut rappeler que Thiem réside toujours dans son pays, à Lichtenworth. Ses revenus sont aujourd'hui soumis à un taux d'imposition fiscale de 55% (soit le deuxième plus fort au sein de l'Union Européenne derrière la France) qui ne lui est pas particulièrement favorable. Il faut rappeler que six membres du top 10 (dont le numéro un mondial) vivent à Monaco, où la pression fiscale est, disons... beaucoup plus relative, voire inexistante. On tance Thiem sur son égoïsme et son manque de solidarité vis-à-vis de son sport mais on ne pourra pas lui reprocher de ne pas être solidaire avec les joueurs de son pays... "J'aide déjà des jeunes joueurs en Autriche, des juniors. Je n'en avais jamais parlé publiquement parce que je ne fais pas ça pour mon image. Je le fais parce qu'ils le méritent et que j'en ai envie." a-t-il également ajouté dans une interview du 19 mai sur son engagement auprès des espoirs de son pays.

Dans une vidéo en date du 10 mai, Inès Ibbou a évoqué les sacrifices qu'elle devait endurer pour vivre sa passion, dans l'anonymat du tennis. Le témoignage est marquant, mais comme beaucoup de personnes l'ont relevé sur les réseaux sociaux, la joueuse algérienne se trompe de cible en s'adressant à Dominic Thiem, ce dernier n'étant pas responsable du déséquilibre existant entre l'antichambre du tennis et le top 100.

Cette polémique ne doit en effet pas faire oublier le principal problème des personnes cherchant à embrasser une carrière professionnelle, à savoir l'inégale répartition du prize money sur le circuit.

Un sport qui ne permet pas aux joueurs au-delà du top 100 de gagner durablement de l'argent peut-il être considéré comme bien portant ? Les témoignages de précarité fleurissent en cette période de pandémie. Relevons à ce titre le dernier en date dans les colonnes de l'Equipe, aujourd'hui, de Julien Coin, Présidente de l'Association Pro Elle Tennis, dont le mari est l’entraîneur de Katarina Zavatska : " Aujourd'hui, il n'est pas du tout payé. Avant le Covid, Katarina Zavatska était déjà dans la difficulté financière pour le payer, payer ses déplacements, son loyer et elle est 105ème mondiale. Elle est aux portes des tableaux de Grand Chelem mais le problème est qu'elle n'est pas dedans. Ses parents ne peuvent pas l'aider car ils ont un restaurant fermé en ce moment".

Relevons un point positif, cette polémique a permis à ce sujet de ressortir fort bien opportunément de la bouche de nombreux joueurs, comme nous l'avions évoqué dans un précédent article à retrouver ici. "Je pense que nous devrions plutôt réparer ce système au lieu d'accomplir ce genre d'actions caritatives, indiquait ainsi Illya Marchenko le 27 avril dernier. Les joueurs devraient obtenir ce qu'ils méritent. Et nous méritons bien plus que ce que nous obtenons en ce moment." Le joueur ukrainien soulève un bon point. Donner une pièce c'est bien mais cela ne résoudra rien. Si ce fonds d'aide ne permet pas de repenser à un circuit plus juste, celui-ci se révélera parfaitement inutile car il ne contribuera pas à aider durablement les joueurs qui en ont le plus besoin... Les initiatives individuelles sont toujours louables dans ce contexte et il rend ce sport individuel plus humain... mais au fond, les joueurs ont-ils vocation à combler eux-même les failles de leur sport ? Il appartient aujourd'hui aux instances de ne pas se décharger de ce qui est de leur pleine responsabilité.

Dominic Thiem lui-même a bien identifié le coeur du vrai problème et a pris position en faveur d'une plus juste répartition du prize money. S'il se révèle critique sur certains joueurs évoluant sur le circuit Futures, il est plus indulgent avec ceux évoluant un cran plus haut. "Le niveau de jeu en Challenger est très élevé, relève-t-il dans les colonne de l'Equipe. Il y a énormément de joueurs de très haut niveau, c'est extrêmement difficile d'en remporter un. Vu la concurrence, les joueurs qui les disputent devraient gagner plus d'argent qu'aujourd'hui. Si tu te déplaces sur un Challenger avec un coach, et même pourquoi pas un kiné, tu dois au moins aller en finale pour gagner un peu d'argent, ce n'est pas juste. »

Rendons grâce à Dominic Thiem. Ces paroles ont permis d'évoquer l'un des enjeux majeurs de ce sport.


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