Il y a deux semaines, Paul-Henri Mathieu était l’invité de Tennis Break News en compagnie de Bob Sinclar. L’ancien 12ème mondial est revenu sur sa passion pour le tennis, son retour sur le circuit après sa grave blessure en 2011, l'aseptisation du circuit, son rapport avec la musique, la longévité de Roger Federer et ses nouveaux projets, notamment la création d'une marque de mode.

« Certains côtés de ma vie de joueur professionnel me manquent oui bien évidemment notamment l’adrénaline des grands matches, de pouvoir se préparer pour des grands tournois parce que ce sont des expériences difficiles à retrouver dans la vie normale. Mais ensuite toute la routine et les à-côtés, non ça me manque un petit peu moins. Il y avait une sorte de lassitude qui s’était installée à la fin de ma carrière, les voyages et quitter la famille devenaient de plus en plus difficile, les entraînements quotidiens aussi, les douleurs physiques également. Tout le monde sait que j’étais un joueur fragile physiquement et ça devenait compliqué. »

Son enfance

Tout petit, j’avais une envie très forte d’en faire mon métier et d’être le meilleur possible. Je rêvais de remporter Roland Garros et d'être numéro un mondial. Je n’étais pas très doué pour les autres sports. Le foot, ce n’était pas mon truc et effectivement j’avais une grande facilité en jouant au tennis. J’ai commencé à disputer et gagner beaucoup de tournois très jeune, vers 7-8 ans. D’ailleurs, j’ai encore des centaines de trophées dans des cartons dans le garage de mes parents. J’ai quitté le foyer à 11 ans. Ça a dû être plus difficile pour mes parents. Je ne me rendais pas compte mais aujourd’hui, j’aurais du mal à laisser partir mes enfants si jeunes. Mais je suis parti parce que j’en avais envie. J’ai eu la chance que mes parents me laissent ce choix-là, me laisse vivre de ma passion, faire quelque chose que j’aime. Effectivement, je n’ai pas eu une enfance comme les autres. Je n’ai pas fait mes premières sorties en boîte de nuit, je devais me coucher tôt pour aller m’entraîner le lendemain. Ce sont des sacrifices vus de l’extérieur, mais quand on fait quelque chose par passion, avec envie, avec le cœur, ce ne sont pas des sacrifices. Quand on vit de notre passion, c’est fantastique !

Ses souvenirs de jeunesse

J’adorais regarder Boris Becker. Ce qui étrange, c’est que je ne me suis jamais inspiré de lui dans mon jeu. Il faisait des services-volée, il montait au filet tout le temps alors que moi j’étais plutôt un joueur de fond de court. Mais un autre moment m’a marqué. Je devais avoir 9 ans, j’étais à Roland Garros avec papa. On regardait sur le central le match entre Michael Chang et Jimmy Connors. Ce match m’a marqué, il m’a donné envie d’en faire mon métier. Pour l’anecdote, Jimmy Connor avait remporté le premier point du 5ème set et avait abandonné. Je ne comprenais pas, j’avais demandé à mon père « Pourquoi il abandonne papa alors qu’il est en train de gagner ». En fait il était complètement épuisé. Ce match m’avait marqué.

Roger Federer

On a quasiment le même âge, c’est vrai que c’est impressionnant de voir le Suisse encore au meilleur niveau sur le circuit. Là où il est fort, c’est qu’il arrive à se faire opérer juste avant le confinement. Il est trop fort, il a tout juste du début à la fin. Sa longévité est impressionnante mais son style de jeu est tellement relâché qu’il est passé souvent à travers les blessures. Ce qui est le plus incroyable je trouve c’est de garder cette capacité à avoir envie de gagner. Il a tous les records mais il en veut toujours plus. Il va avoir 39 ans, c’est incroyable de se maintenir à ce niveau et de résister à la nouvelle génération qui arrive, d’avoir encore envie. Tant qu’il joue, c’est qu’il se sent capable de gagner un tournoi du Grand Chelem. C’est hallucinant, c’est un vrai passionné.

Sa blessure en 2011

Sur une période d’absence de 15 mois comme j’ai vécu, le plus important est de s’entourer de gens positifs, de personnes qui ont des bonnes vibes, comme le dit souvent Bob. Plus on est positif autour de soi, plus on devient positif. Si on est toute la journée en train de dire que c’est compliqué, c’est dur, forcément, on n’est pas tiré vers le haut. C’est la seule chance de pouvoir espérer récupérer le plus rapidement possible. Le tri se fait naturellement parce qu’on est moins sur le devant de la scène. Le téléphone sonne moins. Il n’y a vraiment que les personnes très proches qui nous appellent pour prendre des nouvelles. Ce qui était dur, c’est de se ré-entraîner, de faire toute cette rééducation sans savoir si j’allais pouvoir rejouer au tennis tout court. Le haut niveau c’était encore autre chose, un autre stade. C’était un vrai défi personnel que je m’étais lancé. Quand j’ai pu rejouer sur le circuit, refouler le court central de Roland Garros et gagner face à John Isner (6-72, 6-4, 6-4, 3-6, 18-16), ça valait toutes les victoires que j’avais pu avoir dans ma carrière auparavant. C’était un moment de bonheur immense, de satisfaction que j’ai rarement connu dans ma carrière, même quand j’ai eu des victoires plus grandes en terme tennistique.

Résumé de la victoire de Paul-Henri Mathieu face à John Isner en 2012

L’aseptisation du circuit

C’est vrai que le circuit est un peu trop aseptisé aujourd’hui. Le règlement est trop strict, ça serait intéressant de trouver un juste milieu pour remettre un peu de folie sur les courts. Je pense que ça plairait au public et à tout le monde. On pourrait à nouveau faire ce parallèle entre les joueurs de tennis et les rockers comme ça a pu être le cas dans les années 70, 80 et 90…

La musique

Oui je suis un petit branché musique, ça m’arrive d’écouter un petit peu de tout, de la techno, du Brel, je suis assez open de ce côté-là. J’en écoutais beaucoup avant les matchs. Du relaxant ou du Bob Sinclar ? Ça dépendait de l’état d’esprit dans lequel je me trouvais mais très souvent du Bob Sinclar. Qu’est-ce que j’en ai gagné des matches grâce à lui [rires] ! Mais c’est vrai que je n’entrais pas sur le court avec un casque sur les oreilles comme Serena ou Nick Kyrgios aujourd'hui. J’ai commencé ma carrière trop tôt, je suis un old-school.

Son nouveau projet dans la mode

Je travaille depuis plus d’un an sur ce projet qui est né d’une rencontre avec Thomas Huriez, fondateur de la marque de jean 1083, en référence à la distance en kilomètres entre les deux villes les plus éloignées de France. L’idée est de signifier que tout est confectionné sur le territoire français. C’est un sujet actuel de consommer localement, d’arrêter cette course à la surconsommation ou en tout cas essayer de consommer plus durablement. On a eu cette envie commune avec Thomas de créer une marque de sport qui va s’appeler Franc Jeu, parce que le sport est fédérateur. On a eu envie de transmettre ces valeurs à travers cette marque en faisant des produits recyclés et recyclables et surtout localement. Le projet a pris un peu de retard avec la crise sanitaire mais on est motivé pour mener à bout ce projet. On va faire un financement participatif pour pouvoir précommander la première collection dès le mois de septembre si tout va bien.  


Lien de notre page Youtube et regarder nos émissions : ttps://www.youtube.com/channel/UCFPwEbncWpkHAfky8HcBwkQ
Pour nous suivre sur Twitter : https://twitter.com/tennisbreaknews
Pour nous suivre sur Facebook : https://www.facebook.com/tennisbreaknews/
Pour nous suivre sur Instagram : https://www.instagram.com/tennis.break.news/