En ce 30 mai, Cristian Garin fête ses 24 ans. Les lecteurs et abonnés de Tennis Break News l’avaient placé Cristian Garin en 13ème position du classement des révélations de la saison 2019. L’occasion de vous représenter ce joueur, titré à quatre reprises sur terre battue depuis un an.

« Je ne l'aime pas, encore moins maintenant. Il se déplace plutôt bien. Je pense que son meilleur coup, c'est le coup droit croisé dans la course. Il a un bon coup droit de défense croisé et après je pense qu'il est assez intelligent sur le court. Il est assez solide des deux côtés, il ne rate pas trop et il est capable de jouer très à plat, de jouer plus arrondi et ne donne pas beaucoup de points. C'est un joueur solide mais rien d'exceptionnel » [1].

A la suite de sa défaite contre Cristian Garin en huitième de finale du Master 1000 de Paris Bercy, Jeremy Chardy a avoué tout son désamour envers le joueur chilien, qui a affronté à trois reprises le Français en 2019 dont deux victoires en ayant sauvé au total huit balles de matchs. « Avec Chardy, il y a cette sensation étrange. Je l'ai battu à Houston et quand j'ai perdu contre lui à Bastad, il m'a hurlé dessus. Je ne sais pas ce qu'il a contre moi, »  avouera le Chilien dans un live Instagram cette année (Garin : “le top 10 est un challenge excitant mais compliqué”). Que lui reproche le joueur palois ? Cette question restera sans réponse. Mais Jeremy Chardy n'en perd pas pour autant son humour. « Je suis un peu son sponsor, je pense. Il va pouvoir mettre mon nom sur sa manche » plaisantait-il après leur dernière confrontation. Et pour cause, l'une de ces deux victoires l'a mené vers son premier titre ATP à Houston. La seconde vers son premier quart de finale en Masters 1000. C'est peu dire que celui que l'on surnomme "Gago" sur le circuit doit beaucoup à ces deux rencontres dans la réussite de sa saison !

« Avec Nicolas Jarry et Cristian Garin, la prochaine génération du Chili est sur le bon chemin. Il est peu probable qu'ils soient au niveau de Marcelo Rios et de Fernando Gonzalez, mais je pense que ce sont de bonnes personnes et ils sont talentueux." Ces propos de Roger Federer montre à quel point le Chilien a pris une place importante sur le circuit, lui qui revient de loin puisqu'il était encore 158ème lors de l'US Open en 2018...

En février 2013, Cristian Garin fait honneur à sa wild-card et obtient sa première victoire sur le circuit ATP lors du tournoi de Vina del Mar contre Dusan Lajovic. Il est alors âgé de 16 ans et représente la relève du tennis chilien, qui attend avec impatience l'héritier des illustres Nicola Massu et Fernando Gonzales, médaillés aux JO d'Athènes et de Pékin. Son avenir apparaît alors prometteur et le confirme avec ce titre en junior à Roland Garros une semaine après son 17ème anniversaire en battant Alexander Zverev en finale.

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Cristian Garin (17 ans) en 2013 lors de son titre à Roland Garros en junior

Sa seconde victoire n'interviendra que le 12 février 2019 contre Felix Auger-Aliassime au tournoi ATP de Buenos Aires. Le Chilien aura traversé au total six longues années émaillées de doutes, de remises en question et de désillusions.

Son entraineur Andrés Schneiter avoue avoir récupéré, au début de leur collaboration en septembre 2018, un joueur en grande difficulté : « Il avait six kilos de plus que la normale et il n'avait plus d'ordre dans sa tête ». [2] Comme beaucoup d'autres espoirs avant lui, le poids des attentes avait finalement eu raison de lui. Les chiliens sont des dingues de tennis, régulièrement présents en tribune pour supporter - bruyamment – leurs compatriotes mais cet engouement peut se révéler à double tranchant pour un jeune joueur. « C'était trop de pression pour lui, tout le monde attendait tellement de lui. Il n'arrivait pas à la canaliser lorsqu'il jouait, il voulait tout faire parfaitement ».

Marcelos Rios et Fernando Gonzales n'avaient-il pas eux aussi gagné Roland Garros en junior avant d'avoir eu la belle carrière que l'on connait ? Garin souffre de cette comparaison et veut gagner vite, trop vite. « Quand j'étais jeune, j'espérais juste arriver au top rapidement. Je ne pensais pas à la manière d'y arriver, je ne faisais que jouer. Je ne réfléchissais pas à bâtir un staff solide autour de moi ou de construire une stratégie d'entraînement. Je ne faisais que jouer, jouer, jouer encore et encore. J'étais juste obnubilé par la victoire et c'était une erreur. »Le Chilien concède avoir tenté beaucoup de choses pour faire décoller sa carrière mais ces tentatives se sont avérées peu concluantes : « C'était dur, j'ai fait beaucoup de changements, peut-être que certains n'étaient pas bons. J'ai perdu beaucoup de matches et j'ai eu des problèmes avec mes anciens coaches. J'ai décidé un jour de déménager en Espagne et ce n'était peut-être pas la bonne décision pour moi »..[3]

En effet, en 2014, Gago décide de quitter son Santiago natal ainsi que toute sa famille pour aller s'installer à Barcelone. Il est alors encadré par Javier Dudu Duarte, entraîneur de l'Espagne lors de la conquête de la première Coupe Davis en 2000. Après avoir remporté quelques tournois ITF, il s'installe à Majorque pour rejoindre la Rafa Nadal Academy, sous la supervision de Toni Nadal, de Tomeu Salva et de Juan Bosch [4].

Le Chilien apparaît tout d'abord séduit par les infrastructures ainsi que par les conditions d'encadrement qui lui sont offertes. Mais il progresse peu au classement, malgré un premier titre acquis en Challenger à Lima fin 2016. Loin de sa famille, il a le mal du pays. En 2018, il décide de déménager à nouveau, cette fois à Los Angeles, et prend comme coach Larry Stefanki, ancien entraîneur de Fernando Gonzales, qui avait également permis à Andy Roddick de donner un nouveau souffle à sa carrière. Nouvel échec, celui de trop pour un Garin toujours englué au-delà de la 200ème place mondiale : « C'était difficile d'accepter le fait que je devais faire une transition en passant par le circuit ITF, pour atteindre les qualifications des tournois Challenger, jouer de bons matchs mais perdre au deuxième tour... » [5].

Nous sommes alors à l'été 2018 et le Chilien n'a plus de coach, ni de centre d'entraînement, aucun préparateur physique et un plan de carrière au point mort. Andrés Schneiter, ancien coach de Mariano Puerta, fait alors figure d'homme providentiel. « Avant que je commence à travailler avec lui, il était esseulé. Il n'arrêtait pas de dire "Non, non, je ne peux pas faire ça, je ne suis pas assez bon". Pour surmonter cette terrible crise de confiance, son entraîneur reprend les choses pas à pas, la priorité étant de lui enlever peu à peu cette pression qu'il ressentait pendant les matchs et de lui redonner goût au tennis : « Je lui ai dit qu'il devait au moins essayer d'être compétitif, jouer son jeu et être au maximum sur le terrain. Pour moi, il est plus important d'essayer de trouver sa voie, en étant concentré sur tout un match, peu importe que vous gagniez ou que vous perdiez » [6].

Andrés Schneiter trouve les mots pour remobiliser son joueur et les résultats s'en ressentent. A la fin de l'année 2018, Garin enchaîne quinze victoires consécutives pour remporter trois titres challengers sur terre battue et fait sa première entrée dans le top 100 pour finir l'année à la 84ème place mondiale. Gago est enfin lancé.

Le 2 février 2019, le Chilien s'effondre avec son sélectionneur Nicolas Massu sur le sol de la terre battue indoor de Salzbourg, dans une ambiance de feu. Il vient d'apporter le point décisif de son pays en qualification de Coupe Davis contre l'Autriche et connaît ainsi l'émotion la plus vive de sa jeune carrière. Cependant, il n'aura de cesse par la suite de critiquer la nouvelle formule de cette compétition historique. « Je pense que ce nouveau format a fait disparaître le charme et l'essence même de la Coupe Davis. Avant, les gens en tribune jouaient un rôle et cela leur a été retiré... »

A peine un mois plus tard, il se hisse pour la première fois en finale d'un tournoi ATP à Sao Paulo mais perd contre Guido Pella, au grand soulagement de ce dernier qui avait déjà manqué trois fois l'opportunité de remporter son premier titre. Ce n'est pas que partie remise pour le Chilien.

Moins d'un mois plus tard, en avril, Gago brille sur la terre battue américaine de Houston après avoir sauvé les cinq fameuses balles de match contre Jérémy Chardy au second tour. Il conclut une semaine remarquable en s'adjugeant le titre contre le jeune espoir Casper Ruud : « Je m'amuse beaucoup plus sur le court, j'aime le jeu que je pratique et pour moi, c'est le plus important » avouera-t-il métamorphosé. « Houston était le titre le plus important pour moi, non seulement parce que c'était le premier, mais aussi parce qu'il m'a libéré. » confiera-t-il même quelques mois plus tard.

Courant mai, la terre battue de Munich constituera le nouveau théâtre des belles performances du Garin. Sa première victoire contre un membre du top 10, Alexander Zverev, se révélera être un match au scénario fou, avec moultes balles de matchs sauvées. Face à un Allemand en proie au doute et s'appuyant plus que de raisons sur son public, Garin se dirigeait vers une victoire solide en deux sets avant de laisser filer trois balles de matchs et de se laisser embarquer dans un set décisif incertain. L'extrême nervosité de l'Allemand lui permettra de conclure ce match au forceps. Le Chilien pouvait alors continuer sa route jusqu'en finale où il rencontrera une autre révélation de l'année, l'italien Matteo Berrettini.

Terminant son tournoi sur un tie-break décisif rondement mené face à un adversaire plus entamé physiquement, Garin sera passé par toutes les émotions. Mais plus encore, ces deux tournois remportés après plusieurs scénarios mouvementés témoignent de la nouvelle force mentale du Chilien. Le temps où celui-ci doutait de ses capacités à rivaliser avec les joueurs de haut niveau est maintenant révolu, pour la plus grande joie de son entraîneur : « J'ai toujours su que Christian avait un potentiel énorme mais je ne m'attendais pas à ce qu'il gagne des titres aussi vite alors qu'il était 160ème quand j'ai commencé à travailler avec lui. On s'attendait plutôt à une saison de transition. C'est très difficile de basculer des challengers à l'ATP. »

On est en mai 2019. Gago vient de disputer le trimestre le plus accompli de sa carrière sur terre battue (18 victoires pour 2 défaites) mais il choisit pourtant de faire l'impasse sur le Masters 1000 de Rome pour rentrer au Chili. Cette décision peut paraître curieuse a priori mais elle ne fait que démontrer la recherche d'équilibre qu'il souhaite trouver dans la gestion de sa vie de sportif de haut niveau : « J'essaye de me donner à 100 % sur chaque tournoi, mais que je perde ou je gagne, je sais que je peux rentrer à la maison après. (...) Vivre au Chili est important pour moi, c'est ce que je souhaitais » [7].

Garin retrouve également la lumière dans son pays, les médias locaux commencent à s'intéresser à lui et il signe un important contrat de sponsoring avec la banque du Chili [8]. Les comparaisons avec d'anciens grands joueurs sud-américains commencent à fleurir : « On retrouve du David Nalbandian dans son jeu. Il a un bon timing, un bon revers à deux mains. Il n'est pas surpuissant mais il me fait penser aux anciens joueurs de terre battue un peu vintage, avec une bonne science du jeu », déclara à l’époque notre consultant Julien Varlet. Ce sont ses qualités identifiées qui doivent lui permettre de s'améliorer sur les autres surfaces. Garin aime jouer aussi bien sur gazon que sur dur (l'US Open est son tournoi préféré) et affiche régulièrement en interview sa volonté d'y faire bonne figure. Ce sera chose faite sur le dernier tournoi ATP de l'année.

La fin de parcours de Jérémy Chardy en huitième de finale à Paris Bercy a fait l'objet de nombreuses railleries sur les réseaux sociaux. Gagner avec panache contre Medvedev pour perdre au tour suivant contre « le solide mais rien d'exceptionnel » Cristian Garin, voilà de quoi donner du grain à moudre à la french loose que l'on aime bien célébrer avec autant d'humour que de dépit.

C'est occulter un peu rapidement les progrès rapides de Cristian Garin sur dur et aussi en indoor. Sa défaite contre le chirurgical Reilly Opelka au second tour du tournoi de Bâle la semaine d'avant avait déjà donné quelques indications sur sa capacité à performer sur cette surface, alors même qu'il n'avait joué que trois matchs officiels en indoor dans sa carrière. Le Chilien s'inclinait 7-6/7-6 après n'avoir concédé que quatre points sur ses mises en jeu. Une solidité au service qu'il confirmera contre John Isner au second tour de Paris Bercy. Comme s'il avait pris les enseignements de sa défaite passée, il signe une très grosse performance en enlevant deux tie-breaks au géant américain. Sa capacité à bien retourner ses adversaires et à leur faire jouer le coup supplémentaire est incontestablement une qualité qui devrait s'avérer efficace sur les prochains tournois sur dur. Son beau parcours s’achèvera en quart de finale contre Grigor Dimitrov. Il termine alors l'année à une inespérée mais méritée 34ème place mondiale.

Un peu comme Juan Ignacio Londero, son partenaire de double, Garin a véritablement lancé sa carrière sur le circuit ATP cette saison. 2020 aurait pu ainsi être l'année de la confirmation avant que la saison ne soit brutalement interrompue. Après une tournée australienne anonyme, « El Tank » retrouve ses premières amours, la terre battue, à la maison. Il s'adjuge alors deux nouveaux titres à Cordoba mais surtout à Rio de Janeiro (ATP 500), tout en ayant montré un tennis parfois à courant alternatif, ce qui n'est pas un mauvais présage sur sa marge de progression.

Il participe également à la première édition du tournoi de Santiago, chez lui et peut mesurer concrètement le nouvel engouement au tour de sa personne... Diminué physiquement, il sortira en quart de Finale contre Thiago Seyboth Wild (Au bonheur de Seyboth Wild) futur vainqueur du tournoi. La victoire à la maison attendra...

Très présent sur les tournois ATP 250 et 500, Garin n'a toujours pas eu l'opportunité de montrer ce qu'il sait faire sur les Masters 1000 sur terre battue qu'il n'a pour le moment jamais joués (ce qui est assez étonnant au regard de son classement actuel, 18ème mondial). C'est un cap qu'il devra franchir pour être un joueur incontournable sur ocre. Au delà de tout ce qu'il a pu montrer, Garin a réussi à trouver un point de conciliation entre sa vie privée et sa vie sportive. Désormais, qu'il perde ou qu'il gagne, cela ne l'empêchera pas de prendre l'avion pour rentrer à la maison : "Le Chili, c'est très loin mais c'est là que j'aime être. Cette saison a vraiment été bonne pour moi, j'ai joué de très bons tournois et j'ai progressé. J'ai fini la saison en prenant beaucoup d'expérience en indoor à Paris. L'un de mes objectifs cette saison en dehors des points et du classement était de réussir à bien jouer sur toutes les surfaces et je suis heureux d'avoir pu adapter mon jeu au gazon et aux surfaces dures. « Entrer dans le top 10, c'est un peu l'objectif que l'on se fixe quand on est joueur. Ce serait vraiment excitant de pouvoir y arriver, même si ce ne sera pas facile. » 

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Quelques statistiques sur Cristian Garin :
- 1 victoire sur le circuit ATP avant 2019 / 30 victoires en 2019
- 4 titres en challenger (1 en 2016 et 3 en 2018), tous sur terre battue
- 5 victoires pour 5 défaites en 2019 face au top 20 mondial
- 1ère victoire en carrière cette saison en indoor (tout niveau confondu)
- 1ère victoire en carrière cette saison sur gazon face à un top 100

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Classement des révélations de la saison 2019
15ème ex-aequo : Londero O'Connell (18 voix)
14ème : Humbert (21 voix)
13ème : Garin (26 voix)
12ème : Fritz (28 voix)
11ème : Albot (29 voix)
10ème : Pella (35 voix)
9ème : Hurkacz (38 voix)
8ème : Shapovalov (43 voix)
7ème : Tsitsipas (48 voix)
6ème : Rublev (57 voix)
5ème : De Minaur (72 voix)
4ème : Sinner (83 voix)
3ème : Auger-Aliassime (109 voix)

2ème : Medvedev (221 voix)
1er : Berrettini (242 voix)


[1]https://www.tennisactu.net/news-atp-paris-chardy-sur-garin-je-ne-l-aime-pas-en-plus-83722.html

[2] https://www.tennisworldfr.com/tennis/news/Atp/2443/christian-garin-explique-pourquoi-il-a-quitte-l-academie-rafa-nadal/

[3]https://www.atptour.com/en/news/cristian-garin-fun-roland-garros-2019-feature

[4]https://www.elespanol.com/deportes/tenis/20170703/228477950_0.html

[5]https://www.tennisworldfr.com/tennis/news/Atp/2443/christian-garin-explique-pourquoi-il-a-quitte-l-academie-rafa-nadal/

[6]https://www.atptour.com/en/news/cristian-garin-fun-roland-garros-2019-feature

[7] https://www.atptour.com/en/news/cristian-garin-fun-roland-garros-2019-feature

[8]https://www.youtube.com/watch?v=hjAYHonQyqE