Rafael Nadal a aujourd'hui 34 ans. Titré à 12 reprises à Roland Garros, il aurait dû partir en quête d'un 13ème sacre cette semaine Porte d'Auteuil. Ce n'est que partie remise puisque les récentes déclarations du Président de la FFT, Bernard Giudicelli, laissent entrevoir une tenue de la quinzaine parisienne fin septembre. En fin de saison dernière, les lecteurs et abonnés de Tennis Break News avaient élu Rafael Nadal meilleur joueur de la saison 2019, en tête du classement ATP malgré seulement 13 tournois disputés. Pourtant, il y a un an, rien ne laissait imaginer que l'Espagnol domine une saison qui ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices au printemps pour lui...

Avec 89% de victoires, Nadal a réalisé l’une des meilleures saisons de sa carrière après celle de 2103 (91,5%). Avec deux titres (Roland-Garros et US Open), une finale (Melbourne) et une demi-finale (Wimbledon) en Grand Chelem, Nadal a rendu une belle copie. Mais avant de revenir sur la saison du Majorquin, petit retour rapide sur le personnage Rafa.

Rafael Nadal est né le 3 juin 1986 à Manacor sur l’île de Majorque. Aîné d'une famille de deux enfants, dès son plus jeune âge, Nadal était un garçon plein d’énergie, à tel point que ses parents, ne sachant plus comment l’occuper et le calmer, mirent le jeune Rafael, âgé de trois ans, dans les mains de son oncle Toni, entraîneur de tennis. Tout de suite, cette symbiose familiale décuple le potentiel et le talent du jeune garçon. Les deux ne se quitteront plus, jusqu’en 2017. Toni a formé Rafa, c’est lui qui l'a façonné, qui l'a construit et grandement participé au fait que son neveu soit un vainqueur de 19 Grands Chelems. Lorsque Rafa était jeune, son oncle lui proposait des matches d'entraînement en vingt points et laissait Rafa mener 19-0 avant de commencer à jouer et lui mettre 20 points d’affilés. Toni a tout fait pour forger le mental de Nadal, qui est aujourd’hui l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur sur le circuit. Contre toute attente, leur collaboration s’arrête en 2017. Toni n’étant plus « le seul » autour de son protégé, il ne se sentait plus écouté, tout cela déplaisait à Toni, nostalgique d’un temps révolu. Depuis, il dirige l’Académie de Nadal sur leur île de Majorque.

« Toni est complètement libre, comme il l’a toujours été de prendre ses propres décisions et de choisir ce qui le rend heureux. Je suis de l’avis que ce qu’il décide est bon pour lui. Probablement c’est le moment de se concentrer sur d’autres priorités, et l’Académie peut être vue comme l’une d’elles. C’est un projet très ambitieux, mais il ne faut pas non plus oublier qu’il est père de trois enfants, et que deux des siens jouent aussi au tennis. Je me sens mieux quand les gens que j’aime se portent bien et sont heureux, et si cela le rend heureux, il n’y a pas de soucis de mon côté. Avant d’être mon coach, Toni est mon oncle. Il a été avec moi depuis très longtemps et la relation que j’ai avec lui est un peu différente de celle que je peux avoir avec mes autres oncles car j’ai vécu tous les jours avec lui et je suis vraiment reconnaissant pour toutes les choses qu’il a fait pour moi. »

Comme vous pouvez vous en douter, Nadal est quelqu’un de très attaché à sa famille qui l'accompagne dans tous ses tournois. C'est primordial pour lui. Nadal s’est marié récemment, le 19 octobre dernier chez lui à Majorque. Il s’est marié avec sa copine d’enfance, ils se connaissent depuis qu’ils ont 14 ans. Une histoire d'amour qui dure depuis 20 ans, soit trois ans de plus que la carrière de Rafa sur le circuit ATP.

Sur le plan du jeu, Nadal est l'un des plus grands défenseurs. Ayant un jeu basé sur l’exploitation des faiblesses adverses, Rafael Nadal a une très belle main qui lui permet d’user du lift comme bon lui semble. Ses balles mettent du temps à redescendre, cela lui permet de bien se placer, et d’empêcher ses adversaires de le déborder aisément. Son meilleur coup est sans doute son coup droit, qu’il maîtrise à la perfection, mais aussi sa condition physique, Nadal étant une réelle machine physique, il possède une force déconcertante. Là où Nadal a plus de difficultés, c’est sur son revers et sa volée. Son service qui n'était pas son point fort pendant sa carrière est devenu depuis plusieurs mois une arme redoutable. Il a augmenté sa moyenne d'aces de 48% en 2019 par rapport à l'ensemble de sa carrière. Son service lui permet désormais de finir les points en deux coups de raquette.

Même si sa saison 2019 avait bien commencé avec une finale à Melbourne qu’il a atteint sans perdre le moindre set, il s’inclinera trois manches à zéro face à Novak Djokovic, dans un match où l’Espagnol fut asphyxié de bout en bout. Ce jour-là, le Serbe a donné une leçon de tennis à Nadal. Un match parfait. Un mois plus tard, Nadal disputait le tournoi d’Acapulco, qu’il avait déjà remporté à deux reprises dans sa carrière. Après son beau parcours à Melbourne, tout le monde voyait Rafa confirmer avec un titre au Mexique. Mais il fut éliminé au deuxième tour par le fantasque Nick Kyrgios, qui ira remporter le tournoi en étrillant également Isner, Wawrinka et Zverev. Cette rencontre entre Nadal et Kyrgios fera date dans la saison du Majorquin puisqu'elle fut émaillée par une tension énorme entre les deux hommes. Rafa prendra sa revanche contre l'Australien à Wimbledon dans une atmosphère irrespirable. La rivalité va atteindre même son paroxysme dans ce match lorsque Kyrgios fera exprès de tirer sur l'Espagnol positionné au filet.

Entre ces deux matches, Nadal avait d'abord rejoint la Californie pour disputer le Masters 1000 d'Indian Wells. Impérial comme à Melbourne, Rafa ressentit néanmoins une douleur au genou droit en quarts de finale face à Karen Khachanov et déclara forfait pour sa demie contre Federer. Le début d'un calvaire pour l'Espagnol.

Après un mois sans jouer, Nadal retrouve les terrains dans la principauté de Monaco, pour l'un de ses tournois fétiches : le Masters de Monte-Carlo où il a été sacré à 11 reprises, évidemment un record. Après trois premiers tours faciles, Nadal semble filer vers un quatrième titre consécutif en terre monégasque mais l'Espagnol va tomber contre Fabio Fognini contre qui il n'avait plus perdu depuis 2015. Dans un match où Nadal n’a jamais pu imposer sa patte, Rafa quitte le Rocher sur un triste 6-4/6-2 en faveur de l'Italien qui remportera le titre face à Lajovic en finale.

Lors des deux semaines suivantes à Barcelone et Madrid, Rafa tombe à nouveau en demi-finale face à Thiem et Tsitsipas. Pour la première fois dans sa carrière, le Majorquin arrivait à Rome sans aucun titre remporté. La raison est simple, l’Espagnol joue blessé au point d'envisager une fin de saison. Mais il va réussir à se remobiliser et reprendre confiance en lui et en son physique dans la capitale italienne. Nadal va même infliger un 6-0 à Djokovic en finale, le premier entre les deux joueurs en 54 confrontations. Le temps est arrêté. Personne, ni même lui-même, ne comprend ce qui se passe dans la tête, le corps et la raquette de Nole. En retard sur toutes les frappes, maladroit au service, le Serbe va finalement prendre le deuxième set mais s'incliner lourdement dans le troisième (6-0/5-7/6-1), offrant à l'Espagnol un bouffée d'oxygène juste avant Roland Garros où il vise un douzième titre, ce qu'aucun homme ou femme n'a réussi dans l'histoire du tennis en Grand Chelem (Margaret Court a remporté onze fois l’Open d’Australie).

Sans réelle surprise, Nadal survolera (une fois de plus) la quinzaine, et s’imposera en finale face à Thiem, en quatre manches. Après son sacre, Nadal ne s’arrêtera pas en si bon chemin, et fera un très bon Wim’, aidé par la confiance engrangée à Paris et le ralentissement conséquent du gazon londonien. Nadal sera même donné favori des bookmakers face à Roger Federer pourtant spécialiste de la surface et huit fois vainqueur du tournoi. Nadal va s’incliner en quatre sets dans une rencontre disputée et de grande classe entre ces deux grands champions.

Pour donner suite à cette période très dense, Rafa prendra un peu de repos, avant de rallier le Canada en août pour disputer le Masters de Montréal. Là encore, personne ne sera capable de lui offrir une résistance « digne de ce nom ». Il profitera même de l’abandon de Gaël Monfils pour se qualifier en finale contre le Russe Daniil Medvedev. Une simple formalité en deux sets 6-4/6-0.

Les deux hommes, en grande forme, vont se retrouver en finale de l'US Open. Et quelle finale ! Un combat d’une beauté absolue, une tragédie en cinq actes à la hauteur du show à l'américaine. Alors que Rafael Nadal menait deux manches à rien, le Russe se battra jusqu’au bout, revenant à deux manches partout. Un scénario rarissime dans la carrière de l'Espagnol (5 fois en 207 matches) forçant Nadal à s’imposer au bout de la nuit dans un final haletant. Rafa s’écroule. Ce 19ème Grand Chelem lui permet de revenir à une seule unité de Roger Federer.

Mais cette finale a laissé des traces physiques avec une blessure au poignet gauche qui va contraindre l'Espagnol à renoncer à la tournée asiatique. C'est donc au Rolex Paris Masters, l’un des tournois qui échappe encore à Rafa depuis le début de sa carrière, qu'il va faire son retour et lutter pour le trône mondial. Entre les abandon ou les forfaits liés aux blessures, la fatigue liée à son style de jeu et les conditions de jeu, le mois de novembre réussit rarement à Rafa et cette saison 2019 ne va pas déroger à la règle. Malgré trois premiers matches de grande qualité face à Mannarino, Wawrinka et Tsonga, El Toro sera contraint de jeter l’éponge pour des douleurs abdominales avant sa demie qui allait l'opposer à Denis Shapovalov.

Après plusieurs jours de tergiversation, Nadal va finalement disputer le Masters ATP Finals, une autre compétition qu’il n’a jamais remporté. Malgré deux victoires en trois matches, il est éliminé dès les phases de groupe. On retiendra cette victoire incroyable face à Medvedev alors qu'il était mené 5-2 dans le troisième set avec une balle de match contre lui. Ce match symbolise bien l’état mental dans lequel l’Espagnol a été conditionné pendant sa carrière et surtout cette saison : Rafa a été d’une résilience impressionnante, encore plus que les saisons précédentes. Nadal avait à cœur de bien finir sa saison, c’est chose faite avec cette victoire en Coupe Davis à Madrid, dans la première édition de son nouveau format. Sur cette semaine encore, Nadal a été injouable pour ses adversaires, que ce soit en simple ou en double, il a été le principal acteur de ce sacre espagnol à domicile.

Avec quatre titres, une finale et six demi-finales en treize tournois disputés, le bilan statistique de Rafael Nadal en 2019, performant dans les quatre Grands Chelems, justifie sa place sur le trône mondial. Ses objectifs pour 2020 était d'éviter les blessures, prendre du plaisir, remporter un treizième Roland Garros et rejoindre voire dépasser Roger Federer au palmarès des Slams.

Dominé par la Serbie de Novak Djokovic lors de l'ATP Cup, l'Espagnol va céder sa place de numéro un mondial après l'Open d'Australie, remporté par le Serbe, pendant qu'il chutait en quart de finale face à Dominic Thiem. Titré à Acapulco, Rafa affichait néanmoins un niveau de jeu très intéressant à l'aube de la saison sur terre battue. La suspension du circuit en a décidé autrement. La tenue de Roland Garros serait néanmoins la meilleure des nouvelles pour celui qui envisageait une fin de saison en 2020 au début de la crise sanitaire.

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Le classement du meilleur joueur de la saison 2019 (votes des lecteurs et abonnés à Tennis Break News)
1. Nadal : 286 voix
2. Djokovic : 214 voix
3. Medvedev: 209 voix
4. Federer : 105 voix
5. Tsitsipas : 82 voix

Autres principaux joueurs cités : Thiem, Berrettini, Rublev, Wawrinka, Fognini

Le vote de Rodolphe Gilbert : Nadal, Djokovic, Federer, Thiem, Medvedev

Le vote de Florent Serra : Djokovic, Nadal, Federer, Medvedev, Thiem