Ce samedi 13 juin, une page de l'histoire va-t-elle se tourner ? Une nouvelle ère du tennis est-elle en train d'émerger ? Qu'on approuve ou rejette ce nouveau format de compétition, le lancement de l'Ultimate Tennis Showdown, créé par Patrick Mouratoglou sur les conseils du père d'Alexei Popyrin, ne laisse pas indifférent. Avec l'International Premier Tennis League ou encore la Laver Cup, le tennis s'était déjà engagé dans ce virage. Mais Patrick Mouratoglou a voulu aller plus loin. A la fois sur la forme et sur le fond, l'entraîneur de Serena Williams a eu le mérite de créer le débat. Contrairement aux exhibitions classiques, le circuit UTS a l'intention de cohabiter en complément de l'ATP et la WTA. Huit questions semblent émerger à travers cette américanisation du tennis, souhaitée par Patrick Mouratoglou : "La NBA et le football américain sont les modèles à suivre car ils conjuguent passion, plaisir, interaction avec les spectateurs et les joueurs sont mis en position d’exprimer librement leurs émotions."

Question 1 : Les matchs de tennis sont-ils trop longs ?

La déclaration de Patrick Mouratoglou : "Un match de tennis c’est un marathon, un match UTS c’est plus un sprint. Les gens consomment des formats vidéo plus courts et préfèrent les contenus à grignoter. Plus les matchs sont longs, plus la durée d'attention diminue, ce qui est encore plus vrai pour le jeune public."

La règle de l'UTS : les matchs vont se disputer en quatre quart-temps de 10 minutes

L'avis de nos lecteurs : 82% contre cette règle

Éléments de réflexion : Certains matchs de tennis sont restés gravés à jamais dans la mémoire collective par leur dramaturgie, la capacité des joueurs à maintenir un haut niveau pendant plusieurs heures, à ne rien lâcher mentalement. La tension, l'électricité, les changements tactiques, la résilience ne semblent pas des ingrédients adaptés à quatre quarts-temps de dix minutes. Ce qui fait l'unicité de ce sport, c'est justement qu'on ne sait pas quand le match va finir. Des matchs peuvent être renversés, des joueurs peuvent se révéler dans cette adversité, d'autres s'effondrer... Les diffuseurs veulent un sport programmable et diffusable mais qu'en est-il des joueurs eux-mêmes ? On justifie cette tendance à raccourcir les matchs pour répondre à un besoin des fans. Est-on certain que les fans veulent des matchs plus courts ? Leur a-t-on vraiment demander leur avis ?


Question 2 : Le temps effectif de jeu est-il trop faible ?

La statistique à retenir : seulement 8% d'un match de tennis est du temps de jeu effectif

La règle de l'UTS : la durée entre deux points est réduite à 15 secondes pour servir au lieu de 25 secondes

L'avis de nos lecteurs : 51% des fans sont pour cette règle de réduire le temps entre deux points

Éléments de réflexion : Cette pression du chronomètre est apparue pour la première fois au Next Gen 2017... Avant d'être officiellement mise en service sur tout le circuit en 2020, l'US Open a été le premier Grand Chelem en 2018 à appliquer cette règle. L'objectif, derrière la volonté d'accélérer le jeu, est aussi de satisfaire les diffuseurs qui ont remarqué une perte de concentration des téléspectateurs. Il est vrai que le temps de jeu effectif d'un match de tennis est assez faible comparativement à la NBA (environ 30%) vers quoi Patrick Mouratoglou veut tendre. Le problème est que les arbitres ne sanctionnent pas les abus. L'ATP a donc en conséquence imposé le respect strict de cette règle. Ce débat oppose surtout les pro-Nadal aux pro-Federer. L'Espagnol est depuis le début de sa carrière très critiqué pour sa lenteur à servir. Il est à noter que Novak Djokovic flirte également régulièrement avec la "shot clock". C'est le Suisse qui semble donc avoir remporté ce combat idéologique : "Je crains que les fans soient frustrés s’il faut cinq minutes pour disputer cinq points." Il a été entendu.


Question 3 : Interdire le coaching est-il une erreur ?

La déclaration de Patrick Mouratoglou : "Le coaching mérite d'être reconnu et valorisé. Pour qu'il prenne une place centrale dans le tennis, il faut l'autoriser en compétition en le mettant en scène pour donner de l'émotion au spectateur, un éclairage tactique sur les enjeux du match et la possibilité de s'identifier aux acteurs du tennis. De plus, le coaching existe déjà pendant les matchs mais les instances ferment les yeux de façon hypocrite."

La règle de l'UTS : Chaque joueur pourra faire appel pendant 30 secondes une fois par quart-temps à leur coach qui sera équipé d'un micro.

L'avis de nos lecteurs : 65% en faveur de cette règle (déjà existante sur le circuit WTA)

L'avis d'Arnaud Di Pasquale : "Le coaching pendant les matchs n'est pas l'avenir du tennis, un sport individuel qui apprend à s'en sortir tout seul. Le coach est là pour faire progresser le joueur à l'entraînement et dans la préparation des matchs. Un petit signe, quelques gestes ou quelques mots qu'on peut voir pendant les matchs n'ont rien à voir avec du vrai coaching. Je n'ai pas le sentiment de refuser une évolution du jeu et d'être conservateur en étant contre cette règle. Certains coaches ont peut-être envie d'être un peu plus visibles mais moi ça me gêne. Pour des joueurs comme Gilles Simon, mentalement très fort et supérieur aux autres sur le plan tactique, cette règle le désavantage énormément. Si ses adversaires sont soutenus à chaque changement de côté, ce n'est plus la même histoire et plus le même match." (interview à retrouver ici https://www.youtube.com/watch?v=jK5N6a5JyCk&list=PLEKwp1TpgDxDPQd0j0t_vsyhOqi5KyYO4)

Benoit Paire (crédits : @Panoramic / @JB Autissier)

Question 4 : Le tennis est-il un sport trop lisse ?

La déclaration de Patrick Mouratoglou : "Dans les années 80, des joueurs comme McEnroe ou Connors étaient faciles à identifier car ils montraient leur personnalité et leurs émotions sur le terrain avec la foule. Depuis, en raison de l'évolution du code de conduite qui est devenu de plus en plus rigide au fil des ans, les joueurs ont poli leur personnalité. Leur comportement est très standardisé. On a tué la diversité des comportements."

La règle de l'UTS : code de conduite assoupli pour permettre aux joueurs d'exprimer leurs émotions en toute liberté et montrer leur vraie personnalité sans se sentir étouffé par la peur d'une sanction

L'avis de nos lecteurs : 86% en faveur de l'assouplissement du code de conduite

Éléments de réflexion : Il faut savoir que dans les années 90, tous les acteurs du tennis ont décidé d'instaurer des règles et un code de conduite visant à calmer les joueurs sur le court. Il est vrai que ces règles ont introverti les joueurs qui n'expriment que trop peu leurs émotions. Avec ce politiquement correct, il n'y a désormais quasiment plus de triche et très peu d'anti-jeu. Même quand ils ne s'apprécient pas en dehors du court, ils se respectent sur le court. Les affrontements entre Nadal et Kyrgios ont parfois eu plus de sel en conférence de presse que dans le carré de service... De plus, les nouvelles technologies ont réduit les erreurs d'arbitrage et les injustices, souvent facteurs de pétages de plomb (Carreno, Tsitsipas, Paire, Kyrgios, Goffin, Medvedev...). Les joueurs qui expriment leurs émotions de façon virulente sont souvent stigmatisés et le moindre cassage de raquette provoque les huées du public... La rencontre entre Thiago Seyboth Wild et Alejandro Davidovich à Rio en février dernier n'est pas vraiment représentative de l'ensemble des matches. Un assouplissement de ce code de conduite est-il à l'étude au niveau des instances ? Les joueurs sont en tout cas demandeurs...


Question 5 : Sans suspense, le tennis manque-t-il d'émotion ?

La déclaration de Patrick Mouratoglou : "Le but c'est qu'il n'y ait pas de match à sens unique comme on le voit dans les Grands Chelems dans les premiers tours. Car s’il n’y a pas de suspens, il n’y a pas d’émotion."

Éléments de réflexion : Si Patrick Mouratoglou estime que les matchs de Grand Chelem n'ont aucun intérêt dans les premiers tours, peut-être que passer de 32 à 16 têtes de série serait une évolution pertinente. Les matchs à sens unique existent dans tous les sports. C'est l'essence même du sport que d'avoir des duels équilibrés et d'autres moins. Créer un système de bonus/malus pour avantager le joueur plus faible et rééquilibrer la rencontre afin de créer du suspense et une incertitude dans le résultat fait plus penser à un jeu de société qu'à un sport professionnel. L'émotion dans le sport, fort heureusement, peut être procurée même dans les matchs déséquilibrés où le suspense disparaît assez vite...


Question 6 : Le tennis est-il devenu ennuyeux ?

La déclaration de Patrick Mouratoglou : "Il faut oublier le tennis sous la forme qu'on connaît et imaginer quelque chose de différent. Dans une émission comme The Voice, le public a un rôle important et dans sa consommation du tennis, je trouve l'idée moderne que le public puisse avoir un rôle, notamment lui permettre d'échanger avec les joueurs pendant le match."

La règle de l'UTS : Les joueurs pourront utiliser durant le match des cartes servant à supprimer un service à l'adversaire, servir trois fois de suite ou encore doubler la valeur d'un point.

L'avis de nos lecteurs : 81% contre cette "gamisation" du tennis

Éléments de réflexion : Patrick Mouratoglou veut rajouter une dose d'entertainment dans le tennis afin de suivre le modèle de la NBA qui a réussi son virage du divertissement sans trop piétiner l'âme de la compétition. L'intention du Français est louable. Les moyens pour y arriver peut-être un peu trop éloignés des attentes du public, si important à ses yeux. Le tournoi des Légendes à Roland Garros, la Laver Cup ou certaines exhibitions rencontrent un immense succès populaire. Mais les fans veulent-ils reproduire cela en compétition ? Le divertissement et la compétition sont peut-être compatibles mais faut-il les mixer pour en faire une seule entité ?


Question 7 : Les fans de tennis sont-ils trop vieux ?

La déclaration de Patrick Mouratoglou :  "L'âge moyen des fans vieillit année après année. Aujourd'hui, il est de 61 ans. Ce n’est pas le signe d’un sport qui se porte bien. Je trouve la situation inquiétante. C’est le bon moment de chercher un autre format en complément qui permette d’attirer les jeunes et renouveler la base de fans. Je cherche à attirer vers le tennis des fans qui aujourd'hui ne regardent pas le tennis pour que ça bénéficie à tout l'écosystème."

Éléments de réflexion : Où Patrick Mouratoglou a-t-il trouvé cette statistique ? Ce chiffre correspondrait à la moyenne d'âge des téléspectateurs de Tennis Channel. Est-ce bien représentatif ? Le Français lui-même doit bien voir que les passionnés de tennis sont encore relativement jeunes. En revanche, la volonté et la détermination du coach de Serena pour aller chercher des nouveaux fans et agrandir le cercle du tennis est une excellente initiative.


Question 8 : Le tennis a-t-il manqué le virage du digital ?

La déclaration de Patrick Mouratoglou : "Il y a une offre digitale aujourd'hui bien plus vaste qu'il y a 10 ou 20 ans. Avec Netflix, Amazon et toutes les plateformes qui proposent de la vidéo peu chère à l'infini mais aussi la concurrence du esport qui prend une place énorme, raison de plus pour que le tennis essaye de s'adapter."

Éléments de réflexion : La consommation de tennis aujourd'hui est peut-être le sujet majeur de la prochaine décennie. Les droits TV sont éclatés sur de multiples chaînes, les restrictions empêchent les fans d'utiliser les images sur leurs réseaux sociaux. Ce qui rend le tennis assez intime et peu médiatique. Pourtant, le nombre de fans et de pratiquants dépasse le milliard à travers le monde, les médias n'ont jamais autant parlé du tennis que pendant cette suspension du circuit. La parole des acteurs s'est libérée incitant les médias à couvrir l'actualité de la petite balle jaune avec encore plus d'ardeur et de passion qu'avant le confinement. Les instances doivent s'adapter et permettre au tennis de se moderniser dans sa communication et sa diffusion. Le constat de Patrick Mouratoglou est bon et légitime. La façon de consommer les vidéos a évolué mais le besoin de changement concerne-t-il les compétitions en elles-mêmes ou la communication se rattachant à ces compétitions ?


Pour tout savoir des règles de cette compétition
Ultimate Tennis Showdown : le point complet sur les règles

Crédit photo : @Panoramic / @Chryslene Caillaud

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