Absent du circuit depuis sa demi-finale perdue à Melbourne face à Novak Djokovic, le Suisse a subi deux interventions chirurgicales au genou droit. Il attend patiemment de retrouver toutes ses capacités physiques pour revenir sur le circuit. Il a pour le moment annoncé son retour en 2021, notamment pour participer aux JO de Tokyo. Mais ses fans espèrent évidemment le revoir avant la fin de saison notamment à Bâle et Londres pour le dernier Masters ATP Finals dans la capitale britannique.

Il a donné ces dernières heures un entretien exclusif au média allemand Zeit où il s'est notamment confié sur sa rivalité avec Rafael Nadal, son enfance et son envie de continuer sa carrière. Avec beaucoup de sincérité, de simplicité et de légèreté. Aucune question ne lui a été posé sur la crise que vit actuellement le tennis.

- Le tennis, un sport solitaire et mental
« Le tennis est un sport très spécial, il est très difficile de passer des heures et des heures sur le terrain, avec beaucoup de tension et de stress, et même pas pouvoir demander quoi que ce soit à votre famille ou à votre entraîneur. C'est pourquoi nous nous parlons à nous-mêmes. Certains penseront que nous sommes fous, mais parfois il faut se parler à soi-même pour libérer la tension et retrouver la concentration nécessaire. Pendant un match, je me répète constamment de jouer point par point, d'avancer pas à pas. Quand j'étais junior, je ne faisais que me critiquer et à chaque échange, je jetais ma raquette. Mes parents avaient honte de moi et me disaient qu'ils ne m'accompagneraient plus à aucun tournoi. »

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- Le moment où sa carrière a basculé
« Je me rappelle d'un match contre Franco Squillari à Hambourg 2001 (défaite du Suisse 6-3/6-4), où j'avais donné une très mauvaise image de moi. Je jouais mal et j'ai fini par casser ma raquette. J'ai vu comment ma famille, mon staff et mes entraîneurs me regardaient et j'ai senti que je ne pourrais plus jamais avoir à nouveau ce comportement sur un court. J'ai pris conscience que je devais définitivement changer. Ce fut un long processus et j'ai reçu l'aide d'un psychologue. Cela m'a pris deux années à trouver le parfait équilibre entre la passion et le calme. »

- L'ultimatum de son père
« Mes parents ont dépensé environ 30 000 francs suisses par an pour payer ma formation au tennis [environ 28 000 euros]. Mais ils étaient sceptiques quant à mon aptitude à devenir un joueur professionnel. Quand j'ai eu 16 ans, je leur ai demandé s'il fallait quitter l'école pour m'impliquer à 100% dans le tennis. Mon père m'a donné deux ans pour réussir. En cas d'échec ou d'incapacité à devenir un joueur professionnel, je devais retourner à l'école. Je lui ai dit de me faire confiance et heureusement je suis devenu numéro un mondial en junior. »

- Ses grandes références
« Je suis devenu joueur de tennis grâce à Boris Becker, j'ai adoré son style même si mon préféré était Stefan Edberg. J'étais admiratif de Martina Hingis aussi quand j'étais jeune, j'ai vraiment apprécié ses prouesses [La Suissesse née en 1980 a débuté sur le circuit principal en 1994 et remporté son premier titre à 16 ans]. Sinon Michael Jordan est un sportif qui m'a toujours inspiré. Je dois voir The Last Dance [documentaire réalisé par Netflix sur la star américaine], on m'en a beaucoup parlé et je veux le voir. J'ai parfois pensé à prendre des caméras qui filment mon quotidien, mais ce n'est pas facile car je voyage en famille et je veux conserver un peu d'intimité. »

- Sa rivalité avec Rafael Nadal
« Quand je l'ai rencontré la première fois, il m'a surpris parce qu'il était extrêmement timide en dehors du terrain et quand on le voit jouer sur un terrain... L'agressivité avec laquelle il joue est incroyable. Il y a toujours eu beaucoup de rivalité entre nous et parfois ce n'était pas facile. Nous avons eu de grands duels, mais nous nous sommes toujours respectés. Nous savions que nous étions des références pour beaucoup de gens et représentions ce sport qu'on aime tant. Nos familles s'entendent très bien, nous nous félicitons toujours à chacun de nos titres. »

- Son état de forme et la retraite
« Avant, je ne me préoccupais que de ma santé, mais maintenant je ressens vraiment l'envie de jouer dans un stade plein. Je sais que le moment de ma retraite approche et je pense que le circuit va beaucoup me manquer. Je dois être patient et continuer à travailler. Il aurait été facile pour moi de prendre ma retraite maintenant mais je veux continuer à me donner la possibilité de profiter encore du tennis. La rééducation de mon genou se passe bien, je vais prendre mon temps pour me remettre en forme. »

- Son meilleur souvenir en carrière ?
« Ma première victoire à Wimbledon est ce qui me vient spontanément à l'esprit quand on me le demande. Gagner ce tournoi était ce dont j'avais toujours rêvé quand j'étais un enfant et le voir soudain devenir réalité, c'était magique. C'était le moment le plus beau et le plus intense de toute ma vie sportive. »

Source : https://www.zeit.de/zustimmung?url=https%3A%2F%2Fwww.zeit.de%2Fzeit-magazin%2F2020%2F29%2Froger-federer-tennis-karriere-interview