Dominic Thiem au tapis ! L'Autrichien, pourtant bien en jambes durant la coupure du circuit, s'est fait surclassé par Krajinovic en concédant la plus lourde défaite de toute sa carrière sur dur (6-1, 6-2). Exit également Sascha Zverev, battu par Andy Murray. Au programme de ce mardi, un 3ème tour incertain qui annonce des rencontres serrées et peut-être encore des surprises. Depuis le début du tournoi dans le tableau masculin, 26 favoris se sont imposés pour 13 défaites. Un taux (33%) relativement cohérent pour un tournoi de reprise mais la moitié des têtes de série ont déjà été éliminées.


Sans aucun doute l’affiche de cette journée pour plusieurs raisons !  Déjà parce que Novak Djokovic évidemment. Chaque sortie du numéro 1 mondial est scrutée. Aussi parce que le Serbe a montré des signes de fébrilité hier pour sa reprise contre Berankis. Et parce que Tennys Sandgren semble avoir les armes pour embêter Djokovic.
L’Américain a de plus en plus le profil du joueur que pas grand monde ne veut jouer. Très complet des deux côtés, il a su gommer ses quelques défauts qui lui ont permis de s’installer durablement dans le Top 100. Et Sandgren est aussi un showman ! L’absence de public américain lui sera évidemment préjudiciable ce soir. Mais par Showman, on entend aussi un joueur qui aime les grands rendez-vous. Qui en a déjà gagné. Comme lors de son parcours fabuleux à l’Open d’Australie en 2018 où il bat Wawrinka et Thiem. Tombeur de Berretini cette saison en Australie et à deux doigts de faire chuter Roger Federer. Il aime les grands matches, sait se transcender face à des adversaires supérieurs. Et comptabilise 7 victoires en 15 rencontres contre des membres du Top 20 ! Un très bon ratio pour un joueur qui fut au mieux 41e joueur mondial dans sa carrière. Tombeur d’un Felix Auger Alisassime pourtant en forme hier, il a su profiter des nombreuses doubles fautes du canadien. Même s’il les a aussi provoqués en étant très agressif au retour, justement derrière les secondes balles. Pour mettre sous pression un FAA crispé au moment de servir pour le match dans le 3e set.

Novak Djokovic s’est lui offert quelques frayeurs face à Berankis pour sa reprise. Le Serbe était peut-être prenable. Ou l’a laissé croire en tout cas. Le Lituanien a breaké le Serbe à 3 reprises. Et a chaque fois a perdu sa mise en jeu suivante, ne parvenant jamais à confirmer son break acquis. Et Djoko, en animal froid qu’il peut être, est venu le coiffer sur un tie break au premier set et en fin de manche sur le deuxième. Le Serbe fut dans la réaction plus que dans l’action. Et le bras de Berankis a aussi tremblé. Peut être tétanisé par la fameuse peur de gagner. Gêné par une douleur au cou depuis plusieurs jours, Djokovic a fait plusieurs fois appel au kiné hier. Ce qui explique peut-être une prestation assez empruntée où il a semblé avoir du mal, notamment coté coup droit.

L’œil de Florent Serra : « C’est une habitude chez Djokovic de montrer quelques doutes sur les premiers tours. Je me méfie de ce genre de matches où il n’a pas de de repères comme contre Berankis hier. Ça lui arrive souvent. Mais il s’en sort toujours. En pratiquant un tennis pas forcément très beau à voir, ni très spectaculaire. Mais très efficace. Une fois qu’il est lancé ça va mieux. Sa douleur cou vient juste ajouter un peu d’incertitude à sa capacité à mieux jouer désormais.
Une donnée importante sera la fraicheur de l’Américain. Savoir comment il aura récupéré après un match de 3h hier.
Il est capable de varier, de frapper fort. Mais je n’ai pas la sensation que ce soit le type de jeu qui peut gêner Djokovic sur un match en entier. En revanche je ne vois pas le Serbe lui marcher dessus et gagner facilement. Sandgren va l’emmener dans des filières courtes mais peut aussi tenir la cadence en fond de court. Je vois l’américain vendre chèrement sa peau »


Daniil Medvedev [3] vs Aljaz Bedene [Q]

Le Slovène était arrivé avec quelques doutes sur son état de forme. Il avait peu joué durant la pause et était arrivé dans la bulle de New-York avec peu de certitudes malgré quelques performances en indoor cette saison et notamment un succès face à Tsitsipas à Rotterdam. Passé par les qualifications, Bedene a du rythme et enchaîne les bonnes performances. Solide dans la troisième manche contre Garin après avoir laissé passer plusieurs balles de matches dans la deuxième, la marche était encore plus haute hier face à Taylor Fritz qu’il a écarté avec autorité, maîtrisant parfaitement les points importants du match. Il est surtout ultra impressionnant au service : 83% de points remportés derrière sa première balle contre Fritz et 81% face à Garin (et 28 aces en deux matchs).

La tâche sera plus ardue face à un relanceur comme Medvedev aujourd’hui. Le Russe a réalisé une rentrée assez tranquille face à Giron au premier tour. Le minimum syndical sans être impressionnant mais efficace. Lui aussi a bâti sa victoire en s’appuyant sur la qualité de sa première balle au service. Son objectif aujourd’hui sera de prendre du temps au Slovène, qui lui devra justement trouver les occasions pour abréger les échanges. Toujours redoutable dans ses contres et le jeu en cadence, Medvedev devra se montrer patient. Clairement le style de jeu de Bedene a tout pour faire briller Medvedev. Mais le Russe pourrait manquer d’un peu de rythme, acquis par les 4 matches déjà disputés par le Slovène. Tenter la victoire de Bedene semble ambitieux et risqué. Alors pourquoi ne pas imaginer un match serré avec au moins 20 jeux ?

L’œil de Florent Serra : J’ai eu l’occasion de voir Bedene en fin de saison dernière sur les tournois indoor. Je trouve qu’il a franchi un cap. Notamment au service. Il claque beaucoup d’aces. Et il a un rythme pas évident pour les retourneurs car il sert très vite. Un peu comme le faisait Montanes, il prend la balle très tôt, avant qu’elle ne retombe. Ça sera la clé du match. Si Medvedev arrive à lire son service très vite et bien retourner, ça va devenir très difficile pour le Slovène, bien inférieur au Russe à l'échange. On connait les qualités de Medvedev. Il sait jouer en cadence des deux côtés, bien défendre et pousser son adversaire à la faute. Mais il peut manquer de rythme. Il peut aussi parfois s’énerver si les choses ne tournent pas en sa faveur. En soit, je ne vois pas Bedene gagner le match. Mais je le vois bien embêter longtemps le Russe et l’emmener dans un match plus difficile que les cotes ne le laissent penser.

Roberto Bautista Agut [8] vs Karen Khachanov [11]

Sans doute l’une des plus belles oppositions de style de la journée à New-York ! L’avantage avec Karen Kachanov, c’est que l’on peut percevoir assez rapidement son niveau physique, mental et tennistique. Et le début de tournoi démontre que le Russe est dans de très bonnes dispositions. En mode rouleau compresseur face à Bublik et Carreno-Busta lors de ses deux premiers matches, il n’a concédé aucune balle de break à l’occasion de ces deux matches ! Et un taux de points remportés derrière sa première balle supérieur à 80%, taux qui passe au-dessus de 65% derrière ses secondes balles. Nous l’avons déjà dit, les serveurs semblent avantagés sur la surface new-yorkaise, notamment sur les courts « annexes » du site utilisés pour ce Masters 1000 de Cincy. Et Khachanov a démoli ses adversaires à ce petit jeu jusqu’à présent. Si Bublik n’est pas le meilleur relanceur du circuit, Carreno-Busta, bien meilleur dans ce registre, n’a pas non plus trouvé la faille pour faire douter le Russe qui lui attend bien sagement les quelques opportunités de break qui peuvent se présenter. En face, le niveau va s’élever pour ce 3ème tour face à Roberto Bautista-Agut. L’Espagnol s’est montré patient, serein et dominateur pour sa reprise hier face à Richard Gasquet. Son coup d’œil et sa capacité à bien tenir l’échange en fond de court devraient pouvoir offrir une résistance plus accrue à Khachanov. Le Russe devra également faire taire les statistiques des confrontations directes entre les deux joueurs qui tournent en faveur de Bautista victorieux à 5 reprises lors de leurs 8 face à face dont 2 défaites sur dur.

L’œil de Florent Serra : Quand il sert comme ça, Khachanov est incroyable. Même chez les meilleurs retourneurs du circuit, on n’aime pas prendre des vagues comme celles qu’envoient le russe en ce moment. Prendre des aces, des services gagnants. C’est usant. Pour le Russe les opportunités viendront sur les secondes balles. Bautista doit passer beaucoup de premières car il va s’exposer derrière ses secondes balles pas assez tranchantes. Mais il est capable, sans forcément bien servir, de passer beaucoup de premières qui ne feront pas forcément le point mais gêneront Khachanov au retour. Bautista a le jeu pour contrer le Russe, ce que personne n’a su faire pour le moment cette semaine.  Il joue assez à plat et les courts assez rapides peuvent l’aider à bien défendre et prendre du temps à son adversaire. D’’ailleurs l’Espagnol a souvent battu le Russe sur surface rapides. Autre point important : Khachanov n’aime pas baisser les jambes au moment de la frappe. Et Bautista peut le gêner en allant chercher son plein coup droit avec des balles fusantes qui peuvent embêter le Russe. Il peut le faire dégoupiller. J’imagine un match serré mais avec une victoire de Bautista au bout. »


Matteo Berrettini [6] vs Reilly Opelka

Le chemin fut long et tortueux pour l’Italien hier à l’occasion de sa reprise officielle. Vainqueur de l’UTS en juillet, il était attendu à New-York sur une surface qui bonifie son jeu pour confirmer sa montée en puissance affichée depuis 18 mois. Mais rien ne fut facile face à Ruusuvuori. L’Italien a semblé dérouler sa puissance…jusqu’au trou noir en fin de deuxième set. Alors qu’il avait balle de match pour conclure en deux manches cette partie, il s’est heurté à un Finlandais en réussite qui l’a ensuite aiguillé vers une troisième manche que l’Italien a dominé mais sur laquelle il a encore eu du mal à conclure. Au final : 2h43 sur le court et sans doute un peu de gomme physique laissée au passage. Un mal pour un bien peut-être pour retrouver un peu de rythme et pas forcément rédhibitoire avant de retrouver Reilly Opelka aujourd’hui. Le géant américain (2m11) n’offrira pas de longs rallyes épuisants à l’Italien. Les bookmakers voient Berretini favori peut-être en raison de son classement. Mais son match compliqué hier et l’incertitude de jouer un joueur tel que Opelka incitent à la prudence. Difficile de pronostiquer un vainqueur sur cette rencontre à éviter pour les parieurs.

David Goffin [7] vs Jan-Lennard Struff

Parcours presque sans faute pour l’Allemand sur cette reprise dans la bulle de New-York. Avec Florent Serra, la rédaction l'imaginait largement capable de faire sauter la défense d’Alex De Minaur lors du premier tour. Et dans un match totalement différent, il s’est défait de Shapovalov hier où il fut notamment impressionnant dans la troisième manche. Les premiers matches ont montré que la surface avantage pour le moment les gros serveurs. En témoigne les victoires d’Opelka, Isner, Raonic ou encore Bedene. Légèrement supérieur à Shapovalov dans ce secteur, l’Allemand en a profité. Ne cédant par exemple qu’un seul point derrière sa première balle dans le dernier set où il a servi l’acier. Cette arme est évidemment indispensable dans son jeu. Et le sera de nouveau face à David Goffin. Le Belge ne fut pas forcément convaincant face à Coric pour son retour à la compétition. Notamment lors de la première manche où, lui, fut en difficulté sur ses mises en jeu. Clairement, c’est sans doute le meilleur moment pour Struff de jouer Goffin. Son jeu est bien en place. Il a pu affronter deux joueurs au style de jeu totalement différent lors des deux premiers tours. Et semble physiquement très au point. Il lui faudra en revanche bien fixer le coup droit de son adversaire, éviter d’aller dans le revers d’un Belge qui sait donner beaucoup d’angles à la balle sur ce côté. Certes l’historique ne plaide pas en la faveur de l’Allemand battu à 4 reprises sur dur par Goffin. Mais certaines rencontres remontent notamment à 2014. Sur la terre battue du Barcelone la saison dernière, Struff avait d’ailleurs mis fin à sa série de défaites face à Goffin. Et l’Allemand semble en mesure de poursuivre sur sa lancée.

L’œil de Florent Serra : J’aime bien ce match ! Je trouve Struff très fort en ce moment. Certes il est capable de bien frapper dans la balle mais je trouve qu’il apprend à être patient. Depuis deux ans, il commence à gagner des matches importants qu’il ne gagnait pas avant. A l’image d’un Berdych, il a appris à mettre les balles dans le court. Il construit mieux son jeu et surtout il arrive à bien jouer de manière constante. Avant il pouvait bien jouer pendant une demi-heure et s’éteindre ensuite. Il a gagné en constance. Si j’ai un petit risque à prendre aujourd’hui en termes de cote, je tenterais bien la victoire de l’Allemand. Je le vois au moins prendre un se avec sa qualité de service.


John Isner [16] vs Stefanos Tsitsipas [4]

Lui aussi était attendu pour la reprise : Stefanos Tsitsipas n’a pas déçu. Après un passage remarqué lors de l’UTS, il a semblé très en forme et surtout affûté physiquement. La seule question est de savoir quel crédit accordé à sa victoire aisée contre un Kevin Anderson moins efficace depuis son retour de blessure. Le Sud-Africain avait battu Kyle Edmund au 1er tour ce qui montrait qu’il avait retrouvé un niveau acceptable. Mais il ne fut pas au niveau du Grec ensuite, virevoltant au retour. Et pas seulement derrière les secondes balles d’Anderson. Tsitsipas a su bien retourner et glaner aussi pas mal de points sur la première balle de son adversaire. L’adversité montera d’un cran avec John Isner qui sert mieux qu’Anderson en ce moment. Il passe plus de premières balles et sert des deuxièmes de meilleure qualité. Les matches entre les deux joueurs ont toujours été très serrés. Reste à savoir comment l’Américain aura récupéré après un match assez long face à Milman. Mais surtout quel est son ressenti avec son genou qui l’a fait souffrir dernièrement. Même si le jeu d’Isner se fait à l’économie, en cas de douleur au genou, cela risque d’être préjudiciable sur ses engagements et donc sur l’issue du match !


L’œil de Florent Serra : Stefanos a l’air très bien ! Il n'a joué qu'un seul match mais il faut être à un sacré niveau pour battre sur un score sévère (6-1, 6-3) Kevin Anderson. Isner est toujours pénible à jouer aux USA. Ce sont les tournois où il joue le mieux. Même quand il n’est pas bien, il continue de bien servir et vous emmène dans un tie-break. Face à des joueurs moins solides ça peut passer. Mais face à des joueurs du Top 10 c’est moins le cas. Tsitsipas me semble un cran au-dessus. Il sait trouver des angles dans le jeu. Il va tenter de faire bouger l’Américain. Je regardais leur historique de matches : ils ont disputé 7 sets au total. 5 sont allés au tie-break. C’est une donnée à prendre à compte au moment de regarder les cotes et les différents paris proposés par les bookmakers. Mais il faut noter que le Grec a progressé face aux meilleurs serveurs du monde. En grande difficulté jusqu'à l'été 2018 (7 défaites en 10 matchs), il a ensuite trouvé les clés pour améliorer son bilan (12 victoires pour 5 défaites).

Andy Murray [WC] vs Milos Raonic

Quel courage du Britannique qui s’est extirpé hier de Zverev… à la Murray, en s’arrachant sur chaque point et comme souvent lorsque l’on croyait Murray à bout physiquement, il sortait de nouveau la tête de l’eau. On le connait, ce qui est presque devenu un jeu d’acteur pour l’Ecossais. Mais on tombe souvent dans le panneau et Zverev est tombé dedans en tout cas hier. Mais comment Murray va-t-il encaisser physiquement enchaînement de ses deux matches à rallonge ? Il aura déjà passé plus de 5 heures sur le court avant d’affronter Raonic sur le Grandstand ce soir. Et quid des qualités de résilience du Britannique face à l’application que met Raonic sur le court en ce moment ? Moqué pour sa photo peu flatteuse il y a quelques semaines aux cotés de Schwartzman, le Canadien a répondu sur le court en sortant deux matches très sérieux. Notamment hier en détruisant le jeu si atypique de Dan Evans. Il semble très bien physiquement et sera lui aussi avantagé par la surface qui semble plus rapide que prévue. Certes Murray n’a rien perdu de sa grande qualité de retourneur et de défense mais le rapport de force semble tourner en faveur du Canadien. Les bookmakers le voient d’ailleurs favori et ce, malgré un historique très largement en faveur de Murray vainqueur 9 fois en 12 confrontations.

L’œil de Florent Serra : Raonic a l’air d’être assez constant. Il tient bien la balle dans le court. Et physiquement il a l’air de tenir. Quand il a confiance dans son physique tout va mieux. Il se déplace mieux, il a confiance en lui. Il bouge bien et ne se pose pas de questions.
Andy Murray c’est un peu la même chose : quand le physique va, tout va. Il sait s’arracher pour aller gagner des matches. Comme il l’a fait sur Zverev hier et Tiafoe au premier tour. Mais attention avec une prothèse de hanche ce genre de matches peut vous faire mal.
Peut-être est-il capable de refaire un exploit ? Mais il faudra que Murray soit hyper réactif sur les jambes. Sera-t-il capable d’être concentré tout le match face au rouleau compresseur qu’est Raonic quand il joue comme ça ? L’enchaînement des matches longs risque de jouer contre l’Ecossais. Beaucoup de paramètres font pencher les choses vers Raonic.


⭐️⭐️⭐️ Raonic bat Murray (1,63)
⭐️⭐️ Struff remporte au moins un set vs Goffin (1,51)
⭐️ Victoire de Struff vs Goffin (2,32) / Plus de 8 jeux pour Sandgren dans le match (1,92) / Plus de 20 jeux dans le match Medvedev vs Bedene (1,71)