Toujours les mêmes gestes depuis 2013, la même déception, le même sentiment d'impuissance. A 10 reprises, le Canadien a tenté de battre Novak Djokovic mais jamais il n'y est parvenu. Et il n'a même réussi à empocher que deux petits sets. Si ce n'est pas évidemment sur terre battue que Milos Raonic avait placé ses pions pour renverser le numéro un mondial (défaites à Rome, Paris et Madrid notamment), certains affrontements sur dur ont laissé un goût amer à l'actuel 30ème mondial. Autant il ne pouvait rien faire à Melbourne en janvier dernier, autant ses défaites à l'ATP Finals en 2016 (7-6, 7-6) ou encore à Cincinnati en 2018 (7-5, 4-6, 6-3) auraient pu basculer en faveur du Canadien puisque seulement cinq points et deux points séparaient les deux joueurs à l'issue des rencontres. Mais comme souvent avec le Serbe, les petits détails tournent souvent à sa faveur.

Ce samedi, en finale de Cincinnati dans le GrandStand de New York, Milos Raonic a l'occasion de soulever son premier trophée depuis 2016 à Brisbane. Le compte des finales perdues depuis cette date a de quoi donner le vertige : six consécutives dont une par forfait face à Jack Sock à Delray Beach.

Sauf que cette fois, Milos Raonic aborde cette finale dans un contexte totalement différent. Il semble avoir laissé derrière lui ces dizaines de blessures accumulées ces dernières saisons et il a réussi la performance de maintenir le même niveau de jeu avant et après l'interruption du circuit. On avait quitté le Canadien en très grande forme à Melbourne, ne cédant qu'en quart de finale face à Novak Djokovic après avoir dominé sans perdre un set Marin Cilic et Stefanos Tsitsipas notamment. Le même Tsitsipas qui d'ailleurs s'est encore incliné ce vendredi face au Canadien, de nouveau en étant incapable de répondre tactiquement au défi proposé par son adversaire. En réalité, Milos Raonic semble même encore meilleur qu'en janvier dernier.

Le parcours du Canadien sur cette édition si particulière du tournoi de Cincinnati était pourtant semé d'embûches. Ses adversaires ne se présentaient pas en victime expiatoire. Querrey, Evans, Murray, Krajinovic et Tsitsipas n'étaient vraiment pas des cadeaux pour un tournoi de reprise. Et pourtant, les chiffres et les statistiques sont affolantes, assourdissantes, clinquantes :
- seulement 12 balles de breaks concédées en 5 matchs
- 96,5% de ses jeux de service remportés (55 sur 57)
- 90 aces
- 87% de points remportés derrière sa première balle (123 sur 139)
- un seul set concédé

Mais le plus étonnant est ailleurs. Alors que Milos Raonic break à peine entre 12% et 13% les jeux adverses sur dur face aux joueurs du top 50 mondial, il a breaké presque 20% depuis le début du tournoi alors qu'il a affronté que des top players.



Novak Djokovic a lui connu une semaine moins fluide. D'abord gêné par une douleur au cou juste avant son entrée en lice, le Serbe a dû s'employer pour sortir Berankis puis a semblé monter en puissance face à Sandgren et Struff avant de montrer à nouveau des signes inquiétants sur le plan physique face à Bautista en demi-finale (cou, vomissement, fatigue). L'intensité de cette demi-finale laissera certainement des traces sur Djokovic, plutôt bien lancé dans le troisième set (5-2 en sa faveur) avant de connaître un black-out total pour se retrouver mené 6-5 avec le service à suivre pour l'Espagnol. Mais l'orgueil du numéro un mondial, sa capacité à se faire mal, à se transcender, à s'appliquer aussi dans les moments chauds, aura eu raison d'un Bautista Agut, qui pourra ruminer cette défaite alors qu'il était à deux points du match...

Pile trois heures de jeu pour une victoire remarquable par la qualité du match mais qui rend cette finale passionnante et incertaine tant le Serbe a dû puiser au plus profond de lui-même pour rester invaincu cette saison (22 victoires en 22 matchs). Certes, Novak Djokovic mène 10-0 dans les confrontations face au Canadien. Certes, le Serbe n'est jamais aussi fort que lorsqu'il est envoyé dans les cordes. Certes, Milos Raonic devra vaincre ses démons pour aller chercher un 9ème titre en carrière (tous sur dur).

Dans cette bulle de New York, tout semble possible. Victoria Azarenka et Milos Raonic sont en finale... Mais seule la victoire (et donc le titre) comptera pour le Canadien.

Et dernier petit détail qui peut compter, Novak Djokovic fera ses débuts à l'US Open ce lundi soir contre Dzumhur. Pas de dérogation pour le numéro un mondial qui devra respecter la programmation des organisateurs. Il aura à peine 48h de récupération donc entre sa finale et son 1er tour. Aura-t-il déjà en tête ce rendez-vous à ne pas manquer lui qui vise un 18ème Grand Chelem ?

L’œil de Julien Varlet : Milos Raonic joue plus intelligemment sur ce tournoi, il est parvenu plus que d'habitude à s'adapter au jeu de l'adversaire, à faire le dos rond lorsque c'était nécessaire sans vouloir imposer son jeu coûte que coûte. Sur certains moments de ses matchs, notamment lorsque Krajinovic sert pour le match, il a commencé à faire des slices en revers pour casser le rythme et cela a fait déjouer le Serbe qui a perdu son service et relancer le Canadien. Cette variation dans le jeu lui a permis de faire la différence face à des adversaires d'un certain calibre toute la semaine. Mon interrogation sera la condition physique de Djokovic. J'ai été surpris qu'il se fasse manipuler le cou pendant sa demi-finale. Si Djokovic est à 100%, il justifiera amplement son statut de favori mais on voit bien que les cotes n'ont plus rien à voir avec celles des demi-finales. Le Serbe est favori certes mais les bookmakers ont aussi des doutes sur la capacité du numéro un mondial à repartir au combat 24 heures après ce match de trois heures face à Bautista durant lequel il a beaucoup puisé pour aller chercher la victoire. Je suis perplexe devant ce match. Je vois Raonic remporter au moins un set et malgré sa série de 10 défaites consécutives, je ne serai pas surpris de voir le Canadien s'imposer. Djokovic s'en est sorti hier grâce à sa qualité de service. Il a mis énormément d'aces dans les moments importants et sa qualité de première lui a permis de rester à flot mais il était loin de son meilleur niveau sur l'ensemble du match. Je n'imagine pas Djokovic élever son niveau de jeu d'un jour sur l'autre pour aller balayer Raonic en deux sets. Je ne suis pas surpris de le voir breaker autant cette semaine, il a vraiment bien tenu la balle, surtout contre Tsitsipas en demi-finale. Il a commis seulement 11 fautes directes face au Grec. S'il parvient à maintenir ce niveau qu'on avait déjà entrevu à Melbourne, il aura les armes pour prendre au moins un set.


⭐️⭐️⭐️ ---
⭐️⭐️ Raonic remporte au moins un set (1,88)
⭐️ Raonic bat Djokovic (3,60)