C’est parti, la saison de terre battue débute enfin ! En septembre ? Oui, oui, en septembre ! Allez, on ne vous refait pas le film, vous connaissez les raisons. En tout cas, les amateurs de la surface ocre se pourlèchent les babines car le tournoi de Kitzbühel ouvre une jolie série d’épreuves, qui verra les joueurs se rendre ensuite à Rome, Hambourg et à Roland Garros. Au programme ce mardi, 4 rencontres du premier tour marquées par le grand retour de Kei Nishikori, un an après. À suivre aussi, un duel entre deux grands malheureux de l’US Open, Guido Pella et Yoshihito Nishioka.


Kei Nishikori vs Miomir Kecmanovic

Cela fait un an tout pile qu’on n’avait pas vu Kei Nishikori sur un terrain de tennis. Cela remonte à l’US Open 2019, une sortie prématurée au troisième tour après une défaite face à Alex de Minaur. Depuis, nada ! L’ancien N°4 mondial a accumulé les soucis. D’abord, une grave blessure au coude, l’empêchant de terminer la saison dernière mais aussi de débuter la suivante. Ensuite, le coronavirus, qu’il a contracté courant août et qui l’a contraint à déclarer forfait à la fois pour le Masters 1000 de Cincinnati et pour le Majeur américain. Vous l’avez compris, le retour sur le court du Japonais est synonyme de grande inconnue. D’autant que les conditions de jeu à Kitzbühel (près de 800 mètres d’altitude) favorise soit les joueurs offensifs, soit les gros lifteurs, dont les balles prendront de la vitesse, pour ne pas dire s’envoler. Pas vraiment les caractéristiques de Kei Nishikori. Heureusement, il peut se targuer de disposer d’un bilan flatteur sur terre battue (71% de victoires en carrière).

La chance du Japonais, c’est d’affronter un homme dont les performances n’inspirent pas grande confiance. D’abord sur le plan conjoncturel, puisque Miomir Kecmanovic n’a pas dépassé le deuxième tour à l’US Open, même si sa défaite en 4 manches face à Roberto Bautista-Agut était attendue. Ensuite, sur le plan structurel, et c’est l’argument le plus convaincant, le Serbe n’a quasiment aucune référence respectable sur terre battue (une seule victoire sur le circuit principal pour 3 revers). Une faiblesse bien évidemment liée à son jeune âge (21 ans), mais pas seulement. Si on analyse dans le détail ses matchs sur la surface rouge-orangée lors de la saison 2019, on relève en réalité 4 défaites supplémentaires, toutes subies en qualifications. Voilà qui n’est pas de nature à pencher du côté du 47ème mondial, même si les cotes, parfaitement équitables, ne sont de toute façon pas très engageantes des deux côtés.

L’oeil de Rodolphe Gilbert : Moi je vois Miomir Kecmanovic s’imposer ! Franchement, pour Kei Nishikori, reprendre en altitude sur terre battue, ce n’est pas un cadeau. Les conditions sont très particulières, très rapides. On peut même dire que cette terre n’a pas grand chose à voir avec la terre de Roland Garros. Le Japonais n’a pas encore de rythme, alors que le Serbe est déjà prêt, et c’est un joueur qui s’accroche. Ce sera donc compliqué pour Nishikori. Le seul bémol concernant Kecmanovic, c’est qu’il n’est pas un spécialiste de cette surface, mais comme ce n’est pas vraiment de la terre…


Guido Pella vs Yoshihito Nishioka

En voilà deux joueurs qui n’ont pas eu de chance lors de leur séjour passé de l’autre côté de l’Atlantique ! Guido Pella, d’abord, a connu l’exclusion du Masters 1000 de Cincinnati… sans même avoir pu y participer - rien à voir avec la disqualification de Novak Djokovic, donc. La « faute » à son préparateur physique, Juan Manuel Galvan, qui a été testé positif à la Covid-19. La faute aussi au règlement assez strict élaboré par la Fédération américaine de tennis (USTA), obligeant les cas contacts, même négatifs, à rester enfermer dans leur chambre durant une grosse dizaine de jours. Compliqué, voire impossible alors, de préparer le tournoi suivant dans de bonnes conditions. Voilà sans doute pourquoi le 36ème mondial n’a pas existé face au jeune américain J. J. Wolf au premier tour de l’US Open. Surtout, l’Argentin a exprimé son mécontentement lorsqu’il a vu, à Flushing Meadows, des joueurs et des joueuses bénéficiant d’un traitement différent alors qu’ils avait eux aussi été en contact avec une personne positive au coronavirus, en l’occurrence Benoit Paire. C’est sûr, Pella a dû avoir le moral dans les chaussettes et retrouver sa chère terre battue doit lui redonner un tant soit peu le sourire.



C’est en effet sur cette surface que l’Argentin a obtenu ses meilleurs résultats, et de loin ! Un titre (Sao Paulo 2019) et 4 finales (Rio 2016, Munich 2017, Umag 2018 et Cordoba 2019), soit l’intégralité de son palmarès. Méfiance tout de même, puisque Guido Pella avait complètement raté la tournée sud-américaine en début de saison en raison d'un pépin physique : 2V/2D cumulées à Cordoba, Buenos Aires et Rio. L’Argentin part logiquement favori face à Yoshihito Nishioka qui n’a jamais réussi à trouver ses repères sur terre (2 petites victoires pour 8 défaites, soit un bilan catastrophique). Pourtant, le Japonais avait failli faire tomber Juan Martin Del Potro à Roland Garros l’année dernière. Le mystère plane… Là où il n’y a pas de mystère, c’est concernant l’état d’esprit actuel du 49ème mondial, forcément touché après sa cruelle défaite au premier tour de l’US Open. En effet, après avoir mené 2 manches à rien et s’être procuré une balle de match, Nishioka s’est finalement incliné en 5 sets face à Andy Murray. Dur, dur !

Une petite info pour conclure : les deux gauchers, qui s’affrontent pour la première fois, ont tous les deux un bilan négatif face aux… gauchers. Il faudra pourtant bien que l’un des deux s’impose !

L’oeil de Rodolphe Gilbert : Encore une fois, il faut analyser cette rencontre en fonction des conditions de jeu, pas habituelles sur terre battue. Petit avantage selon moi pour le favori des bookmakers ! Guido Pella fait bien gicler la balle, il pourra prendre de la hauteur au rebond. Après, l’Argentin a pris un sacré coup sur la tête à New York. Il a dû beaucoup s’énerver dans sa chambre d’hôtel durant Cincinnati et à l’US, je ne l’ai pas du tout trouvé bon. Lui qui est d’habitude si solide, on a senti qu’il n’avait pas encore digéré cette histoire. Même chose pour Yoshihito Nishioka qui doit se remettre de sa défaite difficile à encaisser.


Hubert Hurkacz vs Joao Sousa

Selon les bookmakers, Hubert Hurkacz part avec un bon avantage (65%). Voici peut-être une belle occasion de faire déjouer les pronostics, tant le Polonais est en difficulté lorsqu’il s’agit de fouler la surface ocre. Depuis le début de sa carrière professionnelle, il n’a tout simplement remporté que 5 matchs (pour 11 défaites) sur terre battue. Pour être plus précis, le Polonais a même totalement raté sa saison 2019 sur cette surface, puisqu’à l’exception de Madrid où il a passé deux tours en sortant Alex de Minaur et Lucas Pouille, il a perdu dès son entrée en lice dans toutes les autres épreuves auxquelles il a participé (Monte-Carlo, Budapest, Rome, Lyon et Roland Garros). En outre, il n’a pas eu la chance d’enchaîner les rencontres depuis la reprise du circuit, puisqu’il a échoué au premier tour à Cincinnati (face à John Isner) et au deuxième tour à l’US Open (contre Alejandro Davidovich Fokina). Une note positive en revanche : les conditions de jeu à Kitzbühel. Le service puissant et les frappes sèches du 33ème mondial pourraient lui permettre de s’affirmer.

Son adversaire est nettement plus à l’aise sur terre battue. Joao Sousa a grandi sur cette surface, et ça se voit ! À son palmarès, un titre (Estoril 2018) et 4 finales (Bastad 2014, Genève 2015, Umag 2015 et… Kitzbühel 2017). Comme quoi, le Portugais arrive en Autriche en terrain connu. Autre avantage, il a déjà dominé Hubert Hurkacz lors de leur premier affrontement. Mais c’était sur gazon, à Halle, l’année dernière. Bizarre, vous avez dit bizarre… Moins drôle, le niveau de jeu du 68ème mondial, en berne depuis maintenant un an : 4 petites victoires pour 11 défaites ! Pire encore, en 2020, il a perdu tous ses matchs (6), mis à part son succès en Coupe Davis début mars contre le Lithuanien Julius Tverijonas, classé… au 791ème rang à l’ATP ! Dans ce marasme ambiant, faites vos jeux, mais ne misez pas votre maison ! 

L’oeil de Rodolphe Gilbert : C’est un match de mecs qui ne jouent pas bien ! Toujours difficile dans cette situation de prendre position. C'est à celui qui sera le moins mauvais ou qui ressortira la tête de l'eau. Les conditions de jeu rapides avantagent forcément le Polonais, plus grand, plus puissant et meilleur serveur que Sousa. Je peux comprendre son statut de favori en raison des résultats très médiocres de Sousa ces derniers mois. Je l'ai vu jouer à l’US Open, il a vraiment beaucoup baissé de niveau, c’était presque inquiétant. Sur une terre battue plus traditionnelle, plus lourde, j’aurais sans doute vu un match plus équilibré. Mais la qualité de service du Polonais peut faire la différence sur cette terre de Kitzbühel. Selon moi, les balles d'Hurkacz vont voler et prendre de vitesse Sousa. Comme le Portugais prend la balle tard et a besoin de temps pour préparer ses frappes, il risque de souffrir sur ce match, à condition que le Polonais trouve un bon pourcentage de premières balles sinon il se fera agresser sur ses secondes et Sousa aura toutes ses chances.


Radu Albot vs Sebastian Ofner

C’est la rencontre la moins attendue de cette journée. Côté stars de la raquette, on repassera ! Mais il ne faut pas s’arrêter là, car sur le plan de l’intérêt du match, il y a des choses à dire. Et oui, alors que Radu Albot est largement mieux classé (70ème) que son adversaire (159ème), c’est pourtant Sebastian Ofner qui endosse le costume de favori selon les bookmakers (65%). Alors pourquoi ? Peut-être parce que le joueur moldave n’a toujours pas remporté un seul match depuis le début de l’année : 9 matchs, 9 défaites, en comptant ses échecs au Challenger d’Indian Wells face à Mitchell Krueger, modeste 220ème mondial, et lors des qualifications du Masters 1000 de Cincinnati, contre Grégoire Barrère. À l’US Open, il a aussi perdu d’entrée, contre Norbert Gombos, en 3 sets secs. Pire encore, sur l’ensemble de ses 9 revers, il n’a empoché que 2 petites manches. Bref, n’en jetez plus, rien ne va plus pour Radu Albot, qui avait pourtant réalisé sa meilleure saison l’année dernière, avec notamment son premier titre (Delray Beach) et 3 derniers carrés à Montpellier, Genève et Los Cabos.

De son côté, Sebastien Ofner, invité par les organisateurs, n’a pas joué un seul match sur le grand circuit en 2020. Normal, son classement (N°159) l’oblige à disputer des tournois secondaires - il n’a d’ailleurs joué que 15 matchs dans l’élite, alors qu’il a déjà 24 ans. Il n’a pas vraiment brillé dans les Challengers depuis le début de l’année. Son meilleur résultat ? Un quart de finale à Prague il y a deux semaines. À part ça, il compte 4 titres dans cette catégorie d’épreuves, dont un sur terre. Deux arguments plaident en faveur de son statut de favori. Premièrement, il est Autrichien, et les bookmakers semblent avoir enregistré ce fait comme un élément déterminant. Deuxièmement, c’est justement à Kitzbühel qu’il a réalisé l’exploit de sa carrière : une demie en 2017, après avoir éliminé Nikoloz Basilashvili, Pablo Cuevas - à l’époque  N°27 mondial - et Renzo Olivo, avant de chuter face à Joao Sousa. De quoi lui donner en effet des idées !