Soyons honnête, après l’élimination surprise de Stefanos Tsitsipas et la disqualification choc de Novak Djokovic dans le haut du tableau, tous les regards ont pointé vers la partie basse, plus relevée, plus alléchante. Dès les huitièmes de finale, les observateurs se délectaient d’avance d’une demie de poids, entre Dominic Thiem d’un côté et Matteo Berrettini, Andrey Rublev ou Daniil Medvedev de l’autre. La logique ayant été respectée, c’est bien ce dernier qui a su s’extirper jusqu’au dernier carré. Voilà, on y est, les deux joueurs les mieux classés (N°3 et N°5) encore en course dans le tournoi vont s’affronter, une confrontation qui ressemble fortement à une finale avant l’heure. En effet, outre leur rang, l’Autrichien et le Russe ont également été les deux joueurs les plus impressionnants depuis le début de cet US Open. Le premier n’a perdu qu’une seule manche (contre Marin Cilic, au troisième tour). Le second a fait encore mieux : aucun set concédé, trois 6-2, deux 6-1 et un 6-0 parmi les 15 manches qu’il a remportées.

En quart de finale, Dominic Thiem a offert une démonstration, dans la continuité de ce qu’il avait montré au tour précédent face à Felix Auger-Aliassime. Surpuissance au service, surpuissance en coup droit, surpuissance en revers : tout juste impressionnant ! Les statistiques témoignent de son agressivité : 43 points gagnants, 83% de points gagnés derrière sa première balle de service et 75% au filet (12/16), le tout face à un Alex de Minaur dépassé. L’Autrichien l’a avoué en conférence de presse : « C’était presque parfait ! » De son côté, Daniil Medvedev a connu pour la première fois depuis le début de Flushing Meadows un moment d’inquiétude. Oh, pas très long, l’espace de 3 points, lorsqu’il a dû écarter 3 balles de set, alors mené 3 points à 6 dans le tie-break de la première manche. Ensuite, le diabolique et infatigable Russe a maîtrisé son sujet, voire par instants écœurer son compatriote Andrey Rublev. Sa carte de visite à l’issue de ce quart de finale est encore plus éloquente que celle de Dominic Thiem : 89% de points empochés derrière sa première et 51 points gagnants au total.  

Voici donc un face-à-face entre deux hommes dont le CV en Majeur leur ouvre grand les portes pour un premier sacre dans la catégorie reine des tournois. Au nombre de finales disputées, avantage à l’Autrichien, qui en a déjà joué 3 : Roland Garros, en 2018 et 2019, et l’Open d’Australie en début d’année. Le Russe n’en a joué qu’une, en 2019, mais c’était à l’US Open et il avait bien failli faire chuter Rafael Nadal. C’est aussi Dominic Thiem qui mène leur duel : 2/1. Mais attention, c’est bien Daniil Medvedev qui a remporté la dernière victoire, dans des conditions similaires, au Masters 1000 du Canada la saison dernière. Les bookmakers donnent un léger avantage au protégé de Gilles Cervara. Comment l’expliquer ? Sans doute parce que le Russe dégage une sérénité, ainsi qu’une solidité, plus conséquente que l’Autrichien. Certes, Thiem est capable de sortir des revers extraterrestres et sa balle est si lourde qu’elle semble creuser au fil de la rencontre la tombe de son concurrent. Mais à trop vouloir enfoncer l’adversité, l’élève de Nicolas Massú manque parfois de précision et de régularité. Sur les trois derniers matchs, Thiem a commis 83 fautes directes, presque 20 de plus que Medvedev. Aussi, l’Autrichien est moins performant que le Russe derrière sa seconde balle de service (51% contre 60%). Alors forcément, Thiem concède davantage de balles de break (18 contre 5). Voilà ici l’une des clés du match : pour s’imposer, le N°3 mondial aura tout intérêt à soigner ses mises en jeu.          

L’oeil de Florent Serra : En réfléchissant à cette affiche, j’ai pensé d’abord que si Daniil Medvedev arrivait à rester constant au niveau de l’attitude, sur la longueur du match, il avait les armes pour s’imposer. Mais il lui faut éviter certaines sautes de concentration. Il possède aussi ce fameux revers long de ligne qui va sans doute faire des dégâts sur le côté ouvert de Dominic Thiem. Mais après réflexion, je sens bien l’Autrichien. Il a une balle très lourde et je crois que son jeu peut gêner le Russe. Il va pouvoir le faire sortir avec ses angles courts croisés. Son kick au service va également perturber Medvedev. Bref, sur la longueur, en 5 manches, je pense que Thiem devrait gagner. Pas sur le plan physique, mais sur le plan mental. Il est davantage constant psychologiquement que Medvedev. Même quand quelque chose ne se passe pas bien pour lui, l’Autrichien reste un guerrier, c’est peut-être moins le cas pour le Russe, qui connait quelques passages à vide. Contre Andrey Rublev, Medvedev a profité de la frustration de son compatriote. Mais Thiem, même en difficulté, ne devrait pas connaître ces problèmes de concentration. Du coup, Medvedev ne profitera pas, ou moins, de points gratuits. Ce sera très serré, mais c’est peut-être le tournoi de Dominic Thiem.

Le tennis est un sport incroyable ! Si vous lisez ces lignes, c’est que vous le savez déjà. La demi-finale entre Alexander Zverev et Pablo Carreno-Busta pourrait bien confirmer une nouvelle fois l’adage. Et oui, malgré les apparences, malgré les caractéristiques athlétiques, malgré les experts (qui donnent un large avantage au joueur allemand : 70%), qui peut aujourd’hui affirmer avec force qu’il est prêt à miser sa maison sur une victoire germanique ? Peut-être pas grand monde. Alors oui, Alexander Zverev est plus grand (1m98 contre 1m88), plus puissant, plus glamour, mieux placé dans la hiérarchie (N°7 contre N°27) et, contrairement à l’Espagnol, il a déjà remporté des épreuves de prestige (le Masters 2018 et 3 Masters 1000 : Rome 2017, Canada 2017 et Madrid 2018). Oui aussi, il a réussi cette année à l’Open d’Australie a briser le plafond de verre qui l’empêchait d’atteindre le dernier carré dans les tournois du Grand Chelem (après 18 tentatives infructueuses). « J’ai davantage d’expérience aujourd’hui et je gère avec plus de calme ces matchs si cruciaux, les Majeurs, ces tournois qui depuis tout petit me donnent envie de jouer au tennis », expliquait-il après son succès face à Borna Coric en quart de finale. 

Les supporters du frère cadet de Mischa ont néanmoins de quoi rester sur leurs gardes. Si son palmarès est nettement moins généreux (4 titres dans des tournois ATP 250), Pablo Carreno-Busta est un redoutable joueur de dur extérieur. En atteste une demi-finale à l’US Open - déjà - en 2017, ainsi que deux derniers carrés supplémentaires en Masters 1000, à Indian Wells en 2017 et à Miami en 2018 - c’est justement Alexandez Zverev qui avait stoppé l’Espagnol en Floride (7-6, 6-2). Certes, face aux membres du TOP 10, le joueur originaire de Gijon n’a battu que Kevin Anderson dans des conditions similaires. Mais oublions le passé et concentrons nous plutôt sur la valeur actuelle et le caractère de Carreno Busta afin d’analyser au mieux cette demi-finale. Clairement, sa constance et son esprit de combativité pourraient poser de gros problèmes au favori allemand. L’Espagnol est un excellent contreur et surtout il ne lâche jamais rien.

L’un comme l’autre ont dû se résoudre à lâcher 4 manches lors de leur parcours. Pour Zverev, une contre Kevin Anderson, une contre Brandon Nakashima, une contre Adrian Mannarino et une contre Borna Coric. Pour Carreno, deux dès le premier tour face à Yasatuka Uchiyama, puis deux autres en quart de finale face à Denis Shapovalov. Souffrant du dos à l’issue du quatrième set (encaissé 6/0), l’Espagnol a su trouver les ressources pour s’imposer face au Canadien. Sur le plan physique, l’ancien N°10 mondial semble très au point. Toutefois, son bilan en carrière en 5 manches est négatif (4V/9D), alors que celui de Zverev est largement positif (13V/6D). Un autre aspect à prendre en compte : la concentration. Le joueur allemand a parfois du mal à rester focus durant un match entier, une des raisons pour lesquelles il commet tant de doubles fautes (41 depuis le début du tournoi). Un conseil pour Alexander Zverev ? Passer le maximum de premières !  

L’oeil de Florent Serra : Je trouve Alexander Zverev très solide. Mais tout dépend du déroulement du match. En 5 manches, ça peut tourner en faveur de Pablo Carreno-Busta. Evidemment, si l’Allemand envoie du lourd au service, il va gagner un tas de points en un ou deux coups de raquette. En revanche, sur ses secondes, méfiance, car l’Espagnol est capable de l’agresser. Il peut le faire douter. Bien sûr, Carreno couvre très bien son terrain, mais il court davantage. Donc attention sur le plan physique à ne pas trop se fatiguer. Mais s’il est au point physiquement, il peut venir créer la surprise et profiter des hauts et des bas que connait Zverev sur le plan mental. L’Allemand est obligé d’être offensif, sans trop se précipiter non plus. Mais s’il entre dans une filière de points longs, il va se faire « endormir » par Carreno-Busta et cela deviendra difficile pour Zverev.. L’Espagnol va poser son jeu, puis peut-être même finir quelques points au filet pour achever son travail de sape. On peut vraiment croire à la surprise Carreno, d’autant qu’il va sans doute rater beaucoup moins que son adversaire. Vu les cotes, si cela avait été du 50/50, j’aurais mis Zverev. Mais à 70/30, soit je mise sur l’Espagnol, soit je ne mise pas du tout. 


⭐️⭐️⭐️ ---
⭐️⭐️ Au moins 4 sets dans le match Zverev vs Carreno (1,45)
⭐️Thiem bat Medvedev (2,05)