S’il y en a un qui doit ressentir une petite pression avant de taper ses premières balles à Hambourg, c’est bien lui ! Annoncé au début de la saison comme l’un des prétendants les plus sérieux pour faire tomber Novak Djokovic et Rafael Nadal, Stefanos Tsitsipas a bien du mal à passer la vitesse supérieure. Au contraire d’un Dominic Thiem, victorieux à l’US Open, voire d’un Alexander Zverev, finaliste à Flushing Meadows, ou même d’un Denis Shapovalov, demi-finaliste à Rome et quart de finaliste à New York. Certes, au début de l’année, le N°6 mondial a glané un trophée, à Marseille, et atteint la finale à Dubaï. Il n’empêche, le Grec n’a clairement pas brillé dans les tournois les plus prestigieux : élimination au troisième tour à l’Open d’Australie et à l’US Open, sortie de route d’entrée au Masters 1000 de Rome. Sa demie à Cincinnati sauve un peu ses résultats peu flatteurs, mais cela ne suffit pas à rassurer les observateurs à quelques jours du début de Roland Garros. Car bien sûr, le Majeur parisien est le prochain objectif… majeur de Tsitsipas. Autant dire qu’il n’aura pas vraiment droit à l’erreur.

Le voici donc à Hambourg en quête de confiance afin d’arriver dans la capitale française avec un… capital confiance plus dense qu’aujourd’hui. Sur ce plan, il peut déjà se reposer sur quelques certitudes. Sur terre battue, son bilan est favorable : 26 succès pour 14 défaites, soit un taux de 65% de réussite. Côté palmarès, il compte un titre à son actif (Estoril 2019) et deux finales (Barcelone 2018 et Madrid 2019). Au passage, quelques victoires significatives : Fernando Verdasco, Pablo Carreno Busta, Alexander Zverev et surtout Dominic Thiem et Rafael Nadal. Autre facteur d’encouragement, le Grec devrait pouvoir se régler tranquillement lors de son premier tour à Hambourg. En effet, son adversaire est extrêmement fébrile sur la surface rouge-orangée. C’est bien simple, sur le circuit principal, Daniel Evans n’a remporté que deux matchs sur l’ocre - contre Thiago Monteiro et Mischa Zverev à Barcelone en 2017. Il y a quelques jours à Rome, le Britannique s’est incliné d’entrée face à Hubert Hurkacz, en 3 manches. Voilà de quoi lancer Stefanos Tsitsipas sur la bonne voie…        

L’oeil de Rodolphe Gilbert : Commencer son tournoi en jouant Daniel Evans, c’est bien pour Stefanos Tsitsipas ! Le Britannique n’est pas un joueur de terre et n’est pas un gros frappeur, donc il va laisser le temps au Grec de se régler et de prendre le dessus en puissance. Certes, Evans possède un super touché et sait faire beaucoup de choses. Mais ça devrait ne pas suffire. C’est un bon premier tour pour mettre son jeu en place, ce n’est pas comme si Tsitsipas jouait un gros cogneur comme Struff. Là, il va pouvoir trouver des repères.


Casper Ruud vs Benoit Paire

Sur le papier et, à la vue des derniers résultats des deux joueurs, voici une rencontre très déséquilibrée. Casper Ruud fait d’ailleurs figure de grand favori selon les bookmakers (1,20 contre 4,50). Rien de plus logique. Le Norvégien fait aujourd’hui partie des meilleurs joueurs du monde sur terre battue (7ème au nombre de points obtenus). Devant lui, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Dominic Thiem et peut-être Diego Schwartzman, mais sans doute pas grand monde lui est supérieur actuellement. Cette saison, il affiche un bilan élogieux sur la surface ocre : 12 victoires pour 3 petites défaites. Ruud a remporté au début de l’année son premier titre en carrière à Buenos Aires, avant d’enchaîner avec une finale à Santiago. La semaine dernière, le Norvégien s’est hissé pour la première fois dans le dernier carré d’un Masters 1000, à Rome. Sur son parcours, il a fait tomber Karen Khachanov, Lorenzo Sonego, Marin Cilic et Matteo Berrettini. En demie, il a bien failli enlever la première manche à Novak Djokovic, futur vainqueur de l’épreuve. Le voici aujourd’hui 30ème mondial, son meilleur classement en carrière. Bonne nouvelle supplémentaire, il a bénéficié de deux jours pleins (lundi et mardi) pour se reposer entre le tournoi de Rome et celui de Hambourg.

En face, Benoit Paire présente un profil quasi symétriquement opposé. D’abord, le Français n’arrive pas du tout à développer son jeu cette année. Depuis sa finale à Auckland au mois de janvier, il présente un ratio délicat de 3 petits succès pour 7 défaites. Ensuite, la reprise du circuit a été plus que compliquée. Malade, il a dû abandonner au premier tour du Masters 1000 de Cincinnati face à Borna Coric. Puis, il a été exclu de l’US Open, après avoir été testé positif au coronavirus. Résultat, le N°25 mondial a été contraint de rester enfermé dans sa chambre d’hôtel durant une petite quinzaine de jours. À son arrivée à Rome, il a demandé à débuter l’épreuve le mardi, afin de bénéficier d’un jour de préparation supplémentaire. Mais sa requête n’a pas été entendu. Frustré, il a proposé une parodie de match et s’est incliné sèchement contre Jannik Sinner (6-2, 6-1). Difficile dans ces conditions de voir Benoit Paire s’imposer face à Casper Ruud. Une note d’espoir tout de même : le tricolore avance quelques jolies références sur terre battue : 3 trophées remportés (Bastad 2015, Marrakech 2019 et Lyon 2019) et un huitième de finale à Roland Garros la saison passée.

L’oeil de Rodolphe Gilbert : D’un côté, Casper Ruud est sur une superbe dynamique. Une demie à Rome et il a même réussi à inquiéter un peu Novak Djokovic. C’est aussi un joueur très rigoureux. Un vrai joueur de terre qui utilise des trajectoires de terrien. Il est forcément grand favori de ce match. D’autant que s’il est venu à Hambourg, c’est pour jouer le tournoi à fond, j’en suis sûr. De l’autre côté, Benoit Paire n’a « presque » pas joué à Rome. On n’a donc pas de références le concernant. Après, il peut se réveiller d’un coup. Quand il joue bien, il peut embêter beaucoup de monde. Avec ses amorties, ses changements de rythme et son revers magnifique. Mais comment régler tous ses problèmes en une semaine ? Pas évident. Car à Rome, certes il était énervé, mais il n’y avait pas que ça. Je l’ai trouvé lent sur le terrain. C’est vrai qu’il avait été enfermé dans sa chambre à New York pendant 15 jours. Et quand on reprend sur terre, on a souvent besoin d’un bon volume d’heure pour maîtriser les trajectoires et les glissades. A t-il profité de cette petite semaine pour bien se préparer ? On verra. Pas sûr que cela suffise, mais ça serait bien qu’il montre une certaine progression. A son meilleur niveau, Benoît a évidemment le talent pour rivaliser avec Ruud.


Andrey Rublev vs Tommy Paul

À Hambourg, les cogneurs sont avantagés. Comme la terre est lourde et humide, il faut avoir du feu dans le bras pour faire avancer la balle. Il suffit d’ailleurs de regarder le patronyme des derniers vainqueurs pour finir de s’en convaincre : Rafael Nadal, Martin Klizan, Leonardo Mayer et Nikoloz Basilashvili (à deux reprises). En matière de gros bras, voici une rencontre de poids. Andrey Rublev et Tommy Paul sont deux puncheurs, mais évidemment, c’est le premier qui part largement favori. D’abord parce que le Russe est l’un des 5 meilleurs joueurs du circuit depuis un an. Son bilan ? 51 victoires pour 17 défaites, soit 75% de réussite. C’est d’ailleurs à Hambourg qu’il a débuté son ascension. L’année dernière, il avait atteint la finale du tournoi allemand, après avoir dominé Cristian Garin, Casper Ruud, Pablo Carreno-Busta et Dominic Thiem. Renversant ! Depuis, il a empoché 3 titres (Moscou, Doha et Adélaide) et atteint les quarts à Cincinnati (en 2019) et à l’US Open (en 2020). Toujours aussi destructeur, son jeu est aussi plus construit et plus réfléchi. Le 14ème mondial a certes perdu dès le deuxième tour à Rome (contre Hubert Hurkacz), mais on plaide pour la thèse de l’accident, après son retour de New York.

On l’a dit, son adversaire frappe aussi très fort dans la balle. Tommy Paul est un joueur « typique » de l’école américaine de tennis : un gros coup droit et beaucoup d’énergie à revendre. Seulement, même si le joueur US a remporté Roland Garros chez les juniors en 2015 - un an après Andrey Rublev d’ailleurs -, il ne présente pas les mêmes garanties ni la même expérience que le Russe sur le circuit professionnel. Certes, il aime s’exprimer sur terre, comme sur dur. Il a remporté 4 titres en Challenger, un sur l’ocre et les autres sur ciment. Mais dans la catégorie supérieure, son bilan est encore neutre : 20V/22D. Sur terre, simplement 3 rencontres disputées dans l’élite. Avant la pause forcée, il avait franchi un palier en enchaînant les bonnes prestations : une demie à Adélaide, un quart à Acapulco et un troisième tour à Melbourne, avec au passage des succès de choix face à Grigor Dimitrov et Alexander Zverev. Mais depuis la reprise, avant de débarquer en Allemagne, il n’a pas gagné un match. Il a été battu d’entrée à Cincinnati, à l’US Open et au premier tour des qualifications à Rome. Heureusement pour lui, le 59ème mondial vient d’enchaîner trois succès en qualifications d'abord face à Joao Sousa et Alexander Bublik puis au premier tour face à Kevin Anderson. De là à battre Andrey Rublev, il y a un monde…

L’oeil de Rodolphe Gilbert : Tommy Paul sait jouer sur terre. Il a gagné Roland Garros junior. Il a un beau tennis. Petit à petit, il grimpe au classement. L’été dernier, il avait gagné quelques matchs sur le circuit et cela a continué en début d’année. Le problème, c’est qu’il tombe sur un Andrey Rublev qui a bien envoyé dès le premier tour. Le Russe est donc logiquement favori. En outre, Rublev joue tous les tournois à fond, il n’est pas dans le calcul. Donc, sa puissance de frappe devrait faire la différence, même si on peut voir un joli duel.

Roberto Bautista Agut vs Dominik Koepfer

Dominik Koepfer est presque l’homme à battre en ce moment sur terre battue. Une vraie surprise pour les observateurs du tennis, car ce joueur ne compte à 26 ans qu’une vingtaine de matchs sur le circuit principal, toutes surfaces confondues. Surtout, il n’avait jamais remporté un match sur l’ocre avant sa merveilleuse semaine romaine. Après une élimination au premier tour des qualifications à Kitzbühel, l’Allemand a en effet sorti le grand jeu dans la capitale italienne pour connaître la plus belle semaine de sa carrière. Il a aligné 6 victoires consécutives (dont 2 en qualifications), dominant au passage Alex de Minaur, Gaël Monfils et Lorenzo Musetti. Il a ensuite échoué en quart de finale face à Novak Djokovic, non sans lui avoir pris une manche. Résultat, Koepfer a fait un bond de 31 places et le voici aujourd’hui 66ème, soit son meilleur classement en carrière. Bénéficiant du statut de spécial exempt, l’Allemand a démarré très poussivement le tournoi de Hambourg en battant Yoshihito Nishioka en 3 sets. Le contre-coup physique peut-être de son parcours à Rome.

Est-ce que son bon niveau de jeu actuel lui permettra de prendre le dessus sur Roberto Bautista Agut ? Pas évident. Devenu papa il y a une semaine, on aurait pensé que l'Espagnol n'aurait pas trop la tête au tennis à quelques jours des débuts de Roland Garros mais face à Basilasvhili, RBA a sorti une partition parfaite. Certes, il faut rappeler que la terre n’est pas sa surface de prédilection, lui qui préfère contrer et s’appuyer sur des balles à hauteur de hanche, voire plus basses encore. Sur le plan statistique, il ne compte qu’une demie en Masters 1000 et 2 quarts en ATP 500 sur 22 tournois disputés sur l’ocre. Sauf que Bautista se doit absolument de bien préparer Roland Garros, lui qui n’a pas encore jouer sur terre cette année, zappant Rome en raison de la naissance de son enfant. On peut donc parier que l’Espagnol sera finalement particulièrement concentré durant cette semaine hambourgeoise, comme il l’a déjà montré au premier tour en dominant en deux sets secs (6-4, 6-3) le double tenant du titre du tournoi allemand, Nikoloz Basilashvili, en net regain de forme sur cette rencontre qui aurait pu tourner en sa faveur.


Felix Auger-Aliassime vs Alexander Bublik

Voilà un match qui ne manque pas de piment ! Entre l’énigmatique et fantasque Alexander Bublik et la pépite canadienne Felix Auger-Aliassime, ça va cogner et ça va… servir ! Les deux hommes sont en effet très solides derrière leurs premières balles de service. D’ailleurs, ils n’ont laissé que très peu de miettes à leurs adversaires : 82% de points gagnés pour FAA face à Lorenzo Sonego et 85% pour le Kazakh contre Albert Ramos-Vinolas. Ce dernier est pour le moment le chanceux de la semaine à Hambourg. Battu par Tommy Paul au dernier tour des qualifications, il a finalement été repêché grâce au forfait de Diego Schwartzman, après le formidable parcours de l’Argentin à Rome. Sur terre, Bublik ne présente que très peu de références : seulement 6 matchs sur le grand circuit avant le début du tournoi de Hambourg. Il faut dire que son jeu, à la fois puissant et délié, se prête davantage à la surface dure. Pour l’anecdote, il a quand même pris une manche à Dominic Thiem au deuxième tour de Roland Garros l’année dernière.

Felix Auger-Aliassime est plus à l’aise sur l’ocre. Malgré son jeune âge (21 ans), il est de toute façon déjà un joueur complet, qui possède un profil capable de s’adapter sur toutes les surfaces. Il a d’ailleurs joué des finales (5) sur dur, sur gazon et sur terre. En 2019, à Rio puis à Lyon, il a battu Fabio Fognini, Cristian Garin, Pablo Cuevas ou encore Nikoloz Basilashvili. Le Québécois a également atteint la finale de Roland Garros junior en 2016 et remporté 3 trophées dans la catégorie Challenger sur cette surface. Il y a encore des choses à régler, notamment la gestion de ses temps faibles ainsi qu’une propension à commettre trop de doubles fautes. Il s’est d’ailleurs incliné d’entrée à Rome face à Filip Krajinovic. Mais avec de la concentration et en gommant quelques déchets dans le jeu, FAA devrait pouvoir passer le cap Bublik.


Cristian Garin vs Yannick Hanfmann

C’est un tournoi très important pour Cristian Garin. Après un début de saison canon avec 2 titres à Cordoba et Rio, le Chilien marque le pas depuis la reprise du circuit. Il reste en effet sur 3 défaites en 4 matchs, contre Aljaz Bedene (à Cincinnati), Mikhail Kukushkin (à l’US Open) et Borna Coric (à Rome). Il doit absolument recouvrer de la confiance avant de se rendre Porte d’Auteuil. La bonne nouvelle, c’est qu’il vient de remporter son premier match à Hambourg très aisément, contre Kei Nishikori. Attention, il va falloir confirmer, car le Japonais étant hors de forme, ce succès sévère (6-0, 6-3) n’est pas encore assez significatif. D’ailleurs, malgré le score, le Chilien a peiné derrière ses secondes balles de service (seulement 4 points remportés sur 16, soit 25%).

Son adversaire du deuxième tour est largement à sa portée. Yannick Hanfmann ne pointe qu’au 103ème rang mondial. Il présente un bilan neutre sur terre battue : 11 victoires pour 11 revers. Mais Garin va devoir se méfier. Car l’Allemand est en grande forme ! Il vient de disputer sa deuxième finale sur le circuit ATP (après Gstaad en 2017) à Kitzbühel, après être sorti des qualifications ! Au passage, 4 succès contre des membres du TOP 100 : Thiago Monteiro, Alexander Bublik, Dusan Lajovic et Laslo Djere. Aussi, il vient de battre Gaël Monfils au premier tour. Certes, le Français apparaît mal préparé, mais tout de même, il fait partie du TOP 10 ! Le grand Allemand (1m93) s’est appuyé sur son excellent service : seulement 3 points perdus (32/35) derrière sa première balle de service. Hanfmann a toujours été bon sur terre. La preuve, il a remporté 5 de ses 6 titres en Challenger sur cette surface. Le dernier en date, au mois d’août, à Todi en Italie. Avec des victoires déjà intéressantes contre Lorenzo Musetti et Marco Cecchinato. Une rencontre assez intéressante à suivre…


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Les avis de la rédaction :
Victoire de Garin
Victoire de Bautista 2-0
Victoire de Rublev
Victoire de Tsitsipas