Comment pouvait-il en être autrement ? Doit-on être surpris de retrouver le numéro un mondial Novak Djokovic (invaincu cette saison) et Rafael Nadal avec ses 12 titres à Roland Garros dans son sac à dos ? L'identité des deux outsiders n'est pas non plus d'une grande incongruité. Diego Schwartzman est le deuxième meilleur retourneur au monde actuel sur terre battue et le cinquième depuis le début des années 80 (derrière Nadal, Coria, Muster et Bruguera). Quant à Stefanos Tsitsipas, c'est sa première demi-finale à Paris mais il n'a que 22 ans et son talent immense devait le mener un jour ou l'autre dans le dernier carré Porte d'Auteuil. Evidemment, Djokovic et Nadal partent favoris mais dans quelle mesure l'Argentin et le Grec vont-ils pouvoir aller les titiller et s'offrir une première finale en Grand Chelem ? Présentation de ces deux demi-finales avec notre consultant Rodolphe Gilbert.

Voilà une affiche qui commence presque à devenir un classique ! Les joueurs se sont déjà joués 10 fois pour 9 victoires à 1 en faveur de Nadal. Cependant, leur dernière rencontre était une victoire de Schwartzman à Rome il y a quelques jours où l’Argentin a fait un match parfait pour s'imposer 6-2, 7-5. Pour commencer à analyser de cette rencontre, focus sur le parcours de Schwartzman dans ce tournoi. Du 1er tour jusqu’au 8eme de finale, l’Argentin n'a pas concéder le moindre set. Il faut dire que les conditions à Roland Garros cette année l’avantage avec ces balles extrêmement lourdes qui conviennent parfaitement à son jeu de contreur puisqu'elles lui laissent de préparer ses frappes et prendre la balle tôt. Il est même parvenu à éliminer Dominic Thiem qui n'avait pas manqué une seule demi-finale lors des 4 dernières éditions dans un match exceptionnel avec un niveau extrêmement élevé en terme d'intensité physique. La question est tout de même de savoir si Schwartzman n’a pas laissé trop de plumes dans ce duel de plus de 5 heures qui est tout de même le 6eme match le plus long de l’histoire à Roland Garros. Il a déclaré après le match qu'il serait encore en pleine forme pour faire un gros match contre Nadal. Sera-t-il habité par l’objectif d’atteindre sa première finale en Grand Chelem ou rompra t-il physiquement sous la cadence affolante de Nadal ? Pour rêver d'un exploit, il devra maximiser la filière courte et monter au filet au maximum comme il l'a fait avec beaucoup de réussite contre Thiem (71 montées).

Schwartzman va-t-il devenir le premier joueur non-européen à atteindre la finale de Roland Garros depuis Puerta en 2005 ? Les statitistiques ne sont tournent pas en sa faveur puisque depuis 2010, aucun joueur n'a réussi à bousculer Nadal après un match en 4 ou 5 sets au tour précédent. Sur les 21 cas recensés, les 20 adversaires n'ont pas réussi à mettre plus de 11 jeux. Seul Schwartzman a marqué 13 jeux. Mais si on monte le curseur à un match d'au moins 4h30 avant d'affronter Nadal, alors, au mieux, Nadal n'a concédé que 6 jeux à ses adversaires (comme Wawrinka par exemple). Certains finissant même à 2 jeux (Juan Monaco).

#TBNSTAT : en 12 demi-finales de Roland Garros, il n'y a que Roger Federer et Novak Djokovic qui ont réussi à prendre au moins un set à Rafael Nadal.

L'œil de Rodolphe Gilbert : Nadal à Roland Garros, ce sont des statistiques pharamineuses ! Seulement deux matchs perdus en quinze ans et 12 titres. D'ailleurs, c'est drôle parce que chaque année, on cherche des raisons de penser qu'il va échouer ou être moins bon... Cette année, on a parlé des conditions météo, des balles... Mais il s'adapte à tout Rafa. Une fois qu'il est sur le court, il reste à 110% quelque soit le contexte. C'est le seul joueur à ne pas avoir perdu un set depuis le début du tournoi mais à sa charge, il n'a affronté aucun joueur du top 50 mondial ou déjà titré sur terre battue. Sur cette demi-finale, on peut considérer que l'adversité sera toute autre. Schwartzman arrive avec beaucoup de confiance. Il sort d'une finale à Rome où il a battu Nadal et vient d'éliminer Thiem dans un match titanesque en plus de 5 heures. Je ne pense que la dureté de ce match pèsera dans les jambes de l'Argentin en début de match puisqu'il a eu trois jours pour récupérer. Mais l'intensité de cette rencontre avec plus d'une centaines d'échanges avec au moins 9 coups de raquette laissera forcément des traces. Et je ne l'imagine pas afficher la même intensité si jamais il emmène Rafa dans un 4ème ou 5ème set.

Malgré tout, il pourra s'appuyer sur le très bon match qu'il avait joué face à Rafa ici à Roland il y a quelques années mais surtout sur ce succès à Rome il y a trois semaines. Rome n'est pas Roland Garros mais personne ne peut lui enlever ce succès face à Rafa à Rome même si le contexte est différent. Par rapport à d'autres joueurs, il ne faut pas forcément prendre en considération le nombre de balles de break concédées par l'Argentin depuis le début du tournoi. Il perd beaucoup son service mais à l'inverse, il est aussi capable de breaker beaucoup. C'est ça qui fait la différence avec Rafa qui explique que la victoire de l'Argentin à Rome face à Rafa était difficile à prévoir puisque il avait perdu 9 fois en 9 duels et remporté seulement deux sets. Rafa est le seul joueur en activité à breaker encore mieux que Schwartzman mais la qualité de service de l'Espagnol est également bien supérieure à l'Argentin. C'est pourquoi il sera intéressant de voir si leur affrontement à Rome n'était qu'un accident pour Rafa où si l'Argentin a vraiment trouvé la clé pour gêner l'Espagnol au point d'être capable de le battre à Roland Garros.

Schwartzman a évidemment les armes pour prendre un set à Nadal mais le premier set sera primordial. Si l'Espagnol le remporte, on pourrait se diriger vers un succès en 3 sets pour l'Espagnol. Il n'a perdu que quatre fois son service depuis le début du tournoi. Mais je m'attends un match très difficile pour l'Argentin sur le plan physique. Je ne l'imagine pas capable de rééditer l'exploit contre Thiem et battre Nadal au meilleur des 5 sets.
Néanmoins, Schwartzman a d'immenses qualités. Il tient bien la balle, il sait contre-attaquer et attaquer mais aussi monter au filet. Il a vraiment progressé depuis deux saisons et ça sera très intéressant de voir comment l'Argentin va résister à Rafa qui n'affichera pas le même niveau qu'à Rome...

Concernant la deuxième demi-finale, elle s’annonce tout autant exceptionnelle. Ce sera la sixième fois que les deux joueurs s’affrontent sur le circuit principal (3-2 pour Djokovic) mais c'est leur premier duel en Grand Chelem. Le Grec a la particularité d'avoir battu chacun des membres du Big 3 (Nadal à Madrid, Djokovic à Shanghai et Toronto ainsi que Federer à Melbourne et au Masters).

Il y a beaucoup à dire sur ce match, tout d’abord, concernant l'état physique de Djokovic qui a jeté le trouble face à Carreno. En effet, pour ceux n’ayant pas vu le match, Djokovic a fait appel de nombreuses fois au kiné et semblait gêné au coude et au cou. Concernant Tsitsipas, malgré les résultats qui paraissent très bons sur le papier, difficile de tirer des enseignements de sa victoire face à Rublev. Dominé dans le premier set, il a profité d'un effondrement du Russe pour prendre le dessus et s'imposer en trois manches. Dans ce contexte, la cote de Tsitsipas semble assez basse mais on peut imaginer que cela s'explique par les doutes sur le physique du Serbe. Depuis 2010, Djokovic compte 24 victoires en demi-finale d'un Grand Chelem pour seulement 6 défaites contre Thiem, Nishikori, Berdych et bien sûr Nadal et Federer deux fois. Il reste sur une série de 16 victoires sur ses 18 dernières.

La qualité de la première balle sera la clé du match. Les deux joueurs peuvent très bien servir et ils en auront besoin pour neutraliser au maximum les qualités de retour de leur adversaire. Pour le moment, c'est le Grec qui a remporté le plus de points sur sa première balle depuis le début du tournoi (77%). Cela sera très utile face à l'un des meilleurs retourneurs de toute l'ère Open. Pour preuve, aucun adversaire du Serbe n'est parvenu à remporter au moins 50% de ses points sur seconde balle. Au mieux, Carreno et Khachanov ont fini à 44% et 47%.

#TBNSTAT : Lorsque Novak Djokovic affronte un revers à une main à Roland Garros, son bilan s'assombrit. Hormis ses 6 défaites face à Nadal, le Serbe a perdu 8 fois Porte d'Auteuil. Parmi ses bourreaux : Thiem, Cecchinato, Kohlschreiber, Wawrinka ou encore Federer. Voilà de quoi inquiéter le Serbe surtout dans des conditions lourdes qui permettent au Grec de préparer ses coups et de lui donner du temps.

L'œil de Rodolphe Gilbert : Le premier set de Djokovic face à Carreno met forcément le doute. Il est certain que si le Serbe s'amuse à refaire le même cirque contre Tsitsipas, je le vois perdre le match. Mais avec lui, on ne sait jamais vraiment dans quel mesure il est gêné et s'il a pu récupéré en 48 heures. Ce qui est certain, c'est que je le trouve très nerveux depuis le début du tournoi. Que ce soit contre Galan ou même Khachanov, malgré un match plutôt maîtrisé, il a montré beaucoup de signes d'agacement. Malgré tout, sur le plan factuel, il est invaincu cette saison, il vient de remporter le tournoi de Rome et se présente logiquement en favori face au Grec. Le premier adversaire de Djokovic c'est lui-même et ses propres démons. Dans le jeu, si on veut rester objectif, c'est le Serbe qui a fait la plus forte impression depuis le début du tournoi. Il frappe très bien la balle en en coup droit, en revers on a l'habitude. S'il se présente à 100% sur ce match, il gagnera mais comment analyser ces petits signes comportementaux ? On se souvient qu'à l'US Open il y a un an, il était aussi nerveux et agacé pour des douleurs à l'épaule. Finalement, il avait abandonné face à Wawrinka.

Pour espérer battre Djokovic, le Grec a évidemment des armes. Depuis les deux premiers sets perdus face à Munar, il m'a fait une énorme impression face à des adversaires pas évidents à manoeuvrer. Il a sorti un gros match contre Cuevas et Dimitrov. Contre Rublev, c'est un peu différent puisque le Russe le dominait avant de s'éteindre en fin de premier set. Mais Tsitsipas a une grosse qualité de service, il est complet, il frappe bien des deux côtés, il peut alterner le jeu avec des revers coupés ou d'accélérer long de ligne avec son revers à une main. Il peut aussi se décaler et enrouler en coup droit. Il est aussi capable de monter au filet, c'est ce qu'il avait fait lorsqu'il avait battu Rafael Nadal à Madrid la saison dernière. Je ne m'attends pas à un match à sens unique en faveur du Serbe. Contrairement à la génération précédente, je ne vois pas Tsitsipas se résigner face à Djokovic même s'il vient à perdre le premier set. Par rapport aux cotes, je vois plus un intérêt à jouer le Grec que le Serbe.
Il est en confiance n'a pas peur du Serbe. Autant je ne miserai pas sur Schwartzman, autant je me pose la question pour le Grec. S'il perd, ça sera dans une rencontre serrée.