À peine Roland Garros achevé qu’il faut déjà enchaîner ! C’est ce qui rend le circuit si attractif et épuisant à la fois. En même temps, comme dirait l’autre, l’ATP n’a pas vraiment le choix de faire autrement cette année. Pandémie de la Covid-19 oblige, la saison a été stoppée durant cinq mois, c’est donc le moment de rattraper le temps perdu. Voilà d’ailleurs pourquoi pas moins de trois épreuves sont programmées du 12 au 18 octobre : deux nouvelles - les ATP 250 de Cologne (dur indoor) et de Sardaigne (terre) - et une traditionnelle, à Saint-Pétersbourg (dur indoor). Le coronavirus a néanmoins chamboulé les habitudes du tournoi russe.

D’abord, la compétition a été décalée. Normalement, elle a lieu après l’US Open, dans la seconde moitié du mois de septembre. Ensuite, l’épreuve a été « upgradée ». Elle change de classe - ATP 250 à ATP 500 -, de quoi offrir davantage de points et de prize money aux participants. Une manière pour les instances dirigeantes du tennis masculin de proposer un tournoi supplémentaire de cette catégorie, dont le nombre a largement chuté cette année (6 - Rotterdam, Rio, Dubaï, Acapulco, Saint-Pétersbourg et Vienne - au lieu de 13 chaque saison). Encore une autre conséquence de l’interruption de la saison, qui a également touché les Majeurs (3 au lieu de 4) et les Masters 1000 (3 au lieu de 9).

Un remake de la guerre froide

C’est la 25ème édition du tournoi de Saint-Pétersbourg. Créé en 1995, il s’est déroulé depuis en continu, excepté en 2014. Cette année-là, il est remplacé par celui de Tel Aviv, mais ce dernier fut finalement annulé pour des raisons de sécurité. La compétition a été jouée sur moquette (de 1995 à 1999, puis de 2006 à 2007), avant de s’installer sur dur (de 2000 à 2005 et depuis 2008). C’est un Russe, Yevgueni Kafelnikov, qui a ouvert le bal des vainqueurs - il avait d’ailleurs dominé un Français en finale, Guillaume Raoux, il y a 25 ans. Trois de ses compatriotes ont connu le même plaisir, Marat Safin (2000 et 2001), Mikhaïl Youzhny (2004) et Daniil Medvedev (2019). L’ancien numéro un mondial demeure le joueur le plus titré, accompagné par Thomas Johansson (1997 et 2005) et Andy Murray (2007 et 2008). Côté tricolore, seul Sébastien Grosjean s’est imposé, en 2002.

Si l’épreuve russe suit exceptionnellement cette année un tournoi du Grand Chelem, elle a réussi à attirer plusieurs têtes d'affiche du circuit. Certes, nombreux sont ceux qui se sont retirés : Stefanos Tsitsipas (demi-finaliste à Roland Garros), Matteo Berrettini, David Goffin (testé positif à la Covid-19), Kevin Anderson, Pablo Carreno-Busta ou encore Grigor Dimitrov et Jannik Sinner. Mais les organisateurs peuvent compter sur un TOP 10 (Daniil Medvedev) et quatre membres du TOP 20 (Denis Shapovalov, Andrey Rublev, Karen Khachanov et Stan Wawrinka). Hasard ou pas, la ville du tsar Pierre le Grand offre cette saison un duel entre le bloc de l’Ouest et celui de l’Est. Sur les 28 joueurs directement présents dans le tableau principal, 13 proviennent d’Amérique du Nord (5 Américains et 3 Canadiens) et des pays amis (3 Français et 2 Britanniques) avant la chute du mur, 11 sont issus de l’ancienne URSS (6 Russes, 2 Kazakhs et 1 Biélorusse).

Bien sûr, les candidats au titre devront rapidement basculer de la terre au dur. Une transition bien plus évidente que dans le sens inverse. Des conditions qui favorisent les adeptes du jeu rapide et rectiligne, à l’image du tenant du titre, Daniil Medvedev. Les précédents vainqueurs ont d’ailleurs tous montré leurs aptitudes à briller sur cette surface, soit grâce à leur puissance (Milos Raonic, Alexandez Zverev, Ernests Gulbis), leur explosivité (Dominic Thiem, Martin Klizan), leur jeu d’attaque (Sergiy Stakhovsky) ou encore leur timing (Marin Cilic, Damir Dzumhur). Rayon surprises, un seul joueur issu des qualifications a réussi à atteindre le dernier carré lors des cinq dernières éditions, Egor Gerasimov en 2019. Durant cette même période, deux non-têtes de série sont parvenus en finale, Damir Dzumhur (vainqueur en 2017) et Martin Klizan (finaliste malheureux en 2018). Le tournoi ayant changé de catégorie, on peut imaginer voir les favoris aller loin.

Les conditions de jeu y sont plus lentes que dans d'autres tournois indoor comme Metz, Marseille ou Montpellier. Malgré le fait que le tournoi soit indoor, la surface de ce tournoi n'est pas plus rapide que sur certains tournois en extérieur. Depuis 2015, le SPB Open a quitté le palais des Sports de St-Petersbourg pour s'installer à la Sibur Arena, haut lieu de sport et de spectacle de la ville.

Depuis 2009, le nombre d'outsiders a atteint 34,4% (97 sur 282), une moyenne assez standard pour un tournoi ATP 250 mais cette année, le niveau plus relevé du plateau va-t-il modifier les tendances ? Un pic a été remarqué en 2017 (46%), en 2013 (42%) et en 2009 (40%). L'édition 2018 a été la plus pauvre en surprises avec seulement 6 outsiders en 26 matches, tout comme celle de 2019 (6 outsiders en 25 matchs). A noter d'ailleurs que le taux de présence des têtes de série en demi-finale est bien plus élevé depuis 2011 (75%) alors que la moyenne depuis depuis 2000 est de 57% de têtes de série dans le dernier carré (donc 43% de joueurs non têtes de série en demi-finale...)

En 2006, il n'y avait eu qu'une seule tête de série en quarts de finale. Il n'y en a jamais eu plus de 6 sur 8 possibles (2018, 2016, 2007, 2005). En moyenne, on peut compter 4 têtes de série en quarts de finale depuis 2000, ce qui signifie qu'il y a 50% de probabilité qu'un joueur non tête de série s'immisce en quarts de finale.

Saint-Petersbourg est généralement remporté par les cadors puisque sur les 18 dernières éditions, on retrouve 15 têtes de série dont 6 top 10 et 10 top 20. Néanmoins ils ne sont que 4 têtes de série numéro une à avoir soulevé le trophée : Safin en 2000, Murray en 2008, Thiem en 2018 et Medvedev en 2019.

Trois joueurs ont toutefois réussi à créer la sensation. En 2009, l'Ukrainien Stakhovsky (93ème) est sorti des qualifications et gagne le tournoi. En 2010, Kukushkin alors 88ème est parvenu aussi à inscrire son nom au palmarès. Enfin en 2017, Dzumhur (55ème) a remporté son premier titre en carrière dans la capitale des tsars.

Depuis 2015, les 4 meilleures têtes de série sont exemptées de premier tour et font leur entrée en lice en 8èmes de finale. Mais cette saison, comme le tournoi est passé en catégorie 500, il n'y aura pas de "bye" au premier tour. Voici le bilan des 143 têtes de série à St-Petersbourg depuis le début des années 2000 :
– 91 têtes de série sur 131 ont gagné au 1er tour (69,5%)
– 77 têtes de série sur 111 ont gagné en 2ème tour (69,4%)
– 27 têtes de série sur 38 possibles ont atteint la finale (71%)
dont 16 titres sur 19 possibles

1er quart de tableau

C’est dans cette partie de tableau qu’on retrouve les deux derniers finalistes de l’édition précédente, Daniil Medvedev et Borna Coric. La logique voudrait que les deux hommes se croisent cette fois-ci en quart de finale. Le Russe est bien entendu l’un des favoris à sa propre succession, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, il joue à la maison et connait parfaitement l’environnement du tournoi. Ensuite, les conditions de jeu lui conviennent à merveille. Le N°5 mondial exprime le mieux ses qualités sur dur. Il a glané ses 7 titres sur cette surface, 4 en extérieur, 3 en indoor. Pour rappel, c’est aussi sur dur qu’il avait réussi sa formidable série entre fin juillet et mi-octobre 2019, 6 finales consécutives (pour 3 titres) à Washington, Montréal, Cincinnati, l’US Open, Saint-Pétersbourg et Shanghai, avec 29 victoires pour 3 défaites. C’est encore sur cette surface qu’il a réussi ses meilleures performances depuis la reprise du circuit en août 2020 : quart au Masters 1000 de Cincinnati et demie à l’US Open. Enfin, Medvedev connait un fort sentiment de revanche après son passage catastrophique sur terre : 2 éliminations d’entrée à Hambourg (contre Ugo Humbert) et à Roland Garros (face à Marton Fucsovics).      

De son côté, Borna Coric voudra aussi se rattraper après deux désillusions à Rome (une défaite au deuxième tour face à Stefano Travaglia) et lors du Majeur parisien (un revers dès son entrée en lice contre Norbert Gombos). Comme Daniil Medvedev, le Croate a plutôt bien géré l’après-confinement, en se hissant jusqu’en quart de finale à Flushing Meadows, après un succès en 5 manches (et 6 balles de matchs écartées) face à Stefanos Tsitsipas. Méfiance tout de même, si le 27ème mondial est à l’aise sur dur, il l’est beaucoup moins en indoor. Son ratio est négatif (seulement 45% de victoires) et il a remporté ses deux seuls trophées sur terre (Marrakech 2017) et gazon (Halle 2018). À Saint-Pétersbourg, il devra être vigilant dès le premier tour. Le tirage lui a offert un cadeau empoisonné en la personne de Feliciano Lopez. Si l’Espagnol de 39 ans est au crépuscule de sa carrière, il a déjà remporté un titre sur dur en indoor). Dans un bon jour, ses prises d’initiatives et sa présence au filet peuvent encore titiller quelques joueurs du TOP 50.

Il y a aussi beaucoup de joueurs méconnus dans ce premier quart de tableau. Trois en l’occurrence : un qualifié, un invité et un lucky loser, après le forfait annoncé ce dimanche midi de Jannik Sinner, qui était l’une des attractions du tournoi. L’heureux élu se nomme Emilio Gomez et on l’a vu il y a quelques jours sortir des qualifications à Roland Garros. Pour le reste, le fils d’Andrès Gomez demeure un joueur qui n’a quasiment aucune expérience sur le circuit principal, avec moins d’une trentaine de matchs. L’Equatorien aura néanmoins sa chance lors de son entrée en lice dans le tableau principal, puisqu’il affronte une wildcard, Roman Safiullin. À 23 ans, le Russe n’a joué qu’une rencontre sur le grand circuit. Pour le qualifié Nino Serdarusic, seulement 308ème dans la hiérarchie mondiale, la tâche s’annonce ardue. Le Croate  aura fort à faire lors de son premier tour puisqu’il affronte un joueur dont le service peut faire vaciller n’importe quel joueur. Reilly Opelka a performé à Cincinnati - quart de finale avec 2 victoires sur Diego Schwartzman et Matteo Berrettini - et a remporté un de ses 2 titres sur dur indoor (New York 2019). Un mot aussi sur Richard Gasquet, premier adversaire de Daniil Medvedev, pour évoquer les difficultés actuelles du Français. Depuis son retour en février, en raison d’une blessure au genou, le tricolore affiche un bilan neutre : 6V/6D.                 


2ème quart de tableau

Comme dans le premier quart de tableau, c’est un Russe qui est la tête de série la plus élevée (N°4). Si la logique est respectée, Karen Khachanov devrait rallier les quarts de finale. C’est sur dur et en indoor que le 16ème mondial a signé ses plus grandes performances en carrière : 3 titres, tous en 2018, à Marseille, Moscou et surtout lors du Masters 1000 de Paris-Bercy. On se souvient de son parcours monumental : John Isner, Alexander Zverev, Dominic Thiem et Novak Djokovic en finale. Quelques nuances à apporter. D’abord, Khachanov a bien du mal à confirmer cette période extraordinaire depuis maintenant deux ans. Son bilan ? 47V/39D, une statistique assez indigne d’un TOP 20 et ancien TOP 10. Aussi, le ratio en carrière du Russe en indoor est finalement moyen : 52% de victoires. Une bonne nouvelle en revanche, son récent itinéraire à Roland Garros : un huitième de finale, après un beau succès contre Cristian Garin.

L’adversaire le plus coriace pour Karen Khachanov se nomme Milos Raonic. À 29 ans, et après plusieurs blessures (genou, mollet, dos), le Canadien a retrouvé le sourire en 2020. Au menu, un quart de finale à l’Open d’Australie (avec des victoires contre Cristian Garin, Stefanos Tsitsipas et Marin Cilic), une demie à Delray Beach et surtout une finale à Cincinnati pour le tout premier tournoi de reprise (avec des succès face à Sam Querrey, Daniel Evans, Andy Murray, Filip Krajinovic et encore Stefanos Tsitsipas). À Saint-Pétersbourg, les conditions devraient lui convenir parfaitement. L’ancien N°3 mondial a remporté plus de la moitié de ses trophées sur dur indoor (San José à trois reprises, Bangkok… et Saint-Pétersbourg, en 2015). Son bilan en carrière est d’ailleurs intéressant : 66% de victoires. Absent à Roland Garros, Raonic arrive en Russie avec l’intention de frapper un grand coup en cette fin de saison, avant d’enchainer à Vienne et à Paris-Bercy. Pour son entrée en lice, Raonic sera opposé à un joueur issu des qualifications, J.J. Wolf. À 21 ans, l’Américain commence à pointer le bout de son nez. En 2020, il a remporté 2 Challenger, à Nouméa et à Colombus. Aussi, il reste sur 4 belles victoires : contre Egor Gerasimov et Jaume Munar lors des qualifications du Masters 1000 de Cincinnati, et face à Guido Pella et Roberto Carballes Baena à l’US Open.               

Dans cette zone du tableau, deux joueurs sont susceptibles d’embêter les deux favoris. D’abord Alexander Bublik. On connait maintenant très bien le Kazakh. Sa nonchalance et son degré de spectacularité, sans parler de ses déclarations chocs sur sa « haine du tennis », font de lui un athlète tape-à-l’oeil. C’est oublier que le N°49 à l’ATP peut, quand il veut, s’avérer un très bon joueur de tennis. Il l’a par exemple montré contre Gaël Monfils au premier tour de Roland Garros où il paru appliqué et concentré. C’est sur dur et gazon que ses qualités de puissance et son toucher de balle s’expriment le mieux. Il a d’ailleurs atteint deux finales dans ces conditions de jeu (Newport et Chengdu en 2019). En début d’année, il a dominé Marton Fucsvics, Benoit Paire et Denis Shapovalov sur dur et en intérieur, à Marseille. L’autre joueur à suivre, Tennys Sandgren. L’Américain réalise une saison contrastée : quart à Melbourne et huitième de finale à Cincinnati, mais aussi premier tour à Doha, New York et l’US Open. En indoor, il n’a quasiment pas de références : 6 matchs, 2 victoires, 4 défaites. Mais comme c’est bien sur dur que son explosivité au service et en coup droit s’illustrent le mieux, attention à lui. Il n'aura cependant pas un premier tour facile face au Russe Aslan Karatsev, méconnu du grand public mais 116ème mondial. Il joue principalement en challenger (un titre en indoor) et s'était fait connaître en 2016 en battant Medvedev et Khachanov à Kazan. Depuis 2013, il a disputé 7 matchs sur le circuit principal pour seulement une victoire face à Youznhy à Moscou en 2015.

3ème quart de tableau

Encore un Russe comme tête d’affiche ! Il s’agit d’Andrey Rublev, tout simplement l’un des 5 meilleurs joueurs de la saison en compagnie de Novak Djokovic, Rafael Nadal, Dominic Thiem et Stefanos Tsitsipas. Cette année, il a déjà remporté 29 matchs. Depuis quinze mois, son bilan n’est pas loin d’être hallucinant : 57 succès pour 18 revers, soit 70% de victoires. Dans son escarcelle, 4 titres (Moscou 2019, Doha 2020, Adélaide 2020 et Hambourg 2020), une finale (Hambourg 2019), et 7 quarts de finale (Cincinnati 2019, Winston-Salem 2019, Saint-Pétersbourg 2019, Rotterdam 2020, Dubaï 2020, US Open 2020 et Roland Garros 2020). Le 12ème joueur mondial poursuit donc au pas de charge sa progression et s’il n’est pas trop fatigué, il pourrait encore faire des dégâts en cette fin de saison. Mais on l'a senti à bout physiquement contre Tsitsipas mercredi dernier. Il aura eu néanmoins presque une semaine pour récupérer. On connaît ses qualités physiques et sa capacité à enchaîner les tournois.

Rublev est clairement le grand favori de ce quart de tableau. Derrière lui, quatre joueurs vont tenter de tirer leur épingle du jeu. D’abord le premier adversaire du Russe, Vasek Pospisil. Mine de rien, ce premier tour pourrait être accroché. En effet, après plusieurs années de galère, le Canadien a retrouvé en 2020 un niveau de jeu très intéressant. Il y a eu quelques prémices pour commencer à Montpellier (finale après avoir battu Aljaz Bedene, Denis Shapovalov, Richard Gasquet et David Goffin), Rotterdam (victoire sur Daniil Medvedev) et à Marseille (succès face à Hubert Hurkacz). Mais c’est à la reprise du circuit que l’ancien 25ème mondial a épaté tout son monde en se hissant jusqu’en huitième de finale à Flushing Meadows. Au passage, des victoires contre Milos Raonic et Roberto Bautista-Agut, avant de céder face à Alex de Minaur. Autre outsider dans ce quart de tableau, Taylor Fritz. L’Américain a beaucoup progressé depuis un an et demi. Il a remporté un titre (Eastbourne 2019) et atteint 3 finales (Atlanta 2019, Los Cabos 2019 et Acapulco 2020). Sur dur, intérieur et extérieur, son lourd service et son coup droit massue mettent ses adversaires en péril. Il reste sur une période médiocre sur terre (premier tour à Rome et à Hambourg et troisième tour à Roland Garros) et voudra se relancer à Saint-Pétersbourg.

À suivre également, Miomir Kecmanovic. Le Serbe réussit plutôt sa saison : un titre (Kitzbühel), mais aussi deux demies (à Doha et à New York). Il a battu quelques bons joueurs : Jo-Wilfried Tsonga, Marton Fucsovics, Tommy Paul, Ugo Humbert, Alex de Minaur et Kei Nishikori. Surtout, son style, sérieux, solide et appliqué, n’est pas sans rappeler un certain Novak Djokovic. À 21 ans, Kecmanovic est déjà 41ème mondial. Une progression logique voudrait le voir rallier le TOP 20 d’ici la fin 2021. Il devra néanmoins se méfier de Mikhail Kukushkin. Le Kazakh est un joueur redoutable en indoor où il a déjà atteint la finale à Marseille (2019) et Moscou (2013) ainsi que la demi-finale à Vienne (2018). Son tableau de chasse est impressionnant : Rublev (4 fois), Coric, Shapovalov, Herbert, Fucsovics, Dimitrov, Wawrinka ou encore Khachanov... Enfin, on jettera un œil attentif sur Ugo Humbert. Très à l’aise au service, agressif dans le jeu, le Français a une carte à jouer dans ce type de tournoi. En outre, mis à part son échec au premier tour de Roland Garros, le tricolore est en forme. Il a empoché son premier trophée à Auckland en début d’année et a passé 2 tours à Rome et à Hambourg. Il a prouvé qu’il pouvait dominer des « top players », tels que Kevin Anderson, Fabio Fognini et Daniil Medvedev. Le tricolore de 22 ans est aujourd’hui 38ème mondial et lui aussi pourrait s’approcher du TOP 20 dans les mois qui suivent. Pour son entrée en lice, le Messin partira largement favori contre un joueur issu des qualifications. Pavel Kotov, N°286, jouera son tout premier match sur le circuit principal. Jeune joueur complet (21 ans), capable de bien jouer sur toutes les surfaces, le Russe n'a encore jamais affronté un joueur du top 100 même sur le circuit challenger. Il compte trois titres en ITF et une finale en challenger, tout sur dur.      


4ème quart de tableau

Cette fois-ci, ce n’est pas un Russe qui domine cette partie de tableau, mais un Canadien. Denis Shapovalov, tête de série N°2 du tournoi, pourrait bien mettre tout le monde d’accord et soulever la coupe dans une semaine. Le N°11 mondial a franchi un cap important depuis pile une année. Tout a commencé en octobre 2019 à Stockholm où il a remporté son premier trophée. Il a ensuite confirmé en atteignant la finale du Masters 1000 de Paris-Bercy, après avoir battu Fabio Fognini, Alexander Zverev et Gaël Monfils. Il a enchainé lors des finales de la Coupe Davis en boutant Matteo Berrettini, Taylor Fritz et Karen Khachanov. En 2020, le Canadien a d’abord poussé jusqu’en quart de finale en Grand Chelem, à l’US Open. Puis, il a montré ses progrès sur terre en se hissant dans le dernier carré du Masters 1000 de Rome. Autant de résultats qui font de Shapovalov aujourd’hui l’un des dix meilleurs joueurs de la planète, capable de prendre de vitesse n’importe quel autre joueur et sur toutes les surfaces. Il lui reste bien sûr à se canaliser et être encore plus régulier mais il semble sur la bonne voie avec le colonel Youzhny à ses côtés.

Le Canadien entrera tout de suite dans le vif du sujet. Il devra répondre au service mammouth de Sam Querrey et ne pas se frustrer. On connait les difficultés de gérer ce genre de matchs contre ce type d’adversaires. Il faut être patient et surtout être efficace lors des rares occasions qui sont offertes. Heureusement pour Shapovalov, l’Américain est très loin de se meilleur niveau méfiance tout de même. Vainqueur de 10 titres dans sa carrière, Querrey n’a plus connu ce bonheur depuis 2017. Cette saison, il n’a remporté que 3 matchs pour 6 défaites. Mais attention, dans un bon jour, tout le monde peut succomber aux coups de butoirs du géant d’1m98. Rublev a failli en faire les frais au premier tour de Roland Garros. Le vainqueur de l’affrontement nord-américain pourrait être opposé au deuxième tour à Adrian Mannarino. Le Français doit être soulagé. La période sur terre vient de s’achever et ce n’est pas un mal. Comme attendu, il a perdu les trois rencontres qu’il a disputé sur cette surface qu’il apprécie si peu. Au contraire, le tricolore se sent bien sur dur. Il a joué 6 finales dans ces conditions, 4 en extérieur et 2 en intérieur, d’ailleurs en Russie, à Moscou. Son sens du timing et ses qualités de contre pourraient bien en embêter plus d’un. Au premier tour, le gaucher devra faire attention à Ilya Ivashka. Si le Biélorusse n’est que 141ème mondial, il a déjà pointé au 80ème rang. En 2018, il a atteint les quarts de finale à Anvers, dans des conditions de jeu similaires. Ivashka a dominé Viktor Troicki au dernier tour des qualifications. 

Le dernier grand outsider du tournoi est un triple vainqueur de Grand Chelem. Évidemment, à chaque début d’une compétition, Stan Wawrinka a les moyens de renverser la table. Sa surpuissance et son expérience font de lui l’un des meilleurs joueurs du monde. D’ailleurs, après deux opérations au genou, le Suisse est maintenant revenu dans le TOP 20. Son souci actuel ? La constance. D’un match à l’autre ou dans une même rencontre, Wawrinka connait des sautes de concentration dommageables. Et sur le plan physique, il ne semble pas avoir recouvré 100% de son potentiel. On l’a vu lors du troisième tour de Roland Garros où il a encaissé un humiliant 6-0 dans la cinquième et dernière manche face à Hugo Gaston. Pour résumer, l’ancien numéro 3 mondial est une bête blessée, mais sur des formats courts, en 2 sets gagnants, il peut encore clouer le bec à de nombreux prétendants. Le Vaudois devra se méfier d’entrée de son premier adversaire. En effet, Daniel Evans, sans faire beaucoup de bruit, est l’un des joueurs les plus talentueux du circuit. Son style à l’ancienne (revers slicé et « chip and charge ») perturbent beaucoup les autres joueurs du Tour. Il a par exemple battu cette année David Goffin, Alex de Minaur, Karen Khachanov, ou encore Andrey Rublev, à deux reprises. Sur dur, même en indoor, le Britannique, à présent 34ème mondial, est capable d’aller très loin dans le tournoi.

Ne pas oublier non plus Egor Gerasimov, spécialiste du dur, et entré dans le top 100 mondial il y a quelques mois après des prestations excellentes en indoor ici même à St-Petersbourg (demi-finale) mais aussi à Marseille en début de saison (quart de finale). Sur un match, avec sa qualité de service, il est capable de battre beaucoup de monde, même des top 10 (Berrettini, Goffin).

Nos prévisions pour les quarts de finale
Q1 : Medvedev vs Feliciano Lopez
Q2 : Khachanov vs Raonic
Q3 : Fritz vs Pospisil
Q4 : Gerasimov vs Querrey