Voici un joli choc en perspective ! Une affiche qui peut déboucher sur un très bon match, mais qui peut aussi vite tourner au vinaigre si Felix Auger-Aliassime se frustre. Car en effet, l’une des clés de la rencontre réside dans la faculté du Québécois à accepter de voir la balle revenir sans cesse. Car c’est bien sûr la qualité principale de Roberto Bautista-Agut, véritable métronome sur le court et formidable contreur/matcheur/gagneur. La combativité de l’Espagnol n’a plus à être démontrée, lui qui a encore montré des ressources incroyables pour venir à bout de Gilles Simon au deuxième tour (6-4, 7-6) et d’Hubert Hurkacz en quart de finale (7-6, 5-7, 6-0). Deux matchs seulement pour un total de près de 5 heures de jeu. La dimension physique entrera t-elle en ligne de compte ? Pas certain quand on connaît les qualités d’endurance du N°13 mondial.

Face au Polonais, l’Espagnol n'a vraiment pas été convaincant. Face à un Hubert Hurkacz peut-être gêné physiquement, Bautista s'est vraiment compliqué la tâche et a dû attendre le troisième set pour prendre son envol et infliger un 6-0 au Polonais. Il s’est néanmoins montré particulièrement efficace sur son service, en sauvant 11 balles de break sur 13 et en remportant 72% des points derrière sa première. Finalement rien d’étonnant pour Bautista qui joue son meilleur tennis sur dur (7 titres et 6 finales). Mais Felix Auger-Aliassime affiche aussi un joli CV sur cette surface. En indoor notamment ! Rien qu’en 2020, il s’est hissé deux fois en finale : à Rotterdam puis à Marseille. À Cologne, sa première balle de service est impressionnante : 3 points perdus seulement contre Henri Laaksonen et 8 concédés devant Radu Albot. Résultat, il a infligé deux claques à ses adversaires : 6-4, 6-1 et 6-3, 6-0. Reste donc à se montrer à la fois patient et agressif dans le jeu. Ce sera la mission délicate que le jeune canadien de 20 ans devra remplir. Un défi qu’il n’avait pas réussi à relever lors de sa première confrontation contre l’Espagnol, lors de la finale de la Coupe Davis en 2019 (7-6, 6-3 pour Roberto Bautista-Agut à Madrid, sur dur indoor).

#TBNSTAT : Auger-Aliassime a perdu ses 8 derniers matchs sur dur face aux joueurs classés dans le top 15 mondial.

L’œil de Florent Serra : C’est une belle affiche. La puissance de Felix Auger-Aliassime contre la constance de Roberto Bautista-Agut. C'est logique de voir l’Espagnol favori sur le papier. C’est clair, le Canadien a les moyens athlétiques d’éclater Bautista, en service et en coup droit. Mais c’est mal connaître les qualités de contre de l’Espagnol, toujours à l’aise sur dur. Il va essayer de faire jouer FAA et l’obliger à forcer. Et on sait que le Québécois peut rapidement douter, si tout ne se passe pas bien. On peut envisager une rencontre en 3 manches, avec un succès final de Bautista. A la sortie des cotes, il aurait été tentant de miser sur Auger est à 2,30, mais désormais, sa cote a chuté et semble moins intéressante. Cependant, j'ai vraiment trouvé Bautista très moyen contre Hurkacz. Autant il avait été bon face à Gilles, autant face au Polonais, il n'a vraiment pas été impressionnant.

C’est une rencontre déséquilibrée sur le papier. Alexander Zverev a pour lui l’expérience (11 titres dont 3 sur dur indoor : Saint-Pétersbourg 2016, Montpellier 2017 et surtout le Masters 2018) et la puissance (au service, en coup droit et en revers). Il reste aussi sur une finale en Grand Chelem, à l’US Open, ce qui a renforcé sa confiance. Un Majeur durant lequel il a justement dominé son adversaire du jour. Dominé ? Plutôt étouffé ! Alejandro Davidovich Fokina avait été balayé en 3 petits sets (6-2, 6-2, 6-1). Reste néanmoins une interrogation : quel Sacha Zverev verra t-on en demi-finale ? Celui impeccable derrière son service lors du premier tour face à Fernando Verdasco (seulement 6 points perdus sur 38 disputés) ? Ou celui qui a galéré contre Lloyd Harris en quart de finale (une victoire en 3 manches, 6-4, 3-6, 6-0). Face au Sud-Africain, le joueur allemand est retombé dans son travers principal, l’attentisme et la frustration. Résultat, il s’est fait peur, et même sa mise en jeu ne l’a pas vraiment rassurée (69% derrière sa première, 63% derrière sa seconde). Il a fallu une blessure du Sud-Africain pour que l'Allemand s'en sorte.

C’est peut-être la chance d’Alejandro Davidovich Fokina. Le 71ème mondial a justement le jeu pour perturber Alexander Zverev. Il est créatif, entreprenant et polyvalent. Il a donc les qualités pour prendre de vitesse l’Allemand, mais aussi casser sa routine dans les rallyes où l'Allemand a été largement dominé face à Harris. La surprise est donc envisageable, mais elle resterait néanmoins exceptionnelle. Car le jeune espagnol de 21 ans reste encore un peu tout fou. Ce qui signifie qu’il peut vite s’emballer, dans le mauvais sens du terme. Heureusement pour lui, il semble avoir mûri ces derniers mois. La preuve à Cologne où il vient d’enchainer 3 succès intéressants, contre Emil Ruusuvuori, Marin Cilic et Dennis Novak. Davidovich perd un peu trop souvent sa mise en jeu. En revanche, ses prises de risques en relance sont souvent payantes. Rendez-vous compte, le 71ème mondial est parvenu à breaker le Finlandais 5 fois, le Croate 3 fois et l’Autrichien 6 fois ! Sa faculté à lire la trajectoire du service de Zverev afin de pouvoir l’inquiéter dès son retour de service sera l’une des clés du match.

L’œil de Florent Serra : Il est logique de retrouver Alexander Zverev en favori. L’Allemand est très confiant en ce moment et dispose d’une frappe lourde, notamment au service et sur son premier coup de raquette. Mais attention ! D’abord, Alejandro Davidovich Fokina est déjà un très bon joueur. Il est imprévisible, il sert bien, il peut slicer et brouiller les pistes. Il change aussi les rythmes et sert bien en première. Il a quand même battu Cilic, ce qui est pas mal même si c'est difficile de fixer le niveau de jeu du Croate en ce moment. Il est vraiment bon sur dur, mieux encore que sur terre. Il est donc capable de gêner Zverev. Ensuite, la cote de l’Allemand n’est pas très intéressante (1,19). Du coup, je pense qu’il est plutôt judicieux soit de ne pas miser sur ce match, soit de tenter un set pour l’Espagnol. La dimension physique va compter pour Davidovich qui vient d'enchaîner deux matchs en trois sets. Mais si l'Allemand affiche un niveau de jeu moyen comme contre Harris, une surprise n'est pas impossible.