La logique n’a finalement rien de cohérent. Depuis 1986, date de création de la compétition, le Masters 1000 de Paris-Bercy pâtit de sa position dans le calendrier. Qui dit fin de saison, dit blessure, fatigue, manque de motivation et donc… forfait. Une situation paradoxale puisque placée juste avant le Masters, l’épreuve est censée attirer les meilleurs joueurs du monde. Le problème, c’est que ceux qui sont déjà qualifiés pour l’ultime tournoi de l’année, préfèrent souvent se préserver afin d’arriver frais et dispo. Sur les onze dernières éditions, Roger Federer ne s’est présenté que six fois et Rafael Nadal cinq fois. La conséquence est à double tranchant : certaines finales proposent des affiches peu glamours (David Ferrer/Jerzy Janowicz en 2012 ou Jack Sock/Filip Krajinovic en 2017), mais l’épreuve a le mérite de révéler aux yeux du grand public de futurs ou très bons joueurs (Marat Safin, finaliste en 1999 puis victorieux en 2000, Tomas Berdych et Karen Khachanov, vainqueurs en 2005 et 2018, Denis Shapovalov, finaliste en 2019). Les absences et les contre-performances des cadors permettent également à des joueurs inattendus de percer dans le tableau. À Bercy, pas moins que 4 joueurs issus des qualifications se sont hissés jusqu’en finale : Sergio Casal (1986), Radek Stepanek (2004), Jerzy Janowicz (2012) et Filip Krajinovic (2017).

Le Rolex Paris Masters 2020 devait changer la donne. Dans une saison amputée de cinq mois par le coronavirus, le troisième Masters 1000 de l’année - au lieu de neuf habituellement - devait attirer du monde, et même du beau monde. Des joueurs en préparation pour le Masters, des joueurs en course pour se qualifier pour le tournoi des Maîtres, des joueurs pas forcément éprouvés par un exercice privé de la moitié de ses tournois. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé à Vienne, où cinq TOP 10 se sont présentés dans cet ATP 500. Mais Bercy a la poisse, décidément. Peut-être faut-il prendre en compte une certaine usure psychologique chez les tennismen. Certes, ils n’ont pas beaucoup joué cette année, mais les conditions de jeu (protocole sanitaire strict et huis-clos) n’ont rien de très réjouissantes. La réforme du classement, liée à la pandémie de la Covid-19, n’est également pas sans conséquence : exit Novak Djokovic, quintuple vainqueur du tournoi et déjà assuré de terminer numéro un mondial puisqu'il conservera ses 1000 points acquis il y a un an. Il n’avait donc aucun intérêt à venir dans la capitale française. À cette absence de poids, il faut bien sûr ajouter celle de Roger Federer, qui a mis un terme à sa saison il y a bien longtemps. Mais ce n’est pas tout. Depuis quelques jours, les forfaits s’enchaînent. Et pas des moindres : Dominic Thiem (pied), Gaël Monfils (motivation), Denis Shapovalov, Roberto Bautista-Agut (genou), Fabio Fognini et Grigor Dimitrov (pied). Au total, trois TOP 10 et cinq TOP 20 manquent à l’appel. Pour compléter cette liste, signalons le retrait de Cristian Garin, John Isner, Benoit Paire, Kei Nishikori ou encore Jannik Sinner. Tant de forfaits que le tableau comprend en tout 4 lucky losers. Et ce n'est peut-être pas fini...

Nadal et Schwartzman pour une première ?

Dans ces conditions, Rafael Nadal s’avance comme le prétendant numéro un du tournoi. Non pas que le Masters 1000 de Paris lui réussisse, au contraire. C’est justement l’un des trois tournois de cette catégorie (avec Miami et Shanghai) qu’il n’a jamais réussi à gagner. Son meilleur résultat ? Une finale, mais qui remonte à 2007. La voie paraît dégagée, surtout si le numéro 2 mondial se montre aussi dominateur qu’à Roland Garros. Un autre joueur pourrait profiter de ce tableau décimé : Diego Schwarzman. En course pour le dernier ticket au Masters, le petit argentin est parfaitement placé pour franchir la Manche pour la première fois de sa carrière au mois de novembre. Il compte plus de 400 points d’avance sur Matteo Berrettini, 700 sur David Goffin et 800 sur Pablo Carreno-Busta. Ces trois derniers peuvent toujours rêver - en témoigne le précédent Jack Sock en 2017, qui avait rallié le tournoi des Maîtres in extremis après avoir glané le trophée à Paris, alors qu’il n’était que 24ème à la Race au début de l’épreuve -, mais il semble peu probable de les voir dépasser le récent demi-finaliste du French Open. On connait déjà les sept autres détenteurs d’un billet pour Londres : Novak Djokovic, Rafael Nadal, Dominic Thiem, Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas, Alexander Zverev et Andrey Rublev, tout fraîchement qualifié après son titre à Vienne.

Loin derrière au classement, les Français tenteront de tirer leur épingle du jeu. Car il faut le rappeler, le Masters 1000 parisien est de loin celui qui réussit le mieux aux tricolores. Trois vainqueurs (Guy Forget en 1991, Sébastien Grosjean en 2001 et Jo-Wilfried Tsonga en 2008), trois finalistes (Forget encore, en 1992, Gaël Monfils par deux fois, en 2009 et 2010, et Tsonga en 2010) et quatre demi-finalistes (Richard Gasquet en 2007, Mickaël Llodra en 2010 et 2012, Gilles Simon en 2012 et Julien Benneteau en 2017). Pour cette 35ème édition, les chances de voir des Bleus briller sont limitées. En l’absence de ses deux meilleurs représentants, Monfils et Paire, ni Tsonga et Pouille, forfaits depuis belle lurette, Ugo Humbert, Adrian Mannarino, Richard Gasquet, Gilles Simon ou encore Corentin Moutet auront bien du mal à se frayer un chemin jusqu’au dernier carré. Titré récemment à Anvers, le Messin est en pleine forme, mais le tirage lui a réservé un tableau compliqué, avec un éventuel deuxième tour contre Stefanos Tsitsipas. Même combat pour Adrian Mannarino, finaliste à Astana, mais qui devra, s'il est apte physiquement, peut-être se coltiner Alexander Zverev en huitième de finale et Andrey Rublev en quart. Une dernière donnée n’incite pas forcément à l’optimisme : l’absence de public. L’annonce était attendue après la déclaration d’Emmanuel Macron mercredi soir, l’AccorHotels Arena n’accueillera aucun spectateur durant la semaine. Un huis-clos qui ne profitera évidemment pas aux joueurs français.

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1er quart de tableau : Nadal, seul au monde ?

Normalement, à Bercy, c’est le membre du Big 3 qui manque le plus souvent à l’appel. Avec seulement 7 participations - dont deux forfaits en cours de route -, Rafael Nadal est bien moins souvent présent à Paris que Roger Federer (13) et Novak Djokovic (14). Mais cette année, c’est le seul membre du trio fidèle au Rolex Paris Masters. Une aubaine, quand on sait que cette épreuve est l’un des trois Masters 1000 que l’Espagnol n’a jamais remporté. L’absence de Dominic Thiem lui laisse d’ailleurs encore davantage de chance de s’imposer dans un tournoi où il a atteint une fois la finale (2007, contre David Nalbandian) et le dernier carré à trois reprises (2009, face à Novak Djokovic ; 2013, contre David Ferrer ; 2019, forfait avant d’affronter Denis Shapovalov). Il est vrai, le dur indoor plaît un peu moins bien au Majorquin. Il n’a remporté qu'un titre dans ces conditions (Madrid 2005) et son bilan (70%) est inférieur à ses ratios sur terre (92%), sur dur extérieur et sur gazon (78%). Il n’empêche, le niveau de jeu monstrueux affiché par l’ancien numéro un mondial à Roland Garros à l’occasion de son treizième trophée Porte d’Auteuil (aucune manche perdue et une finale monumentale face à un Novak Djokovic écœuré) laisse présager un grand « Rafa » Porte de Bercy.

Exempté de premier tour, comme les sept autres têtes de série les plus élevées, l’Espagnol affrontera au deuxième tour soit Filip Krajinovic, soit Feliciano Lopez. Les deux joueurs ne sont pas au mieux. Grand spécialiste des surfaces rapides (4 titres sur gazon, un sur dur indoor), l’Espagnol fait aujourd’hui son âge (39 ans) et enchaine les défaites (premier tour à Saint-Pétersbourg, deuxième à Anvers). Le Serbe parait le mieux placé pour affronter Nadal, même si le 30ème mondial ne brille pas vraiment ce moment. S’il a atteint la finale à Stockholm en fin de saison dernière et le dernier carré à Montpellier puis Rotterdam en début de saison, la coupure liée à la pandémie du coronavirus a tout changé. L’ancien finaliste de Paris-Bercy en 2017 ne met plus un pied devant l’autre et reste sur trois revers consécutifs, dont deux inquiétants, contre Nikola Milojevic (N°144) à Roland Garros et face à Steve Johnson (N°68) à Cologne. Et le bilan de Krajinovic face au top 10 (18 défaites en 20 matchs) ne plaide pas pour lui.

Derrière Rafael Nadal, ils sont deux à pouvoir prétendre sur le papier aux quarts de finale. D’abord David Goffin, tête de série N°8 du tournoi. S’il est généralement à l’aise dans ces conditions de jeu (un titre Metz en 2014 et quatre finales à Bâle en 2014, Sofia, Rotterdam et au Masters en 2017), le Belge n’est cependant plus que l’ombre de lui-même depuis une grosse année. En 2020, son bilan est neutre (12V/10D) et il semble même que le contexte sanitaire actuelle le préoccupe. Encore 14ème mondial et connu pour sa constance, il vient d’encaisser trois défaites de rang, dont une très surprenante contre l’Américain Marcos Giron (N°94) à Anvers. Pas sûr de le voir percer dans le tableau, même si ça devrait passer pour son entrée en lice contre l’un des deux qualifiés, Marco Cecchinato ou Norbert Gombos. On voit davantage réussir Pablo Carreno-Busta, l’un des hommes en forme de cette seconde partie de saison. Demi-finaliste à l’US Open et quart de finaliste à Roland Garros, l’Espagnol est non seulement un combattant hors-pair, mais aussi un contre-attaquant tranchant souvent présent lors des grands rendez-vous. Ce n’est en revanche pas sur dur indoor qu’il exprime le mieux ses qualités. Après son titre à Moscou en 2016, il a enchainé 11 défaites en 15 matchs dans ces conditions de jeu. Il y a eu du mieux depuis à Metz (quart), Stockholm (demie) et Vienne (quart) en fin de saison dernière et à Rotterdam (demie) en début d’année où il a dominé Adrian Mannarino, Roberto Bautista-Agut et Jannik Sinner. Petit bémol. En a-t-il marre lui aussi de cette saison 2020 ? Il vient de s’incliner rapidement à Anvers (premier tour contre Ugo Humbert) puis à Vienne dans un non-match sans précédent pour lui face à Anderson - qui avait des allures de tank -.

Au premier tour, Carreno-Busta est opposé à celui qui a fait chavirer les spectateurs, ou plutôt les téléspectateurs de Roland Garros, Hugo Gaston. Après son épopée fantastique qui l’a vu atteindre les huitièmes de finale après avoir notamment battu Stan Wawrinka, avant de céder sur le fil contre Dominic Thiem, le jeune français de 20 ans a repris l’entraînement, puis le train-train quotidien au Challenger de Hambourg. Son classement (N°162) ne lui permet pas encore de jouer régulièrement sur le circuit principal, d’ailleurs il s’est incliné dès son deuxième match en Allemagne face à l’Autrichien Sebastian Ofner (N°171). Invité par les organisateurs, le Toulousain aura à cœur de donner le change en distillant quelques friandises - on pense bien sûr à ses fameuses amorties. Un autre homme à suivre pour achever ce quart de tableau, Borna Coric. Tête de série N°15, le Croate a prouvé il y a quelques jours à St-Petersbourg qu'il pouvait bien évoluer sur cette surface dur indoor un peu lente avec une finale (perdue face à Andrey Rublev). Il a montré au passage qu’il pouvait sacrément bien résister contre les grands serveurs, en dégoûtant Reilly Opelka et Milos Raonic. Coric joue au premier tour le qualifié Marton Fucsovics, jamais facile à manœuvrer (huitième de finale à Cincinnati et à Roland Garros, après des succès face à Grigor Dimitrov et Daniil Medvedev). Le Hongrois reste néanmoins sur une défaite nette à Cologne contre Gilles Simon. On voit moins aller loin Jan-Lennard Struff, en panne de confiance depuis l’US Open avec 6 défaites lors de ses 8 derniers matchs, d’autant que l’Allemand ne compte que trois demi-finales sur ses 32 tournois disputés en indoor. Que dire de son adversaire au premier tour, Nikoloz Basilashvili, qui n’a pas gagné une seule des 6 rencontres qu’il a disputé depuis la reprise du circuit en août. 


2ème quart de tableau : Zverev et Rublev au-dessus du lot

Il ne faut pas être un génie pour placer l’Allemand et le Russe comme grandissimes favoris de cette partie de tableau. Il y a eux, et le reste du monde. Débutons par Alexander Zverev. Sur le plan tennistique, tout va pour le mieux pour le 7ème joueur mondial. Il vient d’empocher le « Grand Chelem de Cologne », à savoir les deux épreuves ATP 250 qui se jouaient successivement dans la ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Au passage, il a signé des victoires probantes contre Felix Auger-Aliassime, Adrian Mannarino, Jannik Sinner ou encore Diego Schwartzman. L’occasion pour lui de parfaire sa confiance, déjà très haut placée après sa récente finale à l’US Open. Sur ses 13 titres en carrière, il en a remporté 5 sur dur indoor, dont le Masters en 2018. Sur le plan personnel, c’est bien plus compliqué. Son ex-compagne vient d’annoncer qu’elle était enceinte de lui et qu’elle ne comptait pas partager la garde avec le papa. Sa fiancée précédente a quand à elle accusé l’Allemand de 23 ans de violences conjugales. Ce dernier a réagit en estimant que ces allégations étaient « infondées ». Reste que sa situation personnelle ne doit pas l’aider à avoir le tête au tennis.

Poursuivons avec Andrey Rublev, tout simplement le meilleur joueur de la saison en nombre de titres. Après ses succès à Doha, Adélaïde, Hambourg et Saint-Pétersbourg, le jeune Russe vient d’empocher son cinquième trophée de l’année à Vienne. Trois ATP 500 et deux ATP 250 qui s’ajoutent à de bons résultats en Majeurs, deux quarts de finale à l’US Open et Roland Garros. Qualifié pour le Masters après son succès en Autriche, le N°8 mondial a le vent en poupe. Sur dur, en intérieur ou en extérieur, il est impressionnant. C’est lui a remporté le plus de matchs (49 victoires pour 12 défaites) sur cette surface depuis l’été 2019. Beaucoup plus mûr et serein qu’il y a encore deux ans, Rublev est à présent constant et plus solide physiquement. C’est pourquoi l’enchainement des rencontres ne semblent plus être un frein à sa réussite, d’où son statut de favori derrière Rafael Nadal à Bercy.

Quels joueurs peuvent venir semer la zizanie dans ce deuxième quart de tableau ? Peut-être Daniel Evans, pour commencer. Son jeu atypique (revers slicé, « chip and charge » et montées à contre-temps) peuvent embêter quasiment tous les athlètes du circuit. Méfiance donc, d’autant que le Britannique est en forme. Il reste sur deux demi-finales, à Anvers puis à Vienne, avec des victoires sur Frances Tiafoe, Karen Khachanov et Grigor Dimitrov. Deux bémols, un léger manque de puissance et son physique. En Belgique comme en Autriche, on l’a vu piocher en fin de semaine. Autre potentiel trouble-fête, Stan Wawrinka, adversaire de Dan Evans au premier tour. Sur le papier en tout cas. Car le triple vainqueur en Grand Chelem est loin de son meilleur niveau. Décevant sur terre battue avec deux défaites contre Lorenzo Musetti et Hugo Gaston, il a montré du mieux à Saint-Petersbourg avec deux bons matchs face à Daniel Evans, justement, et Denis Shapovalov, avant de chuter d’entrée à Vienne contre Cristian Garin. Pas forcément de bonne augure pour le Suisse qui n’a jamais brillé à Bercy (une demie en 13 apparitions).

Il faudra suivre Adrian Mannarino, finaliste à Astana dans des conditions de jeu similaires. Le Français a eu des bons résultats dernièrement mais va-t-il réussi à enchaîner ? Il est apparu fatigué et bien loin de son meilleur niveau en finale ce dimanche face à Millman. Si ce n’est Mannarino, ce sera peut-être le vainqueur du tournoi qui s’illustrera, John Millman. L’Australien vient de glaner son premier titre en carrière et a une nouvelle fois montré ses qualités de combattant contre Tommy Paul, puis face à Frances Tiafoe. Le 45ème mondial partira favori contre Miomir Kecmanovic, qui n’a plus montré grand chose depuis son trophée empoché à Kitzbühel (terre battue) début septembre. Autre tricolore à suivre, Gilles Simon. En panne de résultats depuis la reprise du circuit, il a néanmoins retrouvé de bonnes sensations à Cologne il y a quinze jours. Le N°58 à l’ATP a pris le dessus sur Jordan Thompson et surtout Denis Shapovalov, avant de rendre les armes face à Jannik Sinner. En pleine « promo » de son livre la semaine dernière, c’est le moment pour le « prof » de donner quelques leçons à Bercy, même si son premier tour s’annonce assez périlleux, face à un Tommy Paul polyvalent (titre en Challenger à Charlottesville en 2018, quart à Nur Sultan en 2020, les deux épreuves sur dur indoor).


3ème quart de tableau : Le réveil de Medvedev et Khachanov ?

Au contraire d’Andrey Rublev, qui marche sur l’eau depuis quinze mois, ses deux comparses russes vivent une période plus délicate. S’il a été au niveau à l’US Open en atteignant le dernier carré, Daniil Medvedev réalise une saison 2020 décevante, loin de son année 2019 épatante. Son bilan est tout juste satisfaisant (18V/10D). Certaines défaites sont indignes de son potentiel : Vasek Pospisil à Rotterdam, Ugo Humbert à Hambourg et Marton Fucsovics à Saint-Pétersbourg. Son ratio en indoor est neutre : 4 victoires pour autant de défaites. À Vienne, il a annoncé vouloir taper fort en cette fin de saison. Résultat, il a été sorti dès les quarts de finale par Kevin Anderson. Le plus inquiétant ? Son attitude sur le court. On le sent impatient et nerveux. Incapable de se révolter et de recouvrer le droit chemin. Le N°6 mondial va t-il retrouver la voie du succès à Bercy ? Pas si évident. Son adversaire au deuxième tour pourrait être Kevin Anderson, si sa blessure à la cuisse, contractée à Vienne, lui permet de s’aligner au premier tour contre le lucky loser Laslo Djere. Le Sud-Africain a montré en Autriche qu’il était sur le chemin du retour, après sa blessure au genou qui l’a privée de la seconde moitié de saison 2019, en atteste ses deux jolis succès contre Pablo Carreno-Busta et Daniil Medvedev.

Karen Khachanov est lui aussi en difficulté. Il n’est pas nul, mais disons moyen. Et cela fait longtemps que ça dure. Tout simplement depuis son sacre… au Rolex Paris Masters il y a deux ans. Depuis, il perd quasiment autant de matchs (43) qu’il en gagne (50). Son bilan en indoor est même négatif : 10 succès, 14 revers. On n’est loin des attentes suscitées par le Moscovite à l’issue de sa fin de saison 2018. Certes, le 18ème mondial frappe toujours aussi fort. Mais la liste des réjouissances s’arrête là. Khachanov ne progresse plus. Et comme il ne possède pas de plan B… Son problème est-il mental ? La question se pose. Avant Bercy, il a disputé trois tournois en indoor pour des résultats une nouvelle fois peu fameux : deux victoires à Saint-Pétersbourg mais contre James Duckworth (N°93) et Aslan Karatsev (N°117), avant de s’incliner contre Milos Raonic ; un seul succès à Anvers face à Zizou Bergs (N°528), puis un revers contre Daniel Evans ; enfin, une élimination d’entrée à Vienne devant Grigor Dimitrov. Manque de chance, Khachanov a peut-être tiré le qualifié le plus compliqué à négocier, en la personne d’Alejandro Davidovich-Fokina. Le jeune espagnol de 21 ans a un sacré tempérament et des qualités d’explosivité qui lui permettent de faire bonne figure sur toutes les surfaces. Après un excellent US Open (huitième de finale en sortant notamment Hubert Hurkacz et Cameron Norrie), il a enchainé avec une demie puis un quart lors des deux tournois de Cologne. Autant dire que Khachanov a du souci à se faire…

Les deux Russes n’étant pas au mieux, le favori de ce quart de tableau se nomme Diego Schwartzman. Non pas que l’Argentin soit un spécialiste du dur indoor (56% de victoires en carrière), mais surtout car il réside un enjeu majeur pour lui au cours du troisième Masters 1000 de la saison : un billet pour le Masters ! En très bonne position pour valider son voyage à Londres, il lui faudra assurer le coup, en espérant voir ses poursuivants ne pas aller trop loin dans le tableau, notamment Matteo Berrettini. Le 9ème joueur mondial a d’autant plus un coup à jouer qu’il a déjà prouvé qu’il savait être performant en indoor : 4 finales à son palmarès, deux à Anvers (2016 et 2017), une à Vienne (2019) et une à Cologne il y a quelques jours. Une performance dans la lignée de ce qu’il réalise depuis quelques semaines (finale au Masters 1000 de Rome et demie à Roland Garros). Exempté de premier tour, Schwartzman jouera soit Richard Gasquet, soit Taylor Fritz. Les deux hommes sont en panne de confiance. Le Français n’a gagné que deux matchs depuis la reprise du Tour, contre J. J. Wolf et Ivo Karlovic, « qui a 63 ans », comme l’a déclaré avec humour et détachement le Biterrois lors d’un débat sur les réseaux sociaux avec Monfils, Tsonga et Simon. La dernière finale du tricolore en indoor remonte au début de l’année 2018, à Montpellier. De son côté, l’Américain ne va pas très bien non plus : 6 victoires pour 8 défaites depuis le mois d’août, avec des échecs prématurés à Saint-Pétersbourg (Cameron Norrie), Anvers (Lloyd Harris) et Vienne (Borna Coric). Depuis sa finale à Memphis en 2016, l’épreuve qui l’avait révélée dans l’élite, le N°29 à l’ATP n’a remporté que 7 rencontres (pour 13 revers) sur dur indoor.

Les autres joueurs à suivre dans cette zone du tableau se nomme Alex De Minaur et surtout Lorenzo Sonego. L’Australien est très intéressant sur dur indoor (22V/8D depuis le début de sa carrière). Il a atteint une première finale dans ces conditions à Bâle en 2019 et a récidivé à Anvers il y a huit jours. Sur cette surface, son tableau de chasse est élogieux : Denis Shapovalov, David Goffin, Reilly Opelka, Roberto Bautista-Agut, Jan-Lennard Struff, Taylor Fritz et Grigor Dimitrov. Il faudra donc suivre le 25ème mondial avec attention même s'il manque de coup fort. L’Italien est lui aussi en pleine forme. Il vient de se hisser jusqu’en finale de l’ATP 500 de Vienne, après avoir battu Dusan Lajovic, Hubert Hurkacz, Daniel Evans et surtout Novak Djokovic, il est vrai pas très concerné lors de leur quart de finale. Il n’empêche, le Turinois a impressionné à la fois par sa puissance en service et en coup droit, sa palette de coups (amorties) et son bagage mental (toujours concentré et serein au moment de conclure). À 25 ans, le N°32 confirme son potentiel et montre qu’il peut être performant sur terre, comme sur gazon et sur dur. Son adversaire au premier tour est Alexander Bublik. Toujours se méfier du fantasque kazakh, même si ce dernier reste sur une défaite peu rassurante dès le premier tour chez lui à Astana, contre Mackenzie McDonald.


4ème quart de tableau : Tsitsipas et Berrettini en embuscade

Le premier est déjà qualifié pour le Masters, le second possède encore une petite chance d’y parvenir. Tous les deux ont une belle carte à jouer. Stefanos Tsitsipas a parfaitement réussi sa fin de saison 2019. Pourquoi ne pas rééditer cette performance ? Pour rappel, il avait remporté le tournoi des Maîtres, en dominant Daniil Medvedev, Alexander Zverev, Roger Federer et Dominic Thiem, après avoir déjà atteint la finale à Pékin et les demies à Shanghai et Bâle. Depuis que le circuit a repris, son bilan est plutôt prometteur : 15 succès pour 6 revers. Dans son escarcelle,  deux derniers carrés à Cincinnati et Roland Garros et une finale à Hambourg. Il a certes perdu au dès le deuxième tour à Vienne, mais il est tombé sur un Grigor Dimitrov en feu et il semblait amoindri physiquement. D'ailleurs, sera-t-il totalement remis pour Paris ? Le dur indoor lui convient en tout cas parfaitement : il a remporté 4 de ses 5 titres dans ces conditions (Stockholm 2018, Marseille 2019, Masters 2019 et Marseille 2020). Mais le Grec devra se méfier dès son entrée en lice. Il pourrait affronter Ugo Humbert, particulièrement à son avantage depuis deux mois. Le Français, qui a connu son meilleur classement cette semaine (N°32), a d’abord sorti deux gros bons matchs sur terre à Hambourg (victoire sur Daniil Medvedev, défaite accrochée contre Casper Ruud, qui sera d’ailleurs son premier adversaire à Paris-Bercy), avant de glaner son deuxième titre en carrière il y a quelques jours à Anvers… sur dur indoor. Avec au passage de beaux succès face à Pablo Carreno-Busta, Daniel Evans et Alex de Minaur.

Matteo Berrettini n’a pas les cartes en main, mais peut encore décrocher un ticket pour Londres. L’Italien est 10ème à la Race, à 410 points de Diego Schwartzman, 9ème - Roger Federer, 4ème de ce classement, est d’ores et déjà out. Vous l’avez compris, il faudra au Romain faire mieux, voire bien mieux que l’Argentin, pour obtenir le droit de rejouer au Masters, comme en fin de saison dernière. Sur le principe, il n’y a pas de raison de ne pas voir le 10ème mondial s’illustrer lors du Rolex Paris Masters. Mais dans les faits, ce dernier ne donne pas beaucoup de gages de confiance. D’abord, son ratio est négatif sur dur indoor (10V/11D). Ensuite, il n’a pas joué un seul match dans ces conditions cette saison. Son dernier tournoi remonte à Roland Garros, où il s’est fait surprendre dès le troisième tour par Daniel Altmaier (N°186). Contrairement à Schwartzman, il n’est pas inscrit à Sofia, épreuve ATP 250 située entre Bercy et le tournoi des Maîtres. Mais si le suspens n’est pas terminé à l’issue du tournoi parisien, peut-être demandera-t-il une invitation en Bulgarie. En tout cas, la bonne nouvelle pour Berrettini, c’est que son tableau est cette semaine plutôt dégagé. Exempté de premier tour, il jouera Albert Ramos-Vinolas ou Marcos Giron, l’Américain issu des qualifications.

Cela risque de se corser au troisième tour, où il pourrait affronter Milos Raonic. Le Canadien a montré beaucoup de belles choses depuis la reprise de la saison. Une finale à Cincinnati, une demie à Saint-Pétersbourg et un quart à Anvers. Il a affiché une puissance et une sûreté déconcertantes au service (63 aces en quatre matchs en Russie), en coup droit et à la volée, dominant notamment Stefanos Tsitsipas et Karen Khachanov. Malheureusement, le 17ème mondial a dû déclarer forfait avant son match contre Grigor Dimitrov en Belgique, en raison d’une blessure aux abdominaux. S’il est à 100 %, Raonic peut faire de gros dégâts à Bercy. Seul souci, il est rarement en pleine possession de ses moyens physiques. Au premier tour, il va jouer Aljaz Bedene, qu’il a déjà battu à Anvers. Si le Slovène a considérablement amélioré sa qualité de mise en jeu depuis un an, il semble plafonner contre les membres du TOP 20 (30% de victoires) et surtout est très loin de son niveau affiché il y a un an, notamment sur le plan physique avec beaucoup de petites gênes ou blessures ces dernières semaines.

Un petit choc intéressant pour achever cette présentation. Il va opposer Felix Auger-Aliassime à Marin Cilic. Même si le Croate n’est plus le joueur qu’il était (vainqueur de l’US Open en 2014, finaliste à Wimbledon en 2017 et à l’Open d’Australie en 2018), il a remporté 8 de ses 18 trophées sur dur indoor. Reste qu’il n’est classé aujourd’hui que 41ème mondial, plutôt logique au regard de sa saison 2020 (13V/10D). Cilic reste sur deux défaites précoces à Cologne (au deuxième tour contre Alejandro Davidovich-Fokina, au premier tour face à Steve Johnson). C’est donc le jeune canadien de 20 ans qui partira favori de cette rencontre, d’autant que lui reste sur deux bonnes performances en Allemagne : une finale (contre Alexander Zverev) et une demie (face à Diego Schwartzman). « FAA » est ensuite passé à côté à Vienne contre son compatriote Vasek Pospisil, confirmation du manque de régularité du Québécois. Le vainqueur de ce duel pourrait ensuite jouer Corentin Moutet, en manque de réussite actuellement. Le Français de 21 ans reste sur deux défaites au premier tour, à Anvers (contre Lloyd Harris) puis à Noursoultan (face à Frances Tiafoe).


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Rodolphe Cazejust

Initié au tennis dès 5 ans et parfois tous les jours, j'ai participé à Roland Garros en minime (battu par la tête de série N°1). Après des études de droit, de sciences politiques, de socio-histoire et de journalisme, j'ai intégré la rédaction des sports de Canal+. Le tennis est l'un des sports que je couvre le plus (Eurosport, BeINSports, RMC Sports, L'Equipe et le magazine Courts). J'aime le tennis pour son élégance, ses codes, ses duels, son histoire, ce qu'il exige comme aptitudes physiques et mentales. J'ai un faible pour les joueurs élégants et offensifs, (Federer, Sampras, Edberg) mais aussi pour certains joueurs capables de s'adapter à l'adversaire avec leurs qualités propres (Wilander, Ferrer ou Simon). J'aime le talent brut mais aussi l'intelligence de jeu. Mes armes pour analyser un match : les statistiques et du feeling. Le tennis est imprévisible et c'est ce qui en fait son charme.