Mine de rien, Milos Raonic est l'un des meilleurs joueurs de cette seconde moitié de saison. Une finale à Cincinnati, une demie à Saint-Pétersbourg et un quart à Anvers. Il a affiché une puissance et une efficacité déconcertantes au service (63 aces en quatre matchs en Russie), des coups droits lourds et beaucoup de montées au filet. Il a récemment dominé Stefanos Tsitsipas et Karen Khachanov. Malheureusement, le 17ème mondial est en proie aux blessures régulières. Il a par exemple dû déclarer forfait avant sa rencontre contre Grigor Dimitrov en Belgique. Ça semble aller un peu mieux cette semaine. Le Canadien a remporté en deux sets ses trois premiers matchs à Paris : Aljaz Bedene, Pierre-Hugues Herbert et Marcos Giron sont passés à la trappe. Certaines de ses statistiques sont impressionnantes : seulement 11 points perdus derrière sa première (3, 4 et 4) et une unique balle de break concédée (et sauvée) au total !

Autant dire que prendre la mise en jeu de Raonic relève actuellement de l'exploit ! Ce sera l'une des missions délicates de Ugo Humbert. Le Français est particulièrement à son avantage depuis deux mois. Après deux belles prestations sur terre à Hambourg (victoire sur Daniil Medvedev, défaite accrochée contre Casper Ruud), il a glané son deuxième titre en carrière (après Auckland en début d'année) à Anvers... sur dur indoor. Ces conditions lui plaisent et il est en train de le confirmer à Bercy. Trois tours passés et un premier quart de finale en Masters 1000 ! L'assurance aussi d'intégrer pour la première fois le TOP 30 mondial la semaine prochaine. Sur son parcours, il a dominé Casper Ruud, Stefanos Tsitsipas (tête de série N°2) et Marin Cilic. Une constante dans tous ces matchs : une première balle de service diaboliquement efficace (80% de points) et une lucidité bluffante (11 balles de break écartées sur 15) dans les moments délicats à gérer. Autre constante moins réjouissante, la durée et l’intensité de toutes ces rencontres (9 manches disputées en quasiment 9 heures de jeu). Du coup, le tricolore apparaît forcément fatigué. Même s’il a montré des ressources mentales extraordinaires pour achever le Grec et le Croate, on peut craindre de le voir un peu en dedans physiquement contre Milos Raonic.

L’œil de Florent Serra : Ugo Humbert me plaît de plus en plus, et ce depuis plusieurs semaines. Son titre à Anvers, c’était déjà bien. Contre Stefanos Tsitsipas, il réalise un super match. Deux jours après, il est encore au niveau contre Marin Cilic, avec une attitude exemplaire. Et il a finalement tenu le coup physiquement. Contre Milos Raonic, ça va être un match un peu différent. Comme la surface est rapide, le Français va utiliser sa patte gauche pour accélérer et gêner le Canadien côté revers en le sortant du court. Par contre, il lui faudra finir les points au filet, chose qu’il ne fait pas assez souvent. Il est en tout cas capable de tenir son service tout au long d’un set. Forcément, Raonic aussi est excellent au service. Je vois bien au moins un tie break. Avec cette cote (2,80), j’ai davantage envie de choisir Ugo, ou a minima un certain nombre de jeux. En revanche, il est vrai que si Raonic est bien physiquement, j’ai l’impression que sur la longueur, en tenant son service, il va pouvoir tenter des choses et se livrer sur la seconde du tricolore. Si le match dure 3 sets, ce sera difficile pour Humbert de résister à la pression qu’il pourrait avoir sur son service dans la durée du match. Bref, la cote d’Ugo est intéressante, mais a priori je vois Raonic s’imposer.


Rafael Nadal vs Pablo Carreno-Busta

Attention, les statistiques sont parfois trompeuses ! Pour la huitième fois en autant de participations, Rafael Nadal a rejoint les quarts de finale du Masters 1000 de Paris. Pour autant, il n’a jamais gagné le titre - une seule finale disputée en 2007 (défaite contre David Nalbandian). Méfiance donc… Pour autant, il paraît peu probable de voir le numéro deux mondial caler face à son compatriote, Pablo Carreno-Busta. D’abord, le joueur originaire des Asturies n’est jamais parvenu à battre le Majorquin. Six matchs, six défaites, dont deux sur dur, en extérieur. Les deux Espagnols se sont déjà joués à deux reprises cette année, pour un bilan sans appel : 6-1, 6-2, 6-4 à Melbourne et 6-1, 6-1 à Rome, soit 30 jeux à 9 pour Nadal ! Carreno-Busta a beau être un sacré contreur, son style rectiligne ne pose quasiment aucun problème à « Rafa ». Ensuite, si le 15ème mondial pas perdu un set depuis le début de la semaine, il n’a pas non plus été impérial. Après avoir dominé facilement Hugo Gaston et Jan-Lennard Struff, il a un peu souffert contre Norbert Gombos (3 breaks contre lui et seulement 8 points sur 22 remportés derrière sa seconde balle de service, soit 36%). Les qualités de combattant de Carreno ne sont pas à remettre en cause. Mais plutôt son incapacité à gêner Nadal.

D’autant que le moins bien classé des deux a un peu de mal à exprimer ses qualités sur dur indoor. Par exemple, après son titre à Moscou en 2016, il a enchainé 11 défaites en 15 matchs dans ces conditions de jeu. Aussi, il s’est s’incliné rapidement à Anvers (premier tour contre Ugo Humbert) puis à Vienne (deuxième tour face à Kevin Anderson). En face, Rafael Nadal sera sans pitié. L’ancien numéro un mondial vise un premier trophée à Bercy, l’un des trois Masters 1000 qu’il n’a jamais glané (avec Miami et Shanghai). Certes, le dur indoor plaît un peu moins au Majorquin. Il n’a remporté qu'un titre dans ces conditions (Madrid 2005) et son bilan (70%) est inférieur à ses ratios sur terre (92%), sur dur extérieur et sur gazon (78%). Il n’empêche, le niveau de jeu monstrueux affiché par l’ancien numéro un mondial à Roland Garros à l’occasion de son treizième trophée Porte d’Auteuil était phénoménal. Et si Nadal a éprouvé quelques difficultés à se mettre en route lors de son entrée en lice face à Feliciano Lopez, il a plutôt bien rectifié le tir en huitième de finale contre un bon Jordan Thompson notamment dans le 2ème set (6-1, 7-6). Un peu bousculé dans la seconde manche (une balle de set écartée), il peut encore s’améliorer à la relance et en ce qui concerne la profondeur de ses coups. Mais dans l’ensemble, cette 1001ème victoire en carrière est plutôt rassurante : 86% des points gagnés derrière sa première, 70% derrière sa seconde.

L’œil de Florent SerraPablo Carreno-Busta ne pose pas de problèmes à Rafael Nadal. Six confrontations et seulement un set gagné. Malgré tout, je trouve la surface de Bercy assez rapide cette année. Et j’ai vu un Nadal passez fébrile derrière ses secondes, quelques doubles fautes également, contre Lopez et Thompson. Or, sur une surface un peu rapide, en indoor, je pense que Carreno peut arriver à lui poser davantage de problèmes que d’habitude. Il sert bien, se déplace très bien et est très solide côté revers, notamment à plat, pour changer les rythmes. Bref, les conditions de jeu sont ici les plus favorables pour que Carreno puisse embêter Nadal. Après, le Majorquin va le faire travailler avec sa patte gauche et son service de gaucher rend sa balle pénible à retourner. Donc, Nadal devrait s’en sortir. Mais de là à choisir le N°2 mondial avec une cote si basse (1,15), aucun intérêt.

Daniil Medvedev vs Diego Schwartzman

Il y a encore moins d'un an, on aurait parié sur une victoire de Daniil Medvedev. D'ailleurs, le Russe a remporté les 3 premières confrontations contre l'Argentin. A Tokyo (dur indoor) en 2018, au Queen's (gazon) en 2019 et à l'ATP Cup (dur extérieur) en 2020. Au total, 6 manches pour le Russe, une seulement pour Diego Schwartzman. Mais aujourd'hui, la donne a changé. L'homme en forme, c'est le plus petit (par la taille) des deux joueurs. Depuis deux mois, il a enchaîné une finale à Rome (après avoir battu Rafael Nadal), une demie à Roland Garros (en dominant au passage Dominic Thiem) et une finale à Cologne. Une épreuve qui se jouait dans les mêmes conditions que le Rolex Paris Masters, le dur indoor qui convient finalement pas si mal au N°9 mondial, déjà auparavant finaliste à 3 reprises à Anvers (en 2016 et 2017) et à Vienne (2019). Cette semaine à Bercy, il a exposé sa confiance du moment : deux succès aisés, contre Richard Gasquet et Alejandro Davidovich-Fokina, et une impression de dominer largement son sujet : sûr en fond de court et solide dans les moments chauds (7 balles de break sauvées sur 8). 

Faut-il le rappeler, Schwartzman vise en outre une belle carotte au bout de l’éventuelle victoire, si victoire en quart il y a : le dernier billet pour le Masters de Londres ! On peut donc facilement imaginer quelle sera sa motivation au moment de pénétrer sur le central de l'AccorHotels Arena pour affronter le Russe. Ce dernier réalise une saison 2020 décevante, au regard de son formidable exercice 2019. Pour un 5ème mondial, son bilan est tout juste satisfaisant (20V/10D), pas plus. Certes, il s'est hissé jusqu'en demie de l'US Open, mais à part ça... A Saint-Pétersbourg, il a perdu précocement face à Marton Fucsovics, et à Vienne, il a échoué en quart de finale contre un Kevin Anderson pas à 100% physiquement. Sur le court, il est souvent impatient et hésite tactiquement entre prendre l'initiative et attendre la faute de l'adversaire. Peut-être est-il dans une phase de transition dans son approche stratégique et forcément, l'assimilation dure un peu. En tout cas, après avoir perdu la première manche (5-7) en huitièmes de finale contre Alex De Minaur, il a semblé avoir un déclic lui permettant ensuite de jouer plus agressif et plus tranchant (6-2, 6-2, avec 3 petits points perdus derrière sa première et aucune balle de break concédé). A t-il retrouvé l'œil du tigre au moment de jouer Diego Schwartzman ?

L’œil de Florent Serra : Je pense que cela va être un match assez accroché, avec beaucoup d’échanges. J’ai vu une belle réaction de Daniil Medvedev contre Alex De Minaur. Et Diego Schwartzman joue vraiment bien en ce moment, il est dangereux même en indoor. C’est vrai que ces conditions permettent au Russe d’embêter davantage l’Argentin que sur dur extérieur ou sur terre bien sûr, mais Schwartzman est néanmoins ultra rapide et prend tôt la balle. Il a aussi les armes pour trouver des angles et frapper fort, à plat, en revers. Medvedev devrait plutôt jouer le coup droit de l’Argentin selon moi. Mais le Russe manque peut-être encore de rythme pour sortir un énorme match contre un joueur excellent en ce moment. En tout cas, la différence de qualité au service justifie l'écart de cote même si on pourrait être tenté de miser sur Schwartzman.


Alexander Zverev vs Stan Wawrinka

« Qui c’est le plus fort ? Évidemment, c’est Rublev ! » Ce pourrait être une chanson, en tout cas le tube de l’année. Sauf qu’à Bercy, Stan Wawrinka est passé par là ! Souvent présent quand on ne l’attend pas, et inversement, le Suisse a joué un sacré tour aux pronostiqueurs en mettant fin à la belle série de victoires du Russe, vainqueur de 5 trophées cette saison et auteur de 40 victoires. Mais voilà, le triple vainqueur en Grand Chelem a beau ne plus être fréquemment à 100%, il est encore capable de coups d’éclat. Après avoir d’abord battu Daniel Evans et Tommy Paul, le N°20 mondial a donc surpris son monde en dominant Rublev, 1-6, 6-4, 6-3, alignant 12 aces dans la rencontre et faisant preuve d’une volonté et d’un opportunisme sans failles (3 balles de break converties sur 5). D’autant plus étonnant que Wawrinka semblait loin de son meilleur niveau il y a encore peu de temps. Décevant sur terre battue avec deux défaites contre Lorenzo Musetti et Hugo Gaston, il avait montré du mieux à Saint-Petersbourg avec deux bons matchs face à Daniel Evans, déjà, et Denis Shapovalov, avant de chuter d’entrée à Vienne contre Cristian Garin. Ce n’était donc pas forcément de bonne augure pour le Suisse qui, en outre, n’a jamais brillé à Bercy (une seule demie en 13 apparitions). Mais Stan Wawrinka ne fait rien comme les autres, décidément.

Après avoir bouté le jeune russe, sera-t-il également en mesure de prendre le dessus sur son ami Alexander Zverev au prochain tour ? On serait tenté de dire que ce sera bien compliqué. Car jusqu’à présent, l’Allemand a remporté chacune de leur opposition. Trois succès, tous sur dur, deux en extérieur (Miami 2017 et Melbourne 2020) et un en indoor (Saint-Pétersbourg 2016). Pour s’imposer, le joueur allemand devra non seulement être clinique derrière son service, mais aussi tenter de bousculer dans le jeu le Suisse qui va essayer de l’enfoncer avec ses frappes lourdes et surpuissantes. Sur le plan tennistique, ce que propose le N°7 mondial est actuellement plutôt de qualité. Après sa première finale en Majeur à l’US Open, il a réussi à remporter 2 trophées il y a peu, à chaque fois sur dur indoor, à Cologne. Au passage, il a signé des victoires probantes contre Felix Auger-Aliassime, Adrian Mannarino, Jannik Sinner ou encore Diego Schwartzman. En étant justement relativement agressif ! Sur ses 13 titres en carrière, il en a remporté 5 dans ces conditions de jeu, dont le Masters en 2018. Si sur le plan personnel, c’est bien plus compliqué (il est accusé par l'une de ses ex-fiancées de violences conjugales), il semble rester concentré sur ses performances. À Bercy, il a d’abord étrillé Miomir Kecmanovic (6-2, 6-2, avec seulement 3 points perdus derrière sa première). Ce fut nettement plus délicat face à Adrian Mannarino. Un succès sur le fil en 3 heures de jeu (7-6, 6-7, 6-4), mais qui prouve encore une fois à quel point « Sacha » est un immense bagarreur et possède de grandes ressources psychologiques. Notons malgré tout trop de hauts et bas contre le Français, 3 jeux de service perdus et un faible rendement derrière sa seconde au service (44%). Sauf que Wawrinka est lui aussi un habitué des courbes sinusoïdales. Et dans la durée, Zverev devrait normalement s’imposer. À moins que ce diable de Suisse ne refasse le coup en poussant l’Allemand à s’effondrer, comme Rublev au tour précédent.

L’œil de Florent Serra : L'issue du match dépendra d’abord de la première de Stan Wawrinka : son niveau de jeu fluctue en fonction de sa réussite à ce niveau-là. Aussi, on voit assez rapidement s’il est en jambe ou pas dans un match, or c’est souvent difficile de le prévoir en amont avec lui. Quand ça va pas, il essaie de terminer vite les points en mettant des mines et c’est souvent mauvais signe. Mais justement, depuis quelque temps, je trouve qu’il est concentré et qu’il s’applique, on l’a vu contre un joueur comme Evans, contre qui on ne peut pas se permettre de gâcher. La force de Wawrinka, en plus de son service ? Sa capacité à ralentir le rythme en revers pour ensuite mettre un grand coup d’accélérateur en coup droit. Alexander Zverev a fait un long match, mais il est jeune, il aura récupéré. Il est normalement moins irrégulier que Stan, et ça peut jouer. Ce qui peut jouer aussi, c’est la première du Suisse. S’il en passe beaucoup et gagne facilement ses jeux de service, il pourra d’autant plus tenter sur l’engagement de l’Allemand. Je vois bien un match très serré, avec beaucoup de points gagnants mais aussi de fautes directes. Vu les cotes (1,47 pour Zverev et 2,91 pour Wawrinka), autant miser sur le Suisse mais physiquement, on peut se demander s'il pourra de nouveau résister à un membre du top 10...


L'avis de la rédaction
⭐️⭐️⭐️ Victoire de Nadal✅
⭐️⭐️ Victoire de Raonic✅
⭐️ Victoire de Medvedev✅


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Rodolphe Cazejust

Initié au tennis dès 5 ans, j'ai participé à Roland Garros en minime (battu par la tête de série N°1). Après des études de droit, de sciences politiques, de socio-histoire et de journalisme, j'ai intégré la rédaction des sports de Canal+. Le tennis est l'un des sports que je couvre le plus (Eurosport, BeINSports, RMC Sports, L'Equipe et le magazine Courts), que j'aime pour son élégance, ses codes, ses duels, son histoire et ce qu'il exige comme aptitudes physiques et mentales. J'ai un faible pour les joueurs élégants et offensifs (Federer, Sampras, Edberg) mais aussi pour ceux capables de s'adapter à l'adversaire avec leurs qualités propres (Wilander, Ferrer ou Simon). J'aime le talent brut et l'intelligence de jeu. Mes armes pour analyser un match : les stats et du feeling. Le tennis est imprévisible et c'est ce qui en fait son charme.