Il y a un an, en finale de Shanghai, Medvedev et Zverev écartaient pour la première fois depuis 9 ans le Big Four d'une deuxième finale consécutive en Masters 1000 après celle de Cincinnati qui avait opposé à l'époque Medvedev à Goffin. Un an plus tard, ces deux symboles de la nouvelle génération née à partir de 1996 - tout du moins les plus titrés - prend peu à peu le contrôle du circuit avec des finales de Grand Chelem et des titres en Masters 1000. Bercy est d'ailleurs un lieu de rendez-vous pour les joueurs émergents puisque depuis 2013, 11 joueurs différents ont disputé la finale Porte de Bercy aux côtés de Djokovic (4 titres et 1 finale). Nos deux finalistes du jour vont y viser un premier sacre.

Vainqueur de la première demi-finale de la journée, le Russe retrouve des couleurs à Paris après une saison 2020 plutôt poussive compte tenu des attentes placées en lui. Il a proposé un tennis très solide toute la semaine et son attitude semble notamment bien meilleure que lors des semaines précédentes. Après une démonstration vendredi face à Schwartzman, il a disposé en demi-finale de Milos Raonic dans un match maîtrisé de bout en bout. Il a surtout joué un tennis parfait dans le premier set avec seulement deux fautes directes pour dix coups gagnants. Il a remporté plus de 80% des échanges en fond de court. Tout au long du match, à l'image de ses dernières sorties, Medvedev s’est appuyé sur une grosse qualité de service avec 73% de premières balles dont 80% de points remportés et 10 aces. Il a surtout retrouvé sa rigueur à l'échange qui lui avait permis en 2019 d'enchaîner les victoires et de s'installer dans le top 10 mondial. Sur les 134 échanges de la rencontre, il n'a commis que 9 fautes... A part une petite frayeur au moment de servir pour le match à 6/5, il a contrôlé son adversaire en le poussant régulièrement à la faute dès que l’échange s’engageait. Ses qualités de relance et de contre ont notamment été importantes contre un joueur comme le Canadien. Un match sérieux et positif avant d’aborder sa première finale de l’année.

Il jouera donc ce dimanche pour un tout premier titre en 2020 et pour un 3ème Masters 1000 en carrière. Cela sera pour lui une occasion de sauver en quelque sorte sa saison avant le Masters de Londres dans 10 jours. Il sera opposé à un adversaire qu’il connait bien mais qui lui réussit peu puisqu’il est mené 5/1 dans les confrontations. Il l’avait néanmoins battu lors de son dernier titre à Shanghai en 2019 avant de perdre de nouveau au Masters quelques semaines plus tard.

L’Allemand est arrivé à Paris accompagné de quelques soucis personnels qui ont pu faire penser aux observateurs qu’il serait difficile pour lui d’être performant à Paris et c’est tout le contraire. Comme souvent avec lui, la semaine n’a pas été un long fleuve tranquille avec notamment ce match si compliqué contre Mannarino mais l’impression générale est très bonne. Il a disposé aujourd’hui d’un Nadal très loin de son meilleur niveau mais contre qui il est toujours si difficile de s’imposer. Il a d’abord été excellent pendant un set et demi en dominant de la tête et des épaules le Majorquin puis Nadal a réussi à revenir sans toutefois prendre le dessus sur un Zverev qui a su rester très solide jusqu’au bout. A l’instar de son adversaire en finale, il s’est appuyé sur une grosse qualité de service avec 72% de réussite en premières balles dont 79% de points remportés et 13 aces qui lui ont permis d’être très peu mis en danger.

Nous aurons donc une finale entre deux joueurs dans des dynamiques assez différentes. Le Russe est à la recherche de la confiance qui l’habitait l’an dernier tandis que l’Allemand est sur une série assez folle avec 12 victoires de suite en indoor et cherchera donc un 3ème titre consécutif. L'Allemand semble toutefois plus offensif dans son jeu dernièrement. Est-ce l'apport de David Ferrer - pourtant pas très offensif sur le court durant sa carrière - qui l'a convaincu de modifier son jeu ? L'Espagnol a remporté le tournoi de Bercy en 2012, ce qui pourrait apporter un petit supplément d'âme et de confiance à l'Allemand. La surface s'est nettement accéléré depuis 8 ans, pas certain que l'Espagnol aurait pu s'imposer si les conditions de jeu avaient été celles d'aujourd'hui en 2012.

Concernant le match en lui-même, les deux joueurs (1m98) s'appuieront sur leur service. Mais à l'échange, le Russe est plut patient et tient mieux la balle que l'Allemand qui cherchera à finir les points plus rapidement. Dans ces conditions indoor plutôt rapides, celui qui réussira le mieux à neutraliser l’autre au service aura fait un pas important. Concernant le reste du jeu, le Russe paraît un peu plus solide que l’Allemand mais un peu moins décisif dans ses coups d’attaque. C’est un match qui semble en tout cas très équilibré sur le papier, comme les bookmakers l'ont montré dans les cotes. Néanmoins une défaite serait moins "grave" pour Zverev, qui enchaîne les succès depuis la reprise (18 victoires sur ses 19 derniers matchs sur dur), que pour le Russe, en recherche de confiance et de titres. Un match long et indécis est à prévoir. Cette finale pourrait basculer sur quelques détails.

Par rapport aux confrontations, il faut les prendre avec précaution pour plusieurs raisons. D'abord, lors des 4 premiers duels entre 2016 et 2018 (tous à l'avantage de Zverev), le Russe n'avait pas atteint encore le top 20 mondial. Il naviguait entre la 50ème et 144ème place mondiale, très loin de son niveau actuel. D'ailleurs fin 2019, lorsque le Russe était à son meilleur niveau, il avait facilement dominé l'Allemand. Et concernant, ce match de poule à Londres, il fut plutôt serré (6-4, 7-6) et le Russe était clairement à bout de souffle, épuisé, éreinté, tant physiquement que mentalement par un deuxième semestre exceptionnel. Le bilan des confrontations est à prendre avec des pincettes. Néanmoins, il faut reconnaître que l'Allemand arrive cette fois avec beaucoup plus de confiance, de repères et de match référence que le Russe, loin de son meilleur niveau en 2020. Sauf que Medvedev semble retrouver des vraies sensations à Paris avec un vrai objectif en tête : remporter Bercy et le Masters de Londres. Il aborde cette finale en tout cas plus frais physiquement que l'Allemand qui a beaucoup joué depuis début octobre.

#TBNSTAT : Depuis le début du tournoi, Zverev a concédé 13 balles de break et remporté 87% de ses jeux de service alors que Medvedev a 11 balles de break et remporté 92% de ses mises en jeu.

Alexander Zverev : « Ce n'est jamais facile de battre Daniil même si le bilan de nos confrontations (5-1 pour l'Allemand) peuvent le laisser croire. Je suis très heureux d'être en finale, encore une Masters 1000. C'est super mais cette finale sera une nouvelle finale très difficile. J'espère que je pourrais continuer à bien jouer comme je le fais depuis plusieurs semaines. J'ai déjà joué plein de fois contre Daniil, même en junior. Il m'a battu à Shanghai l'année dernière en finale. Je l'ai battu plusieurs fois mais une finale c'est différent et je m'attends à un match difficile. On a tous les deux très faim, on veut tous les deux remporter le titre qui serait notre premier ici. Ça va être intéressant. J'ai hâte

Daniil Medvedev : « Quand on affronte Milos, on est toujours sur un fil. Une fois qu'il vous a breaké, c'est très difficile de revenir au score. Le premier set était très important et j'ai joué un tennis incroyable. Il n'a dû marquer qu'un ou deux points sur mes mises en jeu et j'ai réussi à le breaker. Le second set fut beaucoup plus difficile. J'ai eu un ou deux jeux où j'ai eu des balles de break à sauver. Quand j'ai perdu mon service à 6-5, j'étais fébrile. Mais je suis heureux d'atteindre cette finale. »


L'avis de la rédaction
⭐️⭐️⭐️Au moins 23 jeux dans le match✅
⭐️⭐️ Victoire de Medvedev✅
⭐️Tie-break dans le match❌