Sauver les meubles. Voilà ce que l’ATP n’a cessé d’essayer de faire depuis le début de la pandémie. Au final, l’institution qui dirige le tennis masculin peut s’enorgueillir d’y être parvenu. Trois tournois du Grand Chelem (au lieu de quatre), trois Masters 1000 (au lieu de neuf), sept ATP 500 (au lieu de treize), ce n’est pas rien. Assez en tout cas pour justifier la tenue d’un Masters, le point d’orgue de l’année tennistique. C’est donc avec une certaine délectation que les amateurs de la petite balle jaune attendent le coup d’envoi du cinquante-et-unième tournoi des Maîtres, dénouement d’une saison tortueuse et amputée. Entre le coronavirus, la page quasi blanche de Roger Federer, la disqualification de Novak Djokovic ainsi que le premier Majeur pour Dominic Thiem à Flushing Meadows, l’exercice 2020 a réservé bien des surprises. La dernière épreuve de la saison sera t-elle l’occasion d’une petite dernière pour la route ?

Avant de filer à Turin, la dernière édition londonienne présente un plateau alléchant, et ce malgré le huis-clos. De façon exceptionnelle - espérons-le - ce Nitto ATP Finals 2020 ne regroupe pas les 8 meilleurs joueurs du monde de la saison mais bien d'une période élargie entre mars 2019 et novembre 2020. Finalement, c'est la régularité sur ces 20 derniers mois qui a primé. Hormis l’absence notable de Roger Federer, détenteur du record de titres (6), les huit meilleurs joueurs de la saison répondent présent : les trois lauréats en Grand Chelem (Novak Djokovic, Dominic Thiem et Rafael Nadal), le finaliste de l’US Open (Alexander Zverev), un vainqueur en Masters 1000 (Daniil Medvedev), celui qui a remporté le plus grand nombre de matchs et de titres (Andrey Rublev) et les deux demi-finalistes vaincus à Roland Garros (Stefanos Tsitsipas et Diego Schwartzman). Parmi ces noms prestigieux se cache le futur vainqueur du Masters. Si le numéro un mondial part avec une longueur d’avance, il n’est pas incongru d’imaginer voir un de ses concurrents soulever le trophée dimanche prochain. Il suffit de jeter un oeil sur le patronyme des quatre derniers élus : Andy Murray, Grigor Dimitrov, Alexander Zverev et Stefanos Tsitsipas. D’ailleurs, les cinq derniers vainqueurs de l’épreuve sont différents, une première depuis la fin des années 1970. Une donnée surprenante au regard de l’archi-domination du Big 3 dans les tournois du Grand Chelem depuis maintenant quinze ans.   

La piste aux étoiles

Contempler le palmarès du Masters, créé en 1970, ressemble à une délicieuse plongée dans  l’immense océan de l’histoire du jeu. C’est simple, tous les grands champions ou presque ont réussi à glaner l’épreuve la plus importante derrière les tournois du Grand Chelem. Dans l’ordre chronologique, Ilie Nastase, Guillermo Vilas, Jimmy Connors, John McEnroe, Björn Borg, Ivan Lendl, Boris Becker, Stefan Edberg, André Agassi, Pete Sampras, Gustavo Kuerten, Lleyton Hewitt, Roger Federer, Novak Djokovic ou encore Andy Murray. Au total, 14 des 26 numéros un mondiaux ont été couronnés. Ce qui signifie aussi que 12 ne sont pas parvenus à devenir Maître parmi les Maîtres. Parmi eux, deux noms sortent du lot : Mats Wilander (une finale perdue) et… Rafael Nadal (deux défaites en finale). Assurément, l’extra-terrien aura encore pour objectif de gommer cette anomalie. Avec les trois Masters 1000 de Miami, Shanghai et Paris, c’est le seul grand titre qui lui manque. Pour le reste, il a tout gagné (les quatre Majeurs, la médaille d’or olympique et la Coupe Davis).

La tâche s’annonce ardue. Loin d’être ridicule, il a une nouvelle fois montré ses limites sur dur intérieur à l’AccorHotel Arena. Son rival principal est son meilleur ennemi, Novak Djokovic, avec qui il partage le nombre de plus élevé de confrontations (56). « Nole » est le « King of London » : 4 trophées en 11 éditions, devant Roger Federer (2). Derrière, Nikolay Davydenko (1), Andy Murray (1), Grigor Dimitrov (1), Alexander Zverev (1) et Stefanos Tsitsipas (1) se dispatchent les miettes. Mais la suprématie du Suisse (6) et du Serbe (5) avait débuté bien avant, à Houston puis Shanghai. Au total, les deux monstres ont englouti 11 des 17 derniers Masters, soit environ deux tiers des éditions. Une hégémonie qui s’explique peut-être tout simplement par les conditions qui correspondent parfaitement aux types de jeu des deux champions. Sur dur indoor, Federer compte 81% de victoires et Djokovic 78%. Une surface et un toit beaucoup moins propices au style de Rafael Nadal, 70% de réussite et victorieux d’un seul titre dans cet environnement, à Madrid en 2005.

C’est la première fois depuis 2015 que le tableau n’est pas composé par huit joueurs de nationalités différentes. Cette année, aux côtés d’un Serbe, d’un Espagnol, d’un Autrichien, d’un Grec, d’un Allemand et d’un Argentin, on trouve deux Russes. Soit 25% de chances de voir un représentant du pays des tsars s’imposer, simple calcul mathématique. Une vraie potentialité aussi au regard de la fin de saison de qualité réalisée par Daniil Medvedev (titre au Rolex Paris Masters) et Andrey Rublev (titres à Saint-Pétersbourg et Vienne). Depuis 1972, à l’exception de quatre opus entre 1982 et 1985, la compétition se déroule en deux temps. D’abord une phase de poules, puis une phase à élimination directe. Les deux groupes sont constitués de quatre joueurs, puis le premier de chaque poule rencontre le deuxième de l’autre poule dans des demi-finales dites « croisées ». Les vainqueurs de chaque demie se retrouvent en finale. Chaque victoire de poule vaut 200 points ATP, un succès en demie offre 400 points supplémentaires et le titre suprême encore 500 points de plus, soit un total de 1500 points pour un parcours sans-faute (5 succès en 5 matchs). Qui va toucher le dernier gros lot de l’année ? Éléments de réponse avec la présentation des deux groupes intitulés « Tokyo 1970 » et « Londres 2020 », pour fêter les 50 ans du Masters.      

GROUPE TOKYO 1970 : DJOKOVIC CONTRE LE DUO DE BERCY

Novak Djokovic est le grand favori du Masters, a fortiori de sa poule. Il est le numéro un mondial incontesté et incontestable de l’année. Sa qualification pour le dernier carré est prévisible, même s’il devra se méfier. D’abord de lui-même, puisqu’il n’a pas gagné le tournoi des Maîtres depuis 2015 - il a même été sorti dès la phase de groupes l’année dernière. Ensuite, le Serbe va devoir se coltiner les deux finalistes du dernier Masters 1000 de la saison, le Rolex Paris Masters, qui s’est achevé il y a tout juste une semaine. Le vainqueur, Daniil Medvedev, comme le vaincu, Alexander Zverev, ont plutôt impressionné, grâce notamment à leur efficacité au service. Une bonne qualité de mise en jeu, voilà justement ce qui manque au béotien Diego Schwartzman pour revendiquer un statut de prétendant solide au dernier carré.      

Novak Djokovic (N°1 mondial - 81 titres en carrière - 4 titres en 2020)

C’est la 13ème participation de Novak Djokovic au tournoi des Maîtres, seul Serbe à s’être imposé dans l’épreuve. Et pas qu’une fois, 5 plus précisément (2008, 2012, 2013, 2014 et 2015), pour 2 défaites en finale (2016 et 2018). S’il remporte le Masters dimanche prochain, il égalera le record de titres détenu par Roger Federer (6), comme il vient de rejoindre Pete Sampras en s’assurant avant même la dernière compétition de l’année le statut de numéro un mondial pour la 6ème fois en fin de saison. Déjà victorieux 4 fois dans l’O2 Arena de Londres, « Djoko » a remporté près de 80% des matchs qu’il a disputé sur dur indoor dans l’ensemble de sa carrière. Le « Djoker » aura à coeur d’effacer le mauvais souvenir de l’édition précédente, où il avait été éliminé dès la phase de groupes, après une défaite face à Roger Federer lors d’une troisième rencontre décisive.

2020 constitue déjà une excellente année pour « Nole ». Le Serbe a remporté 4 titres, dont un Majeur (Open d’Australie), 2 Masters 1000 (Cincinnati et Rome) et un ATP 500 (Dubaï). Il a également atteint une deuxième finale en Grand Chelem, à Roland Garros. Son bilan est exceptionnel : 39 succès pour 3 petites défaites, dont une sur disqualification, contre Pablo Carreno-Busta en huitième de finale de l’US Open. Avant cette incroyable coup du sort, il avait aligné 26 victoires d’affilée. Les deux joueurs qui sont parvenus à le battre de manière régulière se nomment Rafael Nadal, qui a écrasé Djokovic en finale du French Open, et Lorenzo Sonego, qui a profité d’un désintérêt certain du Serbe pour son quart de finale à Vienne après avoir validé son rang de leader du classement mondial.              

Daniil Medvedev (N°4 mondial - 8 titres en carrière - 1 titre en 2020)

L’épisode N°2 pourrait bien s’avérer plus piquant que le premier. Lors de sa découverte du Masters l’année dernière, Daniil Medvedev était arrivé éreinté. Il venait d’enchainer 6 finales de suite entre fin juillet et mi-octobre. Résultat, il a perdu ses 3 matchs de poule, respectivement contre Stefanos Tsitsipas, Rafael Nadal et Alexander Zverev. Son revers face à l’Espagnol fut particulièrement symbolique : après avoir mené 5-1 dans la dernière manche, il s’écroula dans le jeu décisif, un « match horrible » de son propre aveu. Cette saison, le Russe arrive à Londres dans des dispositions bien différentes, presque opposées. Après avoir connu des passages délicats, il semble enfin avoir retrouvé son niveau, à quelques jours du début du Masters. En atteste son joli succès au Masters 1000 de Paris-Bercy acquis il y a une semaine.

À Rublev l’année 2020, à Medvedev la saison 2019. C’est sûr, il était difficile pour le protégé de Gilles Cervara de faire aussi bien que l’exercice précédent. Pour rappel, il avait signé le plus grand nombre de victoires (59), remporté 4 trophées (Sofia, Cincinnati, Saint-Pétersbourg et Shanghai) et atteint 5 autres finales (Brisbane, Barcelone, Washington, Montréal et l’US Open). Beaucoup moins épatant, Medvedev affiche cette année un bilan tout juste satisfaisant pour un N°4 mondial : 23 victoires… pour 10 défaites. Il a connu quelques déconvenues (premier tour à Rotterdam, Hambourg et Roland Garros, deuxième tour à Saint-Pétersbourg), mais s’est bien rattrapé avec une demie à Flushing Meadows et un titre au Rolex Paris Masters. Le voici donc lancé à l’assaut de Londres, avec une statistique très positive en tête : depuis un an et demi, il possède le 4ème meilleur taux de victoires face aux membres du TOP 10 (56%) - derrière Novak Djokovic, Dominic Thiem et Rafael Nadal -, un taux qui grimpe à 90% (9 sur 10) en Masters 1000 !      

Alexander Zverev (N°7 mondial - 13 titres en carrière - 2 titres en 2020)

À seulement 23 ans, Alexander Zverev peut se féliciter d’avoir déjà un Masters dans son escarcelle, comme deux autres allemands, Boris Becker (3 titres en 1988, 1992 et 1995 et 5 finales perdues) et Michael Stich (vainqueur en 1993). C’était en 2018, le plus grand titre de sa carrière, surtout quand on se rappelle sa fin de parcours impressionnante : deux succès en deux manches contre Roger Federer en demie, puis Novak Djokovic en finale. L’année suivante, il n’était pas si loin de récidiver. Il est sorti des poules, mais a échoué dans le dernier carré face à Dominic Thiem. Voici donc un sérieux candidat, qui a donc fait ses preuves à Londres et qui est à l’aise sur dur indoor. Un petit bémol néanmoins : depuis un an et demi, son taux de réussite face aux autres membres du TOP 10 ne s’élève qu’à 31%.

Miné par des problèmes personnels, le joueur allemand n’a pourtant pas démérité en cette saison 2020. Il vient de remporter deux trophées, à Cologne, en dominant de bons joueurs tels que Diego Schwartzman, Felix Auger-Aliassime ou encore Jannik Sinner. Il a enchainé au Masters 1000 de Bercy en boutant Adrian Mannarino, Stan Wawrinka et surtout Rafael Nadal, avant de s’incliner en finale face à Daniil Medvedev. Surtout, il a réussi cette année à se décoincer dans les Grands Chelems. Résultat, une finale à Flushing Meadows et une demie à Melbourne, à chaque fois battu mais de justesse par son ami Dominic Thiem. Avec 27 victoires pour 9 défaites et une fin de saison en trombe, « Sacha » arrive en pleine confiance à l’O2 Arena.      

Diego Schwartzman (N°9 mondial - 3 titres en carrière - 0 titre en 2020)

C’est la petite surprise du chef. Du haut de son mètre soixante-dix, c’est le cas de le dire. À 28 ans, Diego Schwartzman réalise un vrai tour de force en parvenant à se qualifier pour son premier Masters. Il rejoint ainsi 7 autres argentins ayant déjà goûté à ce plaisir. Leurs noms ? Guillermo Vilas, José-Luis Clerc, Guillermo Coria, David Nalbandian, Gaston Gaudio, Mariano Puerta et Juan-Martin Del Potro. Deux d’entre eux sont parvenus à s’imposer (Vilas en 1974, Nalbandian en 2005), un troisième s’est hissé en finale (Del Potro en 2009, battu par Nikolay Davydenko). Pour mémoire, l’année 2005 avait été exceptionnelle pour l’Argentine : 3 s’étaient qualifiés directement (Nalbandian, Coria et Gaudio), un quatrième avait remplacé Rafael Nadal (Puerta), deux étaient arrivés jusque dans le dernier carré (Gaudio et Nalbandian), avant que ce dernier ne remporte le titre, après avoir été mené 2 manches à 0 par Roger Federer en finale. 

Schwartzman est le seul joueur présent au Masters qui n’a pas remporté de trophée cette année. Mais s’arrêter à cette donnée factuelle serait à la fois trompeur et injuste pour le natif de Buenos Aires. En effet, l’Argentin a tout à fait mérité sa place dans le tournoi des Maîtres, faisant preuve de caractère et de régularité tout au long de la saison, bien davantage que ses poursuivants au classement, Matteo Berrettini, Gaël Monfils ou encore Denis Shapovalov. Son bilan ? 25 succès pour 12 revers, mais surtout une demie à Roland Garros (après avoir battu Dominic Thiem) et une finale au Masters 1000 de Rome (après avoir dominé Rafael Nadal). Ajouté à cela deux autres finales à Cordoba et Cologne et une deuxième demie à Buenos Aires et voilà une année bien remplie. Aussi, Schwartzman a montré qu’il pouvait à présent embêter les meilleurs, grâce à sa qualité de frappe et ses jambes de feu. Sur dur indoor, il ne compte que 56% de victoires, mais il a déjà prouvé qu’il savait être performant avec 4 finales à son palmarès (Anvers 2016 et 2017, Vienne 2019 et donc Cologne il y a quelques semaines). De quoi être qualifié de « poil à gratter » de ce Masters 2020. Il profite surtout de son excellente saison 2019 que la réforme du classement lui a permis de conserver : titre à Los Cabos, finale à Vienne et quart à l'US Open...

Confrontations entre les joueurs du groupe « Tokyo 1970 » sur dur indoor

Novak Djokovic vs Daniil Medvedev : 3-1
Novak Djokovic vs Alexander Zverev : 2-1
Novak Djokovic vs Diego Schwarzmann : 2-0
Alexander Zverev vs Daniil Medvedev : 5-2
Daniil Medvedev vs Diego Schwarzman : 3-0
Alexander Zverev vs Diego Schwarzman : 2-1

GROUPE LONDRES 2020 : NADAL FACE AU TICKET LONDONIEN

C’est l’une des grandes inconnues de ce Masters. Comment va se comporter Rafael Nadal, lui qui n’a jamais réussi à s’imposer dans le tournoi des Maîtres… Il n’empêche, le statut, la rage de vaincre et la persévérance de l’Espagnol font obligatoirement de lui le favori de ce groupe, autrement dit l’homme à battre. Les trois autres larrons ont justement les moyens de le faire tomber. D’abord Stefanos Tsitsipas, tenant du titre à Londres, même s’il s’est plaint d’être touché physiquement après son revers à Bercy. Ensuite, Dominic Thiem, absent à Paris pour soigner son pied, finaliste du Masters 2019. Enfin, même le novice Andrey Rublev pourrait avoir son mot à dire : impressionnant tout au long de la saison, le Russe s’est imposé tout récemment à Saint-Pétersbourg et à Vienne.   

Rafael Nadal (N°2 mondial - 86 titres en carrière - 2 titres en 2020)

C’est le seul immense trophée qui manque à Rafael Nadal. Sa 10ème participation sera t-elle la bonne (pour lui permettre de rejoindre ses compatriotes Manuel Orantes et Alex Corretja au palmarès) ? Lors des 9 autres, il s’est hissé deux fois en finale pour deux échecs (contre Roger Federer en 2010 et face à Novak Djokovic en 2013), comme trois autres espagnols (Carlos Moya, Juan-Carlos Ferrero et David Ferrer), eux aussi vaincus sur l’ultime marche. C’est sûr, le tournoi des Maîtres n’est pas son ami (18V/14D). Les conditions de jeu (le dur indoor - 70% de réussite en carrière, bien moins que sur terre, 92%, et sur gazon, 78%) ne l’aident pas, mais pas seulement. La réussite n’est pas de son côté. Depuis 2005, le Majorquin s’est toujours qualifié. Mais il a dû déclarer forfait à 6 reprises avant l’épreuve et une fois en cours de compétition (en 2017). L’année dernière, il a fait le job. Deux victoires au bout du suspens pour dominer Daniil Medvedev et Stefanos Tsitsipas. Pas suffisant néanmoins pour sortir des poules.

Visiblement secoué par la Covid-19 et ses conséquences sanitaires, Nadal est quand même parvenu à glaner son 13ème Roland Garros. Tout bonnement hallucinant. Le tout en écrasant Novak Djokovic et ne cédant aucune manche durant l’ensemble de la quinzaine. En 2020, l’Espagnol a aussi remporté un deuxième titre (l’ATP 500 d’Acapulco) et atteint la finale de l’ATP Cup. Autres résultats, une demie au Rolex Paris Masters et deux quarts à Melbourne et à Rome. Comme chaque saison, l’ogre de Manacor a peu perdu : seulement 5 défaites (pour 25 succès). À l’AccorHotel Arena, il était venu pour prendre ses marques en prévision du Masters. Une mission partiellement réussi avec 3 succès avant de céder contre Alexander Zverev dans le dernier carré. Selon l’intéressé, Bercy « reste un tournoi positif ». Reste à le confirmer à Londres…        

Dominic Thiem (N°3 mondial - 17 titres en carrière - 1 titre en 2020)

Dominic Thiem se présente au Masters pour la 5ème fois en carrière, mieux que l’autre autrichien ayant été convié dans cette épreuve prestigieuse, Thomas Muster (4 apparitions pour autant d’éliminations en poule). Après trois premières éditions délicates au cours desquelles il a été sorti dès la phase de poules, il a enfin étalé son talent et son explosivité en 2019. Deux victoires en poule contre les deux favoris, Roger Federer et Novak Djokovic, puis un succès en demie face à Alexander Zverev, avant de céder in extremis en finale devant Stefanos Tsitsipas (6-7, 6-2, 7-6). Une suite logique, puisque c’est au cours de l’année dernière que l’Autrichien était parvenu à concrétiser sur dur (extérieur et intérieur) avec 3 trophées à Indian Wells - son premier Masters 1000 -, à Pékin et à Vienne.

Depuis, il a encore progressé en raflant son tout premier Majeur, à New York. Son seul titre cette saison, mais une sacrée performance quand on connait le long règne du « Big 3 » dans les tournois du Grand Chelem. Rappelons également que le numéro 3 mondial s’est hissé jusqu’en finale de l’Open d’Australie en tout début de saison et qu’il avait alors failli faire vaciller Novak Djokovic. Malgré la fatigue, physique et mentale, il a aussi atteint les quarts de finale à Roland Garros, battu sur le fil par Diego Schwartzman. Son ratio avant le début du Masters : 22V/7D.    

Stefanos Tsitsipas (N°6 mondial - 5 titres en carrière - 1 titre en 2020)

Le tenant du titre est bien là. Pas forcément évident pour un joueur âgé seulement de 22 ans qui a néanmoins réussi à confirmer son rang dans le TOP 8. Pour sa première au Masters, l’unique Grec ayant pris part à cette épreuve avait réussi le coup parfait : deux victoires en poule (contre Daniil Medvedev et Alexander Zverev), avant de surprendre Roger Federer en demie, puis de venir à bout de Dominic Thiem en finale. Il y a un an, il rejoignait ainsi Stan Smith (1970), Ilie Nastase (1971), Guillermo Vilas (1974), John McEnroe (1978), Alex Corretja (1998) et Grigor Dimitrov (2017), tous victorieux lors de leur baptême du feu.

S’il est de retour à Londres, Stefanos Tsitsipas n’a pas connu une saison 2020 si tranquille. Certes, il a gagné 28 rencontres, mais il a aussi perdu à 12 reprises. S’il a gagné un titre (à Marseille), il a également échoué de manière prématurée à Rome et Paris-Bercy (dès son entrée en lice), à Rotterdam, Vienne et à l’US Open (deuxième tour), ainsi qu’à Melbourne (troisième tour). Heureusement, il s’est hissé en finale dans deux ATP 500 (Dubaï et Hambourg) et a accroché deux belles demies, l’une au Masters 1000 de Cincinnati et l’autre à Roland Garros, où il n’a cédé qu’après 5 manches face à Novak Djokovic. Au final, un manque de constance préjudiciable mais qui ne l’interdit pas de recouvrer ses meilleures sensations à l’O2 Arena.   

Andrey Rublev (N°8 mondial - 7 titres en carrière - 5 titres en 2020)

C’est l’un des deux petits nouveaux de cette 51ème édition. Et c’est amplement mérité ! N°23 à l’ATP il y a un an jour pour jour, le voici aujourd’hui solidement installé dans le TOP 10. Ambitieux, déterminé et surpuissant, Andrey Rublev va tenter de devenir le deuxième russe à remporter le tournoi des Maîtres, après Nikolay Davydenko en 2009. C’était lors de la première édition à Londres, alors pourquoi ne pas boucler la boucle en glanant la 12ème et dernière tournée dans la capitale anglaise… Il pourrait aussi se hisser en finale sans parvenir à s’imposer, comme son compatriote Ievgueni Kafelnikov en 1997, et ce serait déjà un bel exploit.

Rublev, c’est en quelque sorte le tube de l’année. D’abord, c’est lui qui a gagné le plus de matchs, 40 (pour 8 petits revers). Ensuite, c’est encore lui qui a glané le plus de titres, 5. Pas les tournois les plus importants, mais des épreuves néanmoins relevées, surtout en cette saison raccourcie. Trois ATP 500 (Hambourg, Saint-Pétersbourg et Vienne) et deux ATP 250 (Doha et Adélaide). Le tout étalé sur l’ensemble de l’année, preuve de la régularité et de la maturité acquises par le Russe de 23 ans. Il a aussi atteint deux quarts de finale en Majeur à l’US Open et à Roland Garros. Enfin, il a signé des victoires contre des joueurs tels que Dominic Thiem, Stefanos Tsitsipas, Matteo Berrettini, Denis Shapovalov et David Goffin, qui peuvent lui permettre de rêver en grand dès sa première au Masters.  

Confrontations entre les joueurs du groupe « Londres 2020 » sur dur indoor

Rafael Nadal/Dominic Thiem : 1-1
Rafael Nadal/Stefanos Tsitsipas : 3-0
Rafael Nadal/Andrey Rublev : 1-0
Dominic Thiem/Stefanos Tsitsipas : 3-2
Dominic Thiem/Andrey Rublev : 1-1
Stefanos Tsitsipas/Andrey Rublev : 1-1


INFORMATIONS BONUS EN VRAC :

Salle : O2 Arena, aussi dénommée North Greenwich Arena, se situe dans l’est de Londres, et peut accueillir jusqu’à 17 500 places dans sa configuration tennis (ce qui en fait la 3ème plus grande enceinte de tennis dans le monde après le court Arthur Ashe à New York – 22 500 places – et la Rod Laver Arena – 17 800 places), et jusqu’à 23 000 pour d’autres occasions, concerts et autres compétitions sportives ; la salle a été construite entre 2003 et 2007 et a été inauguré précisément le 24 juin 2007 ; le chanteur Prince détient le record du plus grand nombre de spectacles consécutifs à guichets fermés dans la salle, 21, lors de son Earth Tour en 2007 ; le Masters de tennis se joue depuis 2009 dans cette salle de Londres ; Nikolay Davydenko a remporté la 1ère édition du Masters à Londres et Novak Djokovic détient le record du nombre de titres dans cette salle (4).

Palmarès : Le détenteur du record de titres est Roger Federer, victorieux à 6 reprises (2003, 2004, 2006, 2007, 2010, 2011, respectivement contre Agassi, Hewitt, Blake, Ferrer, Nadal et Tsonga), devant Djokovic, Sampras et Lendl (5 fois chacun) ; le Suisse détient aussi le record du nombre de finales (10) puisqu’il a perdu 4 fois à ce stade de la compétition (2005 contre Nalbandian, 2012 contre Djokovic, 2014 contre Djokovic (par forfait), 2015 contre Djokovic) ; c’est en revanche Ivan Lendl qui détient le record du nombre de finales consécutives, 9 au total, entre 1981 et 1988 (pour 5 victoires et 4 défaites) ; Roger Federer détient également le record du nombre de participations au Masters (17), de matchs remportés (59) et de matchs joués (76) ; c’est Ilie Nastase qui détient le meilleur pourcentage de matchs gagnés au Masters (23 sur 26, 88,5%, pour 4 titres et 1 finale perdue) devant Roger Federer (59 sur 76, 81,9%, pour 6 titres et 4 finales ; en 17 participations, Roger Federer s’est qualifié à 16 reprises pour les demies, pour 6 titres, 4 finales, 6 demies et qu’une seule élimination en phase de groupes (en 2008) ; Novak Djokovic est lui le 1er et pour le moment le seul joueur de l’histoire à avoir remporter 4 fois de suite ce tournoi ; Federer détient le record du nombre de demi-finales (16, pour 17 participations), devant Lendl (13), mais l’ancien Tchécoslovaque les a toutes disputées consécutivement (de 1980 à 1991).

Gouvernance tournante : Lors des 5 dernières éditions, 5 vainqueurs différents se sont imposés, Novak Djokovic (2015), Andy Murray (2016), Grigor Dimitrov (2017), Alexander Zverev (2018) et Stefanos Tsitsipas (2019) ; 4 vainqueurs différents s’étaient succédés entre 1998 et 2001, dans l’ordre Alex Corretja, Pete Sampras, Gustavo Kuerten et Lleyton Hewitt ; l’Australien avait ensuite doublé la mise en 2002 ; la plus longue série d’ « incertitude » au Masters a eu lieu entre 1974 et 1979, soit 6 années, avec dans l’ordre des vainqueurs Guillermo Vilas, Ilie Nastase, Manuel Orantes, Jimmy Connors, John McEnroe et Björn Borg ; le Suédois avait réalisé le doublé en 1981.

Radek Stepanek, le plus mal classé : Le Tchèque est le joueur le plus mal classé à avoir participer au Masters, il était N°27 mondial lorsqu’en 2008, il a remplacé Andy Roddick après son premier match ; Stepanek perd ses 2 rencontres, face à Roger Federer et Gilles Simon.

1 match gagné seulement mais une qualification : C’est arrivé 2 fois, David Nalbandian en 2006 et Kei Nishikori en 2016, tous les deux ensuite battus en demie, respectivement par James Blake et Novak Djokovic.

France : 9 Français ont déjà participé au Masters depuis sa création en 1970, Pierre Barthès (1971), Yannick Noah (1982, 1983, 1985, 1986 – 4 participations, record français), Henri Leconte (1985, 1986, 1988), Guy Forget (1991), Sébastien Grosjean (2001, défaite en finale contre Hewitt à Sydney), Richard Gasquet (2007, 2013), Jo-Wilfried Tsonga (2008, 2011 avec défaite en finale contre Federer, 2012 – 11 matchs en tout, record français), Gilles Simon (2008, défaite en demi-finale contre Djokovic) et Gaël Monfils (2016) ; aucun tricolore ne s’est donc imposé lors du rendez-vous des maîtres du tennis.

Numéro 1 mondial: Lors des 17 dernières années (en comptant 2020), seulement 4 joueurs ont terminé la saison en tête du classement mondial, Djokovic (6), Federer (5), Nadal (5) et Andy Murray (1) ; le dernier N°1 mondial en fin d’année n’appartenant pas au quatuor s’appelle Andy Roddick (2003) ; sur les 26 joueurs ayant déjà été N°1 mondial depuis la création du classement (1973), 17 ont terminé l’année à cette place ; lors des 47 derniers Masters – tous ceux qui ont eu lieu depuis la création du classement ATP (1973) – les N°1 mondiaux (au début du tournoi) ont remporté le tournoi seulement 19 fois (Federer, Djokovic, Lendl et Sampras 3 fois chacun, Borg 2 fois, Nastase, Connors, McEnroe, Hewitt et Murray 1 fois chacun), soit un peu plus d’une fois sur deux ; la dernière fois qu’un joueur a été sacré N°1 mondial en fin de saison lors de la finale du Masters alors qu’il n’était pas au sommet du classement au début du Masters, c’était en 2001, victoire de Hewitt contre Grosjean en finale, l’Australien prenant la place de N°1 à Kuerten ; 14 des 26 numéros 1 mondiaux de l’histoire ont remporté le Masters (on ne trouve donc pas Nadal dans les 14).

Les vainqueurs les plus précoces : John McEnroe (19 ans et 11 mois), Pete Sampras (20 ans et 3 mois), André Agassi (20 ans et 6 mois), Lleyton Hewitt (20 ans et 9 mois) et Boris Becker (21 ans) ; Stefanos Tsitsipas (21 ans et 3 mois) se classe 6ème après son sacre en 2019 


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Rodolphe Cazejust

Initié au tennis dès 5 ans, j'ai participé à Roland Garros en minime (battu par la tête de série N°1). Après des études de droit, de sciences politiques, de socio-histoire et de journalisme, j'ai intégré la rédaction des sports de Canal+. Le tennis est l'un des sports que je couvre le plus (Eurosport, BeINSports, RMC Sports, L'Equipe et le magazine Courts), que j'aime pour son élégance, ses codes, ses duels, son histoire et ce qu'il exige comme aptitudes physiques et mentales. J'ai un faible pour les joueurs élégants et offensifs (Federer, Sampras, Edberg) mais aussi pour ceux capables de s'adapter à l'adversaire avec leurs qualités propres (Wilander, Ferrer ou Simon). J'aime le talent brut et l'intelligence de jeu. Mes armes pour analyser un match : les stats et du feeling. Le tennis est imprévisible et c'est ce qui en fait son charme.