Quelles carrières ont eu les juniors titrés en Grand Chelem ? Ont-ils brillé ensuite sur le circuit pro ou sombré dans l'oubli ? Quel Grand Chelem est le meilleur tremplin pour s'installer durablement dans le top 100 mondial ?Combien ont confirmé leur immense potentiel ? Combien ont navigué dans le ventre mou du classement ATP ? Voici quelques éléments de réponse...

Avant de commencer, il est important de préciser que toutes les statistiques que vous verrez ont été collectées à partir de 1988. Pourquoi 1988 ? Tout simplement parce que l’Open d’Australie ne se jouait pas sur dur avant 1988. Il est donc plus cohérent et pertinent de prendre ces données à partir de cette date. De plus, nous devons également garder à l'esprit, comme prémisse essentielle, que certains juniors de moins de 18 ans ont tellement dominé leur classe d'âge, ont été si précoces, qu'ils ne sont même pas passés par la case junior et intégrer assez rapidement le circuit pro. On peut penser par exemple à Rafael Nadal.

On pourrait croire que le fait de gagner un tournoi du Grand Chelem en junior créé une voie royale pour que le joueur devienne rapidement opérationnel sur le circuit professionnel. En réalité, c’est à ce moment précis que commence la phase la plus délicate pour un jeune athlète qui s'approche du haut niveau. Il ou elle doit faire beaucoup de changements : quitter sa zone de confort sur le circuit junior, les visages familiers de ses pairs qui sont souvent aussi devenus des amis, le club qui les dorlote et le soutien de leur fédération nationale. Une fois que tout ce cocon s'effiloche, on se retrouve soudain tout seul, face à un monde inconnu. De nombreuses attentes (provenant de votre famille, des médias et même de votre propre ego) menacent de vous accabler d'un insupportable bagage d'anxiété.

Au fil des années, nous avons vraiment tout vu. D'abord du Stefan Edberg, auteur d'un "Grand Chelem junior" en 1983 - il a remporté les 4 Majeurs - qui a ensuite excellé sur le circuit ATP. Mais aussi de nombreux joueurs qui sont plutôt tombés dans l'anonymat, quittant parfois le tennis prématurément. Ici, nous n'essaierons certainement pas de fournir un jugement sur les raisons de ces situations - nous nous contenterons d'analyser ce qui s'est passé au cours des 32 dernières années d'un point de vue statistique afin d'établir une probabilité de voir un junior s'épanouir sur le circuit ATP.

Qu'illustre ce tableau récapitulatif des palmarès ?

1. Le meilleur classement en pro
1-10 : 22 joueurs (dont 4 numéros un mondiaux)
11-50 : 30 joueurs
51-100 : 16 joueurs
101-500 : 39 joueurs
+501 : 6 joueurs

2. Moyenne des meilleurs classements par tournoi
US Open : 39,88
Roland Garros : 47,96
Wimbledon : 63,92
Australie : 94,59

Pour cette moyenne, nous avons arbitrairement enlevé les performances de 2018, 2019 et 2020 considérant qu'il faut au moins trois ans pour un junior pour s'installer sur le circuit pro. Nous avons également soustrait les trois plus mauvais classements de chaque tournoi.

3. Médiane des meilleurs classements par tournoi
US Open : 19,5
Roland Garros : 29
Wimbledon : 52
Australie : 91

La médiane est le nombre permettant de diviser une population en deux parties de telle façon que chaque partie contienne le même nombre de valeurs. Cela est utile car il permet d’éviter de fausser la moyenne du classement avec des valeurs extrêmes (top 10 ou au-delà de la 300ème place). Par exemple, on peut dire qu'il y a autant de juniors vainqueurs à l'US Open qui ont eu pour meilleur classement une place dans le top 20 que de juniors qui n'ont pas pu y entrer.

Il semble évident que les juniors titrés à l'US Open et à Roland Garros sont plus susceptibles d'avoir une meilleure carrière sur le circuit pro. On peut noter aussi que 60% des champions junior ont pu intégrer le top 100 mais seulement 30% (34 sur 113) sont entrés dans le top 20 mondial. Parmi les 30 vainqueurs juniors à Paris entre 1988 et 2017, 24 ont intégré le top 100 mondial. Et c'est la même statistique pour New York. Ils ne sont que 16 à Melbourne et 20 à Londres.

L'œil de pro :
Voici l'opinion de Simone Tartarini, l'entraîneur de Lorenzo Musetti, un joueur qui doit actuellement faire face aux ajustements susmentionnés liés au passage à la vie professionnelle : "L'Open d'Australie a toujours été un tournoi négligé (tant chez les pros que chez les juniors), notamment en raison de la complexité et du coût du voyage. Cette année en Australie, je parlais avec Ljubicic et il m'a dit que, lorsqu'il est venu ici pour la première fois à 18 ans, il suffisait d'avoir un classement de 800 pour jouer dans les qualifications. Aujourd'hui, ils ne vous laisseraient même pas être un ramasseur de balles avec ce genre de classement. En tout cas, une moyenne de 80 est digne d'être prise en considération car un joueur qui fait partie du Top 100 arrive quand même à vivre du tennis".

"Quant à Roland Garros", poursuit-il, "je ne sais pas si ce que je dis a un fondement scientifique, mais dans ce tournoi, j'ai souvent vu des garçons (surtout des Argentins et des Espagnols) déjà bien développés physiquement jouer contre des adversaires plutôt frêles qui semblaient être encore en huitième année. Puis il est souvent arrivé que quelques années plus tard, le garçon ait grandi et les ait dépassés grâce à un plus grand talent. L'US Open est en tête du classement car on pourrait probablement dire que c'est l'événement le plus universel et donc le plus convoité. Personne ne veut le rater, et si le garçon a une prédisposition pour les tournois sur dur, une fois qu'il sera devenu pro, cette surface sera celle où se joueront la plupart des tournois et où il construira son classement. Quant à Wimbledon, je ne sais pas, c'est probablement la même chose, mais à l'envers. Si à 17 ans vous découvrez que vous êtes un grand joueur sur gazon, vous aurez peu de tournois pour le montrer en tant que pro".

Enfin, il a ajouté : "Quoi qu'il en soit, le moment de cette transition est très dangereux, et je suis heureux que Lorenzo l'ait maintenant laissé derrière lui. Je définis le classement entre 200 et 500 comme "le marécage" - il est très facile de s'y enliser. Par exemple, l'année dernière, au Challenger de Pordenone, il y a eu sept vainqueurs de Grand Chelem Junior, des joueurs âgés de 25 à 29 ans. Des joueurs qui n'ont pas confirmé leur immense talent et leur précocité, des joueurs qui pensaient pouvoir s'en sortir sans travailler dur. En tant que professionnel, vous devez frapper beaucoup plus fort et gagner chaque point".

Fabio Gorietti, ancien entraîneur de Gianluigi Quinzi, titré à Wimbledon en 2013, explique en quoi il est difficile de réussir la transition entre le circuit junior et ATP : "Gianluigi était conscient qu'il avait un excellent niveau pour le circuit junior, et il pensait qu'il suffirait de s'entraîner pour atteindre rapidement le niveau pro. Mais pour briller en pro, il aurait eu besoin de changer son jeu, d'évoluer, de devenir plus complet afin d'avoir plus de solutions tout au long des matchs. Un joueur junior talentueux doit se débarrasser des tactiques qui lui ont apporté tant de points lorsqu'il jouait dans des tournois juniors, car il découvrira souvent qu'il n'obtiendra pas les mêmes résultats en jouant contre un pro. Et il doit être capable de le faire au détriment des résultats sur le terrain à court terme".

Source : https://www.ubitennis.net/2020/12/junior-grand-slam-champions-edberg-and-federer-lived-up-to-the-hype-but-who-did-not/


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