Il a beau être grand, très grand. Il a beau servir fort, très fort. Sa demie au Masters 1000 de Rome n’y change rien du tout. Du haut de ses 2m11, Reilly Opelka est l’arbre qui cache la forêt. Depuis une semaine en effet, le tennis américain ne présente aucun de ses joueurs dans le TOP 30 mondial. Une incongruité de l’Histoire pour un pays habitué à dominer le monde de la petite balle jaune. Et une première depuis la création du classement ATP, le 23 août 1973. Si Reilly Opelka avait réussi à battre Rafael Nadal pour atteindre la finale, il aurait mis fin à cette incongruité. Le déclin du tennis américain n'est pas récent, on en présentait déjà les contours il y a un an sur Tennis Break News.

Au début des années 70, Stan Smith et Arthur Ashe remportaient des tournois du Grand Chelem avant l’émergence de Jimmy Connors, qui à la fin de sa carrière aura englouti 109 trophées - record toujours en cours - et pointé au sommet de la hiérarchie pendant 268 semaines. Suivront Roscoe Tanner, Vitas Gerulaitis, John McEnroe, Michael Chang, Jim Courier, Pete Sampras, André Agassi et Andy Roddick, dernier yankee à avoir glané un Majeur, l’US Open 2003. Durant plus de 45 ans, les vedettes américaines n’ont pas été les seules à faire le bonheur des fils de l’Oncle Sam. Derrière les cracks, les États-Unis ont toujours pu s’appuyer sur un vivier de solides joueurs, bien installés au classement. On pense à Harold Solomon, Brad Gilbert, Tim Mayotte, Aaron Krickstein ou encore James Blake. En 1984, on compte 4 joueurs US parmi les dix meilleurs - McEnroe, Connors, Arias et Feltscher - et 22 dans le TOP 50. En 1994, même topo, avec Sampras, Courier, Chang et Martin dans le TOP 10, pour 11 au total dans les cinquante.

Le déclin de l’empire américain s’annonce depuis bientôt dix ans et la retraite d’Andy Roddick.  Certes, John Isner, Sam Querrey, Jack Sock et Steve Johnson ont glané des titres. Les deux premiers cités se sont hissés jusqu’au dernier carré à Wimbledon. Et ils ont tous fait partie des 25 meilleurs tennismen de la planète, Isner et Sock intégrant même le TOP 10. Il n’empêche, cette relève n’est jamais parvenu à remplacer les générations précédentes. Une déception encore davantage marquée pour Donald Young, plus jeune champion du monde junior de l’histoire (en 2005), mais qui n’a jamais confirmé dans l’élite (zéro titre et N°38 au mieux). Aujourd’hui, les États-Unis espèrent voir Taylor Fritz, Reilly Opelka, Tommy Paul et Frances Tiafoe grimper un peu plus haut. Mais si les trois premiers ont brillé chez les juniors en remportant chacun un Majeur en 2015, ils tardent à confirmer, en tout cas au top niveau. C’est finalement sur les épaules d’un autre vainqueur de Majeur dans la catégorie inférieure (Open d’Australie 2018) que reposent les attentes du peuple américain, Sebastian Korda, qui va affronter Pierre-Hugues Herbert à Lyon ce lundi. Un match sur lequel il est possible de parier sur bet-cm.com.

Parmi les raisons évoquées pour expliquer la chute du tennis outre-atlantique, il y a d’abord un certain désintérêt. Aujourd’hui, le tennis ne fait plus partie des dix sports les plus pratiqués et la moitié des joueurs qui s’engagent dans le cursus universitaire (NCAA) sont étrangers. La fédération américaine a également tardé à réagir, alors que le profil uniforme des athlètes ne suffit plus à garantir un épanouissement au plus haut niveau. Depuis des années, le style technico-tactique des joueurs américains est identique (du punch et un schéma service-coup droit), l’apprentissage s’effectuant toujours sur la même surface, un dur assez rapide. Il a fallu attendre 2017 pour voir l’USTA développer des courts en terre battue. Enfin, le tennis s’est fortement démocratisé. Une ouverture qui a notamment profité aux pays européens qui trustent à la fois les grands titres (64 des 65 derniers tournois du Grand Chelem) et les places les plus convoitées (9 membres du TOP 10 actuellement). Une concurrence plus féroce qui nuit forcément aux résultats des joueurs américains.

Un motif d’espoir à court terme ? Après Roland Garros, la terre battue laissera place au gazon puis au dur extérieur. Deux environnements qui correspondent davantage aux qualités des joueurs US, comme le montrent les demies à Wimbledon de John Isner et Sam Querrey et le trophée en Masters 1000 du premier à Miami en 2018. Toujours est-il que la situation ne risque pas de s’améliorer en quelques mois. Il a beau flotter au-dessus des plus grands courts de la planète, le drapeau américain est en berne. Alors que la Russie, l’Italie et le Canada peuvent entrevoir la prochaine décennie sous les meilleurs auspices, les États-Unis sont en train de connaître ce que la Suède, un bien plus petit pays, vit depuis la retraite de Robin Soderling, après avoir connu quarante années fastes, grâce à Björn Borg, Mats Wilander, Stefan Edberg ou encore Magnus Norman. Le suivant sur la liste ? Peut-être la France, puisque seul Gaël Monfils figure dans le TOP 30. À Ugo Humbert, Corentin Moutet, Harold Mayot et Arthur Cazaux de relever le défi et faire aussi bien que leurs aînés.