L'interview est un peu passée inaperçue mais les propos de la président de l'Autorité Nationale des Jeux à nos confrères de Libération sont riches d'enseignements. Alors que, depuis quelques semaines, l'ANJ avait commencé à partir en chasse aux tipsters et autres plateformes véreux, un autre combat devrait être mené par l'instance. Cette fois-ci, ce sont plutôt les bookmakers qui sont ciblés avec en reflet une difficulté à encadrer le marché.

Beaucoup de plaintes se sont multipliées depuis plusieurs mois auprès du Médiateur de l'ANJ pour contester des limites de mises abusives auprès des parieurs gagnants. « La limitation de mise est interdite au regard du droit à la consommation, sauf motif légitime. Des sanctions pourraient être prononcées jusqu'à la mise en demeure, des sanctions financières et le retrait de l'agrément. » Mais que cache le motif légitime ? Les bookmakers mettent en avant une volonté de protéger les parieurs contre l'addiction. Un argument non recevable pour Isabelle Falque-Pierrotin : « Il faut pouvoir le justifier et offrir aux parieurs un dispositif d'accompagnement. S'ils limitent les parieurs sans fondements, le régulateur va leur demander des comptes. »

D'autant que les parieurs perdants, eux, sont très rarement limités. « Nous menons actuellement une enquête. Les opérateurs ont l'obligation d'identifier et d'assister les joueurs à risque. Mais faut-il encore définir ce que signifie être addict. »

Le problème, connu et dénoncé par les parieurs depuis longtemps, est enfin sur la table. Mais faut-il encore les actes aillent dans le sens du discours...

Propos recueillis dans l'édition du 7 juillet 2021 du journal Libération.