Avant de rencontrer Gaël Monfils, John Isner a déclaré parfaitement connaître le joueur français, « un bon gars que j’ai affronté maintes et maintes fois ». Ce sera en effet l’acte N°13 entre les deux hommes, un duel que domine légèrement le tricolore jusqu’à présent (7 victoires contre 5). Le contexte actuel donne un avantage assez sensible au géant américain. Tout simplement parce que Monfils est en totale méforme depuis la reprise du circuit il y a maintenant pile un an. Son bilan avant le début de Toronto ? 3 petits succès pour 14 défaites ! Heureusement, la machine semble avoir redémarré au Canada, puisque le N°22 mondial vient d’enchaîner deux victoires de suite - contre John Millman puis Frances Tiafoe - pour la première fois depuis 532 jours (à Dubaï en 2020). Face à l’Américain, il a remporté 54% de ses points joués au retour, peut-être de bonne augure au moment d’affronter le serial serveur de 2m08. Mais la tâche ne sera pas aisée, tant Isner s’est montré à la fois entreprenant et solide cette semaine (60 aces en 3 matchs et deux petits breaks concédés). Non seulement, il sert le feu dans les moments chauds, mais surtout son physique est au point - il a volontairement choisi de se préserver et de ne pas jouer Washington après son titre à Atlanta -, de quoi lui permettre de bien résister à l’échange avant d’envoyer des pics monstrueux en coup droit quand l’opportunité se présente. Face à Andrey Rublev, qu’il avait déjà battu à Madrid, le 30ème mondial s’est montré intraitable et surtout efficace et décisif. Déjà vainqueur d’un Masters 1000 (Miami 2018) et 4 fois finaliste dans cette catégorie de tournois, John Isner a de bonnes chances de rejoindre le dernier carré, car il faudra un excellent Monfils pour venir à bout du géant américain. Un seul critère penche en faveur du Français : il a souvent été très performant face aux grands serveurs.

L’œil de Florent Serra : John Isner a eu l’intelligence de se reposer et ne pas jouer Washington après son titre à Atlanta. Il a enchainé derrière avec 3 bonnes victoires et le voici en quart dans le type de tournois qu’il affectionne (dur extérieur, Amérique du Nord). Son service et son coup droit font des dégâts et même en revers il peut faire mal. En outre, il passe 70% de premières et commet très peu de doubles fautes, il met donc constamment la pression sur l’adversaire et commet peu d’erreurs, de quoi user psychologiquement ceux qui l’affrontent. Gaël Monfils a t-il assez de confiance actuellement pour battre ce genre de joueurs ? A priori non. Reste que le Français a toujours été bon face aux grands serveurs : 21 victoires contre Isner, Opelka, Karlovic, Anderson et Raonic, et il mène dans tous les duels, sauf contre le Canadien (3 partout). En 2016, en finale à Washington, il avait retourné la situation pour dominer le géant croate et remporter le trophée. Reste que Monfils revient de très loin et qu’il n’a pas encore donné de garanties sur un niveau de jeu élevé et constant. Va-t-il réussir à jouer près de sa ligne et ne pas trop reculer ? Car de loin, il ne pourra pas passer Isner. Le tricolore aime les rallyes, mais il y en aura peu. À lui de s’adapter pour créer ce qui serait dans le contexte actuel une surprise pour le Français qui n'a plus disputé une demi-finale en Masters 1000 depuis cinq ans. C'était ici-même Toronto...


STEFANOS TSITSIPAS / CASPER RUUD
Ce serait une sorte d’exploit que de voir Casper Ruud venir à bout de Stefanos Tsitsipas. Certes, depuis début juillet, le Norvégien marche sur l’eau : 3 titres consécutifs (Bastad, Gstaad et Kitzbühel) et 13 victoires de suite, en comptabilisant ses deux succès à Toronto. Mais c’est bien sur terre que le N°12 mondial a réalisé le gros de cette série, de loin sa meilleure surface (71% de réussite en carrière contre 42% sur dur). C’est d’ailleurs sur l’ocre que Ruud a dominé le Grec lors de leur première confrontation, à Madrid au printemps. Normalement, le 3ème joueur mondial,  demi-finaliste à l’Open d’Australie dans les mêmes conditions de jeu et donc largement favori aux yeux des bookmakers, n’a rien à craindre, surtout s’il joue de manière aussi agressive, tout en affichant cette confiance qui ne le quitte quasiment plus, comme depuis le début du tournoi. Pour rappel, le Norvégien n’avait jamais gagné un match en Masters 1000 sur dur extérieur avant cette semaine.


ROBERTO BAUTISTA-AGUT / REILLY OPELKA
C’est le genre d’opposition de style qui laisse une grande part d’incertitude quant à l’issue du match. Si l’un va chercher à rallonger les échanges et faire rater son adversaire, l’autre misera tout ou presque sur son service afin de conclure les points en un, deux ou trois coups de raquette maximum. On le sait, il n’est jamais facile d’affronter un immense serveur tel que Reilly Opelka, parce qu’il faut savoir essuyer les coups - en l’occurrence les aces - sans broncher et attendre patiemment une éventuelle et rare possibilité de breaker. La bonne nouvelle, pour Roberto Bautista-Agut, c’est qu’il a déjà réussi par deux fois à maitriser ses nerfs contre l’Américain, à chaque fois sur dur extérieur, à Shanghai en 2019 et cette année à Doha. Déçu de son niveau en 2021, l’Espagnol espère se rattraper sur sa surface préférée (une finale et deux demies en Masters 1000) durant cette tournée nord-américaine. Toujours aussi combatif et lucide, il est parvenu à écarter Diego Schwartzman en huitième de finale (6-3, 3-6, 7-5), après avoir sauvé 3 balles de match. Le genre de victoires qui donnent des ailes. De l’autre côté du filet, Reilly Opelka a l’occasion de disputer sa deuxième demie en Masters 1000 cette saison, après Rome. Son parcours est pour le moment de qualité (Nick Kyrgios, Grigor Dimitrov et Lloyd Harris, avec 2 petits breaks concédés). Bien sûr, le géant américain ne devra pas connaître de baisse de régime sur son engagement, car Bautista saura être à l’affût. Le 17ème mondial ne lâche jamais rien et semble ne jamais se frustrer, la preuve il a déjà battu tous les grands serveurs du circuit (Opelka, Isner, Anderson, Karlovic), à l’exception de Milos Raonic. Opelka, lui, est capable du meilleur comme du pire. En tout cas, il a déjà dominé plusieurs TOP 20, 12 victoires pour 17 revers en carrière et 3 succès pour 5 défaites lors de ses 8 dernières tentatives.

L’œil de Florent Serra : Roberto Bautista-Agut a retrouvé ce qui fait sa force, sa combativité. C’est une très bonne chose, mais attention, contre Reilly Opelka, ça peut ne pas suffire, si l’Américain sert le feu. Bref, comme souvent avec ce dernier, l’issue du match dépendra en premier lieu de son service. Ce qui peut aller dans le sens de l’Espagnol, c’est sa victoire à l’arrachée contre Diego Schwartzman. C’est le genre de succès qui donne des ailes pour la suite du tournoi. Sur le plan du jeu, Bautista a de quoi faire jouer un coup de plus à l’adversaire et le faire déjouer. À l’inverse, Opelka va tout faire pour écourter les échanges. Les cotes sont assez logiques, il y a un petit avantage pour l’Espagnol. Cela reste des matchs difficiles à pronostiquer, en tout cas je ne vois pas un score sec pour l’un comme pour l’autre.


DANIIL MEDVEDEV / HUBERT HURKACZ
Voici l’occasion d’une revanche pour Daniil Medvedev. En effet, lors de leur premier affrontement, il y a quelques semaines en huitième de finale à Wimbledon, Hubert Hurkacz avait créé la surprise en dominant le Russe après une belle bataille de 3 heures et 5 manches (2-6, 7-6, 3-6, 6-3, 6-3). Le moins qu’on puisse dire, c’est que les bookmakers ne voient pas le Polonais renouveler la performance, plaçant le numéro 2 mondial largement devant (1,25 contre 4,10). C’est vrai, Medvedev ne joue jamais aussi bien que sur dur extérieur, des conditions de jeu dans lesquelles il a glané 4 trophées, dont deux Masters 1000 (Cincinnati et Shanghai en 2019) et atteint 6 autres finales, dont deux en Grand Chelem (US Open 2019 et Open d’Australie 2021) et une en Masters 1000, il y a deux ans… au Canada. Mais c’est un peu vite oublié que celui qui pointe désormais au 13ème rang mondial a remporté tous ses titres sur dur extérieur, 3 au total, dont le Masters 1000 de Miami en début d’année, après un parcours impressionnant (2 TOP 10 - Stefanos Tsitsipas et Andrey Rublev - et 2 TOP 20 - Denis Shapovalov et Milos Raonic - dans son escarcelle). Sur le plan du jeu, la capacité du Russe à faire courir et craquer ses adversaires ont de quoi dégoûter la concurrence, mais le Polonais a récemment montré sa faculté à hausser son niveau de jeu face aux « top players » (6 victoires sur ses 7 dernières confrontations contre les TOP 20), grâce à ses prises d’initiative en coup droit et son sang-froid. Bref, oui Medvedev est favori, mais ce statut ne justifie pas un tel écart de cotes, alors méfiance…       

L’œil de Florent Serra : Hubert Hurkacz a connu des hauts et des bas cette saison. Titre à Miami et demie à Wimbledon, mais pas mal d’échecs aussi, dont le dernier précoce aux JO de Tokyo contre le modeste britannique Liam Broady. C’est logique de voir Daniil Medvedev favori sur dur extérieur, même si la surface convient très bien aussi au Polonais. Les deux hommes servent très bien et possèdent une excellente couverture de terrain, mais le Russe fait tout un peu mieux. Ce sont aussi deux bons contreurs qui peuvent être amenés à se neutraliser. Pour Medvedev, il faudra surtout éviter d’être trop attentiste et ne pas laisser Hurkacz prendre le jeu à son compte. Il devra trouver le bon compromis. L’écart de cote est beaucoup trop important, il n’y a donc pas d’intérêt à jouer Medvedev, même si je le vois gagner. Peut-être que jouer une rencontre en 3 sets peut être bien plus intéressant.


L'avis de la rédaction : Monfils 1 set / Over 22.5 jeux Bautista Opelka