Il semble assez peu probable qu'on assiste durant la prochaine décennie à une domination du circuit telle qu'on l'a connu avec Federer, Nadal, Djokovic et Murray. Toutefois, la passation de pouvoir est en marche. En attendant que Medvedev, Zverev, Tsitsipas et consorts parviennent à battre Djokovic en Grand Chelem (série en cours pour le Serbe de 73 victoires pour 4 défaites depuis Wimbledon 2018 : Nadal, Carreno sur disqualification, Wawrinka sur abandon et Thiem), la nouvelle génération commence à garnir son palmarès en Masters 1000 (5 titres sur 6 cette saison). Hasard des statistiques, c'est la première fois depuis 2009 à Cincinnati que les 4 premières têtes de série sont au rendez-vous du dernier carré. Toutefois, deux joueurs semblent se détacher. Medvedev et Zverev partiront favoris face à Rublev et Tsitsipas. Analyse des demi-finales avec notre consultant Rodolphe Gilbert.


DANIIL MEDVEDEV vs ANDREY RUBLEV

Ils sont russes tous les deux, ont quasiment le même âge (25 et 23 ans), mais n’ont pas du tout la même manière de jouer. Certes, ils possèdent l’un comme l’autre un excellent service, qui leur assure une dizaine d’aces par match. Mais dans le jeu, si Daniil Medvedev sait varier, changer les rythmes, endormir son adversaire pour finalement le piquer, Andrey Rublev ne joue qu’en force et en cadence, une manière plus directe de détruire son opposant. Autres différences, l’ainé des deux dispose d’une bien meilleure couverture de terrain, d’une défense supérieure et d’une main plus habile dans le petit jeu ou au filet. Contre Benoit Paire en quart de finale (6-2, 3-6, 6-3), le N°7 mondial a de nouveau montré à quel point il est en difficulté pour gérer toutes les balles à jouer dans son carré de service. Au contraire, le tout récent vainqueur du Masters 1000 de Toronto a rendu une copie exceptionnelle face à Pablo Carreno-Busta (6-1, 6-1), ne laissant à l’Espagnol aucune chance de le déborder et montrant que la défaite aux JO n'était qu'un accident de parcours dû aux conditions de jeu particulièrement difficiles. Medvedev a également servi 76% de première balle, n’a perdu que deux points derrière cette même première et n’a concédé aucune balle de break. Alors oui, c’est un fait : Medvedev et Rublev ont tous les deux obtenu d’excellents résultats sur dur extérieur : 3 trophées en Masters 1000 et 2 finales de Majeurs pour le premier, 2 titres ATP 250 et 2 demies en Masters 1000 pour le second. Reste que le palmarès du N°2 mondial est quand même bien plus significatif. Aussi, il mène largement dans leurs confrontations (4/0), n’ayant laissé aucun set à son adversaire. Les deux derniers affrontements sont assez récents (US Open 2020 et Open d’Australie 2021) et se sont joués dans les mêmes conditions de jeu. À chaque fois, Medvedev a pris le dessus en imposant à Rublev une équation sans solution, en maître tacticien qu’il est. Sur ce qu’on voit depuis le début de la semaine, et même depuis le début de la tournée américaine, on ne voit pas comment le protégé de Fernando Vicente parviendrait à prendre le dessus (7 défaites et 1 seule victoire en carrière sur dur extérieur face au top 5), à moins d’une terrible défaillance de son compatriote, qui est tout simplement injouable en ce moment. Les bookmakers pensent la même chose, proposant un écart de cotes conséquent (1,25 contre 4,20). Et cerise sur le gâteau, Daniil Medvedev reviendrait à 493 points de Djokovic en cas de titre à Cincinnati et pourrait donc devenir numéro un mondial à l'US Open en cas de titre sans que le Serbe parvienne en finale.

L’œil de Rodolphe Gilbert : Même si l’écart de cotes est important, il est assez logique. Daniil Medvedev vient de gagner Toronto, il joue excellemment bien, Andrey Rublev est un peu en-deçà de ce qu’il avait montré en fin de saison dernière à Saint-Pétersbourg et Vienne et surtout il n’a jamais réussi à inquiéter son compatriote dans leurs duels. En plus, quand on regarde leur style de jeu et ce que ça donne l’un contre l’autre, on a vraiment la sensation que Rublev n’a aucune solution alors que Medvedev a toutes les clés. Après, il peut toujours y avoir une surprise, car ils sont tous les deux TOP 10. Mais voir Medvedev grand favori est totalement rationnel et je le vois s'imposer surtout que Monfils et Paire ont posé des problèmes à Rublev.


STEFANOS TSITSIPAS vs ALEXANDER ZVEREV

Cette demi-finale sent la poudre et revêt une grande part d’incertitude. Depuis quelques petites années, avec Dominic Thiem et Daniil Medvedev, les deux protagonistes représentent la menace la plus grande pour le Big 3. Petit à petit, leur palmarès s’étoffe : un Masters ATP Finals, 4 Masters 1000 et une finale en Grand Chelem pour Alexander Zverev ; un Masters ATP Finals, un Masters 1000 et une finale en Majeur pour Stefanos Tsitsipas. Cette saison, les deux hommes ont réussi de très belles choses dans les grands tournois. Le Grec a atteint la finale de Roland Garros, la demie à l’Open d’Australie, s’est imposé à Monte-Carlo et a atteint le dernier carré à Toronto et les quarts à Miami et Rome. De son côté, l’Allemand a remporté Madrid, s’est hissé en demie à Roland Garros et a vu les quarts à l’Open d’Australie et Rome. Surtout, il vient de remporter la médaille d’or aux JO de Tokyo après avoir renversé Novak Djokovic en demie, et ne semble pas être redescendu de son nuage depuis. À Cincinnati, il a été tout bonnement impressionnant avec seulement 17 jeux perdus, soit même pas 3 de moyenne par set. Impeccable derrière sa première balle de service - il tourne à 90% de points gagnés -, il n’hésite pas à prendre rapidement l’initiative dans l’échange et a faire très mal avec son coup droit comme son revers. Sans oublier sa couverture de terrain, toujours aussi impressionnante pour son gabarit (1m98). Mais côté défense et jeu de jambes, Tsitsipas n’a pas grand chose à lui envier. Lui aussi gambade partout et il s’est construit un physique de dieu… grec, lui permettant de résister dans la durée. Toujours très bon derrière sa première comme sa deuxième - 81% et 64% en demie contre Felix Auger-Aliassime -, le N°3 mondial a pourtant davantage peiné pour rejoindre le dernier carré dans l’Ohio (deux sets concédés, contre le Canadien et Lorenzo Sonego). Il est vrai que sur dur, l'Allemand semble un poil devant le Grec, plus à l'aise sur terre. Voilà sans doute pourquoi les bookmakers font de Zverev leur favori (1,67 contre 2,26). Reste que le Grec mène 6/2 dans leurs confrontations, ce qui équilibre un peu les données. Mais sur dur extérieur, Tsitsipas ne mène que 3-2. Une chose presque certaine, on peut s’attendre à une partie très accrochée, un gros duel en perspective.        

L’œil de Rodolphe Gilbert : Comme pour l’autre demie, il y a un favori (et des cotes) logique. D’un côté, Alexander Zverev vient de gagner les JO de Tokyo et marche sur l’eau lors de son parcours à Cincinnati. De l’autre, Stefanos Tsitsipas semble un tout petit peu moins bien que lorsqu’il déroulait sur terre battue au printemps. Ce n’est pas grand chose, quelques petits détails, certains mauvais chois et coups ratés, mais ça peut faire la différence. Evidemment, le Grec sera quand même au rendez-vous, ne serait-ce que parce qu’il donne toujours tout et est un grand combattant. Cela reste donc très proche entre les deux hommes, d’autant que Tsitsipas mène 6/2 et a remporté leur dernière confrontation en demie à Roland Garros. Mais il faut bien avoir que Zverev donne le sentiment d’être intouchable en ce moment sur dur, et c’est pourquoi il part avec une petite longueur d’avance.


L'avis de la rédaction : Victoire Medvedev / Victoire Zverev


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