C’est la demi-finale que tout le monde espérait. Celle qui oppose le meilleur joueur du monde au meilleur joueur du moment. D’un côté, peut-être le futur GOAT, déjà vainqueur de 20 Majeurs et qui ne se trouve plus qu’à deux marches du Grand Chelem calendaire. De l’autre, le médaillé d’or olympique et vainqueur du Masters 1000 de Cincinnati, et ce juste avant l’US Open, surfant sur une série de 16 victoires consécutives. Au-delà des chiffres et des palmarès, le duel s’annonce grandiose, par la qualité de jeu attendue, mais aussi pour le contexte et l’enjeu. Ou plutôt les enjeux. Car au-delà de la quête du Graal du Serbe, cette demi-finale sera l'occasion pour l'Allemand de mettre fin à sa série de 12 défaites en 12 matchs face au top 10 dans les matchs au meilleur des 5 sets (10 en Grand Chelem et 2 en Coupe Davis). Pourquoi Alexander Zverev échoue-t-il face à ses petits camarades dans un tel contexte ? Puisque le problème n'est pas physique ni technique, il est peut-être mental. En 2019 et 2020, les difficultés de l'Allemand face au top 10 allait bien au-delà des matchs en 5 sets (6 victoires pour 13 défaites). Mais, mentalement justement, et aussi dans ses résultats, il y a eu du mieux en 2021 puisqu'il a signé 7 victoires sur ses 9 derniers matchs face au top 10. Reste donc maintenant à confirmer en Majeur... face au numéro un mondial !

Pour rappel, Alexander Zverev est celui qui a stoppé cette série de 22 victoires consécutives de Novak Djokovic et les rêves du Serbe de s'offrir un titre olympique. C’était à Tokyo, il y a quelques semaines, à l’issue d’un scénario détonnant, qui a vu le joueur allemand revenir d’un set et d'un break pour finalement étouffer le numéro un mondial. Mais le N°4 mondial a soudainement - en réalité, c’est le fruit de plusieurs années de progression - changer de braquet pour se montrer impitoyable. Depuis, on ne lui voit quasiment aucune faille : il remporte toujours au moins 80% des points derrière sa première, ne commet que quelques doubles-fautes, est devenu beaucoup plus agressif en fond de court et affiche une confiance inébranlable. De son côté, le Serbe parvient tant bien que mal à supporter toute la pression qui l’entoure. Il a déjà cédé 4 manches lors de son parcours, mais il a toujours réussi à se reprendre après des entames difficiles. En quart de finale, il a même envoyé un message de patron. Après avoir perdu le premier set contre Matteo Berrettini en commettant 17 fautes directes, il est devenu le monstre physique et le chirurgien-métronome du tennis qu’on connait, n’offrant que 11 fautes à l’Italien lors des 3 dernières manches. Sa qualité de retour est inouïe et au service, il a terminé la partie avec 74% de réussite derrière sa première et 66% après sa seconde. Vous l’avez compris, la tâche ne sera pas facile pour Alexander Zverev, face à un adversaire en mission « historique », mais il a au moins de quoi espérer lui proposer une rencontre de très haut-niveau et beaucoup de fil à retordre.    

L’œil de Rodolphe Gilbert :
Je m’attend à une rencontre de folie. Et à un match ultra accroché. Je pense vraiment que les deux ont quasiment autant de chances de gagner. Novak Djokovic possède un petit avantage, de par son expérience, notamment en Grand Chelem, mais l’écart de cotes me paraît un peu élevé, car je pense qu’Alexander Zverev peut s’imposer aussi. Ce qu’il montre depuis deux mois est exceptionnel. Lui, comme Daniil Medvedev, sont capables de faire tomber le Serbe dans sa quête. Ce qui est sûr, c’est que je ne vois ni l’un ni l’autre s’imposer facilement.


Daniil Medvedev faisait partie du trio de favoris avant le début du tournoi. Et comme Novak Djokovic et Alexander Zverev, il a tenu son rang. Il a même fait mieux. Il a produit un tennis hallucinant depuis le début de la quinzaine new-yorkaise, se baladant à tous les tours, sauf en quart de finale où il a connu une petite alerte (une manche perdue face à Boltic Van de Zandschulp). Sa faculté à trouver une solution à chaque problème est incroyable. De ce fait, il empêche ses adversaires de le perturber. Ils finissent par craquer car ils sont littéralement « coincés ». Le Russe commet très peu de fautes directes (0.75 par jeu depuis le début du tournoi), possède l’une des meilleures couvertures de terrain du circuit et s’appuie sur un service de grande qualité. Les bookmakers ont donc logiquement placés le N°2 mondial en position de favori. Il faut bien l’avouer, même si Felix Auger-Aliassime a franchi un cap durant cet US Open, il lui faudra jouer le match de sa vie pour faire tomber le Russe. La bonne nouvelle pour le Canadien ? Il connaît moins de trous d’air au cours d’une seule et même rencontre et il semble mentalement beaucoup plus sûr de lui, plus déterminé - cela se voit dans son langage du corps et sa manière de serrer les poings et les dents après un échange victorieux. Une rage de vaincre qui lui a permis de gagner de gros matchs, comme son combat en 5 manches contre Roberto Bautista-Agut. La mauvaise nouvelle ? Il risque d’exploser en vol face à un tel défenseur. Oui, « FAA » va faire des points gagnants. Mais il va aussi faire pas mal de fautes. Peut-être que l’une des clés du match sera sa capacité à savoir relancer. Ne pas donner trop de points gratuits à Medvedev et le faire douter sur ses mises en jeu, notamment ses secondes balles. Le Québécois devra également se porter vers l’avant avec succès, comme il l’a fait contre Bautista-Agut (39/65, soit 60% de réussite), Tiafoe (18/28, soit 64%) et Alcatraz (11/15, soit 73%, en un set et demi). Il y a donc une toute petite fenêtre pour Auger-Aliassime, car le grand favori de cette demie, c’est bel et bien Daniil Medvedev.    

L’œil de Rodolphe Gilbert : Évidemment, Daniil Medvedev est le grand favori de cette rencontre. Il rejoue très bien et cela a commencé dès les tournois de préparation (titre à Toronto et demie à Cincinnati). Il est très solide dans cet US Open. Il sert très bien, il fait jouer et déjouer l’adversaire. Seul petit bémol : il peut parfois par sa concentration pour un grain de sable. Felix Auger-Aliassime, outsider logique, manque encore de constance. Mais il a quand même franchi un palier en Grand Chelem avec ce quart à Wimbledon et cette demie à Flushing Meadows. Selon moi, il ne peut gagner qu’en faisant un match extraordinaire et produire son tout meilleur tennis. Un tennis offensif, venir au filet - il l’a fait dans cette quinzaine -, car il ne pourra pas gagner en restant en fond de court. Enfin, un baromètre important chez le Canadien, son nombre de doubles fautes, souvent trop élevé, car il sert très fort sur ses secondes balles.


L'avis de la rédaction : Over 37.5 jeux dans le match Djokovic-Zverev / Medvedev gagne 3-0 ou 3-1