Au-delà du formidable accomplissement qu’est la conquête d’un Majeur, la victoire de Daniil Medvedev à l’US Open a donné l’impression d’un basculement dans une nouvelle ère du tennis. En plus des problèmes physiques de Roger Federer et Rafael Nadal, la manière dont il a dominé Novak Djokovic, l’intouchable n°1 mondial depuis plus de 6 ans, a donné le sentiment d’un passage de témoin. Même si on serait évidemment bien bête d’enterrer si vite le Big 3, comme le disait si bien Djokovic après sa défaite : « La transition est inévitable, mais nous, les vieux, nous sommes toujours là. Je veux continuer et tenter de décrocher d’autres titres du Grand Chelem et jouer pour mon pays, c’est ce qui me motive à ce stade de ma carrière. Mais évidemment, le tennis est entre de bonnes mains. » 

Avec cette victoire, le Russe vient valider son impressionnante progression et se pose en leader de la fameuse « Next Gen », née dans les années 90. Après son premier titre sur le circuit début 2018 à Sydney, en sortant des qualifications et en dominant notamment Fabio Fognini et Alex De Minaur, s’en est suivi une progression fulgurante pour le Russe qui a franchi un cap en 2019 lors de la tournée estivale américaine où il avait enchaîné 6 finales consécutives à Washington, Montréal, Cincinnati et Flushing Meadows. Un parcours qui l'avait propulsé immédiatement dans le Top 5 et lui donnait un gros boost de confiance. Le Russe a déjà disputé 20 finales sur le circuit ATP dont 9 remportées sur les 11 dernières disputées et ce sacre de prestige à l'ATP Finals pour assouvir un peu plus son statut parmi les meilleurs joueurs du monde.

Son talent et ses caractéristiques de jeu en fait un joueur différent et immensément complet : une qualité de service et une prise de risque sur ses secondes balles à la Nick Kyrgios, une science tactique à la Gilles Simon, une couverture de terrain à la Gaël Monfils, une capacité à tenir la balle à la Novak Djokovic. Sa grande taille, il en fait une force sans en conserver le moindre handicap. Le Russe pourrait être décrit comme un homme posé, mais un joueur impulsif. « Dans la vie, je ne suis pas vraiment nerveux. Quand quelqu'un me cherche, je suis plutôt du genre à ne pas m'emballer et à dire 'OK, laisse tomber ce n'est pas grave'. Mais sur le court, c'est vrai, je suis une personne différente. Quand j'avais 14-15 ans, si quelqu'un, par provocation, applaudissait une de mes fautes, je me mettais à hurler dessus, à l'insulter. Je suis trop nerveux, mais j'essaie de me calmer. J'ai progressé ces derniers temps à ce niveau. Mais parfois, je me laisse encore emporter et ce n'est pas bon », déclarait-il en août 2019. Mais malgré quelques pétages de plombs qui se font de plus en plus rares, le plus Français des Moscovites n’en reste pas moins une personne attachante (et un bon client en conférence de presse) et populaire comme en témoigne sa célébration (une fois n’est pas coutume) du poisson version Fifa pour faire marrer ses amis. Malgré tout, il n’en reste pas moins concentré sur son unique objectif de devenir le meilleur joueur possible. Après Dominic Thiem, il est le deuxième joueur né dans les années 90 à remporter un Grand Chelem mais le premier à dominer un membre du Big 3 pour y arriver. Cela vient confirmer que ce n'est pas un hasard si le Russe a été le premier joueur depuis 2005 à briser l'hégémonie du Big 4 parmi les deux premières places mondiales au classement ATP.

Comme le répète son entraîneur Gilles Cervara, il a encore une marge de progression. Ses performances sur gazon et sur terre battue restent encore bien loin du niveau de jeu qu'il peut afficher sur dur. Alors jusqu’où peut-il aller ? Probablement tout en haut et dans très peu de temps. Prendre le trône mondial et déloger Novak Djokovic avant la fin de l’exercice 2021 ne sera pas chose facile. En effet, il compte 1353 points de retard alors que le Serbe n'a que 113 points à défendre avant Bercy et le Masters, ce qui oblige donc le Russe à récupérer plus de 1240 points avant d’arriver à Paris. Mais cela ne semble être qu’une question de temps, de quelques mois. En tout cas, Medvedev n’a pas prévu de s’arrêter en si bon chemin comme il l’expliquait en conférence de presse après son sacre. « C’est quasiment impossible que je rattrape Novak cette année, mais j’espère que je gagnerais à Indian Wells, Paris et Turin où se déroulera le Masters. Si je gagne les trois, je serai peut-être dans le coup, mais c'est quand même un énorme challenge. Je suis juste content d'avoir gagné mon premier Grand Chelem. La place de numéro un, ce n'est pas mon but principal. Mais si ça arrive un jour, ce sera super. »

Ce sacre du Russe va forcément aiguiser les appétits de certains comme Zverev, Tsitsipas mais aussi Thiem qui reviendra peut-être en 2022 avec un autre visage. Et le tennis féminin avec cette finale inédite entre Raducanu et Fernandez a montré la voie à la génération 2000. Sinner, Alcaraz, Auger, Shapovalov auront des ambitions élevées la saison prochaine. Pendant 20 ans, on s'est demandé ce que deviendrait le tennis après l'ère du Big 3. Une partie de la réponse a été apportée durant cet US Open. Il s'annonce brillant et étincelant.