Cette rencontre est intéressante et ce, à plusieurs titres. D’abord, les cotes sont peut-être un peu trop déséquilibrées (1,40 pour Kwon et 3,10 pour Djere), en tout cas elles donnent envie d'approfondir l'analyse. C’est une réalité, le Sud-Coréen est plus à l’aise sur dur indoor (64% de réussite avant le tournoi contre 29% pour le Serbe). Seulement 82ème à l’ATP, Kwon est intrinsèquement un meilleur joueur que son classement ne l’indique. Il est solide, frappe bien la balle, surtout à plat, et dispose d’une excellente couverture de terrain. Il dispose également d’un bon toucher de balle, en atteste ses bons résultats sur gazon (demie à Eastbourne). Pour le moment, il a parfaitement lancé son tournoi en dominant Evgeny Donskoy et Dusan Lajovic, en ne concédant que 3 balles de break (dont une perdue) au total. On le sait, Djere marche à l’endroit surtout sur terre, qui est clairement sa meilleure surface. À Nur Sultan, il dispute sa première épreuve indoor de la saison. Paradoxalement, c’est plutôt une réussite puisqu’il vient de passer deux tours. Mais à y regarder de près, ce fut à chaque fois dans la difficulté : 3 manches contre Daniel Ebahi Galan puis Lorenzo Musetti, avec 7 pertes de service au total. Derrière sa seconde, il risque de souffrir. Contre un joueur tel que Kwon, à l’aise pour jouer à plat et en timing, le Serbe risque d’être pris de vitesse. Normalement, le Sud-Coréen part avec une bonne longueur d’avance. Et la façon dont Djere a perdu le fil du match contre l'Italien alors qu'il était largement dominateur laisse à penser que mentalement, le Serbe est logiquement outsider de ce match. Mais dans quelle mesure ? Telle est la question.

L’œil de Rodolphe Gilbert : C’est connu, Laslo Djere est un pur terrien et ne joue pas très bien sur dur. Certes, il a battu Lorenzo Musetti, mais l’Italien n’avance plus en ce moment. Soonwoo Kwon apprécie beaucoup ces conditions de jeu. Sa balle rapide devrait prendre de vitesse le Serbe. Sauf gros match de Djere, ce qui reste possible car c’est un bon joueur, le Sud-Coréen devrait s’imposer. Je note quand même que l’écart de cotes est sans doute trop large.


Bublik vs Taberner
Que ce fût dur ! Mais il s’en est sorti… On parle ici de l’entrée en lice d’Alexander Bublik, qui joue à domicile mais qui a bien failli passer à la trappe contre Miomir Kecmanovic. Une entame de match catastrophique, avant de se rattraper après 2 heures de jeu (2-6, 6-3, 7-5). Excellent derrière sa première balle de service (89% de réussite, 5 points perdus seulement), le Kazakh a surtout rencontré des difficultés à retourner l’engagement du Serbe. Une partie à l’image de Bublik, redevenu irrégulier depuis le début de l’été, après une belle première moitié de saison, la meilleure de sa carrière, rejoignant deux finales (Antalya et Singapour), deux quarts en Masters 1000 (Miami et Madrid) et une demie à Newport. Après la mini-tournée sur gazon, il a davantage perdu que gagné. C’est pourquoi, même s’il joue à la maison et qu’il est tête de série N°2, dans un environnement qui lui plaît bien (dur indoor), il y a de quoi douter pour la suite de son tournoi. À moins que son premier match, sorte de mise en route, soit le plus délicat à gérer. En tout cas, en quart de finale, il aura la chance d’affronter un joueur sans doute mal en point sur le plan physique après son marathon de 3h22 face à Egor Gerasimov. L’Espagnol, N°117 mondial, s’est imposé 5-7, 7-6, 7-5, seulement sa troisième victoire en carrière sur dur indoor et sa quatrième contre un TOP 100. C’est sur terre que le joueur de 24 ans s’épanouit normalement (2 titres et 2 demies sur ocre en Challenger cette saison) et son manque de puissance, au service et dans le jeu, devrait permettre à Bublik de prendre le dessus. Sauf gros manque de concentration… ou de motivation.    

L’œil de Rodolphe Gilbert : À la maison, Alexander Bublik ne devrait pas brader. Quand on joue à domicile, il y a un surplus émotionnel, une envie de gagner supplémentaire. En outre, on est au Kazakhstan et les occasions sont rares de s’exprimer devant du public dans ce pays. C’est donc un tournoi important pour lui. Et contre Carlos Taberner, il n’a pas vraiment le droit de perdre, même si tout reste possible dans un match de tennis.


Ivashka vs Ruusuvuori
Il serait temps de comprendre que cet Ilya Ivashka ressemble de plus en plus à l’un des « hommes de l’année » en matière tennistique. Il sera évidemment l'un des candidats au "Most Improved Player" en fin de saison. En 2021, son bilan est pas loin d’être impressionnant : 27 succès pour 13 revers, un premier trophée (Winston-Salem), un huitième de finale à Wimbledon, une demie à Munich et quelques victoires de choix (Alexander Zverev, Gaël Monfils, Grigor Dimitrov et Pablo Carreno-Busta). Alors qu’il était 110ème mondial en janvier et qu’il végétait dans cette zone depuis plusieurs saisons, le voici assuré d’intégrer pour la première fois le TOP 50 (N°47 au minimum à l’issue du tournoi de Nur Sultan). Il est déjà 37ème à la Race. Depuis le début de la semaine, le Biélorusse évolue dans ses standards du moment : 2 matchs, 2 victoires, à chaque fois en 2 sets secs, d’abord contre Elias Ymer, puis face à Timofey Skatov. Constant et tranchant sur toutes les surfaces, il part logiquement favori au moment d’affronter Emil Ruusuvuori.  Mais la méfiance sera de mise. Car le Finlandais a progressé depuis cet été. Il a d’abord atteint deux demies à Atlanta et Winston-Salem, en dominant au passage de bons joueurs comme Bublik et Norrie. Rebelote au Kazakhstan, puisqu’il vient d’éliminer la tête de série N°1 de l’épreuve, Aslan Karatsev, certes en méforme dans cette seconde moitié de saison, mais qui demeure un solide TOP 30. Avec son gros service et son deuxième coup de raquette, il peut faire mal à un certain nombre d’adversaires. Reste à Ivashka à trouver la bonne mesure à la relance, comme il l’a déjà fait lors de leurs deux premières confrontations, à Munich et Winston-Salem, disputées… cette année. À vrai dire, il n’y avait pas eu de « match » : 6-1, 6-2 et 6-2, 6-1, autant dire que le Biélorusse peut aborder le troisième acte avec confiance mais prudence.

L’œil de Rodolphe Gilbert : Ce sont deux joueurs qui ont gagné beaucoup de matchs cette saison, c’est donc une rencontre intéressante. Pour moi, Ilya Ivashka est un tout petit peu au-dessus, mais pas de beaucoup, car Emil Ruusuvuori peut vraiment faire mal sur dur indoor. Donc, selon moi, même si je place le Biélorusse légèrement favori, l’écart de cotes proposé par les bookmakers est trop élevé… Il faut donc rester méfiant.


Millman vs Duckworth
Il y a plus de 12 000 kilomètres entre Canberra, la capitale de l’Australie, et Nur Sultan mais pourtant ce sont bien deux « Aussies » qui vont se retrouver dans la capitale kazakhe. On vous rassure, c’est pour la bonne cause, puisqu’il s’agit d’un quart de finale de tournoi ATP 250. Un match pas comme les autres pour James Duckworth, qui aura l’occasion de rallier pour la deuxième fois en carrière une demie (pour aucune finale) sur le circuit principal (après Pune en 2020). A t-il ses chances ? Oui. Moins bien classé que son compatriote, il est néanmoins légèrement favori selon les bookmakers (1,74 contre 2,10). Pourquoi ? D’abord parce qu’il vient de sortir deux bons matchs, se débarrassant en deux sets aussi bien de Mikhail Kukushkin que de Filip Krajinovic. À chaque fois, il a très bien servi (85% de réussite de moyenne derrière sa première), ne se faisant breaker qu’une seule fois sur l’ensemble des deux rencontres. Ensuite, il connait une très bonne période. Au Masters 1000 du Canada, il a remporté 4 matchs (qualifications comprises), dominant notamment Taylor Fritz et Jannik Sinner, l’une de ses deux victoires en carrière contre le TOP 20. Puis, il vient de remporter le tournoi Challenger d’Istanbul (dur extérieur), ne concédant qu’une manche. Enfin, John Millman semble être à sa portée en ce moment. Le 48ème mondial, tenant du titre à Nur Sultan, vit une saison délicate. Son bilan est largement négatif (15V/20D) et c’est seulement la troisième fois qu’il parvient à gagner deux matchs de rang (après Munich et Washington). Cette semaine, il a déjà beaucoup souffert pour battre le modeste Kazakh Dmitry Popko, N°188 mondial, puis Jaume Munar, un pur terrien. Deux succès en 3 manches, qui font penser que Duckworth tient une belle chance de s’imposer.          

L’œil de Rodolphe Gilbert : Ce sont deux joueurs qui connaissent des difficultés cette année. Ils gagnent maximum 2 matchs par tournoi… Vu le classement et l’expérience, John Millman, qui plus est tenant du titre, part avec un peu d’avance. Mais cette saison, il est loin d’être flamboyant quand même… La preuve, à la Race, il est derrière son compatriote (N°82 contre N°74). Pour enfin débloquer leur saison et lancer la tournée indoor, c’est un match important pour eux. Mais ils n’ont tellement pas de références cette saison que cela rend la partie très indécise, de sorte que personnellement, je ne m’aventurerais pas à parier sur ce match. Comme pour moi, c'est plutôt un 50/50, autant miser sur l'outsider.