Est-il en train de trouver l’alliage parfait ? Ce fameux dosage tant recherché entre attaque et défense ? En tout cas, à Metz, il semblerait que Gaël Monfils se rapproche du niveau et du style de jeu qu’il vise depuis le début de sa collaboration avec Günter Bresnik. Contre Philipp Kohlschreiber, puis surtout face à Nikoloz Basilashvili, le Français a alterné les grosses frappes puissantes et précises et une merveille couverture de terrain pour contrer les boulets de canon du Géorgien. Devant du public, c’est toujours mieux, et Monfils l’a une nouvelle fois montré, faisant le show, comme à son habitude. Ne pas oublier non plus sa très grande performance au service (11 aces, 73/% de première, 74% des points gagnés derrière sa première et 69% après sa seconde), de quoi lui permettre de s’offrir des points gratuits et de respirer après quelques rallyes. Le vainqueur de l’épreuve en 2009 n’a pas encore perdu une manche, au contraire de Pablo Carreno-Busta, mieux classé (N°16 contre N°20), mais moins à l’aise sur indoor (48% de réussite et un seul titre dans ces conditions de jeu contre 68% de réussite et 7 trophées pour le tricolore). Contre Mikael Ymer et Holger Rune, l’Espagnol a concédé 12 balles de break et perdu son service à deux reprises. Sur une surface assez rapide, Monfils a largement de quoi prendre de vitesse son adversaire, même s’il faut toujours se méfier de Carreno, qui sait presque tout faire, court partout et s’accroche à tous les points. Rappelons que ce dernier a déjà atteint deux fois les demies en Grand Chelem (US Open 2017 et 2020). Niveau confrontation, le Français mène 3/2. Peut-être un petit signe précurseur. Une victoire de Monfils confirmerait son retour au premier plan. Pour les bookmakers, il est outsider, mais de peu.

L’œil de Rodolphe Gilbert : Pour Pablo Carreno-Busta, la tâche a été compliquée contre le jeune Rune qui ne cesse de monter. Côté Monfils, il confirme ses belles performances des dernières semaines. Il joue beaucoup mieux depuis la tournée américaine. Jouer une demie contre l’Espagnol, voilà une bonne façon de juger son niveau. Et pour moi, le Français est favori, surtout sur cette surface. Certes, je manque un peu d’objectivité, car j’ai de l’affection pour Gaël, mais je pense vraiment que cet environnement va davantage lui convenir, et comme je le trouve dans de bonnes dispositions, j’y crois. 


Hurkacz vs Gojowczyk
Attention, lorsque Peter Gojowczyk est en feu, il peut faire très mal. Ses frappes très puissantes à plat peuvent bousculer tous les joueurs du circuit, on l’a déjà vu il y a peu à l’US Open contre Ugo Humbert et Dusan Lajovic, mais aussi à Metz en 2017, année où il a remporté le tournoi après avoir battu 7 joueurs, qualifications comprises, dont Gilles Simon et Benoit Paire. Cette semaine, il affiche un très bon niveau de jeu, puisqu’après être sorti des qualifications, il a notamment battu Karen Khachanov, 27ème mondial, en huitième de finale. Mais en demie, l’Allemand risque de tomber sur un os, le type d'adversité qu’il a du mal à battre. Dans sa carrière, il n’a dominé que quatre TOP 15, et le dernier remonte à 2018, Sam Querrey… sur terre battue. N°13 à l’ATP, Hubert Hurkacz s’avance donc en grand favori, même si, on l’a écrit juste au-dessus, il lui faudra maîtriser les frappes sèches de son adversaire. Depuis le début de la semaine, la tête de série N°1 tient son rang. Deux matchs, deux succès, aucune manche perdue et aucun break concédé. Le Polonais a pu se jauger contre deux joueurs aux profils différents, Lucas Pouille, plutôt cogneur, et Andy Murray, plutôt batailleur. Il faut le rappeler, Hurkacz a franchi un grand palier dans sa carrière cette année. Alors qu’en 2020, il a semblé stagner, se montrant trop attentiste, il est montré désormais plus entreprenant dans le jeu et volontaire dans l’attitude en 2021. Résultat, il a remporté un Masters 1000 (Miami) et atteint une demie en Majeur (Wimbledon). À part trois petits trous d’air, à l’Open d’Australie, Roland Garros et l’US Open, sa saison est plus qu’encourageante. Une inconnue néanmoins : ses statistiques en indoor (11V/18D, soit 38% de réussite avant le tournoi de Metz) sont médiocres. Anomalie ou vrai souci ? La réponse à l’issue de sa demie contre Gojowczyk.       

Lœil de Rodolphe Gilbert : Peter Gojowczyk confirme son excellent US Open (qualifications, puis huitième de finale). Le voici en demie, il va réintégrer le TOP 100 et c’est important pour la suite de sa saison et même pour le début de l’année prochaine. Il a de bons souvenirs à Metz. Cela dit, il est logique de voir Hubert Hurkacz en position de favori. Ce qui m’étonne, c’est l’écart de cotes. C’est un peu sévère pour l’Allemand, qui est pourtant capable de sortir de grands matchs, quand tous les feux sont au vert. Il lui manque surtout de savoir enchaîner, confirmer. Il y a un élément important à prendre en compte côté polonais : la course au Masters. Il est 9ème actuellement, mais avec l’absence de Nadal, il passe 8ème. Mais ce n’est pas encore suffisant, car Felix Auger-Aliassime et Jannik Sinner poussent derrière. Voilà pourquoi Hurkacz doit absolument engranger des points dans ce tournoi de Metz et viser la victoire finale. C’est un objectif clairement défini. Car après Metz, il ne reste finalement pas beaucoup de tournois, avec l’absence de tournée asiatique et l’annulation de l’épreuve de Bâle. Comme il a toutes les armes pour bien jouer sur dur, extérieur et intérieur - il a sans doute été le joueur qui a le plus gêné Daniil Medvedev durant la tournée américaine (défaite 6-2, 6-7, 6-7 en quart au Masters 1000 du Canada) -, je le vois s’imposer. C’est presque une obligation pour lui.