Ce n’est pas la finale attendue. Au début du tournoi, ni au départ des demi-finales. Tous les deux étaient outsiders, mais ont su faire basculer la hiérarchie. C’est peut-être un tout petit peu moins étonnant pour Soonwoo Kwon, qui a montré de très belles choses tout au long de la semaine. Battre successivement Evgeny Donskoy, Dusan Lajovic, Laslo Djere et Alexander Bublik, voilà qui commence à signifier quelque chose. Sur l’ensemble de son tournoi, on a vu et reconnu la capacité du Sud-Coréen à tenir l’échange, à couvrir son terrain et à distribuer le jeu, avec quelques piques tranchantes côté revers. En demie, contre la tête de série N°2, il a surtout fait preuve de caractère. Bublik jouait à domicile et avait remporté le premier set. Pourtant, Kwon s’est accroché et a renversé la situation (3-6, 7-5, 6-3), en écartant 8 balles de break sur 10 sur son service. N°82 cette semaine, il sera 64ème s’il perd la finale, 57ème s’il gagne, deux classements plus en adéquation avec son réel niveau de jeu. Ce sera de toute façon son meilleur classement en carrière.

C’est encore plus surprenant de retrouver James Duckworth en finale, qui connaîtra lui aussi lundi prochain son meilleur classement (56ème ou 51ème). Mais force est de constater que l’Australien réalise une superbe semaine, puisqu’il vient de remporter 4 matchs… sans perdre une manche. En demie, il a fait craquer Ilya Ivashka, l’un des « hommes » de l’année sur le circuit principal. En frappant fort, et en trouvant de l’angle aux service, il a été peu inquiété sur ses engagements. Le voici en réalité dans la continuité de ce qu’il a commencé il y a deux semaines, puisqu’il reste sur une série de 9 succès d’affilée, en comptant ses 5 victoires au Challenger d’Istanbul (dur extérieur), son 12ème titre dans la catégorie.

Reste maintenant à gagner enfin sur le grand circuit. Pour l’un comme pour l’autre, car c’est pour tous les deux leur première finale. Bien sûr, la dimension mentale va jouer un rôle primordiale. Selon les bookmakers, Duckworth part avec un petit avantage. Peut-être en raison de sa jolie forme affichée depuis 15 jours. On a néanmoins tendance à penser que Kwon, sans doute un peu plus constant à l’échange, a les moyens de s’imposer.         

L’œil de Rodolphe Gilbert : C’est vraiment compliqué. Pour chacun, c’est une première finale. C’est tellement dur à évaluer. Comment savoir lequel va mieux gérer la dimension psychologique ? C’est presque à pile ou face. En demie, James Duckworth a connu moins de difficultés. Mais sur dur indoor, Soonwoo Kwon a une capacité à contrer, accélérer et maitriser les échanges peut-être un peu supérieures. C’est donc un pari très risqué. Pour moi, c’est du 50/50, tout peut se passer. C’est une finale totalement ouverte et il est impossible selon moi de dégager un favori.