San Diego, mais avec du beau monde : voilà comment présenter cette première édition du tournoi américain, une épreuve WTA qui s’est disputée entre 1971 et 2013, ajouté cette année dans le calendrier par l’ATP pour combler l’absence de tournée asiatique en raison de la pandémie. Sur dur extérieur, en Californie, ils sont deux TOP 10 et quatre TOP 20 à s’être donnés rendez-vous, pas mal pour une épreuve estampillée « ATP 250 ». De quoi parfaitement lancer le Masters 1000 d’Indian Wells, qui débutera la semaine suivante, et qui achèvera la saison outdoor, avant de laisser place à l’indoor, notamment un autre Masters 1000, à Paris-Bercy, puis le Masters, pour les tous meilleurs. Justement, derrière Novak Djokovic, Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas et Alexander Zverev, déjà qualifiés, il reste quatre places à prendre. De quoi aiguiser les appétits…

Attention, a priori, la surface semble assez rapide. La météo s’annonce clémente et sèche (23 à 26 degrés). De quoi favoriser les joueurs qui prennent la balle tôt. Pour ceux qui jouaient la Laver Cup, sur un dur intérieur assez lent, il va falloir rapidement s’adapter.

1er quart du tableau

Par définition, la tête de série N°1 d’un tournoi en est toujours, ou presque, le grand favori. Cela dépend aussi de la forme du moment et de l’environnement dans lequel se joue la compétition. Dans le cas d’Andrey Rublev, vainqueur de 6 de ses 8 trophées sur dur (4 en indoor, 2 en extérieur), on a à faire à un sérieux prétendant. Surtout que le Russe, qui pointe aujourd’hui au 5ème rang mondial, soit son meilleur classement en carrière, reste également sur une finale au Masters 1000 de Cincinnati, après avoir déjà atteint le dernier carré dans un autre tournoi de cette catégorie, à Miami. Après la parenthèse Laver Cup remportée avec succès (14/1 pour l’Europe) et une victoire en simple contre Diego Schwartzman, Rublev arrive en Californie pour gagner et valider son ticket pour le Masters de fin d’année.

Mais attention, la concurrence sera dense, et ce même dès son quart de tableau. Pour son entrée en lice, directement en huitième de finale puisque les 4 têtes de série les plus élevées sont exemptées de premier tour, le Russe devra se coltiner Fabio Fognini ou Brandon Nakashima. Les bookmakers ne s’y trompent pas, malgré un classement inférieur (N°83 contre N°31), c’est bien le jeune américain de 20 ans qui part avec l’avantage des pronostics. Normal, vu les qualités affichées par ce dernier durant l’été états-unien, qui a été marqué par l’éclosion dans l’élite de ce natif et habitant… de San Diego. En effet, Nakashima a impressionné par sa maturité et en se hissant coup sur coup en finale de Los Cabos puis d’Atlanta, dominant au passage John Isner ou encore Milos Raonic. Beaucoup plus satisfaisant que le bilan de l’Italien, qui est à peine positif (21 victoires pour 20 défaites), particulièrement décevant lors de la tournée nord-américaine sur dur extérieur, puisqu’il n’a remporté que deux matchs aux Masters 1000 du Canada et de Cincinnati et à l’US Open confondus.

En quart de finale, Andrey Rublev pourrait logiquement retrouver Diego Schwartmzan ou Lloyd Harris. Mais pour s’affronter en huitième de finale, l’Argentin et le Sud-Africain devront d’abord passer le cap du premier tour. Pour l’un comme pour l’autre, un qualifié largement à leur portée. La tête de série N°6, malgré une saison un peu décevante - un titre à Buenos Aires et un quart à Roland Garros, sinon pas mieux que les huitièmes de finale dans les tournois les plus importants -, devrait s’en sortir face à Federico Gaio, modeste 154ème à l’ATP. Assez épatant lors des qualifications - deux victoires contre Steve Johnson et Denis Kudla -, l’Italien n’a encore jamais remporté une rencontre sur dur sur le circuit principal - ses 3 seuls succès ont eu lieu sur terre battue - et n’a dominé qu’un TOP 50 dans sa carrière (Benoit Paire à Barcelone au mois d’avril). Ce devrait être encore plus tranquille pour Harris, quasi TOP 30 à présent (N°32) après une saison très encourageante (quart à l’US Open et finale à Dubaï) et un bel été (85% de ses jeux de services remportés et un quart de ses jeux de relance gagnés), qui affronte l’Américain Christopher Eubanks, N°195 mondial et qui n’a gagné que 4 matchs dans l’élite (pour 15 défaites).  


2ème quart du tableau

Il se pourrait bien que le deuxième quart du tableau soit plus ouvert que le premier. Tout simplement parce que la tête de série la plus élevée dans cette zone, Denis Shapovalov, ne déborde pas d’assurance ces derniers temps. N°13 mondial et assez décroché dans la course au Masters (1000 points de retard sur le 8ème à la Race), le Canadien ne s’est pas encore remis de sa belle demi-finale à Wimbledon. Depuis, il n’a remporté que deux matchs pour 4 défaites, passant totalement à côté des Masters 1000 de Toronto et Cincinnati et de l’US Open. Avant Indian Wells, San Diego est peut-être l’occasion pour « Shapo » de se relancer. Pour ce faire, l’ancien TOP 10 va devoir passer plusieurs obstacles. D’abord, peut-être Taylor Fritz, qui devrait normalement s’en sortir au premier tour face à Salvatore Caruso. En effet, même si l’Italien a déjà gagné deux matchs, puisqu’il est issu des qualifications, il a connu toutes les peines du monde à se débarrasser d’Ernesto Escobedo (N°176) et August Holmgren (N°901), écartant même deux balles de match contre le modeste danois. Demi-finaliste à Los Cabos et Atlanta, le Californien, né à quelques kilomètres de San Diego, a tout pour briller à la maison, s’appuyant sur son service et son gros coup droit.

Dans cette partie de tableau, ce sont peut-être deux sujets du royaume britannique qui pourraient venir perturber les ambitions de Denis Shapovalov. En effet, s’ils passent le premier tour, Daniel Evans et Cameron Norrie se retrouveront en huitième de finale. Une option tout-à-fait envisageable, vues les belles performances réalisées cette saison par les deux hommes. Le premier, tête de série N°8 à San Diego, s’appuie sur un jeu atypique pour surprendre ses adversaires, ce qui lui a permis de glaner son premier trophée en début d’année à Melbourne, mais aussi de battre le numéro un mondial, Novak Djokovic, à Monte-Carlo, se hissant jusqu’en demie, ainsi que d’atteindre les huitièmes de finale à l’US Open. Le second, 28ème à l’ATP, son meilleur classement en carrière, maîtrise parfaitement la géométrie du court et ne lâche jamais le morceau, ce qui lui a permis de réaliser une saison faste, avec son premier titre en carrière, à Los Cabos, mais aussi 3 autres finales, à Estoril, Lyon et au Queen’s. Seulement, que ce soit Evans ou Norrie, il n’est pas encore dit qu’ils vont réussir à gagner leur duel initial. Pour le 22ème mondial, il faudra battre un joueur en pleine forme, qui vient de remporter son premier tournoi sur le circuit principal, à Nur Sultan. Il s’agit du Sud-Coréen Soonwoo Kwon, qui risque cependant d’être un peu fatigué au moment d’atterrir en Californie. Pour l’Anglais né en Afrique du Sud et qui a vécu toute son enfance en Nouvelle-Zélande, il faudra dominer Dominik Koepfer, un joueur qui a remporté leur première confrontation il n’y a pas si longtemps, et ce dans les mêmes conditions de jeu, à Acapulco au début du printemps. Heureusement pour Norrie, l’Allemand est en perte de vitesse actuellement : 3 petites victoires pour 4 revers lors de ses 4 dernières compétitions.


3ème quart du tableau

Ils sont amis dans la vie et tous les deux favoris de cette partie de tableau. Respectivement têtes de série N°3 et N°5, Felix Auger-Aliassime et Hubert Hurkacz visent chacun le même objectif de fin de saison : se qualifier pour la première fois dans leur carrière pour le Masters. Le Polonais a parfaitement lancé sa campagne en s’adjugeant un quatrième titre (en autant de finales jouées) à Metz, dimanche dernier. Un tournoi parfaitement maîtrisé - aucune manche perdue -, qui confirme la nouvelle dimension du 12ème mondial, vainqueur de son premier Masters 1000 cette saison à Miami et demi-finaliste à Wimbledon. Il faut néanmoins s’interroger sur l’état de fatigue du Polonais au moment de débuter le tournoi de San Diego. Aura-t-il récupérer du « jet lag » ? Sûr qu’Alex Bolt essaiera d’en profiter, lui qui n’est classé que 144ème, mais qui vient de dominer Kevin Anderson en qualifications. Reste que l’Australien n’a jamais battu un TOP 20 et que, tennistiquement, il semble à des années lumières du niveau de jeu du Polonais.

Paradoxalement, Auger-Aliassime est mieux classé (N°11) que son compère en double, mais en moins bonne position pour rallier le Masters (N°10, alors qu’Hurkacz pointe au 8ème rang, soit virtuellement qualifié). On connait les difficultés du Canadien à rester concentré d’un bout à l’autre d’une rencontre. Très athlétique, très appliqué, puissant et entreprenant, « FAA » rencontre de temps à autre quelques trous d’air qui perturbent sa progression. Pas de quoi s’inquiéter néanmoins : le jeune homme a la tête sur les épaules, il est très bien entouré - avec Frédéric Fontang et Toni Nadal - et n’a que… 21 ans. D’ailleurs, il reste sur deux Grands Chelems où il a justement réussi à rester constant et consistant, à Wimbledon d’abord (quart), puis à Flushing Meadows ensuite (demie), avec de grosses victoires contre Alexander Zverev et Roberto Bautista-Agut. Ces deux parcours se transformeront-ils en déclics afin de lui permettre de glaner enfin son premier trophée, après 8 finales perdues ? C’est bien possible et dans ce cas, pourquoi ne pas ouvrir son compteur à San Diego ?

Il lui faudra commencer par battre le vainqueur du duel qui oppose au premier tour Grigor Dimitrov à Marton Fucsovics. Une rencontre ouverte par définition - les deux joueurs partent à peu près au même niveau sur la ligne de départ -, tout simplement parce que les deux hommes ont bien du mal à s’affirmer cette année pour le premier et depuis cet été pour le second. Après son quart à Wimbledon, le Hongrois n’a gagné qu’un seul match. Et que dire de l’ancien N°3 mondial, qui ne présente qu’un maigre et neutre bilan cette saison avec 15 succès pour 14 revers… On note un tout petit avantage pour Fucsovics, qui mène 2/0 face au Bulgare, deux rencontres remportées en 2020… sur dur extérieur (Cincinnati et US Open). Dernière partie à évoquer dans ce quart de tableau, cette opposition de style entre le puissant Aslan Karatsev et le pur terrien Federico Delbonis. Si l’Argentin n’a quasiment jamais rien montré sur dur - 29% de réussite en carrière et 5 défaites… en autant de matchs cette année - et qu’il part avec plusieurs longueurs de retard dans l’esprit des observateurs (en gros, 4 contre 1, selon les bookmakers), le Russe a tout intérêt à se méfier de cette rencontre piège. En effet, l’ancien demi-finaliste de l’Open d’Australie en début d’année a bien du mal à exister depuis maintenant 5 mois, affichant un faible ratio de 9 victoires pour 11 défaites. Karatsev est lui-même son premier ennemi, attention à lui de ne pas s’enfoncer dans une spirale trop négative, sinon Delbonis pourrait bien en profiter.


4ème quart du tableau

Dans cette partie de tableau, il y a du beau monde et il y en a pour tous les goûts. Un ancien numéro un mondial, un ancien TOP 10, un joueur en pleine bourre qui fond sur le Masters, un jeune américain aux dents longue, un cogneur fou, j’en passe et des meilleurs. Quasiment tous ces joueurs ont une chance d’aller loin dans le tableau, à commencer par la tête de série N°2, Casper Ruud. Comme Hukacz ou Auger-Aliassime, il est en course pour se qualifier pour le Masters de fin d’année - il est actuellement N°9 à la Race et virtuellement qualifié puisque Rafael Nadal, N°7, est d’ores et déjà forfait. Le résultat d’une merveilleuse saison qui l’a vu sacré à 4 reprises (Genève, Bastad, Gstaad et Kitzbühel) sur terre battue, mais aussi atteindre les demies aux Masters 1000 de Monte-Carlo et Madrid. Plus fort encore, le jeune norvégien de 22 ans, tout nouveau TOP 10, a commencé à performer sur dur, en se hissant en quart à Toronto et Cincinnati. De quoi espérer réussir une belle semaine en Californie et conforter son rang à la Race, même si la rapidité de la surface risque de le contrarier et même si aussi la fin de saison sera peut-être plus compliqué en indoor.

Exempté de premier tour, il affrontera en huitième de finale le vainqueur de ce duel d’ « anciens », entre Andy Murray et Kei Nishikori. Honnêtement, même si les choses se sont grandement compliquées depuis quelques années pour les deux hommes, surtout pour l’Écossais, c’est toujours un immense plaisir de retrouver ces deux combattants et maîtres tacticiens. Tous les deux sont invités et même si le Japonais part en positon de favori selon les bookmakers et d’un point de vue hiérarchique (N°52 contre N°109), il n’est pas garanti que l’ancien N°4 mondial parvienne à s’imposer. D’abord parce qu’en dehors de sa demie à Washington, il éprouve quelques difficultés à rester régulier tout au long d’une rencontre et tout au long d’une compétition. Ensuite, parce que le Britannique vient de montrer à Metz qu’il savait encore se hisser au niveau des très bons joueurs du circuit (comme Ugo Humbert), surtout lorsqu’il peut s’appuyer sur un bon service qu’il est en train de retrouver. Enfin, parce que la défense de Murray a souvent fait craquer les velléités offensives de Nishikori, qui n’a réussi à s’imposer que deux fois… en 11 confrontations.

Un peu plus haut dans cette zone du tableau, chacun des joueurs présents sur la ligne de départ peuvent prétendre à rejoindre les quarts de finale. La tête de série N°9 bien sûr, Lorenzo Sonego, mais aussi son adversaire au premier tour, Nikoloz Basilashvili. L’Italien n’a pas brillé durant la tournée nord-américaine sur dur extérieur (élimination dès le premier tour à Toronto et à New York) et le Géorgien, vainqueur de deux épreuves dans cet environnement (Pékin 2018 et Doha 2021) vient de remporter leur dernière confrontation aux JO de Tokyo, justement dans ces conditions de jeu. Enfin, pourquoi ne pas mettre une petite pièce sur Sebastian Korda, favori face à son compatriote Tommy Paul puisqu’il l’a déjà battu deux fois cette année (à Delray Beach sur dur et à Parme sur terre) ? Auteur d’une très jolie saison à seulement 21 ans (titre à Parme, finale à Delray Beach, quart à Miami et huitième de finale à Wimbledon), le fils de Petr est normalement remis de sa blessure au dos qui l’avait empêché de jouer le Masters 1000 du Canada et de son intoxication alimentaire, qui l’avait contraint à se retirer de son premier tour de l’US Open. Joueur complet et offensif, Korda a toutes les armes pour venir gratter plusieurs victoires en Californie, et ce même face aux tous meilleurs (déjà 4 succès contre les membres du TOP 20).