C’est peut-être une rencontre qui peut changer leur fin de saison. Pour le vainqueur, évidemment. Ce duel, plutôt alléchant sur le papier étant données les qualités de ces deux très beaux joueurs, oppose deux hommes en quête de confiance. C’est évidemment le cas pour Grigor Dimitrov qui traîne son spleen depuis le début de l’année : l’ancien N°3 mondial ne présente qu’un maigre et neutre bilan (16 victoires pour 15 revers), une saison au cours de laquelle il n’a atteint qu’une seule fois les quarts de finale avant San Diego (à l’Open d’Australie, ça remonte !), également la seule fois où il est parvenu à gagner 3 matchs de rang. À Melbourne, c’est justement Aslan Karatsev qui l’avait stoppé, en 4 sets. Depuis, le puissant et étonnant russe (N°114 en janvier, N°24 actuellement) a d’abord confirmé qu’il n’était pas une simple comète (il a remporté le tournoi ATP 500 de Dubaï et s’est hissé en finale à Belgrade), avant de nettement baisser de pied, ne remportant que 5 matchs sur 13 lors des cinq derniers mois. Poussif, imprécis, moins combatif, il a sans doute subi le contre-coup de sa fulgurante ascension, l’obligeant à enchaîner chaque semaine des rencontres à haute intensité. En Californie, peut-être est-il en train de reverdir… Après avoir battu facilement Federico Delbonis, il s’est (enfin) montré valeureux pour renverser la situation face à Hubert Hurkacz, récent vainqueur à Metz, après avoir perdu le premiet set (5-7, 6-4, 6-2). De sorte que Karatsev se présente avec le dossard de favori face à l’élégant bulgare, tant il est difficile d’évaluer le niveau de jeu actuel de ce dernier, après son succès tranquille en huitième de finale contre… le 901ème joueur mondial, le Danois August Holmgren. Mais comme il y a aussi une grande part d’aléatoire chez le Russe en ce moment, il est très compliqué de trancher radicalement. Depuis Belgrade, le Russe n'a plus atteint le dernier carré, soit 11 tournois consécutifs et 10 défaites sur ses 15 derniers matchs avant de venir en Californie. Sa victoire face à Hurkacz, sa première contre un top 20 sur dur depuis Dubaï laisse présager peut-être un réveil bien venu à quelques jours d'Indian Wells. 12ème à la Race, à 780 points de Ruud, Karatsev est encore en course pour le Masters de Turin...

L’œil de Florent Serra : La victoire d’Aslan Karatsev contre Hubert Hurkacz est peut-être le signe que cela va un peu mieux. Le Russe aime bien la surface dure en extérieur, mieux que l’indoor sur laquelle il a moins de temps pour s’organiser. Grigor Dimitrov vit une saison très délicate. Après, il est capable, d’un coup, de réaliser un gros tournoi. Dans la régularité et la puissance, Karatsev est au-dessus. Avec sa balle lourde, il peut prendre de vitesse le Bulgare. Les armes de Dimitrov ? On les connait : le slice de revers, l’amortie, la prise de balle tôt… Tout dépend de comment il va bouger… S’il a les bonnes jambes, il pourra attaquer le Russe et lui faire mal. De toute façon, il ne pourra pas faire que défendre. S’il attaque, il pourra faire forcer le Russe. Cela dit, les cotes sont logiques et je vois plutôt Karatsev s’imposer.


Rublev vs Schwartzman
C’est forcément le choc de ces quarts de finale, même si on trouve encore beaucoup de beau monde dans ce tournoi de San Diego, qui ressemble davantage à un ATP 500 qu’à un 250. Un choc oui, mais qui pourrait accoucher d’une souris. Pourquoi ? Parce qu’entre la tête de série N°1 d’un côté, et le 15ème joueur mondial de l’autre, le fossé s’est creusé en 2021. Il suffit de regarder leur palmarès : un trophée (Rotterdam), 3 finales (dont 2 Masters 1000, Monte-Carlo et Cincinnati), une demie à Miami et un quart à Roland Garros, une régularité au très haut niveau nettement supérieure à celle de l’Argentin, seulement vainqueur à Buenos Aires et dans le « grand 8 » à Roland Garros, et puis c’est tout ! En manque de jus, alors que son style de jeu en exige beaucoup, et peut-être victime d’une baisse de pression, après une saison 2020 qui l’a vu rallier pour la première fois le dernier carré à Roland Garros ainsi que le Masters, Schwartzman ne parvient plus à surprendre les tous meilleurs. Cette saison, il n’a pas battu un seul TOP 10 (2 défaites), ni un TOP 20 (3 revers). Voilà pourquoi Andrey Rublev s’avance en grand favori, un avantage qui n’aurait pas été si conséquent il y a encore un ou deux ans. Mais le Russe, qui pointe aujourd’hui à son meilleur classement, est devenu une valeur-sûre, pour ne pas dire « XXL » du circuit. D’ailleurs, il a parfaitement débuté sa campagne californienne en étrillant le prometteur Brandon Nakashima, jouant trop vite et trop fort pour le jeune américain. En route pour valider son ticket pour le Masters, Rublev, qui vient de battre Schwartzman lors de la toute récente Laver Cup, n’a pas envie de laisser passer l’occasion de se rapprocher d’un 9ème titre en carrière.

Lœil de Florent Serra : La victoire de Diego Schwartzman contre Lloyd Harris va lui faire du bien. Surtout après sa saison délicate et cette défaite surprenante en Coupe Davis il y a quelques semaines contre un joueur biélorusse non-classé. Sur dur, l’Argentin est capable de prendre tôt et et de jouer à plat. De son côté, Andrey Rublev est excellent sur dur, même si, quand la balle revient trop vite, il est parfois pris dans son organisation. Cela dit, pour moi le Russe est favori. L’écart de cotes est néanmoins sans doute un peu trop large. Il devrait s’imposer, mais il n’y a pas un intérêt énorme à miser pour lui.


Shapovalov vs Norrie
Son entrée en lice était un test et il a été plutôt concluant malgré un début de match compliqué. Face à Taylor Fritz, Denis Shapovalov a d’abord eu chaud, très chaud : un break concédé rapidement et trois balles de double break aavant de revenir à hauteur, puis 4 balles de set sauvées dans le jeu décisif ! Dans le deuxième set, le Canadien a déroulé. Tant mieux pour lui, car on s’interrogeait sur sa capacité à passer cet obstacle inaugural vu son niveau affiché ses dernières semaines. Depuis sa belle demi-finale à Wimbledon, il n’avait remporté que deux matchs (pour 4 défaites), passant totalement à côté des Masters 1000 de Toronto et Cincinnati et de l’US Open. S’il s’est peut-être un peu rassuré, c’est une autre paire de manches qui l’attend. En effet, Cameron Norrie dispose de qualités différentes de celles de Fritz. Le Britannique est un guerrier, il court partout, ne lâche jamais rien, et sait parfaitement contrer. À l’aise sur toutes les surfaces - il a gagné son premier trophée cette année à Los Cabos sur dur, mais également atteint 3 autres finales, à Estoril (terre), Lyon (terre) et au Queen’s (gazon) -, on pouvait imaginer que la surface relativement rapide de San Diego allait lui causer certains retards sur les accrétions adverses, en l’occurrence celles de Dominik Koepfer au premier tour, et surtout celles de Daniel Evans en huitième de finale. Au contraire, celui qui connaît actuellement son meilleur classement (N°28) et qui est dans la forme de sa vie, s’est montré très offensif, prenant l’initiative dès son engagement (73% de réussite derrière sa première et 63% après sa seconde face à son compatriote) et dès la relance. Quand on se rappelle que Norrie a dominé Shapovalov lors de leur première confrontation cette saison au Queen’s, on comprend pourquoi les deux hommes se présentent quasiment à la même hauteur sur la ligne de départ, le natif de Johannesburg ayant toutes ses chances, surtout s’il parvient à faire déjouer le Canadien, qui a parfois tendance à arroser.

L’œil de Florent Serra : C’est une superbe opposition de style. D’un côté, un joueur qui joue ultra vite, fantasque, brillant, mais qui commet beaucoup de fautes. De l’autre, un autre gaucher, qui contre, ralentit le jeu et est très régulier. Je pense que le coup droit de Cameron Norrie dans la diagonale pourrait perturber Denis Shapovalov. Selon moi, le Canadien devra être patient et devra éviter d’attaquer à outrance, sinon il va commettre trop de fautes, il va s’énerver. Les bookmakers se méfient de Shapovalov et je suis d’accord. Il est imprévisible, dans le bon et le mauvais sens. Les conditions auraient été en indoor, j’aurais sans doute parier sur « Shapo ». Mais en outdoor, il est moins à l’aise, car tous les éléments outdoor entrent en ligne de compte. Bref, si je dois choisir, je prends Norrie, d’autant que sa cote est un peu plus intéressante. 


Ruud vs Sonego
Comment appelle t-on un match qui oppose deux spécialistes de terre battue, néanmoins de plus en plus à l’aise sur dur ? Peut-être un casse-tête chinois. Car si le classement et le palmarès 2021 donnent un immense avantage à Casper Ruud, rien n’assure de la victoire du Norvégien. C’est vrai, le désormais 10ème mondial et virtuellement qualifié pour le Masters (N°9 à la Race, Rafael Nadal étant forfait) réalise une saison pas loin d’être exceptionnelle, avec 4 sacres sur la surface ocre (Genève, Bastad, Gstaad et Kitzbühel), mais aussi 2 demies aux Masters 1000 de Monte-Carlo et Madrid, ainsi que 2 quarts sur dur, à Toronto et Cincinnati. Comme les conditions rapides lui posent encore quelques soucis, on se demandait comment il allait réagir face à Andy Murray. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a très bien géré : une victoire 7-5, 6-4, avec une superbe qualité de balle en retour (5 breaks réalisés). Et comme Lorenzo Sonego sert fort et très bien depuis le début de la semaine, il va falloir faire de même en quart de finale. En effet, l’Italien, classé 23ème à l’ATP, a déjà claqué 19 aces en deux matchs et gagné plus de 80% des points derrière sa première. Contre Nikoloz Basilashvili puis Sebastian Korda, il n’a perdu son engagement qu’une seule fois au total, et a confirmé qu’il savait jouer sur dur - s’il a remporté le tournoi de Cagliari cette année et atteint le dernier carré à Rome, on se souvient de sa belle épopée en fin de saison 2020 à Vienne (dur indoor), avec une finale après avoir battu Hubert Hurkacz, Novak Djokovic et Daniel Evans. Sur la forme du moment, Casper Ruud est logiquement devant, et c’est le choix assez - peut-être un peu trop - tranché des bookmakers. On sait aussi que le Norvégien a beaucoup progressé au service, faisant de lui l’un des 5 meilleurs joueurs derrière sa seconde balle. Clairement, la régularité de la mise en jeu des deux joueurs sera l’un des points clés de ce duel. 

L’œil de Florent Serra : Un grand bravo à Lorenzo Sonego pour ses deux victoires, d’abord contre Nikoloz Basilashvili, puis surtout face à Sebastian Korda. L’Italien est vraiment très polyvalent, capable d’être bon sur toutes les surfaces, mais il est un peu irrégulier. Rien qu’avec son service et son gros coup droit, il fait de grosses différences. Sur dur, je trouve que Casper Ruud est encore un peu fragile. Ça va parfois trop vite pour lui. Certes, Sonego ne prend pas la balle tôt, mais frappe très fort. Pour gagner, le Norvégien devra faire tourner beaucoup sa balle en coup droit et trouver des angles courts croisés pour sortir son adversaire du court, avant de l’aligner en revers long de ligne, geste qu’il a développé ces derniers temps. Ruud est favori, c’est logique, mais sa cote est selon moi trop basse. Ce n’est pas évident, mais ça donne envie de tenter le coup avec Sonego.


L'avis de la rédaction : Victoire Karatsev / Victoire Rublev 2-0 / Over 21.5 jeux Shapovalov Norrie / Sonego 1 set