Quel plus beau rêve pour l'Américain de signer son premier quart de finale dans un grand tournoi chez lui en Californie devant ses proches, sa famille et ses amis ? Afin de poursuivre sa route 66 jusqu'au dernier carré, il va devoir dompter le deuxième meilleur joueur du monde sur dur extérieur depuis la reprise du circuit il y a un an (35 victoires pour 6 défaites). Quand on jette un rapide coup d’œil sur le palmarès d’Alexander Zverev, finaliste et demi-finaliste des deux derniers US Open, victorieux de deux Masters 1000 cette saison (Madrid et Cincinnati), médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Tokyo après avoir renversé le grand Novak Djokovic, et qui reste sur une série de 19 victoires lors de ses 20 derniers matchs, c’est bien un gouffre qui semble séparer l’Allemand de l’Américain. Ce dernier, qui sera sans doute porté par le public, est également mené 3/1 dans ses affrontements avec le N°4 mondial. Un classement que le yankee n’est jamais parvenu à dominer, puisque sur l’ensemble de sa carrière, son ratio face au TOP 5 se résume en une grosse bulle (10 défaites en 10 matchs). Après un été gâché par des problème cardiaques et une opération au genou, le jeune (et ex-grand espoir) américain de 23 ans est peut-être en en train de réaliser le meilleur parcours de sa carrière, se payant le luxe de prendre le dessus sur Matteo Berrettini, 7ème mondial, et Jannik Sinner, pourtant sacrément motivé car en lice pour le Masters (10ème). Souvent en difficulté dans ses déplacements par le passé, le N°39 à l’ATP vole sur les courts d’Indian Wells et balance de gigantesques parpaings en coup droit qui font mouche. Le problème - et il est de taille -, c’est que Sacha Zverev est devenu un joueur d’une telle solidité qu’il semble presque impossible de le battre à la régulière si on ne fait pas partie des tous meilleurs du circuit. Une illustration chiffrée : l’Allemand n’a perdu qu’une seule fois un match cette année sur dur contre un joueur classé au-delà de la 40ème place, soit le rang de Taylor Fritz. Depuis sa cruelle défaite à l’US Open il y a un an, Zverev a changé d’attitude. Il est beaucoup plus entreprenant sur le court et paraît habité par une sérénité inébranlable. Il faudra donc sortir le grand jeu pour le Californien s’il veut s’offrir une chance de faire trembler le joueur germanique. D’autant que Zverev adore croquer les Américains : il reste sur une belle série de 8 succès consécutifs face aux « enfants » de l’Oncle Sam.

L’œil de Florent Serra : J’ai eu un coup de cœur pour Taylor Fritz dans ce tournoi d’Indian Wells, plus particulièrement lors de son match face à Jannik Sinner en huitième de finale. Contre le jeune italien, il a tenu la cadence avec une très grande qualité, il s’est vraiment bien déplacé sur le court, il a sorti quelques magnifiques revers long de ligne à plat et résultat, il a breaké plusieurs fois son adversaire. L’Américain a aussi très bien retourné et a envoyé des énormes avoines en coup droit, sortant des changements de rythmes impressionnants alors que la cadence était déjà élevée. Et tout ça sans faire beaucoup de fautes. Fritz mène quand même un set à zéro et 4/0 dans la deuxième manche avant de se faire un peu rattraper. En fin de match, il a su ne pas paniquer et s’appuyer sur son service pour conclure… Jannik Sinner n’a pas réussi à le faire reculer et ça c’est très fort de la part de l’Américain qui a davantage distribué le jeu au final. Il a même sorti quelques volées très sympathiques. Évidemment, Alexander Zverev demeure le grand favori de ce duel, car si on le compare à Sinner, il sert mieux, se déplace mieux et défend mieux. Il est aussi plus régulier dans la durée d’un match que l’Italien. En revanche, il faut absolument que l’Allemand soit agressif pour s’assurer de gagner ce match, sinon Fritz lui en mettra plein la figure… Bref, Zverev devrait s’imposer, mais méfiance tout de même. Le Californien va disputer son premier quart de finale en Masters 1000 dans sa carrière devant son public, il sera surmotivé. Mais ce ne sera pas facile pour lui de confirmer les deux performances qu’il a sorti contre Berrettini et Sinner. Vu les cotes, il est très tenant de miser une manche pour Fritz, même si Zverev devrait l’emporter au final.


Stefanos Tsitsipas/Nikoloz Basilashvili
Les deux quarts de la moitié basse du tableau révèlent un grand point commun. À chaque fois, un grand favori d’un côté, et de l’autre, un outsider que les bookmakers ne voient pas du tout créer la surprise. C’est évidemment le cas pour ce qui est de ce duel qui oppose un finaliste de Grand Chelem (Roland Garros 2021) et vainqueur de Masters 1000 (Monte-Carlo 2021) à un joueur qui a gagné au mieux des ATP 500 (Hambourg 2018 et 2019, ainsi que Pékin 2018) et qui va disputer à Indian Wells son premier quart dans cette catégorie de tournoi. Voilà déjà de quoi planter le décor ! Une autre statistique éloquente concerne le bilan de Nikoloz Basilashvili face aux membres du TOP 5. Son ratio est très faiblard, 2 petits succès pour 9 revers, avec une seule victoire sur dur extérieur, qui remonte il y a 3 ans déjà, contre Juan-Manuel Del Potro. Troisième argument en faveur de Stefanos Tsitsipas, les confrontations précédentes qui tournent à son avantage avec un score de 2/0, à chaque fois sur dur (Open d’Australie et Pékin). Certes, le Géorgien est souvent capable du pire, mais parfois aussi du meilleur. Comme cette saison à Doha et Munich, où il s’est imposé en dominant Roger Federer, Roberto Bautista-Agut ou encore Casper Ruud. En Californie, il montre sérieux et volonté, ce qui lui a permis de maîtriser le choc des cogneurs qui l’opposait à Karen Khachanov (6-4, 7-6). Reste que le Grec adore les balles giclantes d’Indian Wells et que son parcours semée de quelques embûches (un set perdu face à Fabio Fognini et Alex de Minaur) ne l’a pas empêché de se montrer, au fur et à mesure des rencontres qu’il a disputées, assez impressionnant sur les points importants et dans le combat physique qu’il impose à ses adversaires, même après deux heures de jeu. En résumé, tout le monde connaît Nikoloz Basilashvili et le sait capable de réaliser un exploit. Mais pour ce faire, il faudra non seulement réussir un match sans faute, mais aussi compter sur un Tsitsipas un peu en-dedans.    

L’œil de Florent Serra : Le problème de Nikoloz Basilashvili, c’est qu’il est autant capable de mettre son adversaire à 3 mètres de la balle que d’arroser un peu partout. Selon moi, Stefanos Tsitsipas a l’avantage de trouver des angles courts croisés et de la hauteur, ce qui va obliger le Géorgien à se déplacer et l’empêcher de jouer des balles à hauteur de hanche, ce qu’il préfère. Même s’il n’est pas à son maximum dans ce tournoi, le Grec tient mieux la balle en général que Basilasvili. Tsitsipas est plus solide et il y a un peu plus de sécurité dans ses frappes. Sur la durée d’un match, le Géorgien est beaucoup trop en dents de scie. Normalement, si tel est le cas, il ne peut pas gagner, sauf s’il trouve une immense constance de bout en bout, ce qui lui permettrait de créer l’exploit… Je vois donc le Grec s’imposer dans la longueur de la rencontre même si on peut imaginer Basilashvili prendre un set.