Bien sûr, la première question qui vient à l’esprit est : dans quel état physique va t-on retrouver Andy Murray après son match marathon - le plus long de la saison au meilleur des 3 manches - remporté en 3 jeux décisifs, au bout du suspense et à bout de forces, face à Frances Tiafoe, après avoir écarté deux balles de match ? Et la deuxième, qui va dans le même sens : un jour de repos sera t-il suffisant pour l’Écossais, dont on sait que le plus compliqué pour lui est d’enchaîner les rencontres depuis ses lourdes opération à la hanche ? Une véritable inconnue qui n’a pas empêché les bookmakers de placer l’ancien numéro un mondial légèrement favori, devant Diego Schwartzman. Plutôt étonnant, quand on se souvient que le Britannique a souvent flanché dès le deuxième acte des tournois auxquels il a participé cette année (sur le circuit principal, quand il a passé le premier tour, il a perdu 5 fois au tour suivant et n’a franchi ce cap qu’à deux reprises). Dans le sens positif, on peut se rappeler aussi que Murray aime la « terre » flamande, puisque c’est à Anvers, en 2019, qu’il a glané son seul trophée depuis son rétablissement. C’est sûr, le triple vainqueur en Grand Chelem joue plutôt bien en ce moment, mais encore faut-il confirmer jour après jour. Surtout, il lui faudra encore hausser son niveau de jeu, et battre un TOP 20 après 9 échecs de rang. C’est vrai, le petit argentin réalise une saison moyenne, marqué par l’éloignement avec sa patrie, mais il a montré du mieux à Indian Wells, en remportant 3 matchs consécutifs. Et s’il présente un bilan neutre sur dur intérieur, lui aussi se sent bien à Anvers, puisqu’il a atteint par deux fois la finale (2016 et 2017). Autant dire que le N°14 mondial pourrait largement prétendre au statut de favori. Une statistique plaide néanmoins en faveur de Murray. Il n’a historiquement jamais été gêné par les « petits » - sans doute parce qu’il a toujours profité de son avantage de taille pour être agressif au retour. Il reste d’ailleurs sur une série de 11 victoires de suite (avant et après ses blessures) face aux joueurs de moins d’1m78.  


Lloyd Harris/Jan-Lennard Struff

La courbe de leur classement s’est inversée. En début d’année, c’était l’Allemand qui était devant. Mais aujourd’hui, c’est le Sud-Africain, qui a fait un bond de près de 60 places (N°91 à N°32), grâce à une très jolie saison. Son gros service, ses frappes puissantes en coup droit et ses progrès dans la gestion de ses émotions lui ont permis de se hisser en quart à l’US Open et d’atteindre la finale à Dubaï (ATP 500). Autre illustration, le nom des joueurs qu’il est parvenu à battre : Dominic Thiem, Denis Shapovalov, Rafael Nadal ou encore Karen Khachanov. Comme prévu, il a dominé en deux sets le jeune belge Zizou Bergs, lors du premier tour (85% de réussite derrière sa première, 79% après sa seconde, 3 balles de break concédées mais toutes sauvées). En face, ça sert très fort aussi. Face à Albert Ramos-Vinolas, qu’il a dominé en 3 sets, Jan-Lennard Struff a gagné 80% des points derrière sa première, 66% après sa seconde et écarté 7 balles de break sur 8. En revanche, dans le jeu, c’est moins constant. Avant Anvers, il n’avait remporté que 3 matchs sur 10. Et en indoor, le 50ème mondial n’a jamais fait des merveilles (50% de victoires). La dynamique est dans le sens de Lloyd Harris et sa cote (1,50) de favori demeure logique.    


Roberto Bautista-Agut/Marton Fucsovics

Cette saison, pour « RBA » comme pour les parieurs, tout a changé. Jusqu’à l’année dernière, l’Espagnol constituait une valeur sûre, un étalon. En gros, il gagnait quasiment tous ses matchs contre les joueurs moins bien classés que lui et perdait la plupart face aux tous meilleurs, exceptés quelques exploits. Depuis janvier, il peine à conforter son rang de TOP 20 (il a justement chuté à la 20ème place, alors qu’il était habitué à se balader entre le 10ème et le 15ème rang). Il a notamment chuté plusieurs fois face à des joueurs à sa portée (Alejandro Davidovich-Fokina, Henri Laaksonen, Arthur Rinderknech, Pedro Martinez). Heureusement (pour ceux qui cherchent à se rassurer au moment de miser), la plupart de ses échecs ont eu lieu sur terre battue, sa moins bonne surface. D’ailleurs, sur dur intérieur, il s’est bien débrouillé en début d’année en ralliant la finale de Montpellier. Il a également déjà remporté un trophée dans ces conditions, à Sofia (2016). Il lui reste à se montrer un peu plus tenace que lors de certains matchs qu’il a perdu en 2021, et ça commence peut-être par un succès face à Marton Fucsovics. Lui aussi avait bien commencé l’exercice. Une finale à Rotterdam - sa seconde en indoor après celle de Sofia en 2019 - et deux quarts à Doha et Dubaï. Ensuite, plus rien du tout, excepté une belle épopée à Wimbledon (quart). Oui, le Hongrois est un joueur dangereux et polyvalent. Mais après avoir stoppé une série de 4 revers de suite en battant Dennis Novak au premier tour, il lui faudra sortir un gros match pour venir à bout de Roberto Bautista-Agut, qui est logiquement favori. L’Espagnol a remporté leur première confrontation dans des conditions similaires, à Rotterdam en 2020. Attention néanmoins, Fucosvics a une vraie gueule de coupeur de tête. Sur dur, intérieur et extérieur, il a battu 3 membres du TOP 20 en 7 tentatives cette saison. Mais l'irrégularité des deux joueurs cette saison incite plutôt à mettre ses sous de côté sur cette rencontre.


Brandon Nakashima/Henri Laaksonen

C’est ce qu’on appelle une victoire marquante. Battre en deux petits sets (6-4, 6-0) Alex de Minaur, N°26 mondial, finaliste à Anvers l’année dernière et qui revenait d’un bon Indian Wells, passé tout proche de sortir Stefanos Tsitsipas, il fallait le faire. C’est ce qu’a parfaitement réussi Brandon Nakashima en pilonnant la seconde balle de service de l’Australien pour remporter deux tiers des points dans cette configuration. L’un des tubes US de l’été (finaliste à Los Cabos et Atlanta) ne pouvait mieux démarrer sa carrière en indoor sur le circuit principal. Le jeune américain de 20 ans avait eu le temps de prendre ses marques sur le greenset flamand, en dominant Fernando Verdasco et Pierre-Hugues Herbert en qualifications. Il retrouve d’ailleurs un autre qualifié en huitième de finale - ce qui signifie qu’il y aurait au moins un joueur de cette « espèce » en quart pour la 6ème année de suite en Belgique, on vous avait prévenu dans la présentation du tournoi ! -, qui a lui dominé Benoit Paire pour son entrée en lice dans le tableau principal. Il n’est jamais évident d’analyser ce type de victoires contre un joueur fantasque tel que le Français, mais on peut en tout cas dire que le Suisse a bien géré ses engagements (79% derrière sa première, 58% après sa seconde, 5 balles de break sauvées sur 6). Une victoire qui permet au 99ème mondial de poursuivre une série incroyable de 28 succès en 33 matchs, toutes compétitions confondues (titre au Challenger d’Orléans sur dur intérieur, finale d’un autre tournoi de cette catégorie à Braunschweig (terre battue), quarts à Bastad (ATP 250) et troisième tour à Roland Garros et l’US Open, en s’extirpant à chaque fois des qualifications). Les deux hommes possèdent une bonne frappe de balle. Question timing, l’avantage est au yankee. Ce dernier est d’ailleurs assez largement favori. Logique, mais l’écart est peut-être un peu trop conséquent. Laaksonen a bien négocié ses dernières confrontations contre les teenagers : 5 succès en 6 matchs. Méfiance donc !