Nos consultants et anciens joueurs professionnels, Rodolphe Gilbert et Florent Serra, le répètent souvent : en tennis, il y a toujours un… « sait-on jamais ». Alors, dans ce quart de finale a priori déséquilibré entre Jannik Sinner, N°13 mondial et vainqueur de 3 trophées d’un côté, et le Français, N°65 et tout juste 30 matchs dans l’élite, va t-on voir Arthur Rinderknech réaliser un de ces fameux « coups », dont ce sport de raquette raffole. À 26 ans, le Français vient de dominer pour la première fois sur dur intérieur un top 25 (Dusan Lajovic) mais le classement du Serbe ne reflète pas vraiment la qualité moyenne de son tennis. Un succès en 3 sets durant lequel le tricolore a fait parler sa puissance en première balle (13 aces, 78% de réussite), mais s’est montré fébrile derrière sa seconde (seulement 38% des points gagnés). Évidemment, pour prendre le dessus sur le jeune italien, il lui faudra améliorer ce secteur du jeu. Battre un TOP 20 ne lui fait pas peur : Rinderknech s’est déjà imposé deux fois sur terre face à des joueurs de ce calibre. Roberto Bautista-Agut à Gstaad… et Jannik Sinner à Lyon. Voilà de quoi lui donner confiance ! S’il parvenait à ses fins, ce serait sa deuxième demi-finale de l’année sur le circuit principal (après Kitzbühel). Il n’empêche, le 13ème mondial demeure favori de cette rencontre, lui qui cherche à ramasser quelques points supplémentaires dans la course au Masters. Pour espérer aller à Turin, Sinner va toutefois devoir gagner ce tournoi d'Anvers et atteindre a minima les demi-finales à Vienne. Sacré challenge qui peut expliquer pourquoi l'Italien a récemment déclaré qu'il ne pensait pas au Nitto Masters : « Je ne pense pas à cet objectif pour le moment, honnêtement. J'essaie juste de me concentrer sur chaque match que je joue, chaque point que je joue, puis nous verrons à la fin de l'année ce qui viendra ensuite. Je suis très content de mon niveau de jeu et c'est l'essentiel. »

Le dur intérieur est sa meilleure surface : il a déjà glané deux trophées (Sofia 2020 et 2021) et présente un bilan flatteur en carrière (70% de victoires) et cette saison (78%). Anvers lui plaît bien, puisqu’il a déjà atteint le dernier carré il y a deux ans, alors qu’il découvrait tout juste le Tour. Enfin, contre les grands (et gros serveurs) mesurant au moins 1m95, sur dur (extérieur et indoor), il tient son rang : 6 victoires pour 4 défaites (dont deux contre le TOP 5, Daniil Medvedev et Alexander Zverev). Pour résumer, Arthur Rinderknech a des raisons de croire en lui parce qu’il a déjà battu l’Italien et qu'il pratique un tennis très offensif. En revanche, s’il ne réalise pas le match quasi parfait, ça ne pourra pas passer, et Jannik Sinner s’imposera logiquement, par sa constance et son sang froid. En tout cas, même si le pari est osé, la cote du tricolore est alléchante : 4,30 !  


Alejando Davidovich-Fokina/Jenson Brooksby

C’est vrai qu’il a été impressionnant. Ne laisser que deux petits jeux à Botic van de Zandschulp, récent quart de finaliste à l’US Open, il fallait le faire. Cela dit, ce succès net et sans bavure ne justifie pas un tel écart de cotes entre Jenson Brooksby (1,36) et Alejandro Davidovich-Fokina (3,23). Oui, bien sûr, la pépite américaine, révélée au plus grand jour cet été, grâce à sa finale à Newport, sa demie à Washington et son huitième à l’US Open, accrochant Novak Djokovic, est logiquement favori. Il dégage une sérénité assez déconcertante, malgré son âge (20 ans). À Anvers, il s’est aussi débarrassé de Reilly Opelka en deux manches et a déjà remporté 4 matchs, qualifications comprises. En revanche, il faut toujours se méfier du jeune espagnol (22 ans), mieux classé (N°44), sacrément polyvalent (environ 50% de réussite dans tous les environnements, hormis le gazon) et toujours excessivement valeureux. Pour le dire autrement, il ne va rien lâcher, et son style agressif pourrait surprendre, voire interloquer le yankee. Cette saison, sur dur indoor, il a déjà battu des joueurs tels Hubert Hurkacz et Roberto Bautista-Agut. Autant dire qu’il ne faut pas le prendre à la légère. A contrario, il faudra aussi à l’Espagnol s’adapter au jeu atypique de Brooksby, qui commet très peu de fautes et sait faire déjouer l’adversaire. Un piège dans lequel Davidovich pourrait bien tomber, sauf s’il réussit à terminer les points en quelques coups de raquette. Les deux joueurs se débrouillent bien contre les autres jeunes du circuit, comme si leur façon de taper la balle perturbait des athlètes aux filières plus classique. Alors, lequel va gêner davantage l’autre ?


Lloyd Harris/Marton Fucsovics

Décidément, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. La logique prévoyait de retrouver en quart de finale les deux têtes de série de cette zone du tableau, Lloyd Harris et Roberto Bautista-Agut. Mais ce dernier, trop moyen cette saison, a trouvé le moyen de perdre sur une surface où il avait atteint une finale cette année, à Montpellier. C’était oublier - mais on en avait parlé - le manque de régularité et de gnac de l’Espagnol, ainsi que la faculté de Marton Fucsovics à faire tomber les meilleurs joueurs (4 victoires contre le TOP 20 en 8 tentatives en 2021). Nouvelle preuve du manque actuel de ténacité de « RBA », il s’est totalement écroulé après avoir remporté le premier set (6-7, 6-3, 6-1). Au contraire, le Hongrois, qui s’était hissé en finale de Rotterdam (ATP 500) en début d’année dans des conditions de jeu similaires, a fait parler sa science du contre et a lâché les chevaux. Mieux classé, mais de peu (N°39 à N°32), « Fucso » part néanmoins en position d’outsider contre l’un des joueurs ayant le plus progressé cette année. À 24 ans, Lloyd Harris, 91ème en janvier et N°20 aujourd’hui à la Race, semble avoir trouvé sa voie, celle d’un tennisman agressif, qui s’appuie sur un excellent service, et qui n’hésite pas à prendre sa chance en deux ou trois coups de raquette. Face à Jan-Lennard Struff en huitième de finale, il n’a presque pas eu besoin d’utiliser sa deuxième arme (le coup droit), tant sa mise en jeu a été destructrice (11 aces, 83% de réussite derrière sa première, aucune balle de break contre lui). En retour, il a fait beaucoup de mal à l’Allemand, qui n’a marqué que 30% de points derrière sa seconde et qui s’est finalement lourdement incliné (6-2, 6-3). Le Sud-Africain, finaliste à Dubaï en mars et quart de finaliste à Flushing Meadows en septembre, semble avoir trouvé le rythme sur ses engagements dans la Lotto Arena (20 aces en deux matchs, 84% de points gagnés derrière sa première). Or, face aux grands serveurs - on parle ici des meilleurs joueurs, donc à peu près du calibre de Harris -, Marton Fucsovics a souvent du mal sur dur (extérieur et indoor) : 4 défaites contre Medvedev, Khachanov, Bublik et Raonic, pour une seule victoire face à Opelka, lors des deux dernières saisons.


Diego Schwartzman/Brandon Nakashima

Les précédents avaient parlé. Après une longue bataille, Andy Murray peine souvent à doubler la mise, depuis qu’il joue avec une hanche en titane. Diego Schwartzman en a profité et, pour son entrée en lice, s’est montré solide et appliqué pour sortir l’Écossais, après 2h15 de jeu tout de même (6-4, 7-6). On l’a déjà évoqué, même si la surface de prédilection de l’Argentin est la terre battue, le natif de Buenos Aires sait aussi briller sur dur. D’ailleurs, son palmarès le confirme : 4 titres, 2 sur l’ocre, 2 sur le ciment ; 7 finales supplémentaires, 3 sur le sable rouge-orangé, 4 sur greenset. Précision : ces 4 dernières ont toutes été jouées (et perdues) sous un toit ! Cologne l’année dernière, Vienne il y a deux ans… et Anvers en 2016 et 2017. Avec ses jambes de feu et sa capacité à accélérer à plat, alors qu’il s’était à l’origine cantonné au lift, l’ancien TOP 10 sait se montrer offensif dans les conditions de jeu indoor. Autant d’arguments qui le placent en position de favori, face à un joueur inexpérimenté, non seulement sur le circuit principal, mais aussi sur dur intérieur.

Pour Brandon Nakashima, c’est l’année des premières. Première vraie saison chez les pros, premier tournoi en indoor dans l’élite. Attention, en Challenger, le jeune américain de 20 ans avait déjà affiché en début d’année ses prédispositions dans ces conditions de jeu. Il avait en effet atteint le dernier carré à Quimper, avant de remporter le trophée la semaine suivante dans la ville bretonne. En Belgique, issu des qualifications, il a déjà enchaîné 4 victoires. Dans le tableau principal, il a d’abord battu sèchement Alex de Minaur, avant de venir à bout hier d’Henri Laaksonen en 3 sets (7-6, 6-7, 6-3). Chez le yankee, on admire sa frappe de balle et son timing. Contre Schwartzman, il aura sa chance. Mais charge à lui d’être agressif le premier et de ne pas se laisser surprendre par les trajectoires courtes croisées dont est capable le petit argentin. Pour l’instant, Nakashima n’a pas encore battu de TOP 20. Il a perdu contre Alexander Zverev et Andrey Rublev, de vrais TOP 10 d’ailleurs. Les deux meilleurs joueurs contre qui il s’est imposé étaient classés au 22ème rang à ce moment-là : Milos Raonic à Atlanta et John Isner à l’US Open. Deux athlètes aux antipodes du gabarit de Diego Schwartzman. Ce dernier part avec une longueur d’avance. Sa saison est un peu décevante, mais il revient bien. À San Diego, il a dominé Lloyd Harris. Et à Indian Wells, il a passé 3 tours, se payant le scalp de Daniel Evans et Casper Ruud. Enfin, malgré un bilan moyen dans les gros tournois, il n’a cédé qu’une fois lors des 6 derniers mois contre un joueur moins bien classé que Nakashima (N°79), en l’occurrence Botic van de Zandschulp à Flushing Meadows, N°117.