Depuis le temps que les Etats-Unis attendent le messi. Un digne successeur d'Andy Roddick, dernier vainqueur américain en Grand Chelem. Jenson Brooksby, qui aura 21 ans le 26 octobre prochain, est encore loin du top 10 mondial mais ce qu'il montre depuis cet été est assez exceptionnel et bien malin celui qui pourra prédire jusqu'où ira le natif de Sacramento. Pour s'en aller disputer sa seconde finale ATP après celle de Newport, il va devoir battre un cador du circuit, un habitué des derniers carrés (son 20ème en carrière) et double finaliste déjà ici à Anvers. Et si c’était la bonne pour Diego Schwartzman ? Après 4 échecs en finale d’une épreuve indoor (Cologne 2020, Vienne 2019 et… Anvers 2016 et 2017), l'Argentin vise un premier sacre dans ces conditions de jeu. Pour le moment, il déroule - 2 succès en deux sets contre Andy Murray et Brandon Nakashima - et confirme son retour en forme - une victoire de choix face à Lloyd Harris à San Diego et 3 succès de rang à Indian Wells (dont Daniel Evans et Casper Ruud), après une période de disette. En cette fin de saison, le petit argentin semble avoir retrouvé le moral et ses jambes, et découvert qu’il pouvait faire mal avec son service. Et oui, en quart de finale contre le jeune américain, il n’a perdu que 2 points derrière sa première (92% de réussite), 5 après sa seconde (71%) et concédé aucune balle de break. Étonnant, mais de bon augure pour sa demi-finale qui va l’opposer à Jenson Brooksby. Attention, alerte phénomène ! Le yankee, qui était encore 315ème mondial début février, a éclaté cet été (17 victoires pour 5 défaites). Il n’a peur de rien et a pour objectif de devenir numéro un mondial. Pour son tout premier tournoi sous un toit sur le circuit principal, il impressionne. Le Californien n’a pas perdu une seule manche en 5 matchs (2 en qualifications, 3 dans le tableau principal). Après avoir maté Reilly Opelka, il a infligé une bulle à Botic van de Zandschulp, puis une autre à Alejandro Davidovich-Fokina. Quel caractère et quel culot ! Son jeu atypique et polyvalent s’adapte parfaitement au greenset. Il sait attaquer, défendre, contrer, monter au filet et jouer avec ses adversaires. Quelque soit le résultat de la demi-finale, il va atteindre son meilleur classement lundi prochain, minimum 59ème. Petit bémol, il va devoir encore élever son niveau de jeu car il n’a encore jamais battu un TOP 20 (3 défaites, mais dont deux contre Novak Djokovic et Alexander Zverev). Au contraire, Schwartzman, N°14 à l’ATP, est en confiance face aux joueurs du « rang » de Brooksby : il n’a cédé qu’une fois lors des 6 derniers mois contre un tennisman moins bien classé que Brooksby (N°70), en l’occurrence Botic van de Zandschulp (N°117) à Flushing Meadows. L’Argentin est logiquement favori, mais ne serait-ce pas l’heure du jeune américain ?    

L’oeil de Florent Serra : Contrairement aux apparences, Diego Schwartzman aime l’indoor et ses résultats le prouvent. C’est une surface franche, parfaite pour lui, car sans aléas. L’Argentin a le jeu parfait pour tenir la cadence, contrer, passer l’Américain et le pousser à la faute. Après, il est assez difficile à cerner. À Indian Wells, il met une gifle à Casper Ruud et en prend une par Cameron Norrie. Concernant Jenson Brooksby, son jeu n’est pas académique, mais il m’étonne et m’épate. Il possède le fighting spirit, il y va, n’hésite pas à prendre d’assaut le filet. C'est surtout la régularité de ce jeune joueur qui est hallucinante. Depuis Newport mi-juillet, il a disputé 25 matchs sans passer au travers dans aucun d'eux. C'est une performance remarquable. Ce sera un match disputé. À première vue, je pense que l’expérience de Schwartzman peut faire la différence. Il est aussi très rapide, et c’est important pour contrer sur dur. Mais il faut quand même se méfier de Brooksby, qui est en pleine confiance. Toutefois, miser sur l'Américain en position de favori me semble un peu risqué. J'aurais espéré qu'il soit outsider pour mettre une piécette sur lui.


Jannik Sinner/Lloyd Harris

En se grattant rapidement la tête, on avait imaginé que ce duel constituerait l’affiche de la demie du haut de tableau. Rien d’exceptionnel tant Jannik Sinner maîtrise les conditions indoor et au regard de la saison réjouissante réalisée par Lloyd Harris. La rencontre des têtes de série N°1 et N°7 du tournoi promet un bien joli choc. En forme, les deux joueurs sont assurés de connaître leur meilleur classement en carrière à l’issue de l’épreuve belge (respectivement minimum N°12 et N°30). À la Race, c’est encore mieux. L’Italien est 11ème, le Sud-Africain 20ème. Le natif de San Candido vise même le Masters de fin d’année, qui se jouera dans son pays, à Turin. De quoi le motiver pour récolter les 250 points promis au vainqueur. S’il remporte l’European Open, il passera devant Cameron Norrie et aura dans son viseur Hubert Hurkacz, 9ème et pour l’instant dernier qualifié - Rafael Nadal est juste devant le Polonais, mais d’ores et déjà forfait. Le dur intérieur est peut-être la meilleure surface de Sinner. Le protégé de Riccardo Piatti a déjà glané deux trophées (Sofia 2020 et 2021) et présente un bilan flatteur en carrière (75% de victoires) et cette saison (80%). Il se sent presque comme chez lui à Anvers, puisqu’il avait déjà atteint le dernier carré il y a deux ans. En face, il y a (aussi) du lourd. Lloyd Harris reste sur 9 succès en 12 matchs. Le dur est sa meilleure surface, et en extérieur il s’est hissé en finale à Dubaï (ATP 500) et en quart à l’US Open. Dans la Lotto Arena, il n’a pas encore perdu un seul set. Il sert fort, très fort, et est capable de terminer les points en deux ou trois coups de raquette. Face à Zizou Bergs, Jan-Lennard Struff et Marton Fucsovics, le Sud-Africain a claqué 28 aces au total et il tourne à 84% de points gagnés derrière sa première sur l’ensemble du tournoi. Attention, Sinner est en principe un poil plus régulier et surtout, il se débrouille plutôt bien contre les grands serveurs, ceux qui culminent au-dessus d’1m93. Sur dur, extérieur et intérieur, il en a battu 7 en 11 confrontations, la dernière en date en quart de finale face à Arthur Rinderknech, à qui il n’a laissé aucune chance (6-4, 6-2 en 1 h 15, enlevant l’engagement du Français à 4 reprises). Les cotes sont assez logiques, malgré un écart un tout petit peu trop large. Le transalpin (1,50) part avec un avantage conséquent sur le Sud-Africain (2,60). Méfiance néanmoins, Harris a montré cette année qu’il savait battre les tous meilleurs (Rafael Nadal, Dominic Thiem, Denis Shapovalov).  

L’œil de Florent Serra : Je pense que Lloyd Harris a de quoi gêner l’Italien. Jannik Sinner possède un jeu franc, idéal en indoor, mais manque un peu de variations. Quand ça passe, il peut mettre tout le monde à 2 ou 3 mètres de la balle. Mais quand ça ne passe pas en cadence, il s’agace. Si Sinner attaque, il gagnera. Mais si Harris le contre et l’oblige à défendre, c’est le Sud-Africain qui s’imposera. Harris peut faire très mal au service et retourne bien. Il se déplace très bien aussi en droite-gauche/gauche-droite et a les moyens de faire craquer Sinner. C’est pourquoi je trouve l’écart de cotes un peu trop conséquent. Personnellement, j’ai envie d’aller sur un set minimum pour Harris, et si on a le feeling, pourquoi pas tenter la victoire du Sud-Africain !