Il y aura bien un Russe en finale du tournoi de Moscou. L’occasion de voir un local succéder à Andrey Rublev, dernier vainqueur de l’épreuve en 2019. Qui de Karen Khachanov ou d’Aslan Karatsev aura la chance de rejoindre la finale ? C’est toute la question. Sur le papier, voici deux joueurs qui ont connu des hauts et des bas durant l’ensemble de la saison. Le moins bien classé (N°31) s’est réveillé durant l’été, en se hissant en quart à Wimbledon et en enrôlant la médaille d’argent aux JO de Tokyo. Mais depuis, il ne gagne à peu près qu’un match sur deux et a même connu une défaite cinglante à Metz (dur indoor), contre le 101ème mondial, Peter Gojowczyk. Le mieux classé a lui éclaté au plus grand jour en début d’année en ralliant avec brio le dernier carré de l’Open d’Australie, en s’imposant à Dubaï et en rejoignant la finale de Belgrade après avoir scotché Novak Djokovic et les supporters serbes. Ensuite, ce fut plus compliqué : au maximum, deux victoires consécutives dans toutes les épreuves qu’il a disputées depuis. Les deux hommes ont à peu près le même profil, celui de cogneurs, même si le plus âgé se montre parfois très fin dans sa faculté à trouver des angles courts croisés. Sur dur intérieur, ils savent jouer. Khachanov a remporté 3 de ses 4 trophées dans cet environnement, dont le Masters 1000 de Bercy en 2018. Le bémol, c’est qu’il n’a pas beaucoup brillé depuis. Le tournoi parisien reste son dernier trophée en date. Ainsi, son bilan sur le greenset ne s’élève qu’à 52% de réussite. C’est encore pire pour Karatsev : seulement 25% de victoires avant le début de l’épreuve moscovite. Mais cette statistique s’avère un peu trompeuse. D’abord, le natif de Vladikavkaz a peu de références sur dur intérieur (à peine 14 matchs dans l’élite). Ensuite, c’est justement sous un toit qu’il avait fait pour la première fois bonne impression sur le circuit principal. C’était il y a pile un an, dans un ATP 500, déjà en Russie, à Saint-Pétersbourg. À l’époque, fort d’une confiance grandissante (2 titre et 2 finales en Challenger), alors 117ème mondial, il avait sorti Tennys Sandgren (N°48) au premier tour, avant d’offrir une démonstration de tennis à l’un de ses compatriotes. Il menait 6/4 dans la première manche, avant de se blesser à la jambe et de laisser filer tant bien que mal la fin de rencontre. Son adversaire ? Karen Khachanov, 17ème joueur mondial cette semaine-là. Ce match a sans doute servi de déclic à Karatsev, qui a compris à quel point il pouvait malmener les tous meilleurs. C’est le Moscovite qui mène 2/0 dans leurs confrontations. Il a remporté le deuxième acte au Masters 1000 de Toronto à la fin de l’été, mais dans un match serré (7-6, 6-4). Est-ce le moment pour Karatsev de prendre sa revanche ? Il a tout pour, mais charge à lui de ne pas arroser, comme il l’a fait certaines fois ces derniers temps. Bonne nouvelle pour lui : il a su éviter le piège Gilles Simon, qui a le chic pour faire dérailler ses adversaires.         

L’oeil de Florent Serra : C’est sûr, entre les deux, ça va cogner ! Sur ce que j’ai pu voir du tournoi et de ces dernières semaines, je vois plutôt Aslan Karatsev s’imposer. Je trouve le jeu de Karen Khachanov trop « arraché ». Si on lui prend du temps, sa prise fermée l’amène à faire des bois. Or Karatsev a totalement le jeu pour lui prendre du temps et le déborder. Il sait aussi trouver des angles fameux et délicieux. Après, il manque clairement de régularité. À Indian Wells, j’ai été enchanté par sa victoire contre Denis Shapovalov, puis il a explosé face à Hubert Hurkacz. Mais la cote de Karatsev est trop haute selon moi.


Marin Cilic vs Ricardas Berankis

Le plus dur, c’est souvent de confirmer. En tennis, l’adage prend parfois tout son sens. Adrian Mannarino l’a découvert à ses dépens, après sa partition presque parfaite contre Andrey Rublev. Après avoir sorti la tête de série N°1 du tournoi, N°6 mondial, le Français a fait un grand bond en arrière en chutant assez lourdement face à Ricardas Berankis (6-2, 7-6). Double finaliste en 2018 et 2019, le tricolore a été battu par un joueur qui, lui aussi, se sent bien dans la capitale russe. En effet, le Lituanien a également atteint la finale, en 2017. Lucky loser après le forfait d’Ilya Ivashka, celui qui ne pointe qu’au 108ème rang n’a pas concédé une manche dans le tableau principal. Comme quoi, finalement, ses deux premières victoires expéditives (7 jeux perdus) contre des joueurs à sa portée (Evgeny Donskoy et Federico Coria) n’étaient sans doute pas liées au hasard. Petit gabarit qui frappe fort et en cadence, Berankis a obtenu ses meilleurs résultats en carrière sur dur indoor, et de loin : 62% de réussite, contre 51% en extérieur, sans parler de la terre (31%) et du gazon (19%). Outre cette finale à Moscou, il a rallié ces dernières années les demies à Pune (2020) et les quarts à Metz (2018). Dans un tournoi de cette catégorie, ce n’est donc pas une immense surprise de le retrouver dans le dernier carré, surtout que son parcours n’a été jalonné d’aucun membres du TOP 50. Sa tâche sera forcément plus compliquée face à Marin Cilic, N°41 à l’ATP et ancien 3ème mondial. D’abord parce que le Croate, après avoir perdu le premier set de son parcours moscovite, a déroulé depuis : il a mis 1 et 1 à Damir Dzumhur, 5 et 3 à Tommy Paul et 1 et 2 à Pedro Martinez. Ensuite, alors qu’il connaît une saison moyenne - un seul titre à Stuttgart et deux demies à Singapour et Estoril, uniquement des ATP 250 -, il a toujours été performant sur dur intérieur. Derrière le gazon (71% de victoires), il affiche son deuxième meilleur ratio (65%). Sur 19 trophées, il en a glané 8 dans cet environnement, dont deux… à Moscou (2014 et 2015). En principe, le déficit de taille du Lituanien (23 centimètres) lui sera compromettant. Le service de Cilic devrait lui offrir des points gratuits et le mettre sur orbite. Berankis souffre face aux joueurs qui mesurent au moins 1m95. Il reste sur 6 revers consécutifs et n’a gagné que 2 duels lors de ses 16 dernières tentatives dans cette configuration. Même si le Croate demeure assez fébrile et inconstant depuis presque 3 saisons entières, il est naturel de le voir endosser le dossard du favori.

L’œil de Florent Serra : Les statistiques de Ricardas Berankis sur dur indoor ne m’étonnent pas tant que ça. Sans aléas météo, sans vent, il est plus à l’aise. Son déficit de puissance n’est pas perturbé par le vent, qui parfois ralentit la balle. Il adore la cadence, joue vite et tôt et il n’est pas facile de suivre le rythme qu’il imprime dans ces conditions de jeu. Le Lituanien se déplace pas mal. Après, il va jouer un joueur bien plus grand que lui qui va le gêner car si Marin Cilic sait frapper à plat, il sait aussi créer du rebond, au service avec son kick, mais aussi dans l’échange. Et ça, jouer au-dessus de l’épaule, Berankis n’aime pas ça. Vu les cotes, qui sont logiques, je ne vois pas trop d’intérêt à miser sur ce match sachant qu'une surprise est toujours possible avec le Croate. Et Berankis est un coupeur de tête.