Un sacré choc en perspective entre deux joueurs assez performants ces derniers temps. Diego Schwartzman vient de disputer la finale du tournoi d’Anvers, une épreuve jouée sur un greenset intérieur, comme en Autriche. Trois victoires probantes, à chaque fois en deux sets, face à Andy Murray, Brandon Nakashima et Jenson Brooksby. Bon, il a ensuite pris une volée contre Jannik Sinner, mais on va retenir le retour en forme du petit argentin, qui avait déjà réalisé juste avant un joli parcours à Indian Wells (quart de finale après avoir dominé Daniel Evans et Casper Ruud). De son côté, Gaël Monfils se trouve à peu près dans les mêmes prédispositions. Depuis un mois, il a enchaîné une demie à Metz, une finale à Sofia et un huitième de finale lors du Masters 1000 californien. Avec du public, le Français revit et il semble qu’il parvient de plus en plus à proposer le style de jeu, ce fameux dosage entre agressivité et défense, que lui demande de pratiquer son coach Günter Bresnik. À Vienne, le tricolore a bien commencé, en dominant Lorenzo Musetti en deux sets (7-6, 6-2), avec une qualité de service de très haut niveau (9 aces, seulement deux points perdus derrière sa première, 6 après sa seconde et aucune balle de break concédée). Schwartzman aussi a fait le job, en se détachant rapidement face à Fabio Fognini (6-2, 7-5), et en se procurant 14 balles de break au total. Niveau puissance, c’est sûr, Monfils sera au-dessus. Mais niveau constance, il y aura match. On peut aussi se poser la question de savoir comment la « Monf » va aborder cette rencontre. S’il joue bien mieux et qu’il a retrouvé le sourire depuis cet été, le 21ème mondial ne parvient pas du tout à élever son niveau de jeu face aux meilleurs, comme s’il était craintif ou en manque de confiance. Illustration avec cette statistique : Monfils a perdu 12 de ses 13 derniers duels face aux membres du TOP 20, soit depuis plus de deux ans ! Un signe précurseur pour le petit argentin ? C’est bien possible, d’autant que c’est lui qui a gagné leur dernier affrontement. C’était il y a deux ans, un score net et sans bavure (6-3, 6-2), une demi-finale, disputée… à Vienne.

L'avis de Rodolphe Gilbert : Un match très ouvert mais j'ai envie de partir sur Gaël. L'indoor lui va bien au teint. C'est un super joueur en indoor. Ca pourrait se jouer à pas grand chose mais il est sur une bonne dynamique et je le vois tenir l'échange et déborder l'Argentin. Schwartzman aussi est en forme mais je vois un coup de la Monf' qui me semble intéressant en outsider !


Casper Ruud/Lorenzo Sonego

De semaine en semaine, Casper Ruud montre de nouvelles facettes dans son jeu. Depuis longtemps, on le sait excellent sur terre battue (5 trophées en carrière, dont 4 cette année, ainsi que 3 demies en Masters 1000 à Monte-Carlo, Madrid et Rome). Depuis cet été, on le découvre en net progrès sur dur extérieur. Il a glané son premier titre à San Diego dans ces conditions de jeu, en dominant de très bons joueurs sur cette surface, tels Grigor Dimitrov et Cameron Norrie, et a également atteint les quarts au Masters 1000 du Canada. À Vienne, on commence à apercevoir en quoi il semble capable de s’adapter à l’indoor, condition sine qua non pour lui en cette fin de saison en vue de sa qualification pour le Masters (le voici actuellement 7ème à la Race et virtuellement à Turin). Il a débuté son tournoi par une solide victoire contre Lloyd Harris (7-5, 7-6), l’une des satisfactions de la saison, tombeur de plusieurs gros poissons cette saison (Rafael Nadal, Dominic Thiem, Denis Shapovalov), finaliste à Dubaï (ATP 500), quart de finaliste à Flushing Meadows et demi-finaliste à Anvers la semaine dernière. Le plus intéressant ? Sa faculté à servir de plus en plus lourd. Face au Sud-Africain, il a remporté 80% des points derrière sa première, 60% après sa seconde et n’a concédé aucune balle de break. À savoir, le jeune norvégien de 22 ans fait cette année partie du TOP 5 des meilleurs serveurs en deuxième balle (grâce à son très bon kick) ! Bien sûr, il devra se méfier de son adversaire en huitième de finale, d’autant que celui-ci a de quoi être en confiance au moment de fouler les courts de la Wiener Stadthalle. Il y a un an tout pile, après avoir été éliminé au deuxième tour des qualifications, Lorenzo Sonego avait été repêché, puis avait coupé la tête de Dusan Lajovic, Hubert Hurkacz, Novak Djokovic et Daniel Evans, avant de céder en finale face à Andrey Rublev. Le 8ème joueur mondial possède néanmoins une longueur d’avance. Il est plus constant, preuve en est la sortie de route de Sonego à Metz, il y a quelques semaines contre le jeune danois Holger Rune. Le Norvégien a déjà battu assez sèchement à deux reprises le natif de Turin, dont la dernière fois il  y a peu à San Diego. Enfin, le 23ème mondial n’a dominé qu’un seul TOP 10 sur dur dans sa carrière - c’était justement il y a un an à Vienne, mais contre un Djokovic complètement démobilisé après avoir eu l’assurance de terminer la saison au premier rang du classement.


Alexander Zverev/Alex de Minaur

On ne va pas faire durer le suspense trop longtemps. A priori, l’issue de cette rencontre est déjà connue. D’ailleurs, pour les bookmakers, il n’y a pas photo. Alexander Zverev se voit attribuer une mini cote (1,20). Évidemment, l’Allemand n’est pas venu chercher en Autriche le titre de sa vie. Lui vise aujourd’hui les Grands Chelems, les Masters 1000 (il en a déjà remporté 5), le Masters (ça c’est fait…) et les JO (… et ça aussi). Il pourrait donc connaître un petit moment de décompression ou d’inattention, mais cette hypothèse demeure faiblarde et aléatoire. Avec son immense service et ses frappes lourdes en fond de court, le N°4 mondial sait parfaitement y faire sur dur intérieur. Il a déjà glané 5 de ses trophées dans ces conditions de jeu, dont deux dans la même période de l’année la saison dernière à Cologne. Au premier tour à Vienne, il a gagné sans forcer (6-2, 7-5), face à Filip Krajinovic. Info supplémentaire, il mène 4/1 face à Alex de Minaur, des rencontres qui se sont toutes jouées sur dur extérieur. De son côté, l’Australien s’est un petit peu rattrapé de son échec au premier tour d’Anvers contre Brandon Nakashima, en dominant Kevin Anderson lors de son entrée en lice en Autriche. Plutôt bon sous un toit (65% de réussite et deux finales à Bâle 2019 et Anvers 2020), le 32ème mondial connaît une période compliquée avec un petit bilan de 4 succès lors de ses 13 dernières sorties. Le positif, et on l’a encore vu face au Sud-Africain, c’est qu’il n’a aucun mal à relancer les grands serveurs. Face aux joueurs de plus d’1m95, il affiche un très bon bilan de 17 victoires pour autant de défaites (!) et surtout, il a remporté 7 de ses 9 derniers matchs sur dur (extérieur et intérieur) face à ce type de joueurs. Une statistique impressionnante qui aurait dû faire baisser un peu la cote de l’Australien, qui mérite bien mieux étant données ses aptitudes face aux big men. Mais il existe un petit bémol qui laisse prévoir de grandes conséquences, laissant Zverev en position de net favori. Si on réduit le champ des grands serveurs aux TOP 10, De Minaur ne compte qu’un seul succès pour 9 revers. Un ratio là aussi très significatif…


Stefanos Tsitsipas/Frances Tiafoe

L’entrée en lice de la tête de série N°1 s’est bien passée. Un succès en 2 sets serrés (7-6, 6-4) contre un Grigor Dimitrov en bonne forme, revenant d’une demie à Indian Wells. Sur son service, le Grec a été impérial : 82% de réussite derrière sa première, 59% après sa seconde et sauvetage de toutes les balles de break (4) qu’il a concédées. Le voici logiquement grand favori (1,25) de son duel face à Frances Tiafoe. Rappelons que derrière la terre battue (74% de victoires), c’est sur dur intérieur que le N°3 mondial présente son meilleur ratio (67%). Il a également remporté 4 de ses 7 titres dans ces conditions de jeu et n’a jamais perdu une finale dans cet environnement. Certes, le fougueux et explosif américain avait surpris Tsitsipas au premier tour du dernier Wimbledon. Mais c’était sur gazon, le seul revêtement que le Grec ne parvient pas encore à maîtriser. Du reste, le vainqueur du Masters 2019 a facilement pris sa revanche aux JO de Tokyo, quelques jours plus tard. En indoor, la mise en jeu de Tsitsipas devrait faire la différence, ainsi que sa propension à mettre de l’effet en coup droit sur le revers de Tiafoe, pour ensuite l’aligner de l’autre côté, où l’Américain est un peu plus lent dans sa préparation. Signalons enfin que le yankee, issu des qualifications et tombeur de Dusan Lajovic au premier tour dans le tableau principal, a rarement performé dans cet environnement (seulement 40% de victoires) et qu’il n’a battu qu’un TOP 5 (pour 11 revers) dans toute sa carrière, et dont aucun sur dur.  Alors certes, le Grec est loin de son meilleur niveau mais son statut de favori est logique.