Les poètes ne sont pas les bienvenus. Ici, il n’y aura pas de cadeau. Ça va frapper, valdinguer, broyer et concasser. Un programme plutôt sympa si on aime les gros frappeurs. Un menu qui peut aussi s’avérer succulent comme indigeste, si jamais les deux protagonistes se mettent à arroser de toutes parts. Soyons clair, il y a un coup à jouer pour Jan-Lennard Struff. Il est en position d’outsider, mais pourrait bien faire tomber Denis Shapovalov, pourtant bien mieux classé (N°13 contre N°53). Certes, l’Allemand vit une saison délicate (21V/26D avant le début du tournoi russe). Mais que dire de la sale période du Canadien, qui a perdu (6) davantage de matchs qu’il n’en a gagné (5), depuis sa demie à Wimbledon ? À Saint-Pétersbourg, pour son entrée en lice, il a réussi à se faire peur contre Pablo Andujar (2-6, 6-3, 6-0). On sait que « Shapo », dans un bon jour, peut tutoyer les sommets. Mais il est bien trop irrégulier au plus haut niveau. D’ailleurs, Struff a déjà montré qu’il connaissait la faille, puisqu’il mène 4/2 dans leurs affrontements. Une statistique qui peut avoir son importance, comme la suivante : le géant allemand est assez à l’aise face aux gauchers. Rien que cette année, son ratio est positif (5V/3D). De quoi faire réfléchir… 

L’oeil de Florent Serra : Voilà un match intéressant niveau betting. Car selon moi, il y a un peu trop d’écart de cotes entre les deux hommes. Bien sûr, le Canadien est favori. Mais l’Allemand sort de deux bons matchs, et je le sentais déjà bien contre Alexander Bublik. L’indoor peut satisfaire les deux joueurs. Denis Shapovalov joue tôt et fort. Mais Jan-Lennard Struff est capable de tenir la cadence, et si sa première balle de service passe, ça peut faire mal ! Le Canadien aura peut-être du mal à le relancer. Et je trouve également qu’il est encore trop irrégulier pour avoir une cote si basse dans ce genre de rencontres. Struff sait faire pas mal de choses, attaquer, monter au filet et faire craquer « Shapo ». Du coup, j’ai envie de tenter Struff, ça vaut le coup au niveau des cotes. Après, évidemment, le Canadien peut sortir un match de folie, comme il en est capable parfois. Mais c’est le jeu, on ne sait jamais vraiment, avec lui.


Roberto Bautista-Agut/Marin Cilic

Équilibré, vous avez dit équilibré ? C’est bien le cas de ce duel qui s’annonce particulièrement serré. Même si Roberto Bautista-Agut est devant au classement (N°20 contre N°35), il réalise une saison en dessous de ses standards. Il n’a pas remporté de titres - il a joué 2 finales qu’il a perdu à Montpellier et Doha - et n’a pas fait mieux qu’un huitième de finale en Grand Chelem (à Wimbledon). En outre, lui qui a déjà montré quelques prédispositions sur dur indoor (un titre et 4 finales supplémentaires en carrière), vient de se faire sortir d’entrée à Anvers. L’Espagnol vient de reprendre ses esprits en dominant Mackenzie McDonald à Saint-Pétersbourg, mais la tâche s’annonce plus ardue cette fois-ci. En effet, si Marin Cilic n’est pas parvenu non plus à réussir dans les grands tournois, il est actuellement en confiance. Le Croate sort d’une finale à Moscou et vient de remporter deux rencontres supplémentaires, contre Albert Ramos-Vinolas et surtout Karen Khachanov. Dans le jeu, « RBA » possède normalement toutes les armes pour contrer le type d’attaquant qu’est Cilic. Mais l’Espagnol a souvent été décevant cette année, lorsqu’on l’attendait. Depuis ses deux finales en début de saison, il n’a battu que deux joueurs dans les 20 premiers du classement. Mais c’est exactement la même chose pour le Croate. Autant dire que les deux hommes vont devoir élever leur niveau de jeu pour espérer s’imposer. En tout cas, Cilic a souvent bien joué contre Bautista, puisqu’il mène 5/2 dans leurs confrontations, dont 3/0… sur dur intérieur. Peut-être la chance de posséder un meilleur service et un jeu plus agressif.       

L’oeil de Florent Serra : Les cotes sont assez logiques. Les deux joueurs sont à peu près au même niveau. Marin Cilic joue bien en ce moment, il est peut-être un mini cran au-dessus. Mais Roberto Bautista-Agut a vraiment le jeu pour le contrer ou le faire déjouer. Dehors, j’aurais mis un avantage à l’Espagnol. Mais en indoor, je pense que le Croate part légèrement favori, car il sert mieux et est plus puissant - on l’a encore vu contre Karen Khachanov. Sous un toit, il n’y a pas de vent. C’est parfait pour Cilic, qui commettra moins de fautes et pourra prendre la balle tôt. Bref, pour résumer, je me dirige plutôt vers le Croate, et ça tombe bien car sa cote est intéressante. 


Andrey Rublev/Botic van de Zandschulp

C’est sur le papier le match du grand écart. D’ailleurs, les cotes ne s’y trompent pas. Méfiance, Botic van de Zandschulp n’est pas – plus – un inconnu, depuis sa formidable épopée à l’US Open (quart de finale après être sorti des qualifications, soit 7 victoires, dont une contre Casper Ruud et une autre sur Diego Schwartzman, alors qu’il était 117ème mondial). Cela dit, Andrey Rublev boxe dans une autre catégorie. Celle d’un TOP 10 bien installé, déjà qualifié pour le Masters et détenteur de 8 titres, dont 4 en indoor. Cette année, il s’est imposé à Rotterdam et la saison dernière, à Saint-Pétersbourg. Autant dire que le Russe apprécie le tournoi et qu’il y a ses habitudes. L’objectif est simple : un nouveau couronnement à la maison, d’autant qu’il s’est loupé la semaine dernière à Moscou (une défaite d’entrée contre Adrian Mannarino). Mine de rien, Rublev commence à s’essouffler un peu : il a perdu 4 de ses 11 derniers matchs et a chuté prématurément à l’US Open (face à Frances Tiafoe) comme à Indian Wells (contre Tommy Paul). Heureusement pour lui, van de Zandschulp n’est pas Américain. Dans le jeu, la puissance et l’énergie dégagée par Rublev devrait suffire à faire exploser « VDZ ». La dernière fois que le Russe a perdu un match sous un toit contre un joueur classé au-delà du TOP 60, comme c’est le cas du Néerlandais (N°69), c’était il y a près de 3 ans, en février 2019, face à Peter Gojowczyk, au deuxième tour des qualifications à Rotterdam. La statistique est parlante, d’autant que c’était une autre époque, un temps où Rublev n’avait pas encore percé au plus haut niveau (il n’avait remporté qu’un seul trophée à ce moment là).  

L’oeil de Florent Serra : Pour moi, ce match n’a pas grand intérêt. Même s’il ne joue pas l’acier en ce moment, Andrey Rublev devrait s’imposer. Il est chez lui, sur une surface pas trop rapide, il aura le temps de s’organiser et de cogner son adversaire. Il faudrait franchement qu’il fasse un mauvais match pour perdre. C’est vrai, Botic van de Zandschulp est capable d’agresser et de surprendre sur les deuxièmes balles adverses. Mais Rublev possède la puissance suffisante en indoor pour mettre la tête du Néerlandais sous l’eau, en mode rouleau compresseur. Il s’est fait surprendre contre Adrian Mannarino, mais le Français avait le jeu pour l’embêter. Ce n’est pas le cas de « VDZ ». La cote du Russe est tellement basse que ça ne vaut pas trop le coup de parier. Au maximum, je vois un set pour le Néerlandais.  


Taylor Fritz/John Millman

Un attaquant (de fond de court) contre un défenseur, voilà qui est prometteur. Attention, attaquer ne veut pas dire gagner. Il s’agira pour Taylor Fritz de limiter son nombre de fautes. En ce moment, tout va plutôt bien pour l’Américain. Il est en confiance avec sa demie à Indian Wells, après avoir battu deux TOP 10 (Alexander Zverev et Matteo Berrettini) et un TOP 20 (Jannik Sinner). Il enchaîne parfaitement à Saint-Pétersbourg, son premier tournoi indoor de l’année. Une victoire expéditive contre Emil Ruusuvuori (6-1, 6-4) et une autre plus serrée mais maîtrisée face à son compatriote, Tommy Paul (7-6, 6-4). L’assurance dégagée par le 28ème joueur mondial a poussé les bookmakers à le placer assez largement favori. C’est logique, aussi parce que John Millman est un peu dans le dur cette saison. L’éloignement avec son pays n’a pas aidé. En 24 tournois, il n’a réussi que 6 fois – Saint-Pétersbourg compris - à gagner deux matchs de rang. Pire encore, il n’a jamais remporté le troisième. Après avoir dominé le modeste Yshai Oliel (N°373), mais surtout Aslan Karatsev, tout récent vainqueur à Moscou, l’Australien va-t-il enfin boucler la passe de trois ? La bonne nouvelle, le concernant, c’est qu’il y a un peu de mieux ces derniers temps. Il a atteint 3 quarts de finale lors des 4 dernières épreuves qu’il a disputées, à chaque fois en indoor (Nur-Sultan, Sofia et Moscou). C’est d’ailleurs au Kazakhstan qu’il a glané son seul titre en carrière l’année dernière, comme quoi jouer sous un toit ne lui déplaît pas. Va-t-il faire craquer Taylor Fritz, à force de lui faire jouer un coup supplémentaire ? C’est possible, mais ce sera une mission très délicate, tant Millman a du mal face aux meilleurs. Sur ses 13 derniers affrontements contre les TOP 30, il n’en gagné que deux. 

L’oeil de Florent Serra : Vu ce que fait Taylor Fritz depuis quelques semaines, à Indian Wells et avec le début de son tournoi en Russie, c’est normal de le retrouver en position de grand favori. Je pense qu’il va gagner. Je le trouve plus fort, plus percutant. Il fait plus mal avec son coup droit. Attention, John Millman couvre bien son terrain et est capable de tirer des bons passings. L’Australien n’est pas facile à déborder et il pousse à la faute, on l’a vu contre Aslan Karatsev. Je le trouve souvent bon en indoor. Vu les cotes, je ne suis pas sûr que ça vaille le coup de miser. Car Fritz devrait gagner. Peut-être un set pour Millman, pas davantage selon moi. Je ne vois pas l’Américain se faire piéger vu la confiance qu’il a accumulé.