Ça se confirme. On a bien affaire à un phénomène ! Après ses exploits à Flushing Meadows (quart de finale après avoir battu Cameron Norrie et Stefanos Tsitsipas), Carlos Alcaraz, déjà N°42 mondial à seulement 18 ans, réalise une merveilleuse semaine cette fois-ci dur indoor. Pas forcément évident a priori, quand on sait que la pépite espagnole a été formé principalement sur terre battue, une surface sur laquelle il a déjà glané un tournoi ATP 250 (Umag) en milieu d’année. En Autriche, il fait preuve d’une qualité exceptionnelle et d’une maturité bluffante. Il a tout : l’explositivé et la puissance, en service, coup droit et revers, la faculté à tenir en cadence dans l’échange, les changements de rythme et des envies offensives - il n’hésite pas à terminer les points au filet. Il vient de battre coup sur coup Daniel Evans, Andy Murray et Matteo Berrettini, déjà son deuxième TOP 10 en carrière. Le niveau de son adversaire sera encore plus haut en demi-finale. Alexandre Zverev est le seul joueur cette année à avoir remporté deux Masters 1000 (Madrid et Cincinnati). Il a aussi remporté les JO de Tokyo et n’a perdu que deux rencontres depuis Wimbledon. Toujours aussi fort derrière sa première balle (encore 82% des points gagnés devant Felix Auger-Aliassime en quart), il se montre plus entreprenant que les années précédentes et essaie de tenir sa ligne de fond de court. Seul petit bémol cette semaine, il a connu quelques petites baisses de régime, peut-être un peu d’inattention, ce qui lui a coûté deux sets. Vu son expérience, l’Allemand est largement favori. Mais avec une cote aussi basse - et celle d’Alcaraz si haute -, cela donne l’impression de devoir s’attendre à voir le duel qui avait accouché d’une raclée à Acapulco au début du printemps (6-3, 6-1). Si Zverev s’attend à vivre le même match, il se met le doigt dans l’œil. Le combat sera évidemment bien plus rude. Reste à voir si le natif de Murcie ne sera pas trop éprouvé physiquement après son long match face à Berrettini (2h40). S’il parvient à faire douter l’Allemand, il peut avoir une chance. Surtout si « Sacha » ne voit pas cette rencontre comme le match de l’année, et qu’il se tourne déjà en direction du Masters 1000 de Paris-Bercy et du Masters de Turin. La défaite du N°4 mondial serait néanmoins une petite surprise : ce dernier a déjà remporté 5 trophées sous un toit et il n’a perdu que deux fois cette saison sur dur face à un joueur classé au-delà du TOP 40.      

L’oeil de Florent Serra : Carlos Alcaraz continue de beaucoup me plaire. Je le trouve très bon. Il a encore une fois été très fort dans la variété de son jeu. Il propose beaucoup de choses : des attaques, des retours-volées, il sait temporiser, il slice et change les rythmes. Son adaptation en indoor est extrêmement convaincante. Comme il est jeune, je ne pense pas qu’il sera touché physiquement, malgré son long match face à Matteo Berrettini. Au contraire, j’ai quelques petits doutes sur Alexander Zverev, non pas sur le plan de l’endurance, mais dans sa manière de jouer. Il a connu quelques sautes de concentration dans ces matchs durant la semaine. Cela ne l’a pas empêché de gagner, mais parfois c’est passé juste. Bref, ce match n’est pas injouable pour Alcaraz. Il a la percussion en service, en coup droit et en revers, et il tient bien la cadence. Il vient au filet. Après, il lui faudra absolument faire reculer l’Allemand. Car si Zverev contrôle le jeu, ce sera plus difficile. En tout cas, les cotes sont trope écartées pour moi, vu les résultats de cette semaine à Vienne côté Alcaraz. Franchement, si physiquement il tient, ça peut valoir le coup d’aller sur le jeune espagnol, a minima sur un set.


Jannik Sinner/Frances Tiafoe

Voilà une sacrée rencontre en perspective. L’homme en forme depuis le début de cette période indoor contre le coupeur de tête américain. Jannik Sinner a déjà remporté deux trophées sur dur intérieur en l’espace de quelques jours : Sofia et Anvers. Il est très impressionnant dans ses frappes et sa constance en fond de court. Il vient de battre Casper Ruud dans un match extrêmement important pour la course au Masters. De l’autre côté du filet, Frances Tiafoe se montre tranchant et très offensif. Sa victoire contre Stefanos Tsitsipas lui a donné des ailes, et il a compris que son salut passait par un jeu ultra agressif et des montées au filet. Il a dominé Diego Schwartzman en quart de finale en deux sets, une nouvelle jolie performance face à un joueur qui avait été lui finaliste à Anvers la semaine dernière. Logiquement, le jeune italien est favori. Mais quand on voit de quoi est capable l’Américain, on peut trouver que l’écart de cotes est un peu conséquent. On a presque envie de dire que l’issue de ce match dépendra de l’état d’esprit du yankee. S’il est trop passif, ce sera trop tard. S’il est entreprenant, ça peut passer. Il pourra espérer compter sur quelques erreurs et sautes de concentration de Sinner, même s’il en connaît beaucoup moins dernièrement. Reste que le protégé de Ricciardo Patti reste sur un nuage en ce moment - une série de 15 succès en 17 rencontres et 11 succès en indoor sans concéder le moindre set. S’il reste serein, il devrait continuer son chemin.