Comme attendus, on va retrouver ce vendredi les trois favoris du tournoi (Djokovic, Zverev et Medvedev), les deux qui venaient à Paris pour valider leur ticket pour le Masters (Ruud, Hurkacz), le joueur le plus en vue depuis Indian Wells (Fritz). Mais comme d'habitude, le POPB nous a réservé encore quelques surprises avec les présences de James Duckworth et Hugo Gaston qui vont disputer leur premier quart de finale en Masters 1000. Analyse des quarts de finale avec notre consultant Florent Serra.


Djokovic vs Fritz
Forcément, on manque de repères pour juger le niveau actuel de Novak Djokovic. Une rencontre de simple, après un mois et demi sans jouer, ça ne suffit pas. En revanche, on sait que le Serbe est tout en haut de la hiérarchie et qu’il a pour objectif d’achever une année pour la 7ème fois à la première place mondiale, ce qui serait un record. On peut donc compter sur « Nole » pour s’investir pleinement dans ce duel, même s’il manque encore de rythme. En face, Taylor Fritz est l’un des joueurs du moment avec 11 victoires en 13 matchs. Lui qui n’avait jamais percé dans les grands tournois (Grand Chelem et Masters 1000) vient de se hisser dans le dernier carré à Indian Wells et, a minima, dans le grand 8 à Paris-Bercy. Entre temps, l’Américain a atteint la finale du tournoi de Saint-Pétersbourg, disputé sur dur intérieur, comme le Rolex Paris Masters. Dans la capitale française, il continue de montrer qu’il sait toujours aussi bien frapper dans la balle, tout en exposant une constance au plus haut niveau jamais vue auparavant. Résultat, il vient de s’offrir un TOP 10 (Andrey Rublev) et un prétendant au Masters (Cameron Norrie), le tout à chaque fois en deux manches, en étant « clutch » dans les jeux décisifs et sans jamais perdre son service. Affirmer qu’il peut battre le numéro un mondial paraît un peu présomptueux, d’autant qu’il est mené 0/4 dans ses confrontations face à « Djoko ». Mais il avait mené la vie dure au Serbe à Melbourne (défaite en 5 sets). Donc penser que le yankee peut bousculer le Serbe ne semble pas incongrue, tant ses frappes peuvent faire mal et tant il a récemment prouvé qu’il était à présent capable de couper la tête des tous meilleurs. Illustration, Fritz a remporté ses 3 derniers matchs contre des membres du TOP 10 (Matteo Berrettini, Alexander Zverev et Andrey Rublev), après avoir échoué lors de ses 6 essais précédents. Bref, il ne serait pas si surprenant de voir l’Américain marquer un certain nombre de jeux, voire enlever une manche à Novak Djokovic.      

L’œil de Florent Serra : Novak Djokovic ne m’a pas totalement convaincu contre Marton Fuscovics, mais c’était sa reprise, donc ce n’est pas non plus très étonnant. Le problème, c’est qu’il ne joue pas derrière, avec le forfait de Gaël Monfils. Du coup, même si on sait qu’il monte en puissance match après match, là il n’a pas eu vraiment l’occasion de trouver son rythme. Bref, je me méfie de Taylor Fritz et « Djoko » devrait aussi s'en méfier. L’Américain est en pleine forme, il prend du temps à l’adversaire grâce à son duo service-coup droit, mais il est aussi capable de varier en revers et d’aller le long de la ligne. Donc, ça ne vaut pas le coup de foncer tête baissée sur le Serbe, surtout avec une cote aussi basse. Dans la longueur du match, oui, le numéro un mondial devrait s’imposer. Mais pourquoi ne pas imaginer un match accroché, avec 3 sets au final ? Je vois bien la rencontre se dérouler de la sorte et une surprise n'est pas impossible non plus.


Zverev vs Ruud
En ce moment, le boss, c’est lui. Certes, il joue plus que Novak Djokovic et Daniil Medvedev, mais force est de constater qu’il gagne presque tout. Conclusion, il reste sur 26 victoires lors de ses 28 derniers matchs. S’il gagne Bercy puis le Masters, on va finir par reprendre la phrase de Gary Lineker à propos de l’équipe de football allemande… On n'en est pas encore là, mais en tout cas, même malgré quelques anicroches, Alexander Zverev poursuit sa route au Rolex Paris Masters, après un été de rêve et un début d’automne convaincant (médaille d’or aux JO, titre à Cincinnati, demie à l’US Open et nouveau trophée à Vienne). Même s’il ne boxe pas dans la même catégorie, le tout jeune TOP 10 qu’est Casper Ruud réalise lui aussi une saison très aboutie. Son bilan ? 5 trophées, ainsi que 2 demies et 2 quarts en Masters 1000, et une qualification pour le Masters ! Spécialiste de terre, le Norvégien commence à trouver ses marques sur dur, en extérieur et en intérieur. Et si Zverev a un peu galéré contre Dusan Lajovic et Grigor Dimitrov, Ruud a déroulé face à Alexander Bublik et Marcos Giron (7 jeux perdus seulement au total). Vu comme ça, on doit laisser sa chance au N°8 mondial. Et ne pas lui attribuer une cote trop élevée. Reste que le 4ème joueur mondial a le chic pour trouver la faille dans les moments les plus chauds, porté qu’il est par une sérénité sans faille (ou presque), un service de feu et une couverture de terrain impressionnante. Notons aussi que l’Allemand a récemment explosé le Scandinave en quart de finale à Cincinnati (6-1, 6-3) et que ce dernier n’a pas encore pris la bonne habitude de vaincre les TOP 10 (3 victoires pour 12 défaites, et surtout aucun succès sur dur !). Enfin, pris en grippe et hué par le public contre Dimitrov, l'Allemand pourrait trouver une motivation supplémentaire pour aller chercher le titre.

L’œil de Florent Serra : Casper Ruud ne cesse de m’étonner. Il vient de mettre deux roustes à Alexander Bublik et Marcos Giron, alors qu’il n’a pas le jeu, a priori, pour mettre des raclées à ses adversaires sur dur. Sauf que son jeu de jambes est tellement au point, tellement explosif, qu’il arrive à tout renvoyer. En plus, le Norvégien a bien amélioré sa première balle de service et il sait frapper et terminer les points le long de la ligne, en coup droit et même en revers à présent. Alexander Zverev ne m’a pas tant impressionné que ça cette semaine. Déjà, ce fut un peu compliqué lors de son premier match, remporté en deux sets serrés. Puis contre Grigor Dimitrov, même si le Bulgare joue bien, l’Allemand a encore connu des hauts et des bas. Du coup, il cède des jeux et des sets. Par contre, on le voit aussi capable d’élever son niveau de jeu, un peu plus que les autres, dans les moments importants, ce qui lui permet de toujours s’en sortir. On peut ajouter aussi que Zverev possède maintenant une sérieuse expérience en Masters 1000, qui lui donne une très grande confiance. Au final, Ruud pourrait lui prendre un peu de temps, surtout côté coup droit avec des trajectoires croisées. Cela dit, dans la durée, l’Allemand est au-dessus, grâce à son service et même dans sa couverture de terrain. Si le match avait été sur terre, j’aurais vu une cote plus serrée. Sur dur intérieur, c’est différent. Malgré tout, la cote de Ruud pourrait être un peu plus basse. Bref, je vois Zverev s’imposer, mais il ne lui faudra pas avoir trop de sautes de concentration. Je vois bien Ruud lui poser des problèmes et un match en + de 20 jeux.


Medvedev vs Gaston
Un peu comme Novak Djokovic, Daniil Medvedev est en recherche de rythme et de sensations. La faute à un petite pause loin du circuit, après s’être lui-même déclaré « fatigué » après son revers en huitième de finale à Indian Wells. Voici donc le tenant du titre du Rolex Paris Masters en quart de finale, mais sans afficher la domination d’un champion. Le Russe menait 5-1 dans le premier set contre Ilya Ivashka avant de se faire rejoindre à 5-5. Il a aussi perdu la première manche face à Sebastian Korda avant de se reprendre. Lui qui a l’habitude de servir si bien a cédé 4 fois sa mise en jeu en deux rencontres. En revanche, contre le jeune américain, il a retrouvé sa couverture de terrain et le mode « muraille » dans les deux derniers sets. Bref, le Russe est encore en réglage, mais devrait accroître son niveau de jeu de tour en tour, et peut-être arriver au top au Masters de Turin. Le N°2 mondial part logiquement favori contre un adversaire plus jeune et bien moins expérimenté. En principe, il n’y a pas vraiment photo. Hugo Gaston, le grand invité surprise de ce grand 8 parisien, ne dispose ni du service, ni de la puissance de Medvedev. Le Français de 21 ans joue également son premier quart en Masters 1000. Même s’il a déjà battu Stan Wawrinka et accroché Dominic Thiem à Roland Garros, même s’il vient de surprendre Pablo Carreno-Busta et Carlos Alcaraz à Bercy, rappelons que le jeune toulousain vient tout juste de dépasser les 20 rencontres sur le circuit principal. Seulement, avec ce petit génie à la main magique, on a la sensation qu’impossible n’est (vraiment) pas français. Il suffit de se remémorer le scénario de ses matchs dans ce Rolex Paris Masters : 3 balles de match écartées contre Kevin Anderson au premier tour des qualifications, mené d’un set un break par Lorenzo Musetti au tour suivant, même chose lors de son premier match dans le tableau principal face à son compatriote Arthur Rinderknech, un set de retard contre Carreno et enfin, mené 0-5 dans le second set par Alcaraz, avant de remporter 7 jeux de rang et de gagner 21 des 23 derniers points du match ! Bref, Gaston est le roi de la remontada et ne lâche jamais rien ! Même si Medvedev a assez de vécu pour supporter la pression du public et le jeu léché qui fait dégoupiller les adversaires du N°103 mondial, on l’a déjà vu s’énerver et passer à côté. Sait-on jamais, mais si le rationnel prend le pas, le Russe devrait s’imposer, surtout si le tricolore connait un petit coup de fatigue, après 5 rencontres et déjà… 11h20 sur le court.               

L’œil de Florent Serra : Hugo Gaston continue de surprendre. Il prouve qu’avec ses variations et ses prises de balles précoces, il peut faire mal sur dur intérieur. Je ne le voyais pas battre Carreno ni Alcaraz. Au contraire, il rentre dans la tête de ses adversaires et les fait déjouer. Bon, le problème, c’est qu’il va jouer aussi, comme lui, un joueur atypique. Pas le même style, car Daniil Medvedev, c’est plutôt la puissance, les changements de rythme et la couverture de terrain. Donc, cette fois-ci, Gaston aura également une équation tactique très compliqué à résoudre. En outre, le Russe est vainqueur de Grand Chelem, il a maintenant une grande expérience. Bref, je ne vois pas le jeune français surprendre Medvedev. Il est pour moi logiquement favori. En plus, Gaston pourrait être un peu fatigué, surtout contre le N°2 mondial, qui est très difficile à déborder. Gaston peut le gêner, mais de là à gagner, je n’y crois pas trop. Peut-être même que 2 sets 0 pour Medvedev pourrait passer.  


Hurkacz vs Duckworth
C’est évidemment l’une des surprises du tournoi. Il y en a souvent une ou deux à Paris-Bercy et cette année, ça tombe aussi sur James Duckworth. Tant mieux pour lui. Avant cette épopée, il n’avait joué que 5 Masters 1000 dans sa carrière et atteint au mieux un huitième de finale. Le voici donc en quart, après avoir montré beaucoup d’envie et de caractère, notamment lors de ses victoires face à Roberto Bautista-Agut et Lorenzo Musetti, à chaque fois en 3 manches. L’Australien devrait néanmoins voir sa route s’arrêter à ce stade de la compétition. Les bookmakers ne s’y trompent pas. Cette fois-ci, il va jouer un tennisman sûr de son jeu, aguerri aux joutes lors des grands tournois et qui n’a plus qu’un match à gagner pour rejoindre son tout premier Masters. Autant dire qu’Hubert Hurkacz sera sacrément motivé. Même s’il connait parfois quelques trous d’air - il était mené un set un break par Dominik Koepfer en huitième de finale -, le Polonais possède aujourd’hui assez de qualités pour renverser tout ou presque sur son passage. Pour conclure, voici un rappel utile : s’il vient de disputer sa première finale en carrière à Nur-Sultan, Duckworth n’a jamais battu un seul TOP 10 (0V/9D). Le voir rallier le dernier carré serait une immense surprise.     

Lœil de Florent Serra : J’ai été surpris par James Duckworth. Je ne pensais pas qu’il allait mettre deux sets à Alexei Popyrin. Bon, ce dernier est un peu passé à côté. Contre Hubert Hurkacz, normalement, ce ne sera pas la même histoire. Le Polonais est nettement plus sérieux, plus régulier. Il va créer davantage de jeu et remporter plus de points gagnants. Le style de jeu de Hurkacz devrait faire du mal à l’Australien, qui a affronté avant des joueurs différents, moins dangereux, comme Roberto Bautista-Agut et Lorenzo Musetti. Le service, la puissance du fond et la confiance sont du côté du Polonais, qui a maintenant l’expérience des grands rendez-vous, avec un titre en Masters 1000 (Miami) et une demie en Grand Chelem (Wimbledon). Duckworth défend bien, mais manque d’un coup très fort. Je vois Hurkacz passer et je trouve les cotes logiques. Mais je ne vois non plus d’intérêt à miser, d’autant que je vois le Polonais au-dessus. Peut-être peut-on jouer un score exact, avec 2 sets 0 pour Hurkacz.