Il n’y a pas à dire, jouer relâché fait beaucoup dans le tennis. Après s’être montré stressé et emprunté la veille, au moment de donner le dernier coup de collier synonyme de billet aller pour le Masters de Turin, Hubert Hurkacz a libéré son esprit et ses bras dans la première manche de la demie qui l’opposait à Novak Djokovic. Un Polonais clinique, une balle de break obtenue, une transformée, une balle de débreak contre lui, parfaitement sauvée. Puis, le monstre s’est réveillé. Pas à 100% dans le rythme, le numéro un mondial a haussé le ton. Des frappes plus tranchantes et une couverture de terrain presque sans faille. Dans le deuxième set (6-0), il n’a cédé que 4 petits points derrière son engagement. Dans l’ultime et dernière manche, tout a semblé basculé définitivement dans le 4ème jeu, lorsque « Nole » parvenait à breaker après plusieurs échanges très disputés, alignant ainsi 9 des 10 derniers jeux. Mais il était écrit qu’Hurkacz allait continuer à donner du fil à retordre au Serbe, à force de le contrer, de résister en cadence puis de faire enfin parler sa puissance. À 2-4 contre lui, il assène « Nole » de plusieurs coups du butoir et parvient à reprendre le service de son adversaire. Puis à 4-5 30-40, il écarte une balle de match en tentant une audacieuse montée au filet. C’est finalement sur une volée ratée que le N°10 mondial finit par s’incliner au tie-break, alors même qu’il faisait au moins jeu égal avec le meilleur joueur du monde. Peu importe, Hubert Hurkacz a pris date pour le Tournoi des Maîtres, rassuré qu’il est de pouvoir rivaliser avec le haut du panier. De son côté, Novak Djokovic a récupéré ce qu’il était venu chercher : assurer sa place tout en haut de la hiérarchie mondiale et finir la saison numéro un mondial pour la 7ème fois, un record (devant Pete Sampras).

En revanche, le Serbe, même s’il a montré son habituelle solidité dans les moments chauds de fin de rencontre, pourra craindre le dernier acte de ce Rolex Paris Masters. Il n’a pas été si serein que ça, et même de temps en temps imprécis (12 sur 22 seulement à la volée). Ce dimanche, il devra faire face à un autre type d’ogre, dernier joueur à l’avoir battu, lors de la finale de l’US Open. Il n’y a pas eu de revanche possible pour Alexander Zverev face au Russe, après le revers du premier il y a pile un an dans ce même Masters 1000. S’il a mieux démarré, se procurant les deux premières balles de break, le meilleur joueur depuis l’été (médaille d’or aux JO, titre à Cincinnati, demie à Flushing Meadows et trophée à Vienne) n’a finalement presque pas existé durant cette seconde demi-finale. C’est bien simple, l’Allemand a eu beau être entreprenant, il a été contré, jusqu’à être écœuré, par un joueur en mode muraille, voire machine à balle. Au total, « Sacha » aura commis 31 erreurs dans le jeu… contre 8 seulement pour Daniil.

L’impression laissée est exceptionnelle et les murmures dans les gradins ont confirmé la sensation de cruelle impuissance qu’a connu Zverev durant toute la rencontre. Décidément, Medvedev a bien pris la main sur son adversaire, recollant à 5 partout dans les confrontations, et surtout en remportant son 4ème succès de rang. Le score est sévère mais il reflète la domination du protégé de Gilles Cervara (6-2, 6-2), si sûr de lui depuis son sacre en Grand Chelem à New York. Il était improbable de mettre une telle claque à un joueur qui avait gagné 27 de ses 29 derniers matchs, et pourtant il l’a fait. C’est dire si Novak Djokovic a du souci à se faire. L’affiche est belle, et comme souvent, les meilleurs se retrouvent en fin de saison. Le N°1 contre le N°2, on ne peut pas faire mieux. Peut-être la finale du Masters avant l’heure, en tout cas un super choc en perspective. Tout reste ouvert. Le Serbe mène 5/4 dans leurs affrontements. Mais le Russe a marqué les esprits lors de la finale de l’US Open (6-4, 6-4, 6-4). L’un vise un 6ème titre à Paris-Bercy, l’autre le doublé, peut-être de quoi débuter une saga dans la Ville Lumière. En principe, il devrait y avoir beaucoup de jeux. La partie s’annonce accrochée. Le Russe est donné légèrement favori et c'est un évènement puisque Djokovic n'avait plus été outsider sur dur indoor depuis 2010 et la demi-finale du Masters contre Roger Federer.

Lœil de Rodolphe Gilbert : Daniil Medvedev a été impressionnant. Mais attention, comme je le prévoyais, Alexander Zverev était un peu cramé. C’est pour cela (aussi) qu’il a préféré prendre l’initiative, plutôt que de faire durer les échanges. D’où son nombre importants de fautes directes. Reste que le Russe est très fort. Mais Novak Djokovic aussi bien sûr. C’est la finale de rêve, le numéro un contre le numéro deux, et 2 des 3 meilleurs joueurs sur dur (avec Zverev). L’un a gagné l’Open d’Australie et a fait finale à l’US Open. L’autre a remporté Flushing Meadows et est le tenant du titre à Bercy. C’est du 50/50, on ne peut pas faire plus serré. Ça ressemble à une affiche Djokovic/Murray de la grande époque sur dur intérieur. Attention, le Serbe peut-il se relâcher un peu avoir après avoir assuré sa place de N°1 en fin d’année ? Peut-être un brin, mais il ne fera pas comme la saison dernière à Vienne, où il avait bradé contre Lorenzo Sonego. C’est quand même une finale de Masters 1000. Sur le plan tennistique, si je dois donner un tout petit avantage, c’est pour le Russe. Mais c’est une question de sensation. Je m’attends à une jolie finale, mais pas forcément leur meilleur affrontement. Ils manquent tous les deux un peu de rythme et ont déjà été meilleurs qu’en ce moment.