Lui aussi a un peu tremblé. Comme Pablo Carreno-Busta et Carlos Alcaraz. Mais lui est numéro deux mondial et vainqueur de Grand Chelem. Lui, c’est Daniil Medvedev. Contre l’incroyable Hugo Gaston et un public totalement acquis à sa cause, le Russe a su faire le dos rond et garder son sang froid pour finalement venir à bout de son jeune adversaire. Après avoir fait un peu trop d’erreurs dans la première manche - et en général : 27 au total dans le jeu -, il a su profiter des quelques maladresses du Toulousain dans les moments les plus importants du premier set (3 balles pour conclure notamment à 5-4). Mais c’est sans doute la force des plus grands que de faire basculer la réussite de leur côté. Comme contre Sebastian Korda en huitième de finale, le protégé de Gilles Cervara aura été embêté derrière ses secondes balles de service (environ 50% de réussite). Mais il aura été solide derrière sa première (70%). Après une pause suite à son élimination prématurée à Indian Wells, Medvedev a pris le temps de recharger les batteries. Il a un double objectif en tête : réussir le doublé à Bercy-Masters, comme en 2020. On ne rencontre pas tous les jours des joueurs comme Hugo Gaston, petit gaucher à la main magique et aux coups déroutants, et normalement, c’est bien le Russe qui provoque des maux de tête à ses adversaires. En demie, ce sera donc un retour à la normale. Il ne sera pas obligé de faire le jeu et aura tout loisir d’essayer d’endormir Alexander Zverev, avant d’accélérer grâce à ses fameux changements de rythme. Seul problème, et il est de taille, le joueur allemand est lui aussi maître dans cet art.

Difficile à déborder, capable de tenir l’échange, avant de claquer un énorme coup droit croisé ou un monstrueux revers le long de la ligne. C’est avec ce dernier geste qu’il a breaké au meilleur moment Casper Ruud (5-5) en quart de finale, pour boucler la première manche. Comme Medvedev, Zverev est aussi très solide sur son service. Il envoie du lourd (210 km/h et 80 % de réussite derrière sa première en moyenne sur le tournoi), tout en étant extrêmement régulier (70% de premières), et commet beaucoup moins de doubles fautes qu’auparavant (5 maximum par match durant son parcours, zéro contre le Norvégien). Sur le plan physique, il a un peu plus donné que le Russe, notamment en huitième de finale face à Grigor Dimitrov (2h45). Mais après son été de rêve (médaille d’or aux JO, titre à Cincinnati et demie à l’US Open) et son très bon début d’automne (trophée à Vienne), le N°4 mondial semble arriver à ce stade de la compétition avec un léger supplément d’assurance et de confiance par rapport à Daniil Medvedev. Reste que si l’Allemand mène 5/4 dans leurs confrontations, c’est bien le N°2 mondial qui s’est montré le plus fort lors de leurs 3 derniers affrontements. Cette saison lors de l’ATP Cup, mais surtout il y a un an au Masters et surtout… en finale du Rolex Paris Masters. Le duel s’annonce passionnant et extrêmement ouvert. Il serait étonnant de voir l’un des deux mettre une raclée à l’autre. Sur le rythme et la forme du moment, Zverev, impressionnant de puissance et de précision contre Ruud (22 coups droit gagnants, 21 points au filet en… 21 montées !), pourrait bien prendre le dessus, mais de très peu.       

L’œil de Rodolphe Gilbert : Ça devient un classique ! Les deux joueurs sont devenus immenses. C’est d’ailleurs l’affrontement entre les deux meilleurs tennismen de l’été. L’un a remporté l’US Open et un Masters 1000, l’autre les JO et un autre Masters 1000. Alexander Zverev a débuté plus tôt sur dur indoor, avec son succès à Vienne. Il est dans une forme éblouissante, avec 2 petites défaites en 29 matchs depuis les JO. C’est très bien aussi côté Daniil Medvedev avec 3 revers en 26 rencontres. Sur dur, intérieur et extérieur, ce sont les deux meilleurs joueurs du monde actuellement avec Novak Djokovic. J’ai envie de donner un tout petit avantage au Russe, 51/49, uniquement sur le sang froide et la régularité, sinon c’est un match à égalité parfaite pour moi. Il n'y a aucune raison de mettre l'un des deux joueurs en position de favori ou d'outsider.


Ça y est, c’est fait ! Hubert Hurkacz est qualifié pour le Masters, au nez et à la barbe de Jannik Sinner et de Cameron Norrie. Emprunté, stressé, le Polonais a poussé un grand ouf de soulagement après sa victoire en quart de finale face au méritant James Duckworth. Déjà en difficulté contre Dominik Koepfer au tour précédent, le N°10 mondial s’est encore une fois montré hésitant (6-2, 6-7, 7-5, en 2h12). Il n’a pas réussi à se lâcher, à frapper fort dans la balle, à raccourcir les échanges. Il a beaucoup trop couru et a gaspillé de l’énergie. Il n’a pas non plus su gérer les balles courtes proposées par l’Australien et s’est empêtré dans le petit jeu et à la volée. Heureusement, malgré ses déplacements hasardeux vers l’avant, le vainqueur du Masters 1000 de Miami a pu s’appuyer sur son service (17 aces, dont 9 dans la troisième manche). Trop attentiste et pas très solide donc, mais assez sérieux pour s’offrir le défi de battre Novak Djokovic en demi-finale. Le Serbe aussi n’a pas affiché une sérénité sans faille. Mais on s’y attendait. Avant d’affronter Taylor Fritz, il n’avait joué qu’un match – contre Marton Fucsovics – depuis un mois et demi. Un manque de rythme flagrant qui l’a empêché d’être constant, à savoir confirmer les nombreux breaks qu’il a obtenu contre l’Américain. Au total, le détenteur du record de titres au Rolex Paris Masters (5) a perdu sa mise en jeu à 3 reprises. Seulement, dans la seconde manche, le N°1 mondial a accéléré, servi plus juste (près de 80% de premières balles, 75% de réussite derrière), a parfaitement tenu la cadence et a trouvé quelques trajectoires croisées diaboliques. Et finalement, comme si de rien n’était, il a joué à presque à 90% de ses possibilités. De quoi être inquiet pour Hubert Hurkacz, tant le Serbe semble plus serein, plus sûr de son jeu. Le Serbe mène 2/0 dans leurs confrontations, même si les deux hommes ne se sont encore jamais joués sur dur. La palette de coups de « Djoko » semble bien trop grande pour que son jeune adversaire puisse le contrer. D’ailleurs, les bookmakers ne lui donnent quasiment aucune chance (20% de probabilité de victoire). L’écart paraît un peu trop conséquent, quand on se rappelle que le Polonais a su cette année créer la surprise à plusieurs reprises contre les membres du TOP 10 (4 succès, 3 revers). Mais Djokovic n’est pas un simple TOP 10. Sur dur, cette saison, il n’a perdu que 3 matchs, et contre deux joueurs supérieurs à Hurkacz (Medvedev et Zverev) et un autre qui était en feu (Carreno-Busta) lors de la petite finale des JO de Tokyo avec un DJokovic très déçu et moins motivé après sa défaite en demi-finale contre Zverev. On parle du meilleur joueur du monde depuis 10 ans, et il ne lui reste plus que quelques points à glaner pour s’assurer de terminer l’année pour la 7ème fois de sa carrière tout en haut de la hiérarchie. Un record qu’il ne souhaite pas du tout laisser passer.          

L’oeil de Rodolphe Gilbert : Je pense que Novak Djokovic a dû se rassurer en quart de finale. Même si ce n’était pas le meilleur Taylor Fritz face à lui, le Serbe a globalement bien maîtrisé la rencontre. Sa cote est basse, mais c’est normal, il est numéro un mondial. On a senti que c’était lourd pour Hubert Hurkacz, cette pression de la qualification pour le Masters. Le Polonais va pouvoir jouer libérer, mais il pourrait y avoir chez lui un petit relâchement. Aussi, Djokovic a joué un match assez court, alors que son adversaire a pas mal puisé dans ses réserves face à James Duckworth, et même lors des tours précédents. Bref, je donne un net avantage au numéro un mondial mais l'écart de cote est conséquent et laisse la porte ouverte à un match en minimum 20 jeux. Je pense que le Polonais servira mieux que Fritz et sera donc plus difficile à breaker que l'Américain qui n'a remporté que 54% de ses premières balles. Beaucoup trop faible pour espérer gêner le Serbe.