Avant de rejoindre les Bleus pour la Coupe Davis, Arthur Rinderknech est en mission. Son défi ? Atteindre sa première finale sur le circuit principal. Après une saison pleine et déjà une demie à Kitzbühel et 6 quarts de finale (Marseille, Lyon, Bastad, Gstaad, Anvers), le Français s’affirme un peu plus encore comme un solide joueur de l’élite avec son meilleur classement en carrière lundi prochain (58ème). Pour intégrer le top 50, il lui faudra en revanche remporter le titre et donc battre le tenant du titre. Même si le plexipave a remplacé le fameux greenset du club suédois, la surface demeure néanmoins assez rapide, par rapport à d’autres tournois indoor. Or la taille (1m96) et la puissance, notamment au service, du Français lui permettent d’être particulièrement à son aise dans ces conditions de jeu, comme on a pu le constater contre Alexander Bublik et Jozef Kovalik (80% des points gagnés derrière sa première, 65% après sa seconde, aucun break contre lui). Le problème, pour le tricolore, c’est que Denis Shapovalov ne joue lui aussi jamais aussi bien que dans ce type d’environnement. D’ailleurs, le seul trophée qu’il a remporté, c’était à Stockholm en 2019, sur l’ancienne surface donc, ultra rapide pour le coup. Il en est encore le tenant du titre, l’épreuve n’ayant pas eu lieu l’année dernière. Son service de gaucher et son jeu « tout pour l’attaque » le font briller et, face à Andrea Vavassori, modeste N°289 mondial, il a plutôt bien géré, ne laissant que 3 petits points derrière sa première balle (33/36, soit 92% de réussite). Bien sûr, « Shapo » part favori. La chance de Rinderknech ? Le Canadien ne met plus un pied devant l’autre depuis sa formidable demi-finale à Wimbledon, soit un bilan négatif (5V/8D) et une petit chute au classement (N°10 après le Majeur londonien, N°18 aujourd’hui) avant de débarquer dans la capitale suédoise. La chance de Shapovalov ? Le Français n’a pas montré son meilleur tennis face aux gauchers ces derniers temps : 4 défaites en 6 sorties, ses deux seuls succès ayant eu lieu contre le même joueur, Federico Delbonis, bien éloigné du style de « Shapo ».

Lœil de Florent Serra : Pour moi, même si la surface n’est pas la même que celle de 2019, elle reste néanmoins relativement rapide et favorable à Denis Shapovalov. C’est plus rapide que sur les autres tournois en général et c’est dans ces conditions que le Canadien peut développer son jeu d’attaque et faire service-volée. Bon, il faut noter que cet environnement convient bien également à Arthur Rinderknech, notamment pour tenir son très bon service. Son problème, c’est plutôt qu’il préfère attaquer que défendre, or là, le Français sera obligé de subir les initiatives de « Shapo ». La cote du tricolore est intéressante mais j’ai vraiment du mal à partir dessus, car je vois quand même l’avantage côté Shapovalov. Cela m’arrive rarement de penser que le Canadien est au-dessus, d’autant que son niveau de jeu est aléatoire, mais cette fois-ci, avec cette surface assez rapide et favorable pour lui, je le vois vraiment devant. Donc je n’ai pas vraiment envie de prendre le risque de miser sur le Français.


Daniel Evans/Frances Tiafoe
Ce n’est pas tous les jours que le tennis professionnel propose une rencontre aussi alléchante question style de jeu. L’un comme l’autre sont atypiques, Daniel Evans dans sa manière de slicer nombre de ses revers et de pratiquer le « chip and charge », Frances Tiafoe dans sa façon de jouer à l’énergie et de tenter des coups d’attaque ou des contres osés et plein de panache. Du spectacle, il devrait y en avoir, d’autant que les deux hommes ont validé avec autorité leur billet pour les quarts de finale. Le Britannique a dominé le fougueux et bon relanceur Alejandro Davidovich-Fokina en ne perdant qu’une seule fois sa mise en jeu, alors que l’Américain s’est montré impérial sur ses engagements (81% de réussite derrière sa première) et dans les moments importants (6 balles de break sauvées sur 6) face à un autre espagnol, Pedro Martinez. La dynamique est en faveur du yankee. D’abord, même si les deux joueurs sont à égalité (2 succès de part et de d’autre), il a remporté leur opposition la plus récente (Miami 2021). Ensuite, il a réalisé un parcours brillant à Vienne (finale, une victoire contre un TOP 10 - Stefanos Tsitsipas - et deux TOP 20 - Diego Schwartzman et Jannik Sinner), réalisant des séquences dignes des meilleurs tennismen de la planète. Au contraire, Evans passe à côté de sa tournée indoor (défaite d’entrée à Vienne et Paris-Bercy), après avoir été éliminé prématurément à Washington, Toronto, Cincinnati, Winston-Salem, San Diego et Indian Wells. Seul hic côté Tiafoe, il s’est dit assez « fatigué » après sa victoire au premier tour. Il faut dire que l'Américain a joué 14 matchs depuis l'US Open comme Zverev (fatigué à la fin de Bercy) et un peu moins que Sinner (16 matchs) et Fritz (18 matchs), éliminés dès le 2ème tour hier, sûrement en raison de l'enchaînement des matchs. Mefiance donc pour Tiafoe face à un adversaire qui va le faire jouer beaucoup de coups dans les jambes et peu à hauteur de hanche.

Lœil de Florent Serra : Daniel Evans a réussi un bon premier match, même si c’était assez chaud dans le premier set contre Alejandro Davidovich-Fokina. Sur les surfaces assez rapides, le Britannique est souvent à l’aise. Alors que Frances Tiafoe peut être en difficulté côté coup droit, en raison de son geste assez ample. Malgré tout, comme la surface n’est pas celle de 2019, je pense que l’Américain ne sera pas trop gêné. Je le vois donc légèrement favori, et c’est d’ailleurs ce que les cotes indiquent. Mais justement, cela ne vaut pas trop le coup d’aller sur Tiafoe. Ce que je pressens, c’est un match serré, on pourrait partir sur un over jeux, voire un set Evans si on aime prendre un peu plus de risque. 


Tommy Paul/Andy Murray
Il est une valeur sûre du circuit depuis maintenant deux ans. Pas extraordinaire, mais assez solide pour s’être installé dans les 60 meilleurs joueurs du monde. Encore jeune (24 ans), Tommy Paul dispose d'un jeu de jambes d'un punch en coup droit pour aller encore plus haut. À Stockholm, il vient de signer deux bonnes parties sans perdre un set, contre Leo Borg, puis Taylor Fritz, même si le premier ne figure pas dans le classement des 2000 meilleurs joueurs du monde et que son compatriote s’est blessé à la hanche durant la première manche. S’il n’a pas encore beaucoup d’expérience sur dur intérieur (pile 20 matchs sur le circuit principal), Paul a montré de jolies choses au Rolex Paris Masters (3 succès, qualifications comprises, dont un contre Jan-Lennard Struff, et un revers en deux manches très serrées face au futur demi-finaliste de l’épreuve, Hubert Hurkacz). Suffisant pour venir à bout de l’infatigable et expérimenté Andy Murray ? Pas si sûr. Certes, on le sait, le plus compliqué pour l’Écossais, c’est d’enchaîner. Cette saison, il n’est parvenu à remporter 2 rencontres de rang qu’à 3 reprises en 13 tournois. En revanche, en terme de niveau de jeu, on approche parfois les plus hautes sphères. En un mois et demi, le Britannique a battu un joueur en grande forme (Tiafoe), TOP 30 (Humbert), un futur crack (Alcaraz) et deux TOP 10 (Hurkacz à Vienne et Sinner à Stockholm). Et même s’il a encore bataillé pendant plus de deux heures pour venir à bout de l’Italien, l’ancien numéro un mondial a su conclure en deux manches (7-6, 6-3), en s’appuyant sur un très bon service (une seule balle de break contre lui et sauvée, 70% de réussite derrière sa première et sa seconde), en progression depuis son retour à la compétition. Avec son engagement, sa qualité de relance et son œil, Murray a vraiment de quoi espérer poursuivre son chemin sur un style de surface, entre medium et rapide, qu’il affectionne. À part Dominik Koepfer (N°58), le triple vainqueur en Grand Chelem n’a cédé que face à des très bons joueurs (Tsitsipas, Zverev, Ruud, Hurkacz, Schwartzman et Alcaraz) depuis l’US Open.

L’œil de Florent Serra : Pour moi, sur le papier, c’est du 50/50. Andy Murray joue bien, il renvoie tout et arrive à remporter des matchs qui durent des heures. De l’autre côté, Tommy Paul joue bien aussi, il a battu Fritz, une petite surprise selon moi, même si physiquement c’était dur pour ce dernier. J’ai l’impression que la surface plaît bien à l’Américain qui est très agressif. Le problème, c’est que le Britannique se déplace bien, malgré sa prothèse de hanche, et il m’épate vraiment. Murray est souvent à l’aise quand la surface est plus rapide que d’habitude et il pourrait, avec son jeu de contre, pousser à la faute Tommy Paul. L’Écossais continue de hausser son niveau de jeu au fur et à mesure des matchs, c’est très intéressant. Seul bémol, on n’est pas sûr qu’il récupère bien avec sa prothèse le lendemain. Franchement, c’est sur l’état physique qu’on peut se poser la question, donc ce n’est pas évident. Pour moi, l’écart de cote est trop conséquent (1,50 Murray, 2,60 Paul), cela devrait être plus serré que ça, il n’y a donc pas d’intérêt à partir sur Murray, mais je ne suis pas sûr non plus certain que l’Américain puisse se défaire d'un adversaire aussi compliqué à battre. En tout cas cela devrait être une rencontre disputée, avec pas mal de jeux.


Felix Auger-Aliassime/Botic van de Zandschulp
Comme Jannik Sinner, Felix Auger-Aliassime a choisi Stockholm plutôt que le Masters Next Gen. Mais contrairement à l’Italien, le voici en quart de finale. Logiquement, le Canadien s’est débarrassé de Filip Krajinovic en deux sets, en s’appuyant sur sa puissante première balle de service (8 aces et 82% des points remportés derrière). Toujours en quête de son premier trophée dans l’élite (pour 8 finales perdues), le Canadien est déjà assuré de finir la saison dans le top 10 mondial ! Pas si mal pour un joueur qu'on critique beaucoup pour son irrégularité. Il cherche a retrouver de la confiance après un été prometteur (quart à Wimbledon et Cincinnati, demie à l’US Open). Au Rolex Paris Masters, il est passé à côté face à Dominik Koepfer mais il s'est bien repris en Suède face à Krajinovic dans un match qui s'annonçait compliqué et dangereux pour lui. En face, Botic van de Zandschulp a lui aussi connu une belle période estivale, en tout cas à Flushing Meadows où il atteint les quarts en sortant des qualifications alors qu’il n’était que 117ème mondial. Depuis, il a confirmé, et sous un toit s’il vous plaît : une demie à Saint-Pétersbourg en se payant Sebastian Korda et Andrey Rublev, excusez du peu. Le voici désormais 57ème mondial avec déjà 2 succès supplémentaires dont celui contre Marton Fucsovics à l’issue d’une bataille infernale achevée en 3 heures de jeu (7-6, 3-6, 7-5). Comment va-t-il réagir physiquement face à « F2A » ? C’est l’une des questions. L’une des clés du match est aussi la capacité du Néerlandais à relancer le service de Auger. Il voit bien la balle et peut jouer tôt, donc pourquoi pas. Enfin, attention, le Néerlandais a montré qu’il était souvent très bon en « outsider », notamment face aux TOP 20 : il a remporté 4 de ses 6 derniers duels dans cette situation ! Le plus récent contre Rublev, un joueur qui aime frapper fort et en cadence, comme un certain Felix Auger-Aliassime.

L’œil de Florent Serra : Je pensais que Filip Krajinovic allait embêter davantage Felix Auger-Aliassime. Mais c’est vrai que parfois, sur des surfaces un peu rapides, lorsque le Canadien joue l’acier, il est presque injouable. De l’autre côté, Botic van de Zandschulp a eu chaud, mais il continue de m’étonner. Il sait faire beaucoup de choses, varier, tenir la balle, agresser en retour, bien servir en indoor. Il a vraiment pris confiance et donc, méfiance pour Auger ! Le Néerlandais ne va pas se faire breaker si facilement que ça, et au retour, sur les secondes, il peut tenter des choses et surprendre le Québécois, voire le tendre. Pour le dire autrement, Auger-Aliassime est selon moi légèrement supérieur, mais il lui faudra choisir la bonne balle pour attaquer, ne pas se précipiter, et éviter les trous d’air qu’il connait parfois, comme son compatriote Denis Shapovalov. Sur ce type de surface, je le vois légèrement devant, du 55/45. C’est pourquoi les cotes sont peut-être un peu trop avantageuses pour Auger. S’il fait un match plein, il peut battre beaucoup de monde. Mais un grain de sable dans la machine, et ce sera pour van de Zandschulp. Donc, encore une fois, méfiance… Mais VDZ a beaucoup joué depuis 20 jours (10 matchs) et il pourrait manquer de fraîcheur mentale et physique sur ce match.