Frances Tiafoe va-t-il disputer sa deuxième finale en l’espace de 15 jours ? En grande forme, l’Américain a continué sur sa lancée pour le dernier tournoi de la saison même s’il a trouvé sur sa route des adversaires un peu plus à sa portée qu’à Vienne, où il avait enchaîné les exploits. Cette semaine, « Big Foe » a écarté Elias Ymer (6-4, 7-6), Pedro Martinez (6-4, 6-4) et Dan Evans (1-6, 6-1, 6-1) et n’a pas eu à vraiment forcer son talent tant ses adversaires n'ont pas joué leur meilleur tennis. Il sera opposé cette fois à son compatriote Tommy Paul, qui affiche aussi un très bon niveau sur cette fin de saison et qui a réussi à venir à bout d'un Taylor Fritz gêné par des douleurs à la hanche (6-4, 6-4) et d'un Andy Murray qui confirme ses difficultés à gagner deux matchs d'affilée (6-2, 3-6, 6-3).

Sur les derniers jours, il semble même un petit cran au-dessus de Tiafoe en termes de niveau de jeu. Auteur d’un beau parcours à Indian Wells, il a été très régulier en indoor par la suite. Cette saison, Tiafoe a bien réussi sur dur contre ses compatriotes puisqu’il a remporté 5 des 7 matchs qu’il a disputés face aux Américains. Mais si l’on dézoome un peu, on se rend compte qu’il lui arrive assez souvent de contre-performer contre des Américains moins bien classés que lui. En carrière, il n’a remporté que 50% de ses matchs sur dur en position de favori face à eux. Une tendance qui se confirme plus généralement contre des adversaires moins bien classés. Cette saison encore, Tiafoe a perdu 35% de ses matchs en position de favori sur dur et même 40% contre des joueurs hors Top 50. Il devra aussi bien gérer ce match physiquement et nerveusement après plusieurs semaines où il a dû un peu puiser dans ses réserves. Tommy Paul va disputer la troisième demi-finale de sa carrière (la seconde en 2021) après deux échecs jusqu’à présent. Il s’était d’ailleurs incliné lors de sa seule confrontation contre Tiafoe sur le circuit à Delray Beach l’an dernier. Mais il abordera cette demie avec sûrement plus de confiance puisqu’il reste sur 5 victoires lors des 11 derniers matchs en position d’outsider. Outsider, il le sera logiquement face à Tiafoe mais une surprise est tout à fait possible sur ce duel 100% américain très indécis sur le papier.

L’œil de Rodolphe Gilbert : C’est un match qui est très ouvert avec un avantage assez logique pour Tiafoe dans la mesure où il a de plus grosses victoires sur les quatre derniers mois que Tommy Paul et sort d’une finale à Vienne. Les deux joueurs ont été performants lors des dernières semaines avec une victoire contre Rublev notamment, pour Tommy Paul. Ces deux-là se connaissent par cœur, ils sont de la même génération et ont bourlingué ensemble en junior. Ils se sont entraînés des centaines de fois ensemble. Après avoir joué Fritz, il joue son autre pote Tiafoe donc la dimension psychologique va beaucoup jouer et ça, on ne peut pas l’anticiper. Malgré de meilleurs résultats, en termes de niveau de jeu, ce n’est pas du tout dit que Tiafoe s’impose. Paul est tout à fait capable de le battre. Tiafoe est un joueur plus flamboyant mais cette flamboyance peut aussi lui coûter cher. Personnellement, j’aurais rapproché les cotes et je vois donc une légère value sur Tommy Paul qui aura certainement très envie d'aller chercher une première finale sur le circuit ATP. Vu son talent, ca serait largement mérité.


À l’image de sa saison et symbole de son irrégularité, les semaines s’enchaînent et ne se ressemblent pas pour Félix Auger-Aliassime. Très bon à Vienne, il est retombé dans ses travers à Bercy, s’inclinant face à Dominik Koepfer dès le deuxième tour. Cette semaine, il a été plutôt bon et a bien géré ses deux matchs contre Filip Krajinovic (6-3, 6-4) et  Botic Van De Zandschulp (6-4, 6-3) qui avait montré de très belles choses dernièrement. En carrière, il s’est toujours imposé à ce stade du tournoi en position de favori sur dur. Le problème, c’est que le Canadien reste très irrégulier. L’avantage, c’est que son adversaire du jour et compatriote l’est probablement encore plus ! Denis Shapovalov a connu des semaines extrêmement difficiles et la seule régularité dont il a fait preuve, c’est dans sa manière de contre-performer. Depuis Wimbledon, il a même perdu 54% de ses matchs en position de favori. Mais si tout est loin d’être réglé, il a au moins réussi à enchaîner deux bons victoires dans un tournoi où il est le tenant du titre (contre Vavassori et Rinderknech). Les demi-finales n’ont jamais trop réussi à Shapovalov, qui n’a atteint la finale qu’à 4 reprises après avoir été 16 fois dans le dernier carré. Même face à des adversaires moins bien classés, Shapo présente un bilan de 3 victoires en 10 matchs. Ce sera le 6e affrontement entre les deux hommes, mais cette année, c’est bien Auger-Aliassime qui a pris le dessus, s’imposant à l’Open d’Australie et à Barcelone sans concéder le moindre set. D’autant plus que FAA réussit particulièrement bien face aux gauchers sur dur puisqu’il a remporté 11 des 13 derniers matchs. Cette saison, il a même remporté 100% des matchs qu’il a disputés face aux joueurs classés entre la 10e et la 20e place mondiale. Malgré une irrégularité qui l’empêche, pour l’instant d’aller plus haut, Auger-Aliassime a tout de même montré de bien meilleures choses ses dernières semaines que son compatriote, que ce soit en termes de niveau de jeu ou de résultats. Et rappelons qu'Auger finira la saison à la 10ème place mondiale. Shapovalov est lui 15ème. Finalement pas si mal...

L’œil de Rodolphe Gilbert : Dans cette demi-finale aussi les deux joueurs se connaissent par cœur. Même si Auger-Aliassime a été plus en vue ces derniers temps, on ne peut pas dire que les deux hommes aient été transcendants. Évidemment, c’est pire pour Shapovalov qui ne gagnait plus depuis Wimbledon. Bizarrement, ce dernier a décidé de se retirer de Vienne et de Paris et je ne l’imaginais pas jouer à Stockholm. Mais s’il est présent en Suède, c’est qu’il a envie de bien figurer. Tous les deux veulent aller chercher le titre et j’ai beaucoup de mal, malgré la petite forme de Shapovalov, à les départager. Pour moi, c’est du 50-50. Shapo est beaucoup trop dangereux pour partir largement outsider. Avec deux joueurs aussi irréguliers, il peut tout se passer. C'est la qualité de leurs premières balles qui pourrait être la clé du match. Ensuite, celui qui fera le moins de fautes à l'échange gagnera.