Les deux premiers duels entre les deux hommes n’ont pas déçu. Une victoire dans chaque camp, d’abord à Wimbledon pour Hubert Hurkacz (2-6, 7-6, 3-6, 6-3, 6-3) en 5 manches, ensuite à Toronto en faveur de Daniil Medvedev, en 3 sets (2-6, 7-6, 7-6). Les deux joueurs ne sont donc pas si éloignés l’un de l’autre en termes de niveau de jeu, tout comme en fiche de naissance (25 ans pour le Russe, 24 ans pour le Polonais), ainsi que dans leur profil athlétique (1m98 et 83 kilos, 1m96 et 81 kilos). Le CV penche en revanche assez nettement en faveur du N°2 mondial, auréolé de son premier sacre en Majeur lors du dernier US Open, un trophée prestigieux faisant suite à deux autres finales en Grand Chelem (US Open 2019 et Open d’Australie 2021), un titre au Masters (2020) et 4 supplémentaires en Masters 1000 (Cincinnati 2019, Shanghai 2019, Paris 2020 et Toronto 2021). De l’autre côté du filet, c’est moins bien, même si ça commence à ressembler à quelque chose : cette saison, le N°9 mondial a glané son premier Masters 1000 (Miami) et atteint le dernier carré à Wimbledon et Paris-Bercy, sans oublier un quart de finale à Indian Wells. Ce qui pourrait réduire les chances de Medvedev, c’est son état physique, légèrement à la baisse, comme il l’a avoué lui-même après son revers en huitième de finale à Indian Wells, et comme on a pu s’en apercevoir en finale du Rolex Paris Masters. Sur le plan nerveux, il n’est jamais facile d’enchaîner après un premier grand trophée tel que Flushing Meadows, demandez à Dominic Thiem. En revanche, même si Hurkacz a récemment montré qu’il était un sérieux prétendant en indoor (titre à Metz et défaite au tie-break du troisième set contre Novak Djokovic à Bercy), le Polonais va découvrir le Tournoi des Maîtres. Pas de montée en puissance, pas le temps de se chauffer, il faut tout de suite être au taquet contre la crème de la crème. Souvent, il est assez délicat pour les  novices de frapper un grand coup d’entrée. C’est pourquoi le statut de favori de Daniil Medvedev est entièrement justifié, même s’il ne serait pas illogique de voir Hurkacz lui poser des problèmes, surtout s’il est solide sur ses engagements. On attendra de voir aussi la vitesse exacte de la surface, car si elle est aussi lente qu’à l’Accor-Arena de Paris, le Russe aura encore une fois du mal à terminer les échanges.   

Daniil Medvedev : "En arrivant à Paris l'année dernière, je me sentais complètement hors de forme, en manque de confiance et pas sûr de ce que je pouvais accomplir lors des deux derniers tournois de l'année. J'ai trouvé mon tennis et ma confiance pour les gagner tous les deux, et bien sûr, j'ai battu Novak [Djokovic], Rafa [Nadal] et Dominic [Thiem] lors de la finale du Masters. Trois matchs vraiment difficiles. C'était incroyable et cela m'a donné confiance en l'Australie. En re-regardant ces matchs sur YouTube, la confiance est décuplée. Toute cette année, je savais que je pouvais battre les meilleurs joueurs du monde."

Lœil de Florent Serra : C’est tout-à-fait logique que Daniil Medvedev soit largement favori, étant donnés ses récents résultats tel son sacre à l’US Open et sa finale au Rolex Paris Masters. Après, il ne faut pas oublier qu’entre les deux hommes, cela a toujours été serré, à Wimbledon comme à Toronto. Je vois le Russe s’imposer, dans un contexte comme le Masters, mais ce n’est pas impossible que sur dur intérieur, si Hubert Hurkacz sert bien, ce dernier parvienne à lui prendre un set ou le pousser dans des jeux décisifs. Mais sur le jeu pur, Medvedev couvre mieux son terrain et rate moins. Je ne vois pas d’intérêt à aller sur le Russe vu les cotes d'autant que Hurkacz est tout à fait capable de marquer au moins 9 ou 10 jeux même dans un match en deux sets. En tout cas, d'après mes informations de mes contacts sur place, la surface serait un peu plus rapide que celle de Bercy. En même temps c'était pas difficile. Les conditions de jeu ne seront pas ultra rapides comme à l'US Open mais un peu rapides, ce qui devrait plaire à la fois à Medvedev et Hurkacz.