Comme un symbole, Denis Shapovalov, en grande difficulté depuis Wimbledon, a retrouvé des couleurs à Stockholm, où il a remporté son premier titre sur le circuit ATP fin 2019. C’est d’ailleurs le seul titre ATP du Canadien, qui se hisse pour la quatrième fois en finale, mais reste sur deux échecs consécutifs, à Genève cette année et à Bercy en 2019. Shapovalov a été, une nouvelle fois, très irrégulier tout au long de la saison, même sur dur, une surface où il est habituellement très dangereux. Il a même perdu 45% de ses matchs en position de favori sur cette surface. Mais ici, à Stockholm, le tenant du titre a joué en confiance, retrouvé des sensations et malgré la pression de devoir défendre son titre, il n'a pas été le même joueur que lors des dernières semaines. Après une victoire contre Andrea Vavassori (7-6, 6-1), il a dû batailler pour venir à bout d’Arthur Rinderknech (4-6, 6-3, 7-5), mais il a produit un vrai bon match pour se débarrasser de son compatriote Félix Auger-Aliassime en demi-finale (6-4, 7-5). Il n’avait plus enchaîné trois victoires consécutives sur dur depuis Dubaï, au mois de mars.

Il affrontera un novice à ce stade, Tommy Paul, qui disputera sa première finale ATP en carrière. Dans la lignée de ce qu’il montre depuis un mois, il a réalisé une très belle semaine, s’imposant successivement contre Leo Borg (6-4, 6-2), Taylor Fritz (6-4, 6-4), Andy Murray (6-2, 3-6, 6-3) et Frances Tiafoe en demi-finale (5-7, 7-6, 6-4), un match qu’il a réussi à renverser alors que son compatriote servait pour le match. « Je n’avais pas obtenu une victoire face à Frances depuis les juniors, donc c’est un gros succès pour moi. Actuellement, je joue mon meilleur tennis depuis le début de la saison. J’essaye de m’amuser, et ça se traduit par le fait que je joue mon meilleur tennis. Et plus j’accumule les matchs, mieux je me sens quand je suis sous pression. »

Comme il l’a encore montré dernièrement, l’Américain est un très bon joueur de dur et l’indoor est même la surface où il présente son meilleur pourcentage de victoires en carrière (59%). Cette saison, Tommy Paul n’a pas vraiment réussi face au Top 20 puisqu’il présente un bilan de 2 victoires en 10 matchs, mais son bilan est bien meilleur sur dur (2/5). Il a même glané ses deux succès lors de ses trois derniers matchs (contre Garin à Cincinnati et Rublev à Indian Wells), preuve de la forme actuelle de l’Américain. En 2021, Tommy Paul a aussi montré qu’il n’était pas effrayé par son statut d’outsider en indoor. En effet, il a remporté 5 des 8 matchs qu’il a disputés contre des joueurs mieux classés sur cette surface.  Il a également un très bon taux de réussite contre les gauchers puisqu’il a remporté 7 des 10 matchs qu’il a eu à jouer dans sa carrière (3/4 cette année dont une victoire contre Cameron Norrie). Il garde même un bilan positif contre les gauchers mieux classés (4 victoires pour 2 défaites). Des statistiques qui ouvrent donc les perspectives pour Tommy Paul.

L’œil de Rodolphe Gilbert : Les deux joueurs n’étaient pas favoris en demi-finale mais se sont tout de même imposés contre Tiafoe et Auger. Sur cette finale, Shapovalov sera, sans surprise, favori. C’est un joueur qui est capable d’élever son niveau de jeu très très haut, bien plus que Tommy Paul évidemment. Mais attention, avec le Canadien c’est toujours la même chose, il peut être très irrégulier. De son côté, l’Américain finira quoiqu’il arrive sur une bonne note et cette première finale sur le circuit ATP valide sa très bonne deuxième moitié de saison. J'ai suivi de près Tommy Paul depuis 2015 pendant que j'étais l'entraîneur de Ugo Humbert et Geoffroy Blancaneaux. C’est un  joueur très talentueux dont Shapovalov devra se méfier. En indoor, je donnerai quand même un avantage au Canadien que j’ai trouvé bon contre Auger-Aliassime en demie, mais je suis persuadé que ce ne sera pas une finale à sens unique. Par sa prise de risque constante, Shapo est assez imprévisible, ça peut aller très haut, comme parfois très bas. A 1.50, je ne foncerai quand même pas tête baisser sur Shapovalov.